Heribert Hinzen

Ici aussi, l’accent est mis sur le fait que le 11 septembre a donné une dimension nouvelle à la nécessité du dialogue interculturel et interreligieux. Quelles sont les conséquences concrètes pour les activités de l’IIZ/DVV? Dans le cadre de la lutte contre la pauvreté et la lutte anti-terroriste, l’Institut renforce son travail dans les foyers de crise mais met aussi l’accent sur les projets traitant du dialogue interculturel et de l’élargissement de l’UE à l’Est. Un aperçu du Prof. (H.) Dr. Heribert Hinzen, directeur de l’IIZ/DVV. Depuis 1997, il exerce diverses fonctions pour l’institut en Allemagne et à l’étranger. Autre domaines de travail sont l’enseignement et recherche universitaires en Allemagne, Sierra Leone et Hongrie.

Après le 11 septembre…
l’éducation des adultes en tant que politique intérieure mondiale?


Le 11 septembre 2001, je me trouvais à bord d’un avion en direction de l’Azerbaïdjan, l’un des trois pays du Sud-Caucase, où je devais mener des négociations sur l’ouverture de notre nouvelle antenne. Les heures de vol et le décalage horaire me firent arriver tard à l’hôtel.

Généralement, j’aime jeter un coup d’œil aux nouvelles télévisées en défaisant ma valise et ce soir-là, je fus accueilli par une chaîne en azéri qui passait un film de science-fiction, du moins le croyais-je, où des avions s’écrasaient sur des gratte-ciels. Mais c’étaient les nouvelles du jour qui m’intéressaient; je continuai de zapper et tombai sur une chaîne turque qui passait apparemment le même film. Ce devait vraiment être un bon film s’il était diffusé en même temps dans plusieurs langues! Ne me doutant toujours de rien, je zappai sur la chaîne suivante, une chaîne russe, qui diffusait le même film en arrière-plan d’une interview du président Poutine. La même séquence fut passée à plusieurs reprises pendant l’interview, et c’est alors que je commençai à comprendre qu’il venait de se passer quelque chose d’horrible. Ne pouvant malheureusement pas capter les chaînes ordinaires et mondiales (?) comme CNN, BBC ou DW, je dus attendre le lendemain matin. C’est à l’ambassade que j’appris ce qui était arrivé. C’était incroyable! Je téléphonai avec notre central et le ministère, qui me donnèrent les consignes à respecter (interruption des vols, contrôles de sécurité). Quelques jours plus tard, je me rendais au prix de 24 heures de train de Bakou à Tbilissi, capitale de la Géorgie, dont les vallées montagneuses du Nord se fondent dans les vallées tchétchènes pour aboutir à Groznyi, la capitale.

Environ quatre semaines plus tard, je m’entretenais avec un représentant allemand de la Banque mondiale à Washington, pour qui nous étions en train de réaliser une étude sur «l’alphabétisation et les activités productives».1 Nous abordâmes bien sûr les événements du 11 septembre, les actions de sauvetage et de déblaiement à New York. Des efforts diplomatiques commençaient d’être entrepris pour former une coalition antiterroriste aussi globale que possible. Nous échangeâmes aussi ce qui nous avait le plus touché ce jour-là. Je lui racontai les impressions de mon voyage dans le Caucase, lui parlai de nos projets dans la région, et dis que nous avions aussi eu des entretiens sur place avec les agences de la Banque mondiale. Il me raconta que le 11 septembre, il avait quitté Francfort à destination de Washington, que les passagers avaient été informés à mi-chemin que l’espace aérien américain était interdit et que l’avion devait rebrousser chemin pour regagner immédiatement l’Allemagne. L’inimaginable événement ne fut pas évoqué!

Au cours des nombreux entretiens que j’ai eus depuis et plus particulièrement depuis que le parlement allemand a dégagé des crédits spéciaux pour la mise en place de mesures de lutte antiterroriste et de mesures dans le cadre du programme d’action 2015 (dont nous reparlerons un peu plus bas), c’est la remarque d’un de mes collègues qui m’a le plus frappé: cet attentat terroriste brutal n’enlève rien au fait que ce 11 septembre 2001, mais aussi le 10 et le 12 , la pauvreté extrême faisait d’innombrables morts comme chaque jour, comme chaque année dans le monde entier, et que ces millions de morts sont acceptés comme un fait normal. Selon l’UNICEF, 40 000 enfants meurent chaque jour de maladies contractées des suites de la pauvreté. A-t-on créé pour autant une alliance aussi combattive et conséquente? S’il est vrai qu’on ne peut ni ne doit comparer les deux états de fait, la constatation du Prof. Czempiel, de la Fondation de la Hesse pour la recherche sur la paix et les conflits, a cependant une pertinence certaine: «La pauvreté n’est sûrement pas l’unique cause, mais en tout cas un «terrain fertile pour le terrorisme». Pour nous, la question suivante se pose: l’éducation a-t-elle quelque chose à voir dans tout cela, que peut-elle faire pour améliorer la situation aujourd’hui, ou du moins demain?

Le jour même où je commençais à répondre au rédacteur qui m’invitait à écrire un article sur la mondialisation et la régionalisation du point de vue de notre Institut, deux textes intéressants sur la notion de politique intérieure mondiale me tombèrent dans les mains: la revue des universités populaires de Bavière, das forum, qui a consacré sa dernière édition aux questions de l’agenda local 21 sur l’avenir de l’économie et de la mondialisation, de la sécurité et de l’éducation, mais aussi au dialogue entre Juifs, Chrétiens et Musulmans, et qui se termine sur le programme «Des cultures multiples – une seule université populaire». Et la Fondation pour le développement et la paix qui déclare, dans son dernier document politique «La politique mondiale à la croisée des chemins»: 

«En réponse au 11 septembre, il faut mettre en place une politique mondiale axée sur une politique intérieure mondiale coopérative. L’Europe doit avoir la volonté et la capacité d’exiger ce changement de cap. Il faut aussi renforcer la participation des autres régions du monde à l’organisation de l’économie et de la politique mondiales».  

On remarquera que le terme «éducation des adultes axée sur le développement» est évoqué dans le titre du document.

Les lecteurs intéressés qui souhaitent mieux connaître l’action de notre institut peuvent s’informer sur Internet (www.iiz-dvv.de) ou bien demander les rapports annuels ou l’édition 1994 de notre revue, qui fait une rétrospective des 25 dernières années de notre action.2

 

I. Les priorités de l’IIZ/DVV et de ses partenaires en 2001 

L’éducation pour tous – permanente et vitale

Au-delà de tous les débats sur le rapport éducation/développement – l’un doit-il anticiper l’autre, ou inversement –, une chose est claire: rien ne fonctionne sans l’éducation, qu’elle soit condition, clé ou catalyseur! Les chiffres annoncés au Forum mondial sur l’éducation à Dakar en avril 2000 sont moins surprenants que bouleversants: 900 millions de jeunes et d’adultes environ ne savent ni lire ni écrire, plus de 100 millions d’enfants en âge scolaire sont privés du droit à la scolarisation. La date butoir pour la réalisation de progrès décisifs (diminution de moitié du taux d’analphabétisme, scolarisation de tous les enfants, égalité des chances pour les filles et les femmes) est l’année 2015.

 

Entre temps, plus d’un an et demi est passé. En octobre de l’année dernière, le comité de coordination mis en place à cet effet par l’UNESCO, l’UNICEF et la Banque mondiale s’est réuni à Paris; constatation: les progrès sont rares, la situation par contre s’est encore détériorée. La commission allemande de l’UNESCO intitule à juste titre son communiqué de presse du 29.10: «L’éducation en retard» et invite les intéressés à consulter son site sous www.unesco.org/education. À ce jour, on ne sait toujours pas où puiser les 15 milliards d’euros supplémentaires nécessaires. L’évolution démographique demande en outre la création de plus de 150 millions d’écoles ne serait-ce que dans les pays africains, arabes et sud-asiatiques, alors que dans le même temps, 90 millions d’adultes doivent être alphabétisés chaque année.

Même si chaque pays est responsable de la plus grande part des dépenses, il est un fait qu’ils ne parviendront pas à consentir l’effort nécessaire sans l’aide financière de la communauté des donateurs. Personne ne niera que l’investissement est raisonnable. D’un autre côté, on n’ose pas demander ce que le conflit israélo-palestinien à lui seul, qui prend une fois de plus l’allure d’une guerre, coûte en vies humaines et en ressources matérielles.

L’éducation dans la coopération au développement

On pourrait partir du principe que tous les individus qui prônent un monde plus juste et une politique de développement appropriée devraient accorder un soutien démesuré à l’éducation aussi bien en tant que secteur autonome qu’éléments transversaux. Malheureusement la tendance actuelle est inverse, ainsi que l’ont fait remarquer clairement lors de leur réunion en juin dernier le comité consultatif de l’IIZ/DVV et la direction du DVV dans leur prise de position (la lecture vaut la peine: www.iiz-dvv.de): actuellement, l’aide à l’éducation est moins importante qu’elle ne l’a été ces dix dernières années, plus particulièrement en ce qui concerne l’éducation de base scolaire et extrascolaire, et le domaine universitaire; seul le secteur de la formation professionnelle a été épargné, du moins temporairement, grâce aux mesures d’appui à l’économie.

Mais ne confondons pas. Cette tendance n’est pas due à une directive politique imposant un recul de l’aide à l’éducation. Le programme d’action 2015 de lutte contre la pauvreté mis en place par le gouvernement fédéral, agréé au niveau ministériel et émanant par conséquent d’un effort de cohérence de la part de tous les secteurs politiques, exige explicitement le renforcement et l’amélioration de la qualité de l’éducation, surtout quand elle est liée à la prévention du SIDA, à la protection de l’environnement et à l’égalité entre les sexes. C’est par contre la priorisation indirecte et insidieuse ancrée dans les négociations internationales et bilatérales qui prive l’éducation de son caractère de domaine d’intervention autonome: l’année dernière, l’éducation n’a été explicitement citée que dans le cadre de quatre négociations avec les pays prioritaires, alors que les secteurs des réformes économiques, de la gestion de l’eau, de la santé et de la promotion de la démocratie apparaissent beaucoup plus souvent. Tout est important, certes – mais est-ce faisable sans éducation?

Heureusement, la problématique de la tendance actuelle apparaît de plus en plus évidente: l’IIZ/DVV et la GTZ (Coopération technique allemande) ont donc mis en place une commission chargée de mobiliser les forces pour contrer le courant. D’autres partenaires de poids se sont entre temps associés à l’action, à savoir le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ), la Commission allemande de l’UNESCO (DUK) et les membres de la Confédération de Politique de Développement des Organisations non-gouvernementales allemandes (VENRO).

La Journée des universités populaires: apprendre au moyen de la coopération internationale

La direction du DVV avait décidé, lors de sa réunion en décembre de l’année dernière, que la participation internationale et les manifestations consacrées aux questions européennes et mondiales devaient figurer parmi les points culminants de la 11e Journée des universités populaires, dont la devise était: «L’avenir a besoin de l’éducation a besoin d’un avenir»; la direction avait également fait remarquer que l’IIZ/DVV pouvait être fier d’en avoir porté la responsabilité. En effet: au cours des cinquante années de cette rencontre qui réunit près d’un millier de collègues pour présenter et débattre des succès obtenus et de leurs perspectives, jamais autant de participantes et participants de tous les pays européens, mais aussi du Caucase, du Sud asiatique et des États-Unis, jamais autant de représentants de l’UNESCO, de l’UE et de la Banque mondiale, soit plus de 150 personnes, n’avaient été présents. Les personnes intéressées retrouveront dans la dernière édition d’«Éducation des Adultes et Développement» publiée en anglais, français et espagnol, un certain nombre d’interventions – à savoir celle du président fédéral allemand M. Rau, de la commissaire de l’UE pour l’Éducation, Mme Reding, et du professeur Nuscheler.3

Les quelque 25 manifestations ont constitué un forum d’information et d’échanges. La palette des thèmes traités – dont nous n’évoquons ci-dessous qu’un nombre restreint – est suffisamment éloquente:

  • Agenda 21 – Les huit étapes de la mise en place de communes viables

 

  • La stabilité grâce à l’éducation des adultes? Projets et partenaires en Europe du Sud-Est

 

  • Apprendre: tout au long de la vie et globalement?

 

  • L’éducation des adultes et l’élargissement de l’UE

 

  • Mondialisation: le Sud laissé-pour-compte?

 

  • Coopération internationale et nouveaux partenariats

 

  • Opinions européennes sur le Mémorandum de l’UE sur l’éducation tout au long de la vie

 

  • Les pratiques de l’université populaire dans le contexte de la mondialisation

 

  • Éducation pour tous et éducation tout au long de la vie

Pour donner un aperçu plus complet des thèmes, il faudrait ajouter les nombreux ateliers sur l’éducation des adultes interculturelle et transnationale, l’apprentissage des langues et sa certification dans le cadre de l’année européenne des langues, le tout s’inscrivant dans le contexte des conséquences de l’amélioration des politiques d’intégration et des mutations de la société civile. Peut-être cette Journée des universités populaires a-t-elle été décisive pour l’intensification de l’internationalisation de l’éducation des adultes, auquel cas il importe de ne pas laisser passer l’occasion.

 

Le dialogue entre les cultures

L’année 2001 avait été proclamée «année internationale du dialogue entre les cultures» par l’Assemblée générale de l’UNESCO en 1998, qui soulignait «l’importance de la tolérance pour les relations internationales et du rôle du dialogue en tant qu’instrument du renforcement de la compréhension, de l’élimination des menaces envers la paix et de l’intensification de l’interaction et des échanges entre les cultures…» Chaque pays membre avait été appelé à planifier et réaliser, plus particulièrement cette année, «des programmes culturels, pédagogiques et sociaux adéquats» pour contribuer à la réalisation de ce grand objectif. Enfin, les meilleurs exemples pratiques devaient être publiés en signe de reconnaissance et de motivation.

Cette édition spéciale présente environ 75 projets dans les secteurs des beaux arts, de la littérature, de la musique, du théâtre, du cinéma, des festivals, des médias, de l’économie, des droits de l’Homme, mais aussi de l’éducation. Dans ce dernier, la Fondation allemande pour le développement international est nommée pour ses activités au Chili (conflits à l’école), en Indonésie (établissements d’enseignement professionnel) et en Éthiopie (surveillance scolaire), de même que le Georg-Eckert-Institut pour ses recherches internationales sur les livres scolaires concernant les cultures étrangères dans les cursus de géographie. Dans la section Démocratie et Droits de l’homme, l’IIZ/DVV est nommé pour son projet d’éducation des adultes en Europe du Sud Est et félicité pour l’intervention efficace des universités populaires.

II. À quoi doivent s’attendre l’IIZ/DVV et ses partenaires en 2002?

La nécessité du dialogue entre les cultures et les religions a pris une dimension nouvelle avec les terribles événements du 11 septembre et ses suites – entre temps, le terme a été déclaré mot de l’année 2001 par la Société de la Langue allemande. Très rapidement, les politiciens du monde entier ont réagi, et pas uniquement avec des options militaires. Des voix se sont élevées, qui réclamaient de réintégrer dans les analyses et les stratégies d’avenir le problème du fossé entre pauvres et riches – approfondi par la mondialisation qui, du moins jusqu’à présent, n’a pas fait preuve d’une grande fibre sociale. «Peut-il y avoir une paix sans justice?» – «Comment faire appel à la conscience des gens dans le monde entier et les encourager à reconnaître que la pauvreté est un problème mondial, quel que soit l’endroit où elle sévit? Ce genre de questions doivent être traitées aux niveaux local, national, régional et global» peut-on lire dans «Des ponts vers l’avenir», un manifeste pour le dialogue entre les cultures créé à l’initiative de Kofi Anan et dédicacé «Aux innocents qui sont morts pour avoir commis l’erreur de n’être pas comme leurs meurtriers».

Par conséquent, il faudra donner une importance accrue non seulement aux projets de prévention des crises et des conflits réalisés dans le cadre de la coopération au développement, de la politique culturelle et éducative, mais aussi à ceux qui se concentrent sur la lutte contre la pauvreté – en tenant compte des rapports avec ce qui se passe chez nous.

Les mesures du programme d’action 2015: lutte contre la pauvreté

La politique de développement doit être un élément de la politique structurelle globale et être mesurée à l’aune de sa contribution à la réduction de la pauvreté dans le monde. Le programme d’action 2015 n’est pas seulement le résultat de réunions ministérielles; il est axé sur les objectifs de développement internationaux. Autrement dit: il trouve un écho remarquable, dont la conférence internationale de Mexico sur le financement du développement est la preuve.

Pour la première fois, le budget fédéral présenté en novembre 2001 prévoyait un titre spécial réservé au financement d’actions de lutte contre la pauvreté, conçues comme un moyen d’appui à la réduction de la pauvreté extrême. Une certaine partie de ce fonds spécial a été promise à l’IIZ/DVV et à d’autres organismes dans le cadre du titre «Promotion des structures sociales» (Arbeiterwohlfahrt, Caritas, DGB-Bildungswerk, Kolping et Raiffeisenverband, et Giroverband), et doit être intégrée dans les projets en cours. Notre Institut a mené un vif débat avec les directeurs de ses antennes et ses partenaires étrangers sur les moyens de poursuivre dans ce sens l’action de nos projets en Afrique, en Asie et en Amérique latine, qui de toute façon sont déjà axés sur la réduction de la pauvreté. Les propositions, projets d’actions et calculs qui ont suivi ont été soumis au ministère sous forme de plusieurs demandes:

  • Éthiopie: promotion de l’éducation de base non formelle et de formation axée sur les revenus dans les régions pauvres

 

  • Afrique du Sud: information et éducation en matière de VIH/SIDA – formation initiale et continue des travailleurs communautaires

 

  • Caucase: formation artisanale axée sur les revenus dans un certain nombre de régions urbaines et rurales

 

  • Inde: amélioration des conditions de vie des femmes défavorisées avec l’appui de leurs organisations d’auto-promotion

 

  • Région asiatique: formation continue de multiplicateurs et multiplicatrices axée sur la promotion de l’égalité entre les sexes et la représentation des intérêts des femmes

 

  • Amérique centrale: formation interculturelle dans les communautés villageoises à majorité indigène.

Il importera, en cours de réalisation et dans les rapports, de mettre l’accent sur l’impact réalisé. Nous devons réussir, certes, mais le BMZ aussi puisque l’action doit être poursuivie l’année prochaine – à condition d’être approuvée et subventionnée par le parlement fédéral.Notre institut projette donc de confier ce domaine spécial à une personne précise.

Les mesures de lutte antiterroriste

Pour la première fois, le projet de consolidation budgétaire du ministre fédéral des finances s’est un peu assoupli au cours des débats parlementaires qui ont suivi le 11 septembre. Il a été décidé de réagir à la situation nationale et internationale par une série de mesures antiterroristes. La majeure partie de ces mesures a été attribuée au ministère de la Défense, mais aussi au BMZ et au ministère des Affaires étrangères qui ont été dotés de fonds spéciaux. Une fois de plus, l’IIZ/DVV a été invité à participer aux consultations en tant qu’utilisateur potentiel de ces fonds, du fait qu’il intervient dans de nombreux foyers de crises. L’ouvrage remarquable intitulé «La paix fragile. Les régions en crise entre échec de l’État, violence et développement» m’a donné à réfléchir en ce sens qu’il cite en exemple trois régions (Sud Caucase, Amérique centrale et Éthiopie y compris la Corne de l’Afrique) dans lesquelles nous coopérons depuis des années avec nos partenaires.

Une fois de plus, des discussions intenses ont été menées à l’institut sur les domaines d’intervention destinés à ces fonds: car si le complexe «pauvreté, exploitation, privation des droits, oppression, impuissance» est considéré comme un terrain propice aux actes terroristes, nous pourrions mettre en place dans certains pays, avec nos partenaires, des mesures destinées à renforcer les projets en place et contribuant, du fait que ce sont des projets d’éducation des adultes axée sur le développement, à l’amélioration des conditions générales ou de la situation concrète des individus. Une liste des projets susceptibles d’être complétés par ces volets a été soumise au BMZ:

  • Sierra Leone: éducation à la paix et à la démocratie, réinsertion des réfugiés et anciens combattants

 

  • Asie centrale: appui structurel aux organismes, projets de modèles de qualification professionnelle génératrice de revenus

 

  • Inde: manifestations éducatives en faveur du dialogue interculturel et religieux entre les dirigeants

 

  • Région asiatique: éducation à la démocratie et à la paix dans les foyers de troubles religieux (Indonésie) ou ethniques (Îles Salomon)

 

  • Colombie: mise en place et renforcement d’alliances civiles et d’initiatives de la société civile

 

  • Région Amérique latine: le terrorisme en tant que menace de l’éducation à la démocratie, à la paix et aux droits de l’Homme.

Des fonds ont également été attribués au service culturel et éducatif du ministère des Affaires étrangères, notamment aux Instituts Goethe et à Internationes. Des propositions de projets ont été discutées avec l’IIZ/DVV pour:

  • la coopération germano-afghane dans le domaine de l’éducation des adultes; on n’est pas encore certain, à l’heure actuelle, qu’il s’agisse de projets en Afghanistan même ou de projets destinés aux Afghans vivant en Allemagne

 

  • le dialogue culturel européen-islamique, avec focalisation sur la coopération germano-turque dans le domaine de l’éducation des adultes;

les demandes sont encore en cours d’élaboration.

Les demandes de subvention auprès de l’UE et la Conférence sur le dialogue interculturel

La conférence «Dialogue interculturel», qui a réuni des personnalités très qualifiées, a été elle aussi consacrée aux questions politiques et culturelles qu’il importe à tout prix de placer dans la ligne de mire après les événements du 11 septembre – ce qui est également le devoir de l’UE. La région méditerranéenne a occupé le premier plan, la diversité des thèmes allant de la mondialisation – pas seulement économique – au dialogue interreligieux, en passant par l’image de l’Europe dans le monde. Le président Prodi a déclaré dans son introduction: «Les problèmes émanent de l’injustice politique, des disparités économiques, de la pauvreté opprimante, du manque d’avenir – conséquences d’une mondialisation incontrôlée perçues comme une oppression culturelle et politique… Le dialogue n’est pas une chose qui a toujours lieu autre part, au-delà de nos frontières; c’est ici, en Europe même qu’il doit commencer, dans nos quartiers pauvres qui sont trop souvent les terrains propices à l’intolérance et aux préjugés».4 Ce dialogue va sans aucun doute devoir tenir compte de la mondialisation culturelle qui ne cesse de s’imposer et dont le pr. Senghaas évoque l’étendue: «Aujourd’hui, quiconque s’apprête à mettre en scène des dialogues interculturels devrait se baser non pas sur l’idée fictive de l’homogénéité des cultures mais sur le monde culturel tel qu’il est en réalité… Les dialogues interculturels contribueraient alors de manière substantielle à l’émergence progressive d’une mondialisation culturelle diversifiée.»

Mais revenons à la dure réalité des procédures de demande de projets: dans le cadre du programme de subvention Grundtvig, compétent pour le secteur de l’éducation des adultes, l’IIZ/DVV a déposé l’année dernière deux consultations préalables à la suite desquelles l’UE nous a invités à déposer une proposition axée sur:

  • l’apprentissage interculturel en Europe (création d’un réseau avec les partenaires de l’éducation des adultes de 15 pays, plus les organismes européens spécialisés; durée: trois ans)

  • Tolérance et compréhension – nos voisins musulmans en Europe (projet avec six pays, plus les organismes spécialisés; durée: deux ans)

Ces demandes de projets ne sont un terrain inconnu ni pour l’IIZ/DVV ni pour ses partenaires étant donné qu’au milieu des années 90, nous avons déjà initié des projets d’éducation des jeunes et des adultes pour les minorités en Europe. Au cas où ces nouveaux projets pourraient débuter à l’automne, les universités populaires seraient aussi associées sous des formes diverses. Elles pourraient en outre être intégrées dans le secteur de l’ «apprentissage global» qui se consacre aux actions d’information et d’éducation à la politique de développement, pour lesquelles les questions interculturelles sont d’une importance cruciale.

 

L’éducation des adultes en Europe du Sud, l’éducation des adultes axée sur l’élargissement de l’UE

Il s’agit ici de secteurs qui, sans être nouveaux, n’en sont pas moins d’une importance certaine et qui présentent des aspects et des dimensions diverses. Au niveau de la durée, on s’aperçoit très vite que les chiffres du budget fédéral et les entretiens que nous avons menés avec les institutions montrent que l’appui consenti par le BMZ aux pays premiers demandeurs d’adhésion à l’UE – États baltes, Pologne, Slovaquie, Tchéquie et Hongrie – arrive très bientôt à terme. Ceci signifie que les projets bilatéraux relativement importants qui ont pu être accompagnés par les antennes de l’IIZ/DVV pendant assez longtemps arrivent, eux aussi, à terme. Les partenaires concernés auraient souhaité voir la durée un peu prolongée, d’autant que nous ne pouvons entrevoir aucun donateur de ce calibre et donnant des garanties de planification à long terme. Tout porte à croire que nous devrons essayer de lier, en termes de contenus mais aussi au niveau organisationnel et financier, divers petits projets et coopérations régionales sur des thèmes précis tels la politique d’éducation des adultes et la législation ou les procédures transfrontalières entre la Pologne et l’Allemagne tout en associant les fédérations régionales des universités populaires et leurs partenariats avec la Slovaquie et la Hongrie.

La situation en Europe du Sud-Est est différente, puisque la seconde phase du Pacte de stabilité pour les Balkans vient d’être conclue et approuvée dans le budget fédéral, même si le volume financier ne correspond ni à la nécessité ni à nos souhaits. Mais il semble tout au moins que le projet EbiS – voir www.inebis.org – puisse poursuivre son appui aux initiatives nationales d’une part (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Macédoine, Roumanie, Serbie et Slovénie), régionales, transnationales et interethniques d’autre part. À ce niveau, la manière dont le groupe de pilotage composé de représentantes et représentants des pays concernés sera en mesured´ exploiter les points communs et de gérer les différences sera décisive. Les Semaines des apprenants adultes et les Fêtes de l’apprentissage entre temps bien établies dans presque tous les pays, mais aussi les efforts consentis en faveur de l’éducation politique dans les pays du Pacte de stabilité constituent ici deux points de cristallisation intéressants.

Soutien de i'adhésion à l'UE

Nous évoquerons encore un autre projet que l’IIZ/DVV tente de réaliser avec les fédérations régionales des universités populaires. Le projet concerne les citoyennes et citoyens allemands et leur niveau d’information et de compréhension à l’égard de l’avenir et de l’élargissement de l’Europe, plus particulièrement son ouverture vers l’Est. Une étude récemment menée constate: «Les pays demandeurs d’adhésion ont généralement une opinion positive de l’UE… Une majorité de 59% estime que l’adhésion à l’UE est une bonne chose. Mais une grande partie de la population s’estime mal informée sur l’UE et le processus d’adhésion.» (pour plus de détails, voir le graphique). Une enquête similaire effectuée en Allemagne a révélé que 52% de la population étaient en faveur de l’adhésion en 2001, le taux de 42% de personnes qui lui sont hostiles étant en baisse. Les universités populaires pourraient faire un bon travail d’information à ce niveau, ce dont nous essayons de convaincre la délégation de l’UE à Berlin et l’Office de presse et d’information du gouvernement fédéral; une demande de co-financement a déjà été déposée.

Perspectives: locales et nationales, régionales et globales

L’avenir de l’Europe est en jeu: il faut réaliser à la fois l’intégration interne et l’élargissement, et pas seulement vers l’Est ni seulement en période de crises, quand la situation n’évolue pas comme prévu dans un pays ou un autre (souvenons-nous de nos voisins autrichiens). Il faut s’accepter mutuellement sans se limiter aux aspects économiques. Sur ce point, l’UE est aussi un projet d’avenir qui doit accorder une grande valeur à l’éducation, à la communication et à la culture. Cela dépend aussi des organismes éducatifs. Le président Prodi renvoie aux succès réalisés, mais exige aussi:

«Le dialogue interculturel ne signifie pas que le monde entier doive s’incliner devant le style de vie ou les valeurs commerciales de l’Occident… si la société civile prend à cœur le dialogue entre les cultures, il peut devenir le terrain fertile d’un dialogue politique amical qui pourra germer et porter ses fruits.»5

Mais laissons le dialogue interculturel et revenons à l’importance de l’éducation pour la coopération au développement. Le dernier rapport du gouvernement fédéral sur la politique de développement en vient au fait:

«L’éducation est un droit humain et en même temps la clé de nombreux problèmes du développement humain: l’éducation est une condition sine qua non de la réduction de la pauvreté… l’éducation est indispensable si l’on veut qu’un nombre accru de personnes et de régions puissent saisir les chances de la mondialisation qu’offrent l’économie mondiale et l’utilisation globale des nouvelles technologies, mais aussi si l’on veut que ces personnes et régions acquièrent des compétences leur permettant de forger elles-mêmes leur avenir dans un esprit de développement durable.»

Que nous le voulions ou non, notre quotidien nous montre qu’aux dimensions locale, régionale et nationale se greffent des aspects plus que jamais européens, internationaux et globaux. Le processus n’est ni successif ni parallèle, il se déroule au contraire dans un esprit de collaboration interne. Comme on dit si bien: organisons la mondialisation! Mais qu’est-ce que cela veut dire pour les plus pauvres d’entre les pauvres, et pour les gouvernements et les organisations de la société civile?

On pourrait dire la même chose de l’éducation des adultes, qui prend une importance et un caractère complexe accrus dès lors qu’elle doit être considérée et organisée comme un apprentissage tout au long de la vie et global. Les solutions isolées ne dépassant pas les frontières de l’Allemagne et de l’éducation ont toujours été insatisfaisantes dans le passé et le seront encore plus à l’avenir. Sur ce point, l’«éducation des adultes axée sur le développement en tant que politique intérieure mondiale» suggère une évolution que nous percevons déjà comme des mutations sociales mais que nous n’avons pas encore bien saisie ni en théorie ni en pratique.

Notes

1 Voir John Oxenham et al.: Skills and Literacy Training for Better Livelihoods. A Review of Approaches and Experiences. Africa Region Human Development Working Paper Series. Washington. The World Bank 2002.

2 cf. les derniers rapports annuels de l’institut et les éditions n°12: Education des Adultes et Développement. 25 ans d’IIZ/DVV, et n°18: Partnership and Solidarity in Action. International cooperation Activities of IIZ/DVV, dans la collection: Perspectives internationales de l’éducation des adultes / IPE. Bonn: IIZ/DVV 1994, ou Éducation des Adultes et Développement, 58/2002, pp. 93-149

3 v. Éducation des Adultes et Développement, 58/2002

4 Romani Prodi: L’importance du dialogue. Conférence Dialogue interculturel , 20/21 mars 2002, p. 5; www.europa.eu.int/comm/index_fr.htm. Voir aussi p. 213 de cette édition.

5 Prodi, ebd