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Le questionnaire en ligne

Manoj Kumar Rai

Pour l’avenir, les souhaits les plus chers des Indiens sont dans l’ordre: la paix, l’éducation, la sécurité sociale et économique, la responsabilité dans la société et la participation à la gestion autonome communale. C’est ce qu’a révélé une étude intitulée «La société civile au nouveau millénaire» réalisée par la PRIA. Cet article tente de décrire à grands traits la relation entre la société civile et les institutions d’auto-gouvernance locale en Inde. Il essaie de faire partager quelques-unes des expériences riches et variées de la PRIA avec les institutions d’auto-gouvernance locale en général et leur interaction avec les organisations de la société civile en particulier. Manoj Kumar Rai est collaborateur du «Centre for Local Self-Governance» de la PRIA.

Démocratie villageoise et société civile

Expériences faites dans le cadre des interventions programmatiques de la PRIA

1. Introduction

L’Inde est un pays d’une diversité kaléidoscopique. Sa civilisation ancienne et riche a été modelée par un mélange de forces géopolitiques, économiques, sociales et démographiques qui a produit une grande variété d’institutions, de mouvements sociaux, de traditions, de systèmes de croyances et de pratiques. Cette république démocratique souveraine, socialiste et séculière peuplée d’un milliard d’habitants répartis dans vingt-cinq États et sur sept territoires de l’Union est régie selon une constitution qui la dote d’une structure fédérale avec des caractéristiques unitaires. Les normes sociales traditionnelles coexistent avec les institutions libérales dans un rapport malaisé, ambigu et contradictoire. La principale entrave à la démocratie parlementaire indienne est son caractère centralisé. En Inde, la démocratie centralisée n’est pas parvenue à s’imposer et l’on est revenu à un mode de gouvernement participatif et ouvert. C’est également ce que souhaitent les Indiens. L’étude menée par la PRIA (Society for Participatory Research in Asia – Société pour la recherche participative en Asie) sur la société civile au nouveau millénaire a permis de discerner un rêve partagé par les citoyens de l’Inde qui veulent la paix, une bonne éducation et la stabilité socio-économique. Ils veulent agir et assumer leurs responsabilités en œuvrant à créer une société et une gouvernance qui correspondent à cette idée.

Environ soixante-quinze pour cent de la population indienne est répartie dans plus d’un demi million de villages. Les communautés villageoises et leurs structures existent depuis des siècles. Autrefois, les panchayats étaient des organismes fonctionnels de gouvernance à la base qui existaient dans presque tous les villages. Le panchayat du village, ou conseil élu, disposait de pouvoirs étendus, aussi bien exécutifs que judiciaires. Leur autonomie disparut toutefois graduellement pour de nombreuses raisons. Cependant, le projet de loi constitutionnelle de 1992 (73e amendement) qui entra en vigueur le 24 avril 1993 avait pour but d’entériner les panchayats constitutionnellement et d’établir une démocratie à la base telle qu’elle existait au niveau des États ou du pays. À l’exception de trois États du nord (qui avaient des systèmes tribaux) et de deux territoires de l’Union, tous les États et territoires concernés par cette loi modifièrent leurs lois sur les panchayats conformément au nouvel amendement. On a envisagé le gram sabha (l’assemblée du village) en tant que fondement du système de panchayati raj. Les panchayats se répartissent sur trois niveaux: le village (gram panchayat), le niveau intermédiaire (panchayat samiti) et le district (zilla parishad). Les États dont la population compte moins de deux millions d’habitants n’ont pas constitué de panchayat au niveau intermédiaire. Il existe actuellement 3,4 millions de représentants des panchayats à tous les niveaux. Ceux-ci se répartissent de la manière suivante: 3 198 554 au niveau des villages, 151 412 au niveau intermédiaire et 15 935 au niveau des districts. Ils représentent 227 698 gram panchayats, environ 6 000 panchayats samitis et en gros 500 zilla parishads. À n’importe quel niveau, les sièges des panchayats sont exclusivement occupés par des personnes élues dans les circonscriptions territoriales. Pas moins d’un tiers des sièges des membres et des présidents de comités a été réservé aux femmes. Des sièges sont également réservés à tous les niveaux aux castes plus faibles et aux tribus (aux SC et aux ST, castes et tribus ne disposant que de certains privilèges, et aux Dalits, les hors-castes) en fonction du nombre de leurs membres au sein des panchayats. Pour superviser et contrôler le bon déroulement des élections des panchayats, une commission gouvernementale de surveillance a été créée dans chaque État/territoire de l’Union. La loi a permis d’assurer la constitution d’une commission gouvernementale des finances dans chaque État/territoire de l’Union. Investie d’un mandat de cinq ans, celle-ci est chargée de proposer des mesures pour renforcer les finances des institutions du panchayati raj. Afin de promouvoir la planification du bas vers le haut, chaque comité de planification du district a été doté de statuts constitutionnels. Une liste indicative de vingt-neuf points a été ajoutée à l’annexe numéro onze de la constitution. On attend des panchayats qu’ils jouent réellement un rôle dans la planification et la mise en place des activités liées à ces vingt-neuf points. Dans l’esprit de la constitution, les panchayats sont des institutions d’auto-gouvernance. Toutefois si l’on considère de près l’organisation fédérale de notre État, la plupart des pouvoirs financiers et administratifs qu’ils détiennent dépendent du corps législatif de l’État concerné. Par conséquent, les pouvoirs et fonctions dont ils sont investis varient selon les États.

Des institutions décentralisées sont nées du fait de la constitution. Mais elles ne peuvent être la solution à tous les maux dont souffre la gouvernance, et la réalité est dure. Dans les campagnes indiennes, la distribution des biens et des pouvoirs est très inégale: les foyers les plus pauvres (appartenant aux castes inférieures) qui représentent trente-neuf pour cent de la population ne détiennent que cinq pour cent de tous les biens, tandis que les cinq pour cent les plus riches en possèdent quarante-six pour cent. Le taux d’alphabétisation dans les SC/ST (castes et tribus ne disposant que de certains privilèges) et parmi les femmes est tout à fait faible. La structure patriarcale rigide empêche les femmes de prendre part aux affaires publiques. De plus, la majorité des représentants élus en est à son premier mandat et ne dispose que de peu ou d’aucune connaissance du fonctionnement des organes du système de panchayati raj dont la plupart des membres féminins sont illettrés et soumis aux tabous sociaux et aux valeurs patriarcales. Du fait que l’on «attend» de ces femmes qu’elles soient réservées et soumises, elles ne sont pas en mesure de s’exprimer clairement. Il est donc difficile pour la section rurale qui est plus faible de participer activement au processus de développement. Au niveau local, les pouvoirs détenus par des personnes ont traditionnellement toujours dépassé les limites légitimées par les institutions sociales. Si les gens et leurs institutions ne sont pas actives, l’État et ses organes sont forcés d’assumer le pouvoir à leur place, que ce soit sous une forme centralisée ou décentralisée. Dans ces conditions, pour que les gens soient aptes à faire des choix concernant leur interaction avec la société civile et au sein des hiérarchies sociales, le gouvernement local doit impérativement être ouvert et responsable.

2. La PRIA, les panchayats et la société civile

La PRIA est un centre international d’apprentissage et de promotion de la participation et de la gouvernance démocratique. Dans le contexte de la recherche participative, elle soutient des initiatives axées sur le développement des gens. La PRIA promeut l’approfondissement de la connaissance de la mosaïque des acteurs de la société civile et accroît leur contribution à la gouvernance démocratique au sein de la société. Elle contribue également à faire du système de panchayati raj et des organismes municipaux des institutions efficaces d’auto-gouvernance locale. Au cours des cinq dernières années, la PRIA, le Réseau d’organisations pour le soutien régional (Network of Collaborating Regional Support Organisations – NCRSO) et d’autres partenaires de la PRIA ont entrepris d’intervenir de manière stratégique pour renforcer les institutions du panchayati raj dans les douze États suivants: Andhra Pradesh, Bihar, Gujerat, Haryana, Himachal Pradesh, Kerala, Madhya Pradesh, Madhya Pradesh, Maharashtra, Orisa, Rajasthan, Tamil Nadu et Uttar Pradesh. Ceux-ci sont peuplés par environ deux tiers de la population rurale indienne. L’accroissement du potentiel de participation des collectivités et la prise de responsabilité de leur propre développement, à savoir un type de développement axé sur les gens et contrôlé par eux tel que la PRIA l’a toujours soutenu, est la logique qui sous-tend cette intervention. Les clauses de la constitution fournissent de nouvelles occasions et possibilités de former des dirigeants parmi les femmes et les dalits (SC/ST). Les institutions du panchayati raj peuvent également devenir la base à partir de laquelle on continuera à organiser et à renforcer la société civile dans le pays. Un vaste cadre d’action a été élaboré pour cette intervention stratégique. Ses principes sont décrits ci-dessous.

  1. Les institutions du panchayati raj doivent être considérées comme des institutions d’auto-gouvernance locale et pas simplement en tant qu’implémenteurs de programmes de développement définis de façon centralisée. L’auto-gouvernance doit se fonder sur une planification du bas vers le haut basée sur une microplanification. On ne devrait pas permettre que les institutions du panchayati raj soient placées au troisième rang de l’administration du développement.
  2. Il convient de mettre en relief la participation active des femmes (et autres groupes faibles) aux prises de décisions dans l’intention d’améliorer leur rôle et leur situation et de les aider à obtenir des positions-clés dans le domaine de l’auto-gouvernance locale.
  3. Les interventions destinées à renforcer les institutions du panchayati raj devraient se concentrer sur la formation, la promotion et l’autonomisation de nouveaux dirigeants parmi les femmes, les SC/ST et les dalits.
  4. Les institutions du panchayati raj devraient revendiquer leur accès aux ressources naturelles et humaines ainsi qu’aux autres ressources de développement disponibles auprès des gouvernements des États et du pays et en réclamer le contrôle.
  5. Renforcer les institutions du panchayati raj entraînera la mise au point de leur rôle, des systèmes de gouvernance, de la responsabilité, de la transparence et des liens existants.

L’intervention dont il est ici question est multisectorielle. La PRIA pense que seul un gouvernement local puissant, participatif, ouvert et responsable est capable de répondre aux aspirations et aux besoins des gens. Les institutions du panchayati raj doivent être soutenues grâce à des actions bénévoles énergiques. Les groupements tels que les gram sabhas doivent être renforcés. Il faudrait aussi instaurer une saine coopération entre les organisations communautaires et les panchayats. Enfin, les politiques gouvernementales devraient viser à créer un environnement qui favoriserait l’action des institutions du panchayati raj en tant qu’institutions d’auto-gouvernance énergiques et vigoureuses.

 

(a) Renforcer le bénévolat et les institutions du panchayati raj

L’une des stratégies principales de la PRIA consiste à renforcer les capacités. Ceci implique le renforcement direct des capacités des citoyens, des organisations de citoyens, des organisations bénévoles de développement, des organismes d’aide et des réseaux ainsi que la coalition d’organisations de ce type. Afin de démocratiser la démocratie au niveau local, tout un ensemble d’organisations locales de la société civile a participé au renforcement des institutions du panchayati raj. Dans de nombreux domaines, la conscientisation, la formation de groupes et la promotion du pouvoir local au sein des classes marginalisées ont déjà été réalisées grâce aux efforts d’organisations bénévoles et d’activistes. Ceux-ci ont ainsi été mobilisés et ont pu jouer un rôle direct dans la promotion et le renforcement des institutions du panchayati raj. Il est donc stratégiquement important de renforcer les capacités de ces organisations et de ces activistes et d’encourager leur participation.

Au milieu de l’année 1995, la PRIA, conjointement avec ses partenaires du Réseau d’organisations pour le soutien régional (Network of Collaborating Regional Support Organisations – NCRSO) mit sur pied un programme de renforcement des institutions du panchayati raj. Cette première phase qui dura deux ans reposait sur le travail exploratoire initial entrepris par la PRIA suite au soixante-treizième amendement de la constitution qui mandatait les institutions du panchayati raj en tant qu’autorités d’auto-gouvernance locale. La deuxième phase de ce programme conjoint fut lancée en septembre 1997 après examen de la première phase. De nouvelles stratégies, des ruptures plus profondes et des partenariats plus larges la caractérisèrent. Le programme couvrait alors près de 1500 gram panchayats et plus de 15 000 représentants élus dans douze États, collaborant avec six organisations de soutien régional et autres partenaires-clés. Le bilan stratégique de la PRIA demandait un engagement à long terme en ce qui concerne le renforcement de l’auto-gouvernance locale.1

Un examen programmatique2 fut conduit entre juin et août 1999 afin de déterminer les étapes à entreprendre par la suite pour élaborer le programme de renforcement de l’auto-gouvernance locale. Depuis, des discussions ont été menées par la PRIA et le NCRSO sur les conclusions et recommandations du bilan en ce qui concerne les institutions du panchayati raj.

Le bilan démontra la pertinence du mélange de stratégies d’intervention employées dans le programme durant les deux années précédentes. Le développement inégal des institutions du panchayati raj dans les différents États (largement dû à l’environnement sociopolitique et aux engagements de la société civile) nécessite un dosage plus judicieux et synergique de ces diverses formes d’intervention. L’éventail disponible de ces dernières pour renforcer les institutions du panchayati raj en tant qu’institutions d’auto-gouvernance locale doit être employé de manière différenciée selon le contexte et la phase de développement dans lesquels se trouvent les institutions du panchayati raj.

Quatre grandes catégories d’interventions sont conçues pour répondre aux priorités programmatiques et aux stratégies de renforcement des institutions du panchayati raj. Elles sont les suivantes: 1. promotion de la propriété publique (dissémination de l’information, éducation publique, création de liens avec la société civile et responsabilité); 2. renforcement des capacités (gram sabha, représentants élus, nouveaux dirigeants, fonctionnement structurel, négociations avec l’administration et travail en réseau); 3. développement local (microplanification, utilisation des ressources, coordination des fonds et organisation des services); 4. recherche et soutien (stratégies de surveillance, réactions en direct, mise en place d’une politique, réforme de la politique, création d’un environnement propice et renforcement des connaissances). Au fil des pages suivantes nous présenterons quelques-unes des expériences que nous avons faites avec les institutions du panchayati raj.

(b) Renforcer la participation des gens

On trouve dans chaque village un organisme appelé gram sabha qui est chargé de représenter les habitants. Il se compose de personnes inscrites sur les listes électorales d’un des villages appartenant à la zone du panchayat. C’est la seule tribune qui permette aux villageois adultes de participer directement et de suggérer ce que l’on peut et ce que l’on doit faire pour leur village et comment il convient de s’y prendre. Seul un gram sabha puissant peut garantir l’acquisition des capacités nécessaires pour équilibrer le pouvoir. Si on ne le rend pas responsable vis-à-vis de la collectivité, le gram panchayat a tendance à devenir ce que l’on qualifie de panchayat du sarpanch (qui est le président d’un gram panchayat). Le gram sabha sert à maintenir la transparence au sein du gram panchayat.

Dans tous les États, les gram panchayats ont reçu un mandat constitutionnel les chargeant de garantir que les réunions des gram sabhas aient bien lieu au moins deux fois l’an. En réalité cependant, dans la plupart des endroits, les gram sabhas ne se réunissent que sur le papier. La majorité de leurs membres ne sont pas conscients de leurs droits et responsabilités et un grand nombre ne connaît pas la différence entre le gram sabha et le gram panchayat du village. On s’est aperçu qu’en général, les villageois n’étaient pas au courant des réunions du gram sabha et que les femmes, même si on les en informaient, n’y participaient pas en raison des coutumes sociales. L’absence d’un lieu de réunion approprié (et la distance à parcourir pour assister aux réunions du gram sabha) fait également obstacle à la participation des gens.

Les comités de développement des villages, l’organisation bénévole locale et le gram panchayat de Kehar
Kehar est un gram panchayat du district de Mandi situé dans l’Himachal Pradesh. La PRIA a entamé avec le RTDC, une organisation bénévole locale, un processus de microplanification dans ce gram panchayat. Opérant dans ce domaine, le RTDC entretient un contact étroit avec la collectivité et les organisations communautaires de Kehar. Ces rapports ont facilité le bon déroulement de tout le processus et garanti que toutes les sections du gram sabha de Kehar y participent.

Avec l’aide du RTDC, les comités de développement des villages ont été créés pour chaque circonscription du gram panchayat. Ces comités comprennent entre quinze et vingt membres des différents groupes du gram sabha. La PRIA, le RTDC, les comités de développement des villages et le gram panchayat ont travaillé conjointement pour exercer une influence sur le gouvernement du district. Celui-ci a fourni des ressources et le projet est en train d’être mis en place. Durant toutes les étapes du processus, le gram panchayat et les organisations de soutien ont collaboré étroitement pour se soutenir mutuellement.

La diffusion de l’information, le processus de planification du bas vers le haut ou la microplanification comptent parmi les méthodes les plus efficaces pour mieux inciter les gens à participer à leur propre développement. Les organisations locales de la société civile jouent ici un rôle vital (dans le renforcement de la participation des gens à la gouvernance locale). Elles aident aussi la société civile à mieux se faire entendre dans le domaine du développement axé sur les gens.

Comme le prévoit l’article 243-G, les panchayats ont reçu un mandat constitutionnel pour préparer les projets de développement économique et de justice sociale. Chaque panchayat doit par conséquent préparer un projet qui tienne compte de la situation et des besoins locaux. Dans ce processus, un cadre d’action est développé avec l’accord du gram sabha en ce qui concerne les priorités à choisir en matière de développement. Les villageois se réunissent pour classer les problèmes de la communauté par ordre d’importance, dresser une liste des ressources disponibles et demander au gram panchayat de mettre en place le projet. Celui-ci étant mis en place pendant tout le cours de l’année, il constitue pour le panchayat un cadre d’action plus rigoureux qui l’oblige à faire preuve de transparence vis-à-vis du gram sabha. Un projet, coordonné par les organisations locales et les groupes de la communauté tels que les groupes de jeunes et de femmes permet aux villageois d’examiner attentivement et de juger les prestations de leur gram panchayat. Les organisations et les gram sabhas jouent un rôle constructif en accroissant les ressources du panchayat auquel ils permettent de mobiliser des ressources internes et de négocier efficacement avec le gouvernement afin d’obtenir de ce dernier des ressources pour la mise en place de projets dans les villages.

(c) Collaboration avec les groupes des collectivités

Il existe dans chaque village un certain nombre de groupes fonctionnels tels que des groupes d’entraide, des organisations communautaires, des comités de développement des villages. Leur interaction, leur coopération et leurs conflits avec les institutions locales donnent actuellement matière à discussion en Inde. Outre les institutions statutaires telles que les gram panchayats et les gram sabha, il existe un certain nombre de groupes participatifs non statutaires dans presque tous les villages. Il en existe deux types: l’un naît du besoin et de l’initiative de la collectivité, c’est-à-dire qu’il s’agit de groupes à caractère communautaire tels que les groupes de jeunes, les mahila mandals (des groupes de femmes) ou les panchayats de castes; l’autre est le produit d’organisations/de projets/de programmes externes créés pour une période déterminée. Ces groupes disposent d’un savoir spécialisé et entretiennent des rapports étroits avec leurs fondateurs (les organisations). Du Projet de programme d’éducation primaire dans les districts initié par le gouvernement indien est par exemple né un comité d’éducation du village.

Pour que les organisations communautaires et les institutions du panchayati raj coopèrent efficacement, le gram sabha devrait être conscient, actif et fort. Dans chaque gram panchayat, il existe des comités pour différents secteurs tels que la santé, l’éducation et la justice sociale. Chaque comité est dirigé par un sarpanch (président) ou un membre du gram panchayat. On pourrait créer un mécanisme institutionnel pour permettre aux organisations spécialisées d’agir en étroite collaboration avec les comités spécialisés des gram panchayats. À cet égard, les comités se fondant sur un projet devraient être renforcés de manière à être plus efficaces, autonomes et participatifs. Les groupes de la société civile, tels que les organisations de soutien travaillant conjointement et les ONG pourraient jouer un rôle très important en facilitant la collaboration entre les groupes communautaires et les institutions du panchayati raj. Néanmoins, les expériences que nous avons faites dans neuf États révèlent qu’il n’existe pas de mécanisme institutionnel permettant d’établir des relations entre ces deux types d’institutions. Il conviendrait ici d’entreprendre certains changements politiques.

Biens entre le gram panchayat et le comité d’éducation du village
Kaliram est un village du district de Kaithal dans l’État d’Haryana. Le sarpanch de ce gram panchayat, un homme instruit, est membre du comité d’éducation du village. Le directeur de l’école primaire du village et le sarpanch s’efforcent d’accroître le nombre d’enfants inscrits à l’école. Le sarpanch a organisé un concours pour les enfants scolarisés et sponsorisé une ma-beti mela (une fête pour les mères et leurs filles) qui s’est déroulée à l’école. Ces deux manifestations ont abouti à un accroissement de la participation des gens à l’éducation du village. Le sarpanch contrôle la présence des instituteurs qui n’en éprouvent aucun ressentiment. Ils sont d’avis que toutes les écoles devraient adopter ce type de surveillance.

Toutefois, dans le village de Khandalva, lui aussi situé dans le district de Kaithal, le gram panchayat et le comité d’éducation du village n’entretiennent aucun rapport. L’école est en très mauvais état et l’indifférence du gram panchayat constitue une entrave à la participation du village à l’éducation.

(d) Le soutien politique en faveur de la participation

L’environnement public et politique n’est pas favorable à la participation des gens à la gouvernance, pour ne pas dire qu’il y est carrément hostile. Le soutien positif des gouvernements de l’Union et de l’État est cependant nécessaire à une décentralisation véritable et fonctionnelle des ressources financières et des pouvoirs qui devraient être attribués aux institutions du panchayati raj. Ceci exige d’intenses efforts de soutien pour influer sur les changements politiques aux niveaux de l’Union et de l’État. Le soutien politique implique une prise d’influence pour permettre la participation et l’autonomisation des marginalisés, ce qui sous-entend une surveillance systématique et permanente des politiques existantes, de leur mise en place et de leur réforme. La PRIA encourage non seulement le soutien professionnel, mais aussi le soutien des citoyens.

Quand on préconise des changements dans la politique gouvernementale, il est impératif de faire pression, mais il convient en plus de disposer de «preuves illustrant la réalité». Aussi, la PRIA et les Réseaux d’organisations pour le soutien régional ont entrepris de faire un relevé systématique des différents processus. Des recherches participatives visant à renforcer la participation des gens et des organisations de soutien sont régulièrement menées. Les conclusions de ces études sont en même temps largement diffusées pour que des pressions s’exercent de tous côtés afin de provoquer les changements politiques requis. L’étude conduite récemment sur la situation des fonctions et finances des institutions du panchayati raj en Inde a sensibilisé les citoyens, les médias, les ONG, les bureaucrates, les ministres et les partis politique à leur très mauvaise situation financière. Un certain nombre d’initiatives ont été entreprises en faveur des panchayats par différents gouvernements. Cette étude a même influencé la Commission de planification indienne qui, comme l’a admis son vice-président dans une lettre adressée à la PRIA, a créé à la suite de cela un groupe de travail chargé d’examiner les projets gouvernementaux de développement rural. La PRIA, dont le rôle consistait ici à attirer sur certains points l’attention d’un groupe de travail très puissant constitué par le gouvernement indien, a fait quelques recommandations précises pour renforcer les gram sabhas. Si le gouvernement les accepte, elles serviront à long terme à renforcer l’auto-gouvernance locale et par conséquent, la société civile en Inde.

3. Les enseignements retirés

L’Inde est la plus grande démocratie du monde. Ceci s’illustre entre autres par les aspirations de son peuple et la vision de ses dirigeants. La vraie démocratie accorde un grand poids à la décentralisation de la gouvernance. Les institutions d’auto-gouvernance locale devraient être renforcées de manière à devenir participatives, ouvertes, transparentes et responsables. Pour cela, il conviendrait d’éduquer les citoyens et de renforcer leurs organes de représentation tels que les gram sabhas de manière à ce qu’ils se fassent les gardiens de la démocratie à la base. Il conviendrait également de renforcer les capacités des membres des institutions du panchayati raj en leur proposant formations et ateliers. Les représentants du gouvernement, réglés au diapason d’un pouvoir appliqué du haut vers le bas, doivent être sensibilisés aux nouvelles réalités de l’auto-gouvernance locale.

Les institutions du panchayati raj devraient avoir le contrôle, la responsabilité et les pouvoirs nécessaires pour disposer des ressources situées dans le périmètre de leur juridiction. Dans les affaires locales, elles devraient faire preuve de transparence vis-à-vis de leurs électeurs, les gram sabhas. Il convient aussi de garantir que les femmes et les dalits participent activement et efficacement à l’auto-gouvernance locale. Les comités de projets gouvernementaux ou autres devraient collaborer avec les institutions du panchayati raj (et non les concurrencer) et de leur côté, celles-ci devraient réserver une place à ces organisations communautaires.

Les ONG ont fait preuve d’une grande efficacité quand il s’est agit de mieux faire prendre conscience aux gens de leur rôle et de leurs droits. Grâce à des processus tels que la microplanification, la mise en avant particulière des sections plus faibles, les études participatives et le soutien à la participation, la participation des gens s’est considérablement accrue dans les domaines où nous sommes intervenus. Cependant, il reste nécessaire d’intervenir durablement et de manière plus agressive pour mieux ancrer l’auto-gouvernance démocratique locale en conservant l’État comme point de repère. Le soutien de la recherche et de la politique doit être encouragé de manière étendue et durable afin d’améliorer les différents aspects de l’auto-gouvernance locale. Les interventions doivent s’effectuer à une plus vaste échelle, et il convient également d’étendre les efforts créatifs individuels et conjugués que la société civile et le gouvernement entreprennent pour renforcer l’auto-gouvernance locale.

1 PRIA, 1999: Enter the New Millennium- Strategic Plan of PRIA; avril 1999

2 PRIA, 1999: Programmatic Review of PRI Interventions- IRMA, Anand; septembre 1999