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Le questionnaire en ligne

Viviane Reding

L'éducation permanente en Europe: un défi pour l'université populaire

La XIe Journée des universités populaires allemandes tombe pendant une année historique pour la politique de l’éducation, une année au cours de laquelle, en Europe, on a débattu et l’on s’est penché plus que jamais sur l’éducation permanente.

L’année 2001 est tout d’abord l’Année européenne de l’apprentissage des langues. Par son multilinguisme et son internationalité, le programme dont elle s’accompagne, avec sa multitude d’ateliers sur ce thème, reflète la grande continuité des interventions dans ce domaine.

En même temps commence cette année le 5e Programme cadre européen pour la promotion de l’égalité des chances entre les hommes et les femmes qui s’étalera de 2001 à 2006. Je fais moi-même partie du groupe des cinq commissaires de la commission ­chargée de coordonner la politique de l’égalité des chances entre les hommes et les femmes durant le mandat présidentiel de M. Romano Prodi. Dans ce programme, l’éducation permanente est considérée comme l’un des instruments majeurs dans la politique de l’égalité des chances.

Les trois-quarts des apprenants dans les universités populaires allemandes sont des femmes de tous âges, ce qui est tout à fait remarquable. L’OCDE a récemment constaté de nouveau dans une vaste étude que ce ne sont pas les femmes mais comme toujours les hommes, en particulier ceux âgés entre 25 et 50 ans, qui ont les meilleures chances de pouvoir continuer à se former. En outre, plus leur niveau de formation et leurs salaires sont élevés et plus leurs chances augmentent. Compte tenu de ce «vent contraire», vous apportez une contribution extrêmement précieuse au gender mainstreaming (approche intégrée de l’égalité des genres - note de la traductrice) en Europe. Permettez-moi de vous encourager à étendre encore plus vos interventions dans ce domaine pour que les autres secteurs de l’éducation permanente puissent en bénéficier. Dans de nombreuses universités populaires, des expertes de l’éducation des adultes ont élaboré dans tous les domaines du savoir d’importants programmes de politique en faveur des droits des femmes, encourageant ainsi ces dernières à s’engager dans la politique et à se préparer pour obtenir, défendre ou garder un emploi. Dans le cadre des ateliers, quelques uns des programmes les plus intéressants seront présentés, entre autres ceux que nous avons volontiers soutenus financièrement grâce au programme Socrates.

En outre, le Mémorandum sur l’apprentissage tout au long de la vie, rendu public en novembre 2000 par la Commission européenne, a déclenché cette année des discussions vastes et pointues partout en Europe. La commission avait convié les États membres et ceux en instance d’adhésion à en débattre chez eux et à lui soumettre des propositions pour un plan d’action dans le domaine de l’éducation permanente. En outre, des organisations non gouvernementales et des citoyens européens avaient été invités à participer à ce débat. Selon une estimation prudente, 12 000 personnes dans toute l’Europe ont pris part au débat sur le mémorandum. Un grand nombre d’entre elles ont aussi activement contribué à ces débats en faisant part de leurs expériences et de leurs visions. Je souhaite ici les en ­remercier vivement.

La vaste palette de suggestions et d’actions concernant l’éducation permanente, dont les États membres nous ont présenté les aspects à tous les niveaux, et la multitude ainsi que la qualité des événements organisés un peu partout nous ont montré que le processus européen de consultation était déjà sur tous les plans un catalyseur primordial pour renforcer la prise de conscience et donner un nouvel élan à la politique de l’éducation. Sous peu, la commission présentera pour la première fois au Conseil des ministres de l’Éducation et de la Jeunesse ces projets intéressants qui nous viennent de partout et visent à la création d’un Espace européen d’apprentissage tout au long de la vie.

Conjointement avec les ministères européens de l’Éducation, nous nous efforcerons également durant les mois à venir d’élaborer un programme de travail conformément au rapport concernant les objectifs des systèmes d’éducation et de formation. Ce projet a été formé l’année dernière à Lisbonne sur l’initiative conjointe des chefs des États et gouvernements européens. Lors de leur prochaine réunion qui se déroulera au mois de mars prochain à Barcelone, ils devront déjà donner au programme une tournure aussi concrète que possible. L’éducation de base pour tous, y compris pour les adultes, ainsi que la formation initiale et continue des enseignants à tous les niveaux, y compris dans le domaine de l’éducation des adultes, font partie des questions touchant les universités populaires, qui les intéressent particulièrement. L’élaboration d’une nouvelle éducation de base est également un thème central. Elle complèterait celle qui existe déjà au moyen des éléments suivants: techniques d’apprentissage, connaissances de base des techniques de l’information et de la communication, connaissances des langues étrangères, éducation de base scientifique et technique pour tous (en particulier pour les filles et les femmes), esprit d’entreprise et compétences sociales. Dans le débat mené en Allemagne, d’autres thèmes comme, par exemple, la qualité de l’éducation permanente ont suscité un grand intérêt. Nous procèderons ici en prenant des exemples des meilleures pratiques, en élaborant des indicateurs et en proposant différentes formes de coopération bilatérale en Europe. Le débat mené parallèlement sur le Mémorandum sur l’apprentissage tout au long de la vie a permis d’associer de manière de plus en plus concrète l’éducation des adultes à ce projet qui était au départ plus largement axé sur le système formel d’éducation et son avenir.

Avant d’examiner plus en détail le Mémorandum sur l’apprentissage tout au long de la vie, permettez-moi de dire quelques mots sur la coordination entre l’Europe et les pays en ce qui concerne toutes nos initiatives dans le domaine de l’éducation.

Je conçois la commission en tant que catalyseur et animateur du processus qui a été déclenché. Il va de soi que nous agissions dans le respect particulier du cadre juridique et de la répartition des compétences entre la Communauté et les États membres, comme la prévoient les articles 149 et 150 du contrat de la Communauté européenne. Il sera ici crucial d’intervenir auprès de tous les participants de manière à ce qu’ils acceptent cela comme il se doit. Ce n’est que s’ils sont convaincus de cette approche que nous pourrons l’employer de manière fructueuse. Compte tenu du fait que selon les contrats la politique de l’éducation et de la formation ne peut être une politique d’harmonisation, nous misons d’abord principalement sur les échanges d’informations, d’expériences et de meilleures pratiques, puis par la suite sur le dialogue politique concernant les objectifs et stratégies communs et enfin sur l’acceptation de prendre des obligations personnelles afin de réaliser ces objectifs et de mettre ces stratégies en pratique. Cette méthode permet de conserver intégralement l’autonomie des politiques nationales de l’éducation et de la formation.

Le Mémorandum sur l’apprentissage tout au long de la vie a reçu dans vos milieux un accueil mitigé, certains l’ont accueilli avec grand enthousiasme, d’autres avec quelque réserve et scepticisme. Permettez-moi de reprendre cinq thèses du débat, qui pourraient vous intéresser particulièrement.

1. L’éducation permanente ne concerne pas seulement l’économie et le marché du travail, mais tous les domaines de la vie.

Surtout au niveau européen, mais également dans maints États membres, le débat a été mené si étroitement que l’on pouvait avoir l’impression qu’il devait uniquement aborder la formation initiale et continue des adultes tout au long de la vie axées sur l’emploi et les besoins de l’économie. À la suite du débat mené dans toute l’Europe, un large consensus se dessine. Il met en parallèle les intérêts de l’économie dans l’éducation permanente et les processus d’apprentissage destinés à encourager les citoyens: éducation permanente pour participer à la vie politique, pour améliorer les chances d’épanouissement personnel et d’intégration sociale. Partout en Europe, il y a toujours eu des universités populaires qui abordaient toutes les questions de la vie. Un grand nombre de leurs programmes reflète encore cette palette «vaste comme la vie», et à l’avenir, ces thèmes reprendront de l’importance.

En raison des réponses des États membres, la commission soulignera encore plus nettement que la politique de l’éducation, qui doit soutenir l’engagement actif des citoyens, fait justement partie de l’éducation de base et ne doit en aucun cas être sacrifiée au profit de la formation professionnelle du fait de priorités mal comprises. Comme l’ont exigé de nombreux États membres, nous ferons en sorte à l’avenir que l’équilibre qui s’exprime dans le Mémorandum entre d’un côté la formation professionnelle et de l’autre l’éducation politique, l’éducation ayant pour but l’épanouissement personnel et la formation à l’intégration sociale corresponde à une amélioration de l’équilibre des priorités que nous accordons en matière de financements.

Une Europe du savoir nécessite une démocratie vivante; elle a besoin de citoyens éclairés et courageux qui ont appris à recueillir et à évaluer des informations, à poser des questions, à prendre part à des discussions et à intervenir, devenant ainsi des interlocuteurs compétents dans de nouveaux domaines d’envergure politique. Une démocratie vivante va de pair avec une politique de l’éducation vivante au sein des universités populaires, que l’on puisse élaborer conjointement avec des citoyens intéressés, qui n’ait pas besoin de chercher une clientèle solvable sur le marché, mais soit prioritairement financée par les pouvoirs publics.

Ce que vous êtes parvenus à réaliser ces dernières décennies, rien que grâce aux dialogues que vous avez engagés dans tout le pays et à vos activités dans le domaine de l’intégration avec des émigrés et des réfugiés, donne à la société du savoir en Europe un profil clairement éthique, un visage humain. Tandis que d’autres établissements d’enseignement viennent seulement de découvrir le dialogue des cultures, vous organisez depuis des années partout en Allemagne des journées d’action contre l’extrême de droite, le racisme et la violence.

2. L’éducation permanente ne s’applique plus seulement à l’éducation des adultes, mais à tous les secteurs de l’enseignement

Les consultations qui se sont déroulées dans toute l’Europe sur le Mémorandum sur l’apprentissage tout au long de la vie ont également montré à quel point il était important que les réformes qui favorisent l’apprentissage tout au long de la vie et le rendent attrayant commencent par être appliquées dès un âge préscolaire dans la famille ou à la maternelle. Du fait que l’inégalité des chances en ce qui concerne l’éducation permanente se fait souvent sentir dès le plus jeune âge, la mission de l’éducation parentale et familiale à laquelle les universités populaires dans de nombreux pays d’Europe se sont toujours consacrées, aura à l’avenir une signification stratégique de plus en plus importante.

Avant, les gens qui pour différentes raisons interrompaient leur scolarité n’obtenaient souvent une deuxième, voire une troisième chance que grâce à l’éducation des adultes. Nous voulons par conséquent essayer d’œuvrer à l’amélioration des premières chances. Notre programme pilote baptisé «Écoles de la deuxième chance» auquel une université populaire allemande a également participé en proposant des cours pendant la journée et le soir, indique de nombreuses manières qu’une gestion scolaire réformée et axée sur l’apprenant, des méthodes d’enseignement et d’apprentissage elles aussi axées sur l’apprenant, la coopération avec des entreprises à l’esprit ouvert et des approches multilingues et multiculturelles pouvaient contribuer à réduire substantiellement le nombre des abandons et à permettre à ceux que l’on qualifie de «ratés de l’école» de prendre un nouveau départ.

Lorsque ce programme pilote a été repris cette année par le programme Socrates-Grundtvig qui promeut l’éducation des adultes et l’éducation permanente en Europe, nous nous sommes aperçus du nombre d’universités populaires en Europe qui se consacrent déjà à ces activités primordiales dans des conditions difficiles que ce soit du point de vue des finances, du personnel ou des locaux. À l’avenir, il ne s’agira pas tant d’élargir de plus en plus les formations de la deuxième chance ou comme vous dites «parallèles» offertes par les universités populaires que de faire évoluer les écoles d’Europe dans le sens de l’éducation permanente et de les faire un peu profiter des approches souples et ouvertes axées sur l’apprenant telles que les pratiquent les écoles de la deuxième chance.

La commission soutient également des projets pilotes «d’écoles ­socratiques» qui sont devenus un mouvement en Europe. Ils ont montré qu’ils étaient réalisables et permettaient d’obtenir d’étonnants résultats même quand ont ne respecte pas le rythme d’une heure pour les cours, que l’apprentissage s’effectue dans le cadre de projets, que l’enseignant joue un nouveau rôle, conseillant, soutenant et encadrant les apprenants en groupes et individuellement, que les élèves et les enseignants ont le même accès à toutes les sources d’information.

Je souhaite transmettre une question posée dans le cadre du débat européen sur la reconnaissance des résultats scolaires. Elle s’adresse aux écoles et aux universités populaires: pourquoi les matières dans les deuxièmes filières de passage du certificat de fin d’études primaires ou d’autres certificats doivent-elles être reprises même si lors de sa première scolarité l’apprenant a obtenu la mention très bien, bien, assez bien ou satisfaisant? Les bulletins scolaires des élèves qui ont échoué au certificat ne pourraient-ils pas être reconnus et certifiés, tout au moins dans les matières où les résultats n’étaient pas insuffisants? Ceci permettrait de gagner du temps et de faire des économies tant lors du rattrapage des certificats que dans les établissements chargés d’évaluer les connaissances, techniques et compétences acquises, qui vont être créés dans toute l’Europe.

Pour mettre en place un système de certification automatique d’une partie des résultats dans le cas d’une interruption de la formation professionnelle ou des études, nous devrons en Europe chercher conjointement des solutions pour permettre un meilleur passage entre différents secteurs de l’enseignement.

Outre les possibilités de rattrapage des certificats de fin d’études, nous aurons également besoin d’offres actualisées ouvertes pour une éducation générale d’envergure européenne dispensée à temps partiel ou plein. Elles devront aussi permettre à tous les citoyens de remettre leur éducation de base à niveau au moyen de cours de différentes durées. Un grand nombre des problèmes que rencontrent les gens lorsqu’ils évaluent des informations sont dus à des connaissances de fond ni suffisamment profondes, ni assez actuelles - des lacunes que les médias comblent de moins en moins quoique eux aussi aient une mission éducative. Des cours radiodiffusés dispensés dans le cadre d’une coopération entre les médias publics et les universités populaires ont ici ouvert aux adultes de nouveaux horizons. Toutes les universités populaires européennes qui offrent des possibilités de séjour pourraient, si leurs subventions reposaient sur des bases plus solides (éventuellement avec notre participation), devenir, pour les adultes, de nouveaux lieux d’éducation générale qui s’inscriraient dans une optique européenne.

Nous invitons également les établissements d’enseignement supérieur à mieux s’organiser dans le domaine de l’éducation permanente. Cette prière s’applique d’un côté à leur mission première d’enseignement dont les étudiants exigent aussi une approche plus axée sur l’apprenant et dans de meilleures conditions du point de vue du personnel et du matériel. D’un autre côté, elle s’applique également à l’ouverture des établissements d’enseignement supérieur à l’éducation permanente pour tous les milieux sociaux. La commission s’efforce aussi de préparer un modèle de reconnaissance des connaissances, capacités et compétences acquises dans la vie professionnelle ou privée. Selon la situation dans les länder où elles se situent, les universités populaires allemandes ont contribué de manière remarquable à l’ouverture des établissements d’enseignement supérieur aux personnes qui ne suivent pas la voie habituelle. D’une part, elles y sont parvenues en leur offrant des cursus parallèles qui débouchaient sur le baccalauréat ou sur un certificat d’aptitude aux études dans un établissement d’enseignement supérieur (Fachhochschulreife) et d’autre part, en proposant conjointement avec les établissements d’enseignement supérieur des «cours d’aptitude aux études» aux personnes en activité. Un petit nombre d’universités allemandes ont également décidé d’ouvrir leurs portes à l’essai pour les personnes particulièrement douées. Elles ne leur demandent pas de passer un examen d’entrée, mais en revanche de prendre part à un entretien d’orientation centré sur l’apprenant.

La création des académies et des universités du troisième âge, avec les vastes possibilités qu’elles ouvrent, est dans de nombreux endroits le fruit d’initiatives des universités populaires qui, en employant une méthodologie et une didactique adaptées à l’âge des apprenants, ont jeté les premières têtes de pont d’une évolution qui a de l’avenir.

Ces exemples tirés d’autres secteurs de l’éducation doivent servir à vous montrer qu’il est tout à fait dans votre intérêt que des bastions qui peuvent vous sembler imprenables deviennent des lieux de coopération et de partenariat dans le domaine de l’éducation permanente pour tous.

Vous comprendrez que de tels mouvements novateurs, de tels petits «raz de marée» déferlant sur le paysage européen de l’éducation sont nécessaires pour que vous qui travaillez dans les universités populaires n’ayez plus à faire fonction de portiers.

Une grande partie des opérations préparatoires qui servent à «ouvrir des portes» et dont vous vous chargez traditionnellement devrait à l’avenir être remplacée par la reconnaissance des connaissances, capacités et compétences déjà acquises.

3. L’éducation permanente requiert une nouvelle perspective axée sur l’apprenant.

Les adultes devraient par conséquent apprendre de leur plein gré et le faire selon leurs besoins et leurs centres d’intérêt.

  • En Europe, l’éducation permanente qui s’adresse aux adultes offre principalement des cours de longue durée que ceux-ci peuvent rarement choisir et où ils sont contraints de rester, même s’ils n’ont pas l’impression de faire des progrès ou s’ils préféreraient travailler. Les apprenants remplissent une obligation et ne satisfont que plus rarement un besoin.

La majeure partie de l’éducation permanente des adultes dans les universités populaires repose au contraire sur l’initiative personnelle. Le programme proposé est modulaire, et chacun peut choisir dans tous les domaines les éléments qui lui conviennent. Dans les universités populaires, un grand nombre de ces éléments débouchent aujourd’hui sur des certificats, et on peut aussi y obtenir des diplômes d’éducation générale. Néanmoins, ces offres sont facultatives, et non obligatoires.

J’ai entendu dire que les enseignants des écoles venaient souvent dans les universités populaires pour y proposer leurs services gratuitement, qu’ils voulaient être au moins une fois par semaine avec des gens qui prenaient un intérêt passionné à tout ce qui fait partie de leur spécialité. Ce recentrage sur l’apprenant va provoquer un grand bouleversement, en particulier dans le domaine de la formation professionnelle des adultes. Dans le cas des mesures financées par l’UE, les règles qui régissent le choix de l’établissement de formation continue le meilleur marché et le plus expérimenté sont jusqu’à maintenant très précises. Il serait à l’avenir très souhaitable que cette grande précision s’applique également aux règles concernant une gestion des cours souple et centrée sur l’apprenant. À cet égard, nous avons besoin de vos conseils et de votre collaboration pour que les instruments européens essentiels à la promotion de mesures en faveur de l’éducation permanente puissent mieux s’adapter aux besoins individuels des apprenants.

  • Dans les universités populaires, les voies novatrices permettant d’enseigner et d’apprendre les uns des autres et conjointement ont largement été développées en conséquence. À cet égard, l’éducation des adultes, avec ses diverses méthodes d’enseignement ouvertes et souples, peut permettre de nombreux échanges au plan européen et fournir de multiples enseignements aux autres secteurs de l’éducation. Les cercles d’études et de travail, les ateliers-séminaires, les ateliers de l’avenir ou les forums ouverts, l’apprentissage par l’expérience et les projets dans l’éducation des adultes font déjà partie des outils qu’emploient de nombreuses universités populaires.

    Dans vos ateliers, vous présentez également des méthodes entièrement adaptées aux gens et qui, comme vous le dites aussi dans un des points principaux de votre programme, «permettent d’apprendre judicieusement et avec tous les sens». Les gens doivent accepter ce processus d’apprentissage, le comprendre en tant que tel et ne pas uniquement avoir la possibilité d’apprendre ou de revoir certaines choses. Ils doivent aussi placer leurs acquis dans un contexte général et pouvoir «recréer tout leur univers en apprenant», comme on le disait toujours lors des grandes campagnes mondiales d’alphabétisation.
  • Les universités populaires font partie des rares lieux de l’éducation des adultes où l’on attache une importance capitale à la participation des apprenants, à tous les niveaux. Dans de nombreux länder, on y élit aussi des représentants des participants. De ce fait, l’université populaire pourrait devenir un lieu où l’on s’exercerait à la citoyenneté active. Sa gestion devrait être en harmonie avec les principes qu’elle défend en matière de politique de l’éducation. Dans les projets pilotes des Écoles de la deuxième chance, dont certains avaient des structures très ouvertes et souples, des jeunes ont ainsi appris à participer aux décisions et à partager les responsabilités. Je souhaite vous encourager sur cette voie.
  • Les universités populaires ont compté parmi les pionniers européens dans l’élaboration de concepts de la qualité, du fait qu’elles accordaient une grande importance aux évaluations des participants.
  • Tant que la formation continue hors du ressort des pouvoirs publics sera de plus en plus offerte sur un marché en expansion, il nous incombera de renforcer le rôle des consommateurs. Les initiatives allemandes comme la proposition de créer une Stiftung Bildungstest (calquée sur le modèle de la Stiftung Warentest qui fut créée par le gouvernement en 1964 et qui procède à des tests comparatifs sur des marchandises et des services, la Stiftung Bildungstest ferait des essais comparatifs dans le secteur de l’éducation - note de la traductrice) a été accueillie avec un vif intérêt dans d’autres pays.

Nous attendons tout particulièrement du secteur public de la formation continue qu’il établisse des normes sévères en vue de la participation des apprenants à la société du savoir.

4. L’emploi des techniques de l’information et de la communication est une innovation primordiale pour l’enseignement et l’apprentissage de l’avenir.

Dans le cadre de notre initiative d’apprentissage en ligne, nous avons analysé le fossé qui menace de se creuser dans les domaines de la formation initiale et continue en ligne. Les formes d’apprentissage (autodidacte, en groupe, en groupe virtuel ou dans l’enseignement à distance) assistées par des moyens techniques ont déjà été mises en place de manière exemplaire dans de nombreuses universités populaires. Le programme que vous avez présenté, mais aussi la participation de différentes universités populaires aux actions Minerva et Grundtvig organisées dans le cadre du programme Socrates et présentées ici le montrent bien.

C’est justement du fait que les universités populaires sont proches des groupes de la population ordinairement exclus ou défavorisés qu’elles seront les premières à avoir besoin de centres de technologie de l’information et la communication qui leur appartiennent ou soient intégrés (et non de centres externes) avec un personnel adéquat pour l’apprentissage en groupe et pour l’apprentissage autodidacte avec encadrement technique et pédagogique.

Partout en Europe, ce domaine exige encore que, dans le domaine de l’éducation permanente, les pouvoirs publics fassent de nombreux investissements dont l’envergure semble souvent dépasser de loin les budgets des communes et des régions. Il conviendra pour cela d’entreprendre des efforts concertés et conjoints dans les villes et régions où se concentrent les activités économiques, les organismes de l’éducation et de la culture et les ONG. Il faudra en même temps accorder beaucoup d’attention aux possibilités particulières que les nouvelles technologies offrent à certains groupes, comme ceux des personnes en longue maladie, qui n’ont pas accès au système d’éducation classique. Dans toute l’Europe, des établissements parfaitement équipés, qui existent déjà, ouvriront leurs portes à certains groupes de la population. Dans l’intérêt général, ils devront remettre leur affectation légale en question. Toutefois, les défavorisés ne peuvent pas ­toujours être tributaires de possibilités d’apprentissage de deuxième main. De ce fait, la direction générale de l’Éducation et de la Culture offre justement aussi dans le cadre du programme Socrates-Grundtvig un soutien privilégié et exemplaire de l’accès aux technologies de l’information et de la communication pour les personnes atteintes de différents handicaps comme les aveugles, les sourds, les personnes en longue maladie, les détenus, les femmes des zones rurales, les réfugiés et les émigrés, pour ne citer que quelques exemples. Dans ce domaine, les organismes responsables du financement des établissements de formation continue dans les villes et régions défavorisées ont déjà employé avec succès des moyens provenant du Fonds social européen et du Fonds régional européen pour améliorer l’infrastructure aux niveaux local et régional.

Enfin et surtout, permettez-moi de dire un mot sur le financement de l’éducation permanente dans l’optique du débat sur le Mémorandum.

5.L’éducation permanente exige une nouvelle conception économique; elle repose sur des investissements à long terme dans des personnes susceptibles d’apprendre.

Le langage économique qui parle de «ressources humaines» ou de «capital humain» et qui entend par-là des «gens» a souvent été critiqué dans les réactions au Mémorandum. En l’employant, la commission a toutefois essayé d’ouvrir une brèche dans la compréhension de la gestion et du calcul des coûts et services telle qu’elle s’est répandue, même dans les établissements publics d’enseignement.

Le tournant décisif du débat, et là, les avis étaient dans une large mesure unanimes, fut la constatation qu’il ne fallait plus voir dans le financement de l’éducation permanente des «frais» difficiles à supporter pour les entreprises, les villes, les communes, les régions et les États européens, mais un investissement orienté vers l’avenir dans les compétences des citoyens.

Un changement radical de perspective se produit ici à tous les niveaux. Une Europe du savoir ne peut évoluer de manière dynamique et compétente que si elle attache autant de prix aux investissements dans l’éducation permanente qu’aux investissements dans les machines, les bâtiments ou l’infrastructure du lieu de travail. Nous attendons tout autant des pouvoirs publics que du secteur économique privé en Europe qu’ils adaptent leurs méthodes de comptabilité et de planification des finances de manière à répondre aux exigences de l’éducation permanente pour tous. Les investissements que nous ferons dans des personnes susceptibles d’apprendre compteront à l’avenir parmi les plus efficaces en Europe.

Perspectives: élargissement de la participation allemande au programme Socrates-Grundtvig

L’éducation permanente dans tous les domaines nécessitera un cadre européen et international plus puissant. Dans le cadre du programme Socrates I, et surtout grâce aux efforts persévérants de collègues comme Mme Süssmuth et Mme Pack, nous avons pour la première fois aidé la promotion de l’éducation des adultes à triompher. De ce fait, je suis heureuse qu’environ 25 projets d’éducation des adultes de ce type que nous avons soutenus dans ce cadre jusqu’en 1999 et qui ont obtenu des résultats particulièrement excellents aient accepté de se présenter dans la zone d’exposition de la Journée des universités populaires allemandes et que d’autres projets Grundtvig qui se déroulent actuellement viennent eux aussi se présenter dans différents ateliers et exposer leurs idées et perspectives. Je salue ici aussi chaleureusement les coordinateurs de projets venus des quatre coins de l’Europe et remercie l’Association européenne pour l’éducation des adultes (AEEA) de l’excellente préparation de cette présentation.

Nous avons baptisé le deuxième volet de cette action du nom d’un éducateur danois, Grundtvig, qui a eu une très grande influence sur l’éducation des adultes en Allemagne. Comme beaucoup d’entre vous le savent déjà certainement, elle vous donne la possibilité d’obtenir non seulement de fortes subventions pour de nouvelles idées et initiatives, mais aussi de les rendre durables et de leur permettre d’affronter l’avenir grâce à une évolution parallèle, à un accueil favorable et parfois même à une reconnaissance formelle dans plusieurs pays européens intéressés.

Si je compare avec d’autres pays européens, je souhaiterais toutefois une participation beaucoup plus large des universités populaires allemandes avec toutes leurs compétences. Quand on considère le nombre d’universités populaires qui existent dans toutes les régions en Allemagne, la possibilité de mettre l’éducation des adultes sur une voie européenne à l’aide tout d’abord de partenariats d’apprentissage dans le cadre de Grundtvig 2 peut également être encore élargie. Enfin, j’aimerais vous inviter à continuer à faire fructifier les compétences variées des universités populaires dans le domaine de l’éducation permanente pour en faire profiter nos collègues dans d’autres pays d’Europe. Votre programme «Apprendre dans le cadre d’une coopération internationale» reflète déjà la profondeur et l’étendue de ces activités.

Inversement, vous devriez aussi inciter vos collaboratrices et collaborateurs à suivre des stages de formation continue dans d’autres pays d’Europe. Ce qui, voici encore quelques années, pouvait paraître exotique devra à l’avenir renforcer la compétence de nos établissements européens d’éducation des adultes aux niveaux de l’Europe et du monde. Pour cette raison, la direction générale de l’Éducation et de la Culture a créé dans le cadre de Grundtvig 3 des bourses spéciales pour les personnes exerçant une activité dans le domaine de l’éducation des adultes. Pour l’année prochaine, nous avons augmenté les moyens financiers affectés à ce type de mobilité dans le domaine de l’éducation des adultes en Europe et nous espérons vivement que vous, qui vous présentez dans votre programme comme des organisations qui apprennent, encouragerez votre personnel et vos chargés de cours à partir pour différentes destinations en Europe.

De tels congés-formation et périodes sabbatiques pour les experts en éducation seront, bien sûr, une source toujours nécessaire de remise en question, mais ils détermineront en plus de manière primordiale la qualité future des activités des universités populaires.

En donnant ici l’exemple, vous soutenez en même temps les nouvelles initiatives des employeurs et des syndicats qui visent aussi à faire des entreprises européennes des organisations qui apprennent et à diffuser plus largement non seulement la notion de congé-formation, mais aussi celle de période sabbatique ou de rotation d’emplois avec stage de formation continue qui donnent l’occasion à des chômeurs de travailler en intérim ou de s’initier à un travail. Actuellement, la durée de formation continue dans les lieux de travail en Europe s’élève en moyenne à 38,5 heures.

J’aimerais en même temps vous inviter à profiter de nos réseaux d’éducation des adultes mis en place dans le cadre de Grundtvig 4, à vous rendre aux rencontres européennes de ces réseaux et à faire usage de leurs produits variés. Parmi les thèmes dont nous faisons actuellement la promotion, j’aimerais mettre en relief le réseau des Écoles de la deuxième chance en Europe, les réseaux des villes et régions qui apprennent et le réseau de recherche sur l’éducation des adultes. Enfin, vous devriez vous-mêmes réfléchir à créer avec notre soutien ­financier des réseaux européens dans des domaines de votre spécialité si vous considérez qu’ils font l’objet d’une nouvelle et forte demande.

Vous pourrez obtenir de plus amples renseignements auprès de nos coordinateurs de projets à la Journée des universités populaires ainsi qu’au stand que se partagent notre agence Grundtvig nationale et la Société Carl Duisberg qui fournit des conseils sur les bourses, dont nous avons déjà parlé, pour les professionnels de l’éducation des adultes. En outre, deux collaborateurs de l’équipe Grundtvig (Alan ­Smith et Monika Oels) de notre direction générale seront également ­présents dans des forums et ateliers, se tiendront volontiers à votre disposition pour vous fournir d’autres conseils.

Lors de la CONFINTEA, la cinquième conférence internationale de l’UNESCO sur l’éducation des adultes, qui s’est tenue ici à Hambourg il y a quatre ans, il était souvent question du plaisir d’apprendre, des fêtes de l’apprentissage, des festivals de l’apprentissage. Ces derniers se sont depuis répandus dans le monde entier. Je vous souhaite de ressentir le même plaisir à l’occasion des discours, des rencontres internationales et des discussions qui se dérouleront au palais des congrès. Nous avons besoin de votre compétence au niveau local, de vos initiatives spécialisées et de votre horizon international pour forger l’avenir de l’éducation permanente en Europe.