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Chère Lectrice, cher Lecteur,

Nous procédons actuellement à une évaluation de notre revue Éducation des adultes et développement. Les résultats nous aideront à améliorer la revue. Nous vous prions de bien vouloir apporter votre soutien à notre revue en remplissant notre questionnaire en ligne, ce qui vous prendra environ un quart d’heure.

Le questionnaire en ligne

James D. Wolfensohn

Le lecteur a sous les yeux la version rédigée du discours. Il était impressionnant de voir le président de la Banque mondiale tenir son discours pratiquement sans se servir de notes, fournir de subtiles analyses, formuler de vastes exigences et féliciter les ONG. Avons-nous jamais vu le président d’une de nos banques nationales exiger que l’éducation soit placée aux centre des efforts mondiaux et nationaux dans le domaine du développement? Reste à espérer que la Banque mondiale s’attelle sérieusement à réaliser l’ambitieux projet qui concerne les plus de 900 millions de personnes qui n’ont encore bénéficié d’aucune éducation de base.

Le temps de l’action – Placer l’éducation au cœur du développement

 

L’éducation est la condition du progrès, la clé de la croissance durable et de la réduction de la pauvreté.

Partout où je me rends, je peux constater quel rôle éminent l’éducation joue dans l’amélioration des conditions de vie des individus. Il est amplement prouvé que l’éducation sur une grande échelle va de pair avec une large palette d’indicateurs de bien-être, incluant une productivité et une compétitivité nationales accrues ainsi que le progrès social et politique. La Corée du Sud, la Malaisie, le Mexique, pour ne citer qu’eux, en sont un exemple. Ce qui est plus important encore, l’éducation est un droit humain fondamental qui libère l’esprit des chaînes de l’ignorance.

La Banque mondiale est fermement décidée à réaliser l’objectif de l’éducation pour tous.

La Banque a rempli les engagements en matière d’EPT qu’elle avait pris à Jomtien en 1990, puis à Pékin en 1995. Nous avons doublé l’enveloppe financière que nous consacrons à l’éducation, qui est passée de 918,7 millions d’USD à 1,9 milliard d’USD en moyenne. Nous avons augmenté notre enveloppe financière en faveur de l’éducation de base de 27 à 44 pour cent. Nous avons établi un programme pour cibler 31 pays (de plus de 4 millions d’habitants) où les disparités entre les genres sont les plus grandes et augmenté notre enveloppe financière pour l’éducation des filles à une moyenne de 860 millions d’USD. Grâce à notre soutien, combiné à celui d’autres institutions et des gouvernements eux-mêmes, des progrès considérables ont été accomplis en matière de scolarisation (en particulier des filles) dans de nombreux pays. Le nombre total d’enfants dans les écoles primaires est passé de 600 millions à 700 millions environ. Dans de nombreux pays, on a mis en place des politiques et des programmes éducatifs globaux. Des partenariats solides ont été noués. L’ADEA, l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique, en est un bon exemple.

Nous avons déjà fait un bon bout de chemin vers l’EPT, mais nous ne sommes pas encore au bout de nos peines.

Trop d’individus sont encore exclus de l’éducation pour cause de pauvreté, de mauvaises politiques et de corruption, 125 millions d’enfants ne sont toujours pas scolarisés et près d’un milliard de personnes sont analphabètes – en majorité des filles et des femmes. Le niveau de l’éducation dans à peu près la moitié des pays subsahariens et dans plusieurs pays de l’Asie du sud-est est bien inférieur à celui requis pour amorcer une croissance économique durable et réduire la pauvreté.

Pourquoi les progrès ont-ils été si lents?

Nous avons sous-estimé le temps qu’il faudrait pour mettre en œuvre l’EPT, pour réaliser des changements. Il a fallu faire face également dans les années 90 à des défis inattendus – des crises économiques, des transitions politiques et économiques, la dévastation causée par le VIH/sida, le clivage croissant au niveau des nouvelles technologies, les conflits civils et les catastrophes naturelles. En outre, la rapidité de l’évolution démographique a constitué un obstacle supplémentaire dans la réalisation des objectifs de l’EPT.

Les objectifs de l’EPT sont encore accessibles.

Au cours des dix ans qui ont suivi la conférence de Jomtien, on a noté quelques succès réels. Les programmes Fundescola au Brésil, les programmes d’amélioration de l’éducation en Égypte, le programme d’éducation primaire universelle en Ouganda, le programme de la réforme des dépenses en Mauritanie et le programme d’éducation primaire régional en Inde, en sont quelques exemples.

Nous avons tiré quelques leçons clés des conditions requises pour réaliser l’EPT.

Un fort engagement politique est la pierre angulaire du succès pour promouvoir l’utilisation efficiente des ressources, apporter un appui soutenu à des politiques difficiles et quelquefois contestées et mettre sur pied les capacités institutionnelles nécessaires. La politique éducative est la plus efficiente quand elle est développée dans le contexte d’un cadre global de politique sectorielle. Nous devons veiller à placer au cœur les questions relatives au financement de l’éducation pour assurer que les ressources disponibles seront utilisées avec efficience. Des filets de sécurité pour permettre aux enfants de continuer à fréquenter l’école durant les crises sont essentiels. Et ce qui est peut-être le plus important, nous avons appris que la qualité doit primer la quantité – il ne suffit pas d’avoir accès à l’école. Il faut que d’autres conditions essentielles soient remplies: des enseignants engagés et bien formés, des salaires et des ressources pédagogiques assurés et un environnement global favoraÛle à l’apprentissage. Et nous disposons actuellement d’opportunités inégalées en exploitant les technologies de l’information pour la formation des enseignants et pour augmenter l’accès à l’enseignement et sa qualité.

Comment pourra-t-on avancer?

Je pense que, dans l’immédiat, il faut privilégier les secteurs suivants

En premier lieu, nous devons carrément placer l’éducation au cœur du programme de développement global et national.

L’éducation doit occuper une place plus importante dans le programme de tous les intervenants: les gouvernements, les bailleurs de fonds, les ONG, les organisations syndicales, le secteur privé, les institutions. Réaliser une éducation de qualité pour tous ne doit pas relever plus longtemps de la seule responsabilité des ministres de l’éducation. J’ai justement soulevé cette question dans la note que j’ai adressée aux ministères des finances et du développement lors des récentes réunions de printemps deÞnotre comité de développement à Washington. La prochaine fois, nous nous réunirons pour faire une revue des avancées de l’EPT, les ministres des finances devraient aussi être présents ainsi que davantage de chefs d’État.

Nous ne permettrons pas qu’un pays qui soumettra un programme viable et durable pour réaliser l’Éducation pour tous ne puisse pas le réaliser faute de ressources externes.

C’est un engagement similaire à celui que je viens de prendre à notre session de printemps à Washington pour le soutien dans la lutte contre le sida (VIH). C’est un immense défi qui requiert un effort de notre part à tous. Qu’il s’agisse d’argent, de ressources humaines ou de savoir faire, nous coopérerons avec nos partenaires pour le leur faire obtenir.

L’implication et la responsabilité de chaque pays sont la clé du progrès.

C’est une des approches clés du Cadre de développement stratégique. C’est aussi le fondement des documents relatifs à la stratégie de lutte contre la pauvreté, adoptés par le Conseil d’administration du FMI et le Conseil des administrateurs de la Banque mondiale en septembre, qui guideront notre future stratégie en matière de prêt tout d’abord en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) et éventuellement vis-à-vis de tous les autre pays clients. Comme vous le savez, l’Initiative en faveur des PPTE vise à éliminer la dette insupportable des pays les plus pauvres et les plus fortement endettés et à réorienter les ressources vers les secteurs sociaux. Avec l’Initiative PPTE et les documents relatifs à la Stratégie de réduction de la pauvreté, nous nous engageons à coopérer avec une énergie renouvelée avec les gouvernements et les autres donneurs pour atteindre les objectifs de l’EPT en intégrant les actions et les résultats dans les différents secteurs et en mettant en œuvre des politiques macro-économiques pour garantir des stratégies coordonnées et cohérentes.

En second lieu, les rênes doivent passer dans d’autres mains et des alliances très différentes sont nécessaires.

La Banque mondiale, en concertation avec nos agences partenaires des Nations-Unies et les bailleurs bilatéraux de l’aide au développement, a dirigé le processus de l’EPT durant les dix dernières années et fourni une contribution substantielle aux activités en cours. Bien que ce partenariat soit fort et important, il n’a pas suffi à nous amener là où nous le voulions. Le succès n’est pas facile, on doit procéder pays par pays, et il requiert aussi la participation d’autres acteurs – des gouvernements certes, mais aussi de la société civile et du secteur privé. Après Dakar, le mouvement EPT devra avancer aux niveaux national, régional et mondial. Il devra se faire plus large, plus global, plus novateur et plus flexible que par le passé.

En troisième lieu, nous devons intensifier nos efforts en encourageant des partenariats plus forts sur les interventions clés qui, comme nous le savons, jouent un rôle décisif.

En améliorant les chances des filles dans le domaine de l’éducation: comme le secrétaire général l’a déclaré hier, nous nous sommes aussi engagés à coopérer avec nos partenaires de l’ONU pour que des progrès notoires soient accomplis dans le domaine de la réduction des disparités entre les genres d’ici 2005 et dans 31 pays cibles.

En s’attaquant au fléau du VIH/SIDA: comme nous l’avons constaté en Ouganda et en Thaïlande, l’éducation est un facteur décisif pour arrêter la propagation de cette maladie qui a un impact terrible sur le bien-être social et économique de millions de gens. Avec nos partenaires d’UNAIDS, nous avons énormément accru notre soutien dans la lutte contre le VIH/SIDA, notamment en Afrique. Cela a été l’un des points à l’ordre du jour de nos sessions de printemps. Le nouveau partenariat avec l’OMS et l’UNICEF dans le domaine FRESH (Focusing Resources on Effective School Health – Concentrer les ressources sur la santé scolaire effective), qui a été lancé ici à Dakar, fera du HIV/SIDA un volet essentiel des programmes d’éducation – le président du Sénégal et moi signerons demain un projet visant à créer la première d’un grand nombre d’initiatives semblables.

En comblant le retard technologique: avec des programmes comme WorlD Links for Development, nous coopérons avec le secteur privé et les ONG pour établir des liens entre 400 écoles et 40.000 professeurs et élèves dans les pays en développement avec des professeurs et des élèves dans les pays industrialisés. Il existe aussi une université virtuelle africaine et un réseau global d’apprentissage à distance. La «Global Development Gateway» (Porte du développement global) est notre nouveau projet de partenariat multisectoriel vraiment global et innovateur.

J’aimerais profiter de cette occasion pour rendre un hommage tout particulier aux efforts des ONG impliquées dans la Campagne mondiale pour l’éducation. Elles ont joué un rôle de promotion important. Nous sommes parfaitement d’accord avec leur revendication que la scolarité universelle jusqu’à 15 ans devra être réalisée d’ici 2015.

Enfin, il nous faut mettre en place un plan d’action accélérée pour les pays qui se sont engagés à réaliser les objectifs de l’EPT avant l’horizon 2015.

Dans le cadre d’un processus axé sur la demande, nous autres bailleurs sommes conscients que nous devons être prêts à réagir plus rapidement et à aider les pays quand ils sont prêts à bouger. Le premier groupe de pays dans ce processus accéléré pourra ouvrir la voie aux autres en concevant les détails sur la manière dont on pourra atteindre l’EPT, en écartant les obstacles, en établissant les partenariats de travail et en posant les jalons du progrès.

C’est un plan sur lequel nous sommes tous d’accord et qui devrait être adopté dans le Cadre d’action du Forum.

Si nous sommes d’accord là-dessus – et j’espère sincèrement que c’est le cas – il nous faudra développer ensemble durant les trois prochains mois un plan concret visant à accélérer l’action.

Un plan d’action vraiment global s’impose. C’est un premier pas, mais il est essentiel, pour soutenir les gouvernements qui se sont engagés à réaliser les objectifs de l’EPT. C’est le moment d’agir.

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