Ilija Lavrnja / Anita Klapan

Anita Klapan et Ilija Lavrnja, aujourd’hui malheureusement décédé, procèdent à une analyse comparative de la situation du secteur de l’éducation des adultes en Croatie et en Slovénie qui ont acquis leur indépendance en 1991 après s’être séparées de l’ancienne Yougoslavie. Quels sont aujourd’hui dans ce domaine les points communs et les différences de ces deux pays. Anita Klapan travaille à la faculté de philosophie, département de pédagogie, de l’université de Rijeka en Croatie.

Analyse comparative des réseaux institutionnels d’éducation des adultes en Croatie et en Slovénie

Introduction au problème

La République de Croatie et la République de Slovénie sont devenues indépendantes à la suite de leur séparation de l’ancienne Yougoslavie. Ces deux pays constituaient la fédération yougoslave avec quatre autres États (le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine et la Serbie). Elles accédèrent à l’indépendance en 1991.

Ces États furent formés dans le courant de la dernière décennie du siècle passé après l’effondrement de l’ex-Yougoslavie dont ils étaient des républiques. Comparées aux quatre autres, la Croatie et la Slovénie étaient beaucoup plus développées, ce qui influait largement sur leur système d’éducation, y compris sur celui d’éducation des adultes. Avant d’adhérer à la Fédération yougoslave en 1918, ces deux pays étaient sous la coupe de l’empire austro-hongrois dont ils faisaient partie, ce qui s’était répercuté sur leur développement politique, éducatif et culturel. Néanmoins, aujourd’hui indépendants, ils ont une culture, une tradition et des systèmes d’enseignement différents, en particulier dans le domaine de l’éducation des adultes. Bien qu’ils aient tous les deux accédé en 1991 à l’indépendance, ils ont emprunté des parcours totalement différents pour y parvenir. La Slovénie devint assez facilement indépendante (sans guerre ou batailles importantes), tandis que la Croatie, dut s’engager dans une guerre de 1991 à 1995 pour conserver son indépendance déjà acquise. Ces deux États durent supporter pendant dix ans le poids de leur héritage historique, comme la plupart des pays «postsocialistes» durant leur transition. À la différence de la Slovénie et d’autres pays en transition, la Croatie a acquis son indépendance par la guerre et la souffrance.

Les nouvelles républiques de Croatie et de Slovénie après l’effondrement de la Yougoslavie

La République de Croatie a une superficie d’environ 56 542 kilomètres carrés. Zagreb est sa capitale et en même temps sa plus grande ville. Ce pays, situé en Europe centrale et méditerranéenne, est entouré par la Slovénie, la Hongrie et la Yougoslavie (se composant de la Serbie et du Monténégro), la Bosnie-Herzégovine et l’Italie. En 2001, il comptait 4 381 352 habitants. Conformément à sa constitution, reconnue officiellement le 22 décembre 1990, la Croatie est un État unique, indivisible et social reposant sur une démocratie parlementaire. Son indépendance fut proclamée le 8 octobre 1991 à la suite d’un référendum. En raison de la guerre, l’Union européenne et les USA ont reconnu officiellement l’indépendance de la Croatie en 1991. Cette année-là, elle devint membre des Nations Unies (le 178e), puis du FMI en 1993. Après cela, elle adhéra à la Banque mondiale et à différents organismes internationaux. Elle est membre du Conseil de l’Europe depuis 1996. L’administration du pays et son industrie (services: 65 %, agriculture: 10 %, industrie: 25 %) sont relativement modernes. La Croatie ne dépend fortement d’aucune ressource en particulier et son PNB par habitant s’élève approximativement à 5000 USD.

Avec la Croatie, la République de Slovénie est l’un des plus jeunes pays européens. Son indépendance a été proclamée le 25 juin 1991, juste après les élections qui s’étaient déroulées au mois d’avril. En mai 1992, la Slovénie a adhéré à l’Organisation des Nations Unies et est aujourd’hui membre de tous les organismes internationaux importants.

La Slovénie est une démocratie parlementaire. Elle s’étend sur une superficie de 20 256 kilomètres carrés et compte grosso-modo deux millions d’habitants dont 330 000 résident à Ljubljana, sa capitale. Ce pays situé entre les Alpes et la mer Adriatique a des frontières communes avec l’Italie, l’Autriche, la Hongrie et la Croatie. La moitié de son territoire étant couvert de forêts, la Slovénie dispose de la troisième plus grande surface forestière d’Europe, juste après la Finlande et la Suède, et elle fait partie des pays en transition qui ont le mieux réussi.

L’éducation des adultes en Croatie et en Slovénie – la base d’un réseau institutionnel d’éducation

Les systèmes d’éducation des adultes qui existent aujourd’hui en Croatie et en Slovénie doivent être considérés par rapport aux tendances passées, à l’époque où ces pays appartenaient encore à la Yougoslavie et où l’enseignement général et l’éducation des adultes avaient pratiquement les mêmes caractéristiques, non seulement dans ces deux pays, mais aussi dans tous ceux qui faisaient partie de la Fédération yougoslave. Le système était le même dans tous les pays. Néanmoins, la Slovénie et la Croatie avaient certaines particula rités dans ces domaines et elles les mirent à profit par la suite, après l’effondrement de la Yougoslavie.

L’éducation des adultes était présente dans l’éducation institutionnalisée du réseau ouvrier et des universités populaires, les centres d’éducation des entreprises, les établissements de formation professionnelle, les établissements d’enseignement supérieur et les écoles et séminaires andragogiques. Elle existait en plus également sous d’autres formes. Son rôle était principalement compensatoire pratiquement dans tout le réseau institutionnel d’éducation des adultes de Slovénie et de Croatie. Elle visait à corriger les erreurs d’une éducation antérieure (à fournir un niveau d’alphabétisation élémentaire, une éducation de base, différentes qualifications à différents niveaux) ou à permettre à des gens d’obtenir certains postes, ou de s’y maintenir, en les forçant à s’éduquer (à apprendre de nouveaux métiers, à acquérir plus de connaissances…).

Quoique que l’éducation des adultes en Croatie et en Slovénie fît officiellement partie du système d’enseignement et fût censée être un service et un bien public, elle n’était pas organisée de manière systématique. L’absence de financement officiel par le gouvernement en est la meilleure preuve. Du reste, elle ne recevait aucune subvention publique et était financée par des individus, des organisations ou des entreprises. Les établissements d’enseignement qui existaient dans ces deux pays n’étaient pas suffisamment évolués, et malgré les nombreux programmes qu’ils offraient, ils n’étaient accessibles qu’à un nombre restreint de «consommateurs» de biens éducatifs. En outre, le statut légal de l’éducation et sa position en tant que service public et bien social n’étaient pas spécifiés, ce qui avait un grand impact sur la planification et la réalisation à long terme d’une stratégie cohérente.

L’éducation des adultes en Slovénie et en Croatie entra dans une nouvelle phase de changement dans les domaines du social, de la politique, de l’économie et du développement de l’éducation une fois que ces pays eurent accédé à l’indépendance, et, comme dans d’autres pays en transition, elle souleva un grand enthousiasme qui se traduisit par de grands efforts entrepris dans le but de se rapprocher des démocraties d’Europe occidentale.

Toutefois de bonnes solutions, que l’on aurait pu appliquer dans tous les domaines du développement social, furent sacrifiées pour rompre avec le passé, ce qu’illustre parfaitement le plan de transformation de l’éducation et de l’éducation des adultes. Tout le système d’éducation, ses buts, ses contenus, la structure de ses programmes, son soutien matériel et technique, ses solutions organisationnelles et ses fondements théoriques et méthodologiques concernant les mutations, en d’autres termes toute la stratégie de l’éducation et de l’enseignement, fut créé très rapidement. Ce faisant, il ne fut pas tenu compte d’autres facteurs de transformation sociale (politique, idées, administration, etc.) qui déterminent la direction et la rapidité des changements.

La Slovénie entrepris de modifier son système d’éducation peu après son indépendance en procédant à une transition beaucoup plus sûre et calme. Dès 1994, au terme de préparations minutieuses, un dossier sur la stratégie de l’éducation et du développement de l’enseignement, intitulé «Livre blanc sur l’éducation en République de Slovénie», fut élaboré (White Paper on Education in the Republic of Slovenia, 1996). Ce document repose sur des recherches menées par des spécialistes slovènes et internationaux. Il tient compte des tendances du développement de l’éducation et de la philosophie de l’apprentissage tout au long de la vie, et propose en même temps une conception stratégique de l’éducation. Partant, l’éducation des adultes se retrouva non seulement sur un pied d’égalité avec l’enseignement général et obtint finalement la place privilégiée qu’elle méritait, et dont elle avait par négligence été privée dans le passé. Signalons que depuis l’indépendance de la Slovénie, l’éducation des adultes, qui fait partie du système d’éducation, est encadrée et subventionnée par le gouvernement. Il est exact que sans aide financière, le système d’éducation des adultes ne peut parvenir à se transformer. Aux changements entrepris suivirent de nombreux séminaires inter nationaux qui se déroulèrent en Slovénie et des études réalisées à partir d’opinions de spécialistes et d’expériences recueillies lors de séminaires internationaux dans le monde entier. Ces expériences ont été employées avec précaution pour procéder à des modifications stratégiques au sein du système.

En Croatie, la situation concernant les projets de transformation du système d’éducation en général, et de l’éducation des adultes en particulier, est quelque peu différente. Comme nous l’avons déjà signalé, immédiatement après la proclamation de l’indépendance, la guerre éclata et dura jusqu’en 1995. Néanmoins, différentes mutations et tendances sociales furent en 1991 la source d’un certain nombre de changements. Cependant, cette ardeur employée à la transformation du système, à commencer par ses objectifs, ses contenus, sa structure, son organisation et son soutien matériel, entraîna l’élaboration de trop nombreuses solutions rapides et irréfléchies et ne fut pas suivi par le soutien financier qui lui aurait été nécessaire. L’éducation des adultes était particulièrement en mauvaise posture; elle avait été axée sur des questions soulevées durant la guerre (travail avec des réfugiés et des handicapés, socialisation des soldats et victimes de guerre, travail avec des chômeurs, etc.). En outre, l’administration restructurée avait fait prendre du retard au système d’éducation des adultes qui était passablement bien développé auparavant. Dans la création de petites entreprises et dans le cadre des privatisations, l’initiative privée exigeait un profil de qualifications nouveau, sans pour autant faire bénéficier l’éducation d’investissements.

Certes l’éducation des adultes faisait officiellement partie du système d’éducation, toutefois, bien qu’activité publique, elle n’était pas financée par l’État. Le réseau d’organisations qui existait dans ce domaine a considérablement changé, en particulier à cause de la transformation et de la fermeture de certaines des organisations lors du processus de privatisation ou de leur transformation en centres privés offrant différents types de programmes d’éducation des adultes: formels, non formels et informels. Le fait qu’en Croatie la stratégie de développement de l’éducation, qui accorde une place importante à l’éducation des adultes dans l’apprentissage tout au long de la vie, n’ait été approuvée qu’en 2001 montre bien le retard pris par rapport à la Slovénie. Les études n’en sont qu’à leur préliminaires et du fait qu’aucune directive légale n’existe pour l’instant, les problèmes sont réglés aux moyens des lois existantes concernant l’éducation. Nous devrions également signaler le fait qu’au cours de la dernière décennie, les organismes européens n’ont financé aucun projet de recherche en Croatie dans le domaine de l’éducation (donc également de l’éducation des adultes), ce qu’ils ont fait en Slovénie et dans d’autres pays en transition dans le cadre du développement postsocialiste.

L’analyse comparative des réseaux institutionnels d’éducation des adultes en Croatie et en Slovénie

Nous devrions toujours tenir compte des circonstances lorsque nous comparons les systèmes d’éducation des adultes de Croatie et de Slovénie, en particulier quand nous abordons la question de leurs réseaux institutionnels. Si leur organisation ne présente pas de grandes différences, leur étendue, leurs programmes, leur équipement matériel et technique, leurs systèmes de financement et leur accessibilité pour tous les apprenants potentiels se distinguent, eux, considérablement.

L’analyse comparative des réseaux institutionnels de Slovénie et de Croatie montre que ces deux pays ont tendance à rechercher des formes d’éducation des adultes susceptibles de donner plus de possibilités éducatives aux gens, leur permettant de s’instruire pendant le travail ou les loisirs, de changer de métier, d’améliorer la mobilité du travail, d’accroître la qualité des connaissances et des normes en éducation ainsi que des qualifications pour le développement économique, technologique culturel et social, mais aussi tout particulièrement pour l’évolution personnelle des individus. Toutefois, entre les idées et leur réalisation, un grand pas reste à franchir. Il n’est pas surprenant que la Croatie et la Slovénie se soient lancées selon la même devise, ou presque, l’une étant: «La Croatie – une société qui apprend», l’autre: «La Slovénie – un pays qui apprend». En créant leurs réseaux respectifs d’éducation des adultes, ces deux pays se sont basés sur le concept de l’apprentissage tout au long de la vie qui fait partie du système d’éducation et dont l’éducation des adultes n’est qu’un des éléments constitutifs. Ils ont pris pour modèle des formes d’éducation formelle, non formelle et informelle du passé et leur ont fait subir des changements. Toutefois l’éducation des adultes exerce aussi une influence sur l’éducation en général et sur le concept de l’apprentissage tout au long de la vie.

Les établissements suivants nous fournissent un bon aperçu de l’or- ganisation du réseau institutionnel croate d’éducation des adultes:
 

  • collèges populaires, généralement appelés universités populaires ouvertes

 

  • écoles primaires proposant des programmes d’éducation des adultes

 

  • établissements secondaires offrant également des programmes d’éducation des adultes en plus de leur programme ordinaire

 

  • lycées et universités offrant des programmes d’éducation pour personnes en activité, des cursus pour diplômés, mais aussi des diplômes universitaires ainsi que des programmes pour spécialistes et des diplômes aux niveaux post-maîtrise et post-doctoral

 

  • établissements privés d’enseignement

 

  • centres d’éducation appartenant à des entreprises

 

  • centres andragogiques

 

  • sociétés de professionnels – associations dans le secteur de l’édu- cation des adultes

 

  • différentes fédérations, sociétés et organisations de professionnels n’étant pas principalement des établissements d’enseignement, mais offrant toutefois un programme d’éducation

 

  • associations et groupements politiques

 

  • auto-écoles

 

  • autres organisations

 

  • universités du troisième âge

 

En Slovénie on trouve un réseau institutionnel similaire, mais toutefois quelque peu mieux développé:
 

  • collèges populaires, généralement appelés universités populaires

 

  • écoles primaires et secondaires proposant des programmes d’éducation des adultes

 

  • lycées, établissements d’enseignement supérieur et universités

 

  • établissements privés d’enseignement

 

  • centres d’éducation appartenant à des entreprises

 

  • centres d’éducation fondés par Management Bar of Slovenia et aujourd’hui spécialisés dans les établissements d’enseignement

 

  • écoles de gestion

 

  • Institut slovène d’éducation des adultes

 

  • universités du troisième âge

 

  • modes informels d’éducation au sein des collectivités locales

 

  • différentes fédérations, sociétés, organisations et clubs de professionnels n’étant pas principalement des établissements d’enseignement, mais offrant toutefois un programme d’éducation

 

  • associations et groupements politiques

 

  • auto-écoles

 

  • autres organisations et établissements dont l’éducation n’est pas la principale activité

 

Les universités populaires ouvertes de Croatie et les universités populaires de Slovénie illustrent bien la place centrale réservée à l’éducation des adultes dans ces deux pays. En Croatie, il existe plus de soixante-dix universités populaires ouvertes dont les programmes vont de l’éducation de base et de l’alphabétisation à l’enseignement secondaire, en passant par des programmes de préqualification, de formation professionnelle, de langues, d’informatique d’éducation et de culture. Toutes les universités populaires ouvertes sont chapeautées par l’Association croate d’éducation des adultes, elle-même membre de l’Association européenne d’éducation des adultes depuis 1997 et de la Commission internationale de certification pour l’apprentissage des langues étrangères. La formation du personnel au sein de l’Académie d’andragogie (cours d’été d’andragogie), les recherches, les projets en collaboration avec des organismes inter nationaux et la publication de la revue «Education of adults» font également partie des principales activités de l’Association croate d’éducation des adultes.

En Slovénie, sur la quarantaine de collèges populaires («Ljudske univerze» – universités populaires ou ouvrières), trente-sept sont affiliés à l’Association des collèges populaires. Ils fonctionnent sur le modèle des établissements publics et répondent aux besoins locaux et régionaux en matière d’éducation des adultes. Ils offrent différents programmes souples allant de l’enseignement primaire et secondaire à des programmes de préqualification, en passant par des programmes de formation professionnelle et continue, d’apprentissage des langues, mais aussi d’éducation des adultes non formels. Les collectivités locales et les apprenants jouent un grand rôle dans l’élaboration des offres éducatives, ces premières devant par-dessus tout soutenir matériellement les apprenants, en particulier avec des moyens informels et non formels d’éducation des adultes. Comme nous pouvons le voir, les collèges populaires slovènes et croates (généralement appelés universités populaires ou ouvrières) se ressemblent beaucoup du point de vue des objectifs qu’ils poursuivent, de la structure et de l’étendue de leurs programmes ainsi que de leur accessibilité. En Slovénie, les universités populaires, en particulier dans les domaines non formel et informel de l’éducation, sont légèrement mieux développées qu’en Croatie. Les collectivités locales et l’État y jouent également un rôle plus important, particulièrement en ce qui concerne le financement des programmes de ces établissements.

Les écoles primaires et secondaires proposent en Croatie également des programmes d’éducation des adultes dans le cadre du système d’éducation ordinaire. Les écoles primaires offrent des programmes d’éducation élémentaire, dans le but d’améliorer le niveau général d’éducation de base (élémentaire) des adultes. Elles proposent aussi des programmes qui leur permettent d’acquérir les bases nécessaires pour pouvoir continuer à s’instruire. En raison du grand nombre d’élèves qui ne vont pas jusqu’au bout de leur scolarité primaire, les jeunes âgés entre 15 et 18 ans, et les adultes de plus de 18 ans peu vent y suivre des cours d’éducation élémentaire. Différentes filières sont pour cela offertes: enseignement ordinaire, par correspondance avec consultations, séminaires, cours, contrôles et examens, etc. Les établissements proposant des programmes d’éducation de base des adultes sont variés mais doivent toutefois s’inscrire dans le cadre éducatif et juridique exigé pour fournir une éducation primaire.

On rencontre des structures similaires en Slovénie où les écoles primaires, les centres d’éducation des adultes, les universités populaires et autres établissements d’éducation des adultes proposent des programmes d’éducation de base. Différentes filières sont pour cela offertes: enseignement par correspondance avec consultations, séminaires, cours, éducation à distance. En Slovénie, le cadre légal concis, les emplois du temps souples et le financement de l’éducation de base des adultes sont régis par un soutien public octroyé aux fournisseurs de programmes dans les collectivités locales.

Les établissements croates d’enseignements secondaires offrent également des programmes d’éducation des adultes (niveau secondaire), des programmes de formation professionnelle, de base, d’apprentissage de nouveaux métiers et de perfectionnement. Le réseau des établissements secondaires en Croatie offre de nombreuses possibilités qui permettent de se mettre au niveau du lycée. Il fait usage de formes modernes d’éducation: consultations, mentors, multimédias, cours par groupes ou particuliers. Néanmoins, la législation et la pratique sont plus axées sur l’éducation des enfants que sur celle des adultes.

Les structures du système d’enseignement secondaire de Slovénie sont similaires à celles que l’on rencontre en Croatie, à la différence que les enseignants sont de plus en plus spécialisés (andragogues, organisateurs et planificateurs en éducation) dans des domaines plus tournés vers l’éducation des adultes et ses besoins particuliers (ex.: nouvelles stratégies, besoins, méthodes, technologies modernes, etc.). Les collectivités locales ont un grand impact sur les ressources matérielles des programmes qui sont bénéfiques tant à leurs mem bres qu’à elles-mêmes. Étant donné que, dans les deux pays que nous examinons, l’enseignement secondaire est beaucoup mieux développé que le secteur spécialisé dans l’éducation des adultes, il faudrait créer des centres polyvalents au sein du système secondaire en tenant compte des besoins spécifiques, en employant des enseignants spécialisés, en mettant sur pied l’infrastructure nécessaire et en offrant le soutien matériel qui convient. En Slovénie et en Croatie, l’éducation des adultes est plus une source de revenus supplémentaires qu’une institution reposant sur un système dans le but de répondre aux besoins des individus et des collectivités locales.

Les établissements d’enseignement supérieur et les universités réservent une place particulière à l’éducation des adultes, ce qui se traduit par des programmes offerts aux adultes en activité ou au chômage. Le nombre d’intéressés, au niveau du troisième cycle, de la maîtrise ou du doctorat, augmente de plus en plus. Peu d’établissements d’enseignement supérieur et d’universités sont dotés de centre spéciaux et se consacrent à des cursus pour adultes, alors qu’une grande majorité des gens considère l’éducation des adultes comme un cycle d’études ordinaire. L’éducation des adultes au niveau universitaire est de plus en considérée comme une source substantielle de revenus que comme une question importante qu’il conviendrait de traiter et de développer.

L’éducation au sein des entreprises fait partie du réseau d’éducation et était très développée dans les deux pays avant l’indépendance, en particulier dans les grandes entreprises. Aujourd’hui, ces dernières sont de moins en moins nombreuses, ce qui explique qu’il existe de moins en moins de centres d’éducation, en particulier en Croatie, si bien que la situation varie largement en fonction des entreprises. Certaines d’entre elles disposent d’excellents systèmes d’éducation, tandis que d’autres sont nombreuses à avoir réduit les effectifs chargés de l’éducation des adultes à seulement quelques employés.

Nous pouvons dire que dans les entreprises, le secteur de l’éducation a régressé dans les deux pays.

Aux réseaux d’éducation des adultes de Croatie et de Slovénie appartiennent aussi des établissements privés qui offrent différents programmes formels, non formels et informels d’éducation des adultes (apprentissage des langues, formation professionnelle, qualification, informatique, programmes spéciaux s’adressant aux chômeurs, programmes que des gens suggèrent de mettre en place en réponse à leurs besoins, etc.). Le nombre de programmes est en augmentation constante, particulièrement en Slovénie. Ces établissements opèrent en fonction des changements du marché et des besoins de manière à attirer le plus possible de participants.

L’enseignement de la gestion occupe une position très particulière au sein des systèmes d’éducation des adultes slovène et croate du fait qu’il n’existait pas dans l’ex-Yougoslavie pour des raisons, entre autres, idéologiques. Ce n’est qu’il y a quelques années qu’un petit nombre d’entreprises croates a mis sur pied des programmes non formels de gestion. Comme le système n’est pas développé, des universités d’économie, des spécialistes et des associations de professionnels se chargent de dispenser cet enseignement non formel. Les filières formelles sont offertes par des universités d’économie, de commerce et de tourisme dans le cadre de leurs programmes destinés aux personnes en activité. Depuis peu, certains cursus de troisième cycle sont consacrés à la gestion et font appel à de nombreux scientifiques et spécialistes de Croatie et du monde entier. Bien que de grands efforts aient été entrepris, ce projet n’en est encore qu’à sa phase initiale et ne correspond pas aux besoins d’une économie en développement rapide.

Un système similaire existe en Slovénie. Les progrès y sont toutefois plus importants du fait que de nombreux établissements spécialisés se consacrent à l’éducation des adultes dans le domaine de la gestion. Il existe dans ce pays également de nombreuses «écoles de commerce» qui proposent des programmes divers. Comme en Croatie, les universités, les associations de spécialistes et les grandes entreprises se chargent principalement de fournir ce type d’enseignement. De plus en plus d’universités slovènes proposent, en collaboration avec des universités étrangères, des études de gestion au niveau du troisième cycle.

Si l’on compare la situation en Croatie et en Slovénie, le système slovène est manifestement un peu plus développé. Toutefois, ces deux pays devraient s’efforcer de mettre sur pied un système d’éducation à long terme, au sein duquel les formes d’éducation non formelle et formelle seraient liées et concorderaient.

Les fédérations, sociétés et organisations professionnelles qui offrent des programmes andragogiques, mais aussi les associations et organisations dont l’éducation n’est pas le pôle principal d’activité, jouent un rôle éminent dans ces réseaux d’éducation. Ces organismes occupent une place particulière du fait qu’elles proposent le plus grand choix de filières non formelles et informelles, qu’elles organisent des séminaires et des cours sous différentes formes au niveau local ainsi que des réunions ou des symposiums internationaux et qu’elles se consacrent à l’éducation permanente du personnel andragogique.

L’Institut slovène d’éducation des adultes, avec plus de trente employés à plein temps (la majorité d’entre eux se composant de spécialistes et de scientifiques) est beaucoup plus développé que le Centre croate d’éducation des adultes qui n’en compte que quelques-uns. Cette situation est très révélatrice des possibilités à la disposition de ces deux organismes.

Conjointement avec d’autres établissements et organisations d’éducation des adultes, le Centre croate appuie différentes activités de recherche dans le domaine de l’éducation des adultes. Il coordonne des établissements d’enseignement pour adultes, en particulier les universités populaires ouvertes et les écoles primaires et secondaires proposant des programmes pour adultes. Il est prévu que le Centre croate d’éducation des adultes devienne l’un des principaux services de recherche et de développement du système d’éducation des adultes de Croatie.

L’Institut slovène d’éducation des adultes a été fondé par le gouvernement en tant qu’organisation centrale non gouvernementale et à but non lucratif, chargée de la recherche, du développement et des conseils en matière d’éducation des adultes. Cet organisme se consacre à de nombreuses activités comme l’élaboration d’un système d’éducation de base pour adultes en Slovénie, la recherche en éducation, la création de normes et de standards pour le développement de l’éducation, la coopération internationale, etc. L’Institut slovène d’éducation des adultes est l’organisation centrale pour «le développement d’une culture de l’apprentissage tout au long de la vie dans le secteur de l’éducation des adultes».

L’éducation des adultes est en grande partie dispensée par des services, fédérations et associations de professionnels, des partis et organisations politiques, des organisations religieuses et différentes organisations non gouvernementales qui, bien que n’étant pas des organismes d’enseignement, proposent différents programmes d’éducation à leurs membres afin que ces derniers soient capables de se consacrer à leurs objectifs et de travailler dans le cadre de leur structure. Ces organisations et établissements d’éducation des adultes forment un important réseau et sont de plus en plus nombreux en Croatie, mais aussi (et tout particulièrement) en Slovénie.

Conclusions concernant les réseaux d’éducation des adultes en Croatie et en Slovénie

Cette analyse comparative des réseaux institutionnels d’éducation des adultes en Croatie et en Slovénie révèle que ces deux pays voisins, qui ont appartenu à l’ex-Yougoslavie jusqu’en 1990, partaient de bases similaires tant dans le développement d’une théorie et d’une pratique andragogiques qu’en ce qui concernait leurs réseaux institutionnels d’éducation des adultes.

On note bien entendu certaines différences spécifiques. Tout en créant leurs propres systèmes d’éducation, la Croatie et la Slovénie se souciaient d’employer une démarche qui les rapprocherait le plus rapidement possible des démocraties d’Europe occidentale. Il est caractéristique qu’aujourd’hui, les réseaux institutionnels d’éducation des adultes de ces deux pays se ressemblent beaucoup et que l’on y trouve des établissements d’enseignement presque identiques. En Slovénie, le réseau d’éducation n’a pas cessé de se développer depuis l’indépendance, tandis que la guerre a retardé son évolution en Croatie. De grands progrès ont été réalisés depuis la fin du conflit en 1995, mais aucun cadre législatif n’y a encore été mis sur pied, alors que la Slovénie en a créé un dès 1996.

Bien que les réseaux d’éducation présentent de grandes similarités, la structure des programmes, leur diffusion et leur accessibilité ont dès le départ été beaucoup mieux développées en Slovénie; la Croatie ne se consacre à ces questions que depuis quelques années.

La Slovénie a développé et adopté un programme national d’éduca- tion des adultes financé par le gouvernement. La Croatie est très en retard sur ce point. Toutefois, le gouvernement croate et le ministère de l’Éducation, des sciences et des techniques ont accordé une place importante à l’éducation des adultes dans la «stratégie de développement » élaborée dans le cadre de la réforme du développement social de la Croatie. Quelles que soient les différences qui existent entre ces deux pays, ils s’attachent manifestement l’un et l’autre à mettre en place des réseaux institutionnels modernes d’éducation des adultes.

Par rapport à d’autres pays européens et pays en transition mieux développés, la Croatie et la Slovénie ont un retard considérable en ce qui concerne le nombre d’établissements, l’égalité dans la diffusion et la diversité des programmes dans différents domaines de l’éducation des adultes. Ceci vaut particulièrement pour les types de programmes destinés aux chômeurs (le taux de chômage est très élevé dans ces deux pays), pour les formations à de nouveaux métiers et les programmes d’éducation permanente et d’approfondissement des acquis.

En outre, les réseaux institutionnels d’éducation des adultes de ces pays ne reçoivent pas le soutien technique nécessaire et ne disposent pas de solutions innovantes spécialement adaptées aux besoins de ce secteur de l’éducation. Il n’existe pas non plus de centres de recherche qui se consacreraient aux besoins éducatifs, aux offres et à la motivation. L’influence des collectivités locales est mineure, et il semble que l’on ait oublié que l’éducation n’est utile que si elle repose entre autres sur les besoins des individus et pas seulement sur ceux de la société.

Bien qu’en Slovénie l’infrastructure de l’éducation des adultes soit quelque peu mieux développée qu’en Croatie, il convient encore de l’examiner plus attentivement. En Croatie, il n’y a pas d’institut d’éducation des adultes qui puisse servir d’organisme central pour la recherche et le développement dans ce domaine, et il n’existe pas non plus d’organismes spécialisés qui se consacrent à des domaines particuliers de l’éducation des adultes (ex.: niveaux du primaire, du secondaire, du lycée, enseignement professionnel, éducation non formelle et informelle, établissements de formation professionnelle, éducation des personnes âgée, etc.).

En Slovénie, l’Institut d’éducation des adultes, le département de pédagogie et d’andragogie de la faculté de philosophie à Ljubljana, la faculté des sciences organisationnelles à Kranj (qui fait partie de l’université de Maribor), l’Institut de pédagogie, le Centre pour le développement universitaire, etc. se chargent principalement du développement de l’éducation.

En Croatie, les services de développement de l’éducation responsables de l’éducation des adultes ne font pas partie du secteur de l’enseignement supérieur. Pour créer un réseau institutionnel d’éducation des adultes, il est cependant essentiel de tenir compte des recherches et des résultats scientifiques ainsi que des consensus entre les différents partenaires sociaux concernés.

Des recherches importantes sont menées en Slovénie au sujet du réseau institutionnel d’éducation des adultes (création et évaluation du réseau), alors qu’en Croatie elles n’en sont qu’à leurs balbutiements. Lorsque l’on conçoit de nouveaux concepts pour mettre sur pied un réseau et que l’on crée un système moderne d’éducation des adultes (réseau d’établissements d’enseignement), le poids du passé et toutes les difficultés qui surgissent doivent être mises en exergue. Quoi qu’il en soit, la ferme décision de la Slovénie et de la Croatie de se doter de nouveaux systèmes d’enseignnement général et d’éducation des adultes dans la perspective du processus d’apprentissage tout au long de la vie, avec des solutions concrètes et une organisation moderne compatible avec celle des pays développés fournit des bases solides et saines pour poursuivre les réformes politiques, économiques et sociales déjà entamées dans ces deux pays en transition. Une chose est claire: ne pas changer dès maintenant équivaudrait à prendre du retard pour l’avenir. Des groupes sociaux et des masses à l’esprit critique se sont formés dans les deux pays et se dirigent vers un développement social et individuel dans lequel l’enseignement général et l’éducation des adultes sont éminemment importantes pour réussir l’ensemble des changements qui doivent être entrepris.