Déclaration finale de la Conférence de VENRO

Sur invitation du VENRO (Confédération de politique de développement des organisations non gouvernementales allemandes) et en coopération avec le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développpement (BMZ), avec les ministères de la Culture des Länder et les départements des gouvernements des Länder responsables de la coopération au développement, 700 participantes et participants venus d’Allemagne, de divers pays européens, d’Afrique, d’Asie et d’Amérique centrale et du sud se sont réunis dans le cadre d ’une conférence de trois jours et ont adopté la déclaration suivante le 30 septembre 2000.

Éducation 21 – Apprendre pour un développement juste et durable

Dix ans après le Congrès de Cologne sur «Le conflit Nord-Sud. Une mission éducative pour l’avenir», nous sommes heureux de constater qu’une des principales revendications de la «Déclaration finale de Cologne» a été satisfaite: la coopération et la mise en place de structures de travail communes entre l’État et la société civile se sont nettement améliorées. Le regroupement commun des promoteurs de ce congrès est l’expression de la qualité nouvelle que revêt la coopération, qu’il convient de consolider et d’élargir.

Seules l’éducation et la participation peuvent opposer à la globalisation «d’en haut» une globalisation «d’en bas». Il revient à l’apprentissage global pour un développement durable de donner aux forces démocratiques la capacité de maîtriser ces processus. C’est dans cet esprit que nous approuvons la résolution unanime du parlement allemand du 29 juin 2000 sur «l’éducation pour un développement durable», dont il ressort que l’environnement et le développement sont les défis essentiels d’aujourd’hui et de demain.

Les conditions générales du développement durable se sont nettement détériorées sous la violente pression d’une globalisation que l’on peut aisément qualifier de fondamentalisme économique. L’AGENDA 21 – Résolution des chefs d’État et de gouvernement sur un partenariat global pour un développement durable – est menacé de se voir sacrifier à la concurrence économique globale. Dans leur déclaration gouvernementale et le traité fondamental d’Amsterdam, le gouvernement fédéral et l’Union Européenne se sont engagés à prendre valeur de modèle en matière de développement durable, ce dernier restant néanmoins utopique tant qu’il n’y a pas de cohésion entre les divers champs politiques. À ce jour, l’action politique pratique est encore nettement en recul par rapport à ces considérations politiques et menace la crédibilité démocratique. La morosité politique, l’insécurité, le manque de perspectives et les sentiments d’impuissance croissent et constituent un terrain nourricier idéal pour l’intolérance, le racisme et la violence. Ne pas mettre un frein à ces évolutions, c’est mettre la démocratie en danger.

Nous condamnons toute forme de violence et de racisme, dont l’expression première se retrouve souvent dans le langage, qui portent lourdement atteinte à la dignité humaine et entravent inexorablement l’émergence d’une société ouverte au monde et tolérante.

Nous approuvons...

  • le revirement opéré par le gouvernement fédéral depuis maintenant deux ans en ce qui concerne les dotations attribuées aux actions d’éducation au développement. Le maintien de l’augmentation des fonds alloués, déjà prévu et extrêmement urgent, est expressément appuyé. Le point de référence est la demande exprimée par les Nations Unies, consistant pour les pays à consacrer au secteur de l’éducation à la politique de développement deux pour cent des crédits publics réservés à la coopération au développement. (En Allemagne, ceux-ci représentent actuellement 0,1% du budget du BMZ);
  • la volonté du BMZ et des ministères régionaux correspondants d’encourager la mise en place de services administratifs destinés à renforcer les actions d’éducation au développement et la coopération Nord-Sud à l’échelle communale;
  • l’intention d’appliquer les recommandations de la KMK (Conférence des ministres de la Culture) de 1997 en faveur de l’introduction d’un programme «Un Seul Monde/Le tiers-monde dans l’enseignement et à l’école» focalisé sur l’apprentissage global pour un développement durable;
  • la décision du gouvernement fédéral de faire adhérer l’Allemagne au Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe, qui répond à de longues années d’attente de la part de la société civile. Nous avons l’espoir que l’adhésion de l’Allemagne, longtemps attendue, vienne renforcer les actions d’éducation au développement au niveau européen;
  • La proposition d’organiser un congrès européen sur l’apprentissage global dans la foulée de «Rio + 10».

La globalisation: un défi pédagogique

Les six sommets mondiaux organisés par les Nations Unies dans les années 90 ont fait apparaître clairement que dans toutes les régions du monde, les perspectives de développement sont entravées par des problèmes globaux que seuls les efforts conjugués de la communauté internationale sont à même de maîtriser. En ce début de 21e siècle, la garantie de nos bases vitales naturelles et la lutte soutenue contre la pauvreté mondiale et ses causes sont une mission prioritaire de la société internationale.

Les pays riches se sont engagés, dans l’AGENDA 21, à harmoniser leurs politiques et leurs économies avec les exigences du développement durable aux fins de donner un avenir à notre planète. La société allemande a elle aussi le devoir d’emprunter le chemin du développement durable. Il importe de remettre en cause les modèles prédominants de gestion économique et de consommation et de concevoir des styles de vie et de production nouveaux répondant aux exigences de la justice sociale et du respect de l’environnement. Les orientations à prendre ne peuvent avoir d’effet que si elles s’inspirent du discernement et de la participation engagée d’une opinion publique informée. C’est sur cette toile de fond que les nations réunies au Sommet de la Terre à Rio en 1992 ont insisté sur le fait que «l’éducation est une condition sine qua non de l’appui au développement durable». L’AGENDA 21 stipule que l’éducation au développement durable doit être ancrée au titre d’élément transversal de l’ensemble du secteur éducatif.

Tous les champs d’action pédagogique doivent donc œuvrer à aider et encourager les êtres humains à participer à la mise en place durable de la société mondiale en émergence avec engagement, compétence et dans un esprit de solidarité internationale. Les efforts consentis à ce jour dans la politique éducative, les pratiques scolaires et l’éducation extra-scolaire et visant à mettre en route l’apprentissage global pour un développement juste et durable sont certes encourageants mais néanmoins largement insuffisants au regard des responsabilités qui nous incombent. Quant aux approches visant une internationalisation de l’éducation qui se limite au renforcement de la compétitivité internationale de notre secteur éducatif et des lieux d’implantation économique allemands, elles ne répondent pas aux défis globaux auxquels nous sommes confrontés.

Les organisations non gouvernementales et les initiatives de la société civile se sont avéré des stimulateurs performants de l’apprentissage global. Il est urgent de consolider les modèles expérimentés et éprouvés d’apprentissage global, interculturel et axé sur le développement et de les ancrer dans les pratiques éducatives scolaires et extra-scolaires.

L’apprentissage global pour un développement durable doit avant tout respecter les principes ­suivants:

  • ce sont les structures et les processus de développement des sociétés mondiales qu’il faut faire connaître, et non les problèmes d’un «tiers-monde» prétendument loin de nous.
  • le développement durable n’est réalisable que si l’égalité des genres est garantie;
  • l’apprentissage doit être basé sur le principe de l’acceptation par l’individu des spécificités culturelles dont est empreinte sa propre conception du monde, car ceci l’encourage à aborder tout point de vue différent du sien avec respect et curiosité. C’est donc en tenant compte des intérêts en jeu et de manière multiperspectiviste qu’il faut exploiter les thèmes traités, le rôle de l’apprentissage global étant dès lors d’aider les victimes de la globalisation à se faire ­entendre;
  • aucune action éducative ne doit être réduite à une simple explication de la coopération au développement. Il faut abandonner les modes de pensée paternalistes d’assistanat et les points de vue eurocentrés, et ne pas cesser de mettre en lumière la diversité des contributions de nos partenaires au processus de développement dans les États d’Afrique, d’Asie et d’Amérique centrale et du sud. Ces revendications ont d’ores et déjà été formulées lors du congrès éducatif de Cologne et restent encore très éloignées de la réalité;
  • il faut éviter l’emploi du terme «aide au développement». Les pays que l’on traite en bénéficiaires d’aide ne peuvent être considérés comme des partenaires politiques, économiques, écologiques et culturels intéressants aux yeux de l’opinion publique. Le terme suggère en outre que seul le Sud a besoin de développement. Pourtant, la voie de développement empruntée par les pays industrialisés ne peut en aucun cas avoir valeur d’exemple vu qu’elle n’est pas durable. Les solutions doivent être recherchées et élaborées conjointement par les pays industriels et les pays en développement;
  • l’apprentissage global pour un développement durable doit mettre en lumière l’interconnexion entre les questions de développement globales et locales, mais aussi aller de pair avec d’autres champs d’action pédagogiques de l’éducation au développement durable, notamment l’éducation à la paix et aux droits humains, l’éducation à l’environnement et l’apprentissage interculturel.

Nous attendons...

1. l’amélioration des conditions dans lesquelles se déroule l’apprentissage global

  • Il est nécessaire de dégager des ressources personnelles et financières pour donner lieu à un apprentissage global dans tous les domaines éducatifs. Il faut donner une garantie à l’action des organisations non gouvernementales en Allemagne. À ce sujet, le VENRO a soumis au débat l’introduction d’un modèle concret de fondation, débat qu’il s’agit de poursuivre.
  • Il faut assurer la promotion de méthodes nouvelles d’apprentissage global au niveau structurel. Il faut pour cela flexibiliser les structures scolaires et appuyer des modes d’apprentissage et des types d’écoles novateurs.
  • Il faut renforcer la mise en place et l’élargissement de bureaux de conseil scolaire pour l’apprentissage global.
  • Il faut encourager l’accès équitable aux techniques de communication modernes au Sud et au Nord, celui-ci étant une condition importante de l’apprentissage global. Il faut veiller à ce que le fossé entre Nord et Sud ne continue de se creuser. Pour ce qui est de l’utilisation des nouveaux médias, la formation d’une compétence médiatique critique revêt une importance primordiale.

2. Les actions de politique éducative suivantes

  • La recommandation de la KMK «Un Seul Monde/Le tiers-monde dans l’enseignement et à l’école» de 1997 doit être appliquée, et ce en relation avec les recommandations et rapports thématiques connexes sur l’éducation aux droits humains, à l’éducation interculturelle et à l’éducation à l’environnement. Il convient d’y faire participer les acteurs de la société civile.
  • Les Länder sont appelés à organiser des congrès de suivi à «L’éducation 21 – Apprendre pour un développement juste et durable» en coopération avec les organisations non gouvernementales, et à implémenter les objectifs de cette déclaration.
  • L’ouverture des secteurs éducatifs les uns aux autres doit être renforcée pour permettre la mise en place de coopérations dans les secteurs de l’éducation scolaire et extra-scolaire. L’ensemble du secteur éducatif doit accorder une plus grande place aux expériences positives réalisées dans le cadre de diverses campagnes en tant que lieux d’apprentissage global.
  • L’apprentissage global doit devenir partie intégrante de la formation initiale et continue des enseignants, des éducatrices et éducateurs dans tous les secteurs éducatifs et surtout à l’école et à l’université. Les règlements des examens doivent être révisés dans ce sens.
  • L’apprentissage global ne commence jamais assez tôt. La mission de l’éducation à la solidarité et à l’entente interculturelle doit être mieux prise en compte dès la maternelle et l’école primaire.
  • Il importe de renforcer et d’élargir la coopération européenne et non-européenne à tous les niveaux de l’enseignement.
  • Il faut internationaliser les programmes d’études. L’apprentissage global en tant qu’élément transversal de l’apprentissage tout au long de la vie doit être ancré sans aucune exception dans tous les secteurs éducatifs.
  • Pour appuyer la coopération internationale à but non lucratif, il faut adopter une loi allemande et européenne sur les volontaires réglementant les questions de permis de séjour, de sécurité sociale, etc.
  • Il faut renforcer les coopérations en éducation et en recherche entre le Sud et le Nord de façon à exploiter les potentiels d’apprentissage et d’innovation respectifs des deux côtés. L’amélioration des conditions de séjour des étudiants étrangers au niveau juridique et social en fait aussi partie.
  • La coopération Nord-Sud doit être intensifiée à tous les niveaux dans le cadre de l’Agenda 21 Local, et plus particulièrement entre l’enseignement supérieur et les communes.

3. Le contrôle de sa propre action

  • Nous constatons un manque de disposition à analyser de manière continue et critique ses propres activités, à se faire contrôler en fonction de critères cohérents et à assurer la transparence sur ses propres actions.
  • Il importe d’autre part, pour se montrer crédible, de vivre l’égalité des genres dans tous les efforts éducatifs et de la considérer comme un facteur qualifiant de l’action éducative.
  • Pour se montrer crédible, il importe également d’évoquer la richesse culturelle du Sud et de mettre en lumière les développements positifs. Le Sud est un partenaire, pas un objet de l’apprentissage global. Ceci implique qu’il faut impérativement tenir compte des ressources que représentent les étudiants, les scientifiques, les pédagogues étrangers et les autres migrantes et migrants qui vivent en Allemagne.
  • Quiconque veut rendre crédible sa propre action doit s’orienter ­lui-même aux idées maîtresses du développement durable.
  • Toute action éducative doit se baser sur les intérêts et les situations respectives des apprenants. Les acteurs éducatifs sont appelés à créer des accès nouveaux à l’apprentissage axé sur le développement, en particulier pour les jeunes.
  • Pour traiter convenablement la thématique d’«Un Seul Monde» l’apprentissage global exige que l’on cesse de se limiter aux relations Nord-Sud.
  • Les forces de la société civile doivent consolider l’action de lobbying politique au sein de l’État et des médias pour parachever la cohésion entre tous les champs d’action sociaux dans l’esprit du développement juste et durable.