Wolfgang Leumer

L’article suivant est une version remaniée du discours que Wolfgang Leumer a tenu en janvier 2003 lors d’une conférence de l’Institut pédagogique de l’UNESCO et de l’UNISA (Université de l’Afrique du Sud) à Pretoria. Le thème de la conférence était: «Potential de l’éducation à distance et de la formation ouverte pour la formation des éducateurs d’adultes et du personnel à la base qui se consacrent à l’alphabétisation et à l’éducation non formelle.» Cet article se penche principalement sur les efforts entrepris par le bureau d’Afrique australe de l’Institut de Coopération internationale de la Confédération allemande pour l’Éducation des Adultes (IIZ/DVV) pour tisser des liens. Il présente en outre tout un ensemble d’initiatives qui mettent en relief la manière dont les réseaux peuvent consolider l’éducation et la formation offertes aux adultes dans la région: Le réseau régional des praticiens de l’approche REFLECT (Regenerated Freirean Literacy through Empowering Community Techniques – Alphabétisation freirienne régénérée à travers les techniques de renforcement des capacités et pouvoirs communautaires); Formation des formateurs; Le projet de développement de manuels africains; Le réseau d’éducation des adultes; La mise en place d’un réseau pour créer un programme de learnership dans le domaine du VIH/SIDA. Wolfgang Leumer est directeur des projets de l’IIZ/DVV pour l’Afrique australe.

La force réside dans l’unité: les réseaux d’éducation des adultes en Afrique australe

Les réseaux ont un rôle essentiel à jouer pour stimuler le débat critique et le partage des informations en favorisant les approches innovantes de l’éducation des adultes et en aidant les campagnes de promotion à améliorer la position de notre secteur.

Dans une région où l’éducation des adultes est encore marginalisée et ne dispose toujours pas de ressources suffisantes, nous déplorons l’incapacité des individus et des organismes à se réunir pour identifier leurs intérêts communs et se rendre compte de la nécessité d’oeuvrer conjointement pour mettre sur pied un mouvement d’éducation des adultes.

La conférence de la SADC (Southern Africa Development Coordination – Coordination du développement en Afrique australe) qui s’est récemment tenue à Pietermaritzburg sur le thème de l’alphabétisation de base des adultes, constitue une exception notable. Nous espérons que les recommandations adoptées à cette occasion entraîneront une amélioration du travail conjoint des réseaux de la région dans des secteurs auxquels il est urgent de se consacrer comme, par exemple, la qualité de la formation, le VIH-SIDA ou d’autres domaines dans lesquels il serait utile de se donner la main pour obliger les gouvernements et les organismes à remplir les engagements résumés dans la Déclaration de Hambourg et les Objectifs de Dakar.

Le réseau régional des praticiens de l’approche REFLECT

L’IIZ/DVV s’attache à examiner les avantages des approches secondaires de l’alphabétisation dans lesquelles les plans d’action et de développement de nos groupes cibles sont les moteurs de l’édu- cation des adultes. Ces groupes se composent d’adultes démunis issus des zones rurales d’Afrique où sévit la misère (Angola, Lesotho, Madagascar, Malawi, Afrique du Sud).

Nous collaborons avec ActionAid en Afrique du Sud dans le cadre de cinq projets pilotes qui font usage de l’approche REFLECT:

  • IDASA et Fair share concentrent leurs efforts sur l’alphabétisation économique et la planification du développement intégré au niveau des collectivités locales où l’alphabétisation et l’apprentissage du calcul facilitent la participation au niveau de la compréhension et de l’élaboration de budgets locaux;

 

  • Women for Peace opère à Alexandra et Mid-Rand. Cette organisation se consacre principalement à la production artisanale, à l’agriculture urbaine, à la violence dans les foyers et au renouveau urbain (foyers);

 

  • Kruger to Canyons est un projet destiné aux communes qui jouxtent le parc Kruger. Il se penche sur la manière de les faire profiter des ressources générées par le tourisme dans la région grâce à la production d’objets d’artisanat et à l’amélioration des services qu’elles proposent; enfin,

 

  • Learning for Development situé à Koffiefontein dans l’État libre (anciennement État libre d’Orange. N.d.l.t.) fait usage de l’appro- che REFLECT dans le domaine de la formation agricole et du développement de petites entreprises.

Deux autres projets pilotes viendront s’ajouter en 2003 au programme sud-africain. L’un sera consacré à l’alphabétisation des familles dans la région de KwaZulu-Natal, l’autre à l’accord non officiel de Casablanca dans la région du Cap Ouest.

L’objectif principal de nos projets pilotes consiste à examiner le rôle des méthodes d’évaluation participative rurale en aidant les collectivités à identifier leurs besoins et à développer leurs propres programmes d’action (autonomisation). L’alphabétisation intervient une fois que des cercles d’apprenants se sont aperçus du besoin de s’alphabétiser et de mettre les acquis qui en découlent en pratique afin de mieux gagner leur vie.

Grâce au soutien d’ActionAid, ces expériences sont rattachées à des projets plus vastes qui reposent sur l’approche REFLECT et sont actuellement en cours en Angola, en Zambie, au Lesotho, au Malawi et au Swaziland. Des réunions annuelles sont organisées par les protagonistes qui emploient cette approche dans le but d’améliorer les meilleures pratiques et de contribuer à développer une conception commune des forces et des faiblesses des pratiques existantes. Cette initiative régionale est en outre reliée par l’intermédiaire du CIRAC (Circle of International REFLECT ACTION) à un cercle international de praticiens de l’approche REFLECT.

La formation des éducateurs d’adultes en Afrique du Sud

L’IIZ/DVV soutient actuellement la formation de près de 100 praticiens en éducation des adultes au moyen d’appointements et de bourses dans quatre établissements (pour une somme qui ne dépasse pas 32 000 euros):

  • Université du Cap: 12 étudiants – diplôme d’éducation des adultes

 

  • Peninsula Technikon: 15 étudiants – diplôme national d’éducation des adultes

 

  • Centre d’éducation des adultes, université de Natal: 34 étudiants – Diplôme de développement participatif en éducation

 

  • Centre d’éducation permanente pour adultes, université du Cap Ouest: 37 étudiants – brevet supérieur et diplôme supérieur d’éducation des adultes

Nous projetons pour 2003 d’organiser un atelier pour ces partenaires dans le domaine de la formation afin de leur permettre de partager leurs expériences plus facilement. Les extraits suivants indiquent clairement le besoin indispensable de soutenir la formation des éducateurs d’adultes dans l’ensemble de la région.

L’impact de l’analphabétisme

Nous continuons à croire qu’il existe une forte demande en ce qui concerne la qualification des éducateurs d’adultes en Afrique du Sud parce que le problème du taux élevé d’analphabétisme reste d’ac- tualité. Plus de six millions de Sud-Africains ne sont toujours pas en mesure de s’informer par la lecture. Ce pays élabore des politiques et des lois nouvelles pour compenser les déséquilibres du passé. Toutefois, la majorité de ses citoyens n’a pas accès à ces documents du fait qu’ils sont illettrés. Grâce au soutien de l’IIZ/DVV, le CACE (Centre d’Éducation des Adultes et d’Éducation Permanente) et d’autres organismes éducatifs forment des animateurs, des formateurs et des éducateurs qui opèrent au sein de collectivités en tant que praticiens de terrain dans les domaines de l’éducation, de la formation et du développement.

 

 

Centre d’Éducation des Adultes
et d’Éducation Permanente (CACE)
Université du Cap Ouest

 

 

Le profil des étudiants

Le profil des étudiants est plus ou moins resté le même au cours des sept années passées: la plupart des participants sont des «étudiants d’âge mûr» (leur âge moyen se situant entre 35 et 50 ans) et sont issus de milieux culturels divers. En 2000-2001, les trois quarts étaient des femmes et la langue maternelle de plus de 70 % des apprenants était le xhosa, le reste étant majoritairement issu des communautés «métis », selon le terme historique. Les participants sont issus d’un vaste ensemble d’organisations et de projets d’éducation, de formation et de développement (ex.: promotion de la santé, éducation syndicale, développement de compétences dans le domaine des petites entreprises, «educare» (enseignements et soins à donner aux jeunes enfants. N.d.l.t.), arts et cultures, formation aux médias, etc.). Bien qu’un grand nombre de ces organisations soutiennent le programme, elles ne sont pas en mesure de financer les frais d’inscription des étudiants.

 

 

Diplôme en éducation UCT

 

 

Citoyenneté active

Ces groupes d’apprenants participent largement aux activités, aux actions et aux mouvements de la société civile. Le développement de la communauté et les organisations opérant dans ce domaine nécessitent des connaissances et des compétences en matière d’éducation des adultes. Par conséquent un soutien constant permet de former les structures opérationnelles nécessaires à la base ainsi qu’aux niveaux intermédiaire et supérieur.

 

 

Centre d’Éducation des Adultes
et d’Éducation Permanente (CACE)
Université du Cap Ouest

 

 

Aborder les questions cruciales par le développement participatif

Les objectifs de l’éducation pour tous ne sont qu’un vague espoir s’ils sont privés d’une structure opérationnelle d’éducateurs d’adul- tes bien formés, en particulier d’éducateurs formés selon le modèle du développement participatif. Le programme menant au brevet de développement participatif en éducation (Participatory Development Certificate in Education – PDCE) vise à renforcer les capacités des collectivités rurales et défavorivées grâce à la formation de praticiens du développement qualifiés sachant comment planifier et mettre en place des projets élémentaires de développement participatif, holistique et durable au niveau local, et étant équipés pour le faire.

La région du KwaZulu Natal a le pourcentage le plus élevé de Sud- Africains affectés par le VIH/SIDA. Cette pandémie constitue pour la région le plus grand défi au niveau du développement. Elle met en relief le besoin d’éducateurs qualifiés pouvant travailler dans des cadres non formels et locaux.

Dans le même style, le cours de gestion des terres dans le cadre du programme PDCE aborde un autre besoin crucial non seulement dans la région, mais aussi dans le reste du pays: il se consacre au développement d’un soutien institutionnel pour les petits fermiers par l’intermédiaire de la formation d’agents de développement dans le domaine de la gestion de l’environnement et de la production de denrées alimentaires à petite échelle et à faibles quantités d’intrants. Un cours expérimental d’éducation à la paix sera organisé en 2003 dans le cadre du projet sur les droits humains, la démocratie et le développement (Human Rights, Democracy and Development – HRDD).

 

 

Centre d’Éducation des Adultes
Université de Natal

 

 

Frais d’inscription

En raison du taux de chômage élevé en Afrique du Sud, de nombreux étudiants sont dans l’incapacité de payer leurs frais d’inscription. Nous savons que les employeurs paient les études d’un nombre très restreint d’étudiants. Le CACE continuerait volontiers à consolider les capacités des praticiens des zones rurales qui disposent de peu de matériel. Pour que nous puissions y parvenir, les étudiants doivent recevoir un soutien financier. Des étudiants de contrées aussi lointaines que le Cap Est ou Springbok ont bénéficié de bourses de l’IIZ/DVV et pu ainsi s’inscrire et se rendre aux cours.

 

 

Centre d’Éducation des Adultes
et d’Éducation Permanente (CACE)
Université du Cap Ouest

 

 

Financement

Alors qu’un nombre considérable d’étudiants de notre programme sera en mesure de payer les frais d’inscription grâce à une bourse provenant d’un fonds de soutien à l’acquisition de nouvelles compétences, disponible pour les employeurs, nos étudiants «ordinaires», principalement issus de petites organisations de formation et d’ONG communautaires de la région du Cap, sont plus que jamais tributaires des bourses pour aller jusqu’au bout du programme.

À long terme, une partie de l’argent destiné à aider les étudiants issus d’organisations manquant de ressources pourrait très bien provenir du secteur des praticiens de terrain dans les domaines de l’éducation, de la formation et du développement par l’intermédiaire de l’administration sectorielle de l’Éducation et de la Formation (SETA). Grâce à la SETA, les organisations auront accès, à l’avenir, au financement de l’acquisition de compétences par une taxe destinée à la formation et au développement de personnel. À court terme cependant, ce sont précisément les organisations dont nos étudiants sont issus qui n’ont pas accès à ce financement étant donné leurs capacités réduites et leurs ressources déjà exploitées au maximum.

 

 

Diplôme en éducation UCT

 

 

Mesurer l’impact

Les services de ces éducateurs d’adultes, formateurs et praticiens du développement sont vitaux, en particulier à la base des collectivités. Un grand nombre de ces diplômés continuent à travailler dans des ONG et dans des organisations communautaires. Les éducateurs d’adultes sont employés dans plusieurs domaines. Certains accèdent à des positions qui leur donnent un certain pouvoir au sein des collectivités locales, tandis que d’autres intègrent le corps législatif du gouvernement de la province ou des organisations syndicales, politiques ou religieuses.

 

 

Centre d’Éducation des Adultes
et d’Éducation Permanente (CACE)
Université du Cap Ouest

 

 

Des impacts plus vastes

La DVV a soutenu le programme d’éducation et de formation de base des adultes (EFBA) pour les éducateurs, organisé au Peninsula Technikon depuis 1996. Le programme de bourses était le pivot autour duquel s’articulaient les activités de développement soutenues et durables du programme menant au diplôme national et plus tard celles du programme menant au diplôme B Tech d’éducation et de formation de base des adultes. L’influence positive du programme et du développement de matériels qui affluaient dans ce secteur au niveau national, grâce à la contribution des intervenants du Peninsula Technikon dans la formulation de politiques nationales et provinciales, et dans l’élaboration de programmes d’enseignement et d’initiatives pour le développement de matériels, était due principalement au partenariat avec la DVV.

 

 

Peninsula Technikon
Formation d’éducateurs à l’EFBA

 

 

Profil d’une étudiante: Rose Qalaba

Rose Qalaba, une étudiante engagée, est actuellement en seconde année au centre d’éducation des adultes de Pietermaritzburg. Âgée de 51 ans, cette infirmière en soins de santé primaires travaille dans la région du Cap Est. Elle élève seule ses quatre fils, chacun d’eux étant inscrit dans différents établissements d’enseignement supérieur du pays.

Pour se rendre à son cours hebdomadaire à l’université, Rose doit effectuer un trajet aller et retour de onze heures, passant d’un taxi à l’autre. «Je prends un taxi pour me rendre à Flagstaff de la zone rurale où je réside, ce qui me coûte 8 rands. Le trajet dure une heure et demie. Le trajet de Flagstaff à Durban prend trois heures et me coûte 40 rands. Le taxi suivant me mène de Durban à Pietermaritzburg, ce qui dure une heure et me coûte 20 rands. Une fois en ville, je prends le taxi pour Scottsville, ce qui me coûte 2,50 rands.» Rose a dû par conséquent débourser environ 140 rands par semaine durant les dixhuit derniers mois rien que pour se rendre à son cours.

Depuis qu’elle s’est inscrite au programme menant au diplôme de développement participatif en éducation, Rose a créé un projet d’al- phabétisation des adultes dans sa région. Les inkosis (à l’origine, rois ou chefs suprêmes zoulous, aujourd’hui ce terme désigne des personnages importants. N.d.l.t.) et les indunas (surveillants noirs dans les mines qui, au sein de la structure sociale zouloue, peuvent être de lignage modeste. N.d.l.t.) qui y résident soutiennent beaucoup ses idées et son projet. Les inkosis ont même encouragé les titulaires du matric (équivalent du baccalauréat) de la région à s’inscrire au cours. En 2002, le centre d’éducation a reçu 15 demandes d’inscription provenant de cette région. Toutefois, le centre est peu disposé à exiger de ces étudiants qu’ils engagent les dépenses que Rose a été contrainte de faire. Des plans sont par conséquent en cours d’élaboration pour ouvrir un centre annexe dans la région, ce qui permettrait de réaliser l’objectif du programme de développement participatif en éducation qui consiste à proposes ce cursus hors du campus.

 

 

Centre d’Éducation des Adultes,
Université de Natal, Afrique du Sud

 

 

La série de manuels intitulée: African Perspectives in Adult Learning – Optiques africaines de l’éduca- tion des adultes

L’IIZ/DVV a offert son soutien à la formation professionnelle d’édu- cateurs d’adultes dans de nombreuses universités africaines. En 1995, Paul Fordham et Lalage Bown émettaient une recommandation importante: le besoin d’améliorer la qualité et la pertinence des matériels d’études pour les étudiants au niveau du brevet d’études supérieures et de la licence. En 2001, l’IIZ/DVV a pris l’initiative de réunir des spécialistes africains, chefs de départements et d’autres établissements intéressés, pour lancer un projet visant à améliorer les matériels pédagogiques destinés aux étudiants africains en éducation des adultes.

Ce projet est actuellement mené sous la direction du département d’éducation des adultes de l’université du Botswana, l’Institut international de Coopération de la Confédération allemande d’Éducation des Adultes, l’Institut d’éducation de l’UNESCO et Pearson Education. Ce projet vise à développer une série de manuels intitulée: African Perspectives in Adult Learning. Cette série a pour but de fournir des manuels accessibles et pertinents aux étudiants africains qui poursuivent des études dans le domaine de l’éducation des adultes, en particulier aux niveaux du brevet d’études supérieures et de la licence. Ces ouvrages seront co-publiés par Pearson Education et l’Institut d’éducation de l’UNESCO.

Au départ, cette série comportait cinq titres:

  • The Psychology of Adult Learning in Africa – La Psychologie de l’éducation des adultes en Afrique

 

  • Research Methods in African Adult Education – Méthodes de recherche en éducation des adultes africaine

 

  • Foundations of Adult Education in Africa – Fondements de l’édu- cation des adultes en Afrique

 

  • Programme Development in African Adult Education – Développement de programmes pour l’éducation des adultes en Afrique

 

  • The Social Context of Adult Education in Africa – Le contexte social de l’éducation des adultes en Afrique

La publication des cinq premiers ouvrages de cette série est prévue pour mars 2004. Chaque livre sera long d’entre 200 et 250 pages et sera censé offrir une vue d’ensemble du sujet, présenter une théorie adéquate, fournir matière à discussion et des exemples reposant sur la pratique professionnelle, les politiques actuelles et la recherche empirique, et indiquer d’autres domaines de recherche et ouvrages de référence. L’un des principes clés de ces ouvrages consiste à refléter les situations sociales africaines, les points de vue théoriques et culturels, les politiques et les modes de mise en pratique.

Ateliers pour les auteurs

Les ateliers destinés aux auteurs se sont déroulés en avril et août 2002. Tous les auteurs engagés y ont participé. Ces ateliers ont contribué à développer une vision plus claire de la nature des séries d’ouvrages qui ne se composeront pas uniquement de manuels afrocentriques modernes pour les étudiants d’Afrique en éducation des adultes, mais de livres destinés à faire reconnaître dans le monde le point de vue personnel de l’Afrique sur l’éducation des adultes. Les ateliers ont créé un sentiment profond de participation et d’engage- ment conjoints de tous ceux qui y ont pris part. Ils ont en outre offert une direction intellectuelle ainsi qu’une introduction à la publication professionnelle de manuels.

Soutien aux auteurs

Le projet en est actuellement à un stade où les auteurs s’affairent à la rédaction de leurs manuscrits conformément aux critères de conception et aux délais dont il a été convenu lors des ateliers. Dans cette phase critique du projet, les capacités et l’engagement des auteurs est d’une importance capitale. Diverses stratégies de soutien aux auteurs ont été mises en place, par exemple la création du listserve APAL permettant aux auteurs et au comité rédactionnel des séries de partager des informations.

Réseau d’éducation des adultes (Afrique du Sud)

Une autre tentative de créer un réseau a reçu le soutien de l’IIZ/DVV. Elle vise à rajeunir le secteur sud-africain des éducateurs d’adultes et des praticiens, autrefois très vivant. Ce secteur a traversé plusieurs crises, et malgré une Constitution progressiste, l’éducation des adultes reste marginalisée. Sur plusieurs centaines d’ONG et d’organisations communautaires qui opéraient en 1994 dans le domaine de l’éducation des adultes, seules cinquante sont restées et poursuivent aujourd’hui leurs activités.

Le Réseau d’éducation des adultes (Adultes Learning Network – ALN) est une tentative qui vise à remédier à cette situation et à donner une «voix» nationale à ce secteur. L’ALN réunit huit organismes provinciaux qui se consacrent au soutien et au lobbying au niveau provincial.

Forger de nouveaux liens

Les activité de l’ALN se sont concentrées en 2001 et 2002 sur la campagne pour la Semaine des apprenants adultes qui sert de vitrine à l’éducation des adultes en Afrique du Sud. Ces efforts se sont terminés sur une conférence nationale et une cérémonie de remise de prix qui a attiré plus de 500 apprenants adultes et praticiens à Kimberley en septembre 2002. C’était aussi la première fois que cet événement recevait le soutien de la SETA (l’administration sectorielle de l’Éducation et de la Formation) qui avait cofinancé la campagne aux niveaux national et provincial. Le Réseau espère pouvoir continuer à s’introduire dans la SETA et à lui offrir des services de soutien et de renforcement des capacités en tant que réseau national d’éducation des adultes. L’ALN a également réussi à rallier les syndicats (partisans dévoués de l’éducation des adultes jusqu’en 1994). Des liens ont également été tissés avec des structures plus larges de la société civile lors de la Campagne globale pour l’éducation. Le fait que le concept de l’éducation des adultes commence à être appréhendé de manière plus holistique et au-delà de l’éducation et de formation de base des adultes (EFBA) pour englober tous les domaines que touche l’éducation des adultes, est une caractéristique saillante de ce nouveau réseau.

Le Réseau d’éducation des adultes publie un bulletin trimestriel intitulé Talking Adult Learning dont 6000 exemplaires sont distribués dans tout le pays. Ce bulletin permet aux praticiens de se tenir au courant de l’évolution des politiques et des campagnes ainsi que des approches innovantes et des projets dans l’ensemble du pays.

Le Festival d’éducation du Cap

Le lien entre la Semaine des apprenants adultes et une initiative provinciale nommée Festival d’éducation du Cap (campagne de soutien conçue pour promouvoir la culture de l’apprentissage tout au long de la vie dans tous les secteurs de la société du Cap Ouest) constitue également une innovation remarquable.

Le Festival d’éducation du Cap vise

  • à créer des partenariats viables entre les gouvernements, les entreprises et la société civile et soutenant des approches intégrées d’apprentissage et de développement;

 

  • à donner aux gens de tous âges de nombreuses possibilités de s’instruire;

 

  • à mettre en avant des projets et programmes innovants;

 

  • à célébrer les réussites des apprenants et

 

  • à créer une tradition pour que le Festival d’éducation du Cap soit organisé tous les ans.

Le festival vise à consolider les initiatives existantes comme la Journée nationale des femmes, la Semaine du développement des petites entreprises et la Semaine des apprenants adultes. Il doit renforcer ces campagnes tout en favorisant les liens qui existent entre elles au moyen de l’apprentissage tout au long de la vie comme pôle d’intérêt commun. En tant que tel, le festival célèbre l’éducation dans tout un ensemble de contextes: des établissements d’enseignement formel à la formation sur le lieu de travail, en passant par les programmes de développement communautaire.

Le festival est perçu comme le catalyseur d’un processus de collaboration constante entre le gouvernement, les entreprises et la société civile. Cette initiative tire son origine de la collaboration entre le ministère de la Promotion des Affaires et du Tourisme et l’université du Cap Ouest. Elle réunit à présent d’autres intervenants: établissements d’enseignement supérieur, Forum d’éducation des adultes (Adult Learning Forum), Cape Online, Unicity, COSATU, ministères de l’Éducation, du Travail et des Services correctionnels, SETA, conseil provincial du Développement, Chambre de commerce, ONG et médias.

Mise en place d’un réseau dans le domaine du VIH/ SIDA

Grâce aux fonds provenant du programme de réduction de la pauvreté du gouvernement allemand, l’IIZ/DVV a commencé à élaborer un programme de formation reconnu officiellement et ayant pour but de renforcer les capacités des groupes touchés par le VIH/SIDA.

Il est crucial de créer un lien entre les campagnes d’éducation et les activités visant à donner aux gens les moyens d’agir. Dans la plupart des groupes gravement affectés par le HIV/SIDA (les démunis, les marginalisés et les analphabètes) les gens ne discutent pas en toute connaissance de cause, et aucune planification stratégique n’existe au niveau communautaire ou des collectivités locales.

Ce programme axé sur le développement fait appel à des approches participatives pour s’attaquer de manière holistique aux effets du VIH/SIDA. Allant au-delà des soins préventifs et palliatifs, ce programme vise à mettre en place une structure de dispensateurs de soins pour renforcer les capacités des collectivités locales, ce qui leur permettrait non seulement d’élaborer et de mettre en place leurs propres programmes de soins, d’éducation et de soutien, mais aussi d’oeuvrer au sein des structures administratives locales pour assurer que les effets du SIDA soient traités comme faisant partie des stratégies de développement local intégré.

Homologation

St. Johns Ambulance estime que le nombre des bénévoles actifs en Afrique du Sud se situe entre 100 000 et 120 000 personnes. Ces bénévoles ont une grande expérience et sont très engagés. Toutefois, ils n’ont souvent pas été suffisamment formés, ne disposent pas de structures de soutien adéquates, sont au chômage et ne sont ni rémunérés, ni homologués. À longue échéance, on espère que le programme de formation National Qualification Framework: Level 1 (Cadre national de qualification: niveau 1) sera homologué et enregistré comme programme de learnership (programme d’éducation et de formation comportant une phase de mise en pratique. N.d.l.t.) car le National Skills Fund and Sector Education et la SETA prendront alors en charge les frais de la formation. Une fois que cette qualification sera reconnue, on espère que les collectivités locales et les responsables de la Santé emploieront ces animateurs intermédiaires au niveau local.

Les progrès réalisés à ce jour

Des matériels destinés aux apprenants et des manuels pour les animateurs ont été élaborés et sont actuellement testés dans trois provinces d’Afrique du Sud. En nous basant sur les résultats initiaux de ce projet, nous avons également commencé à créer un groupe de fournisseurs/partenaires qui s’intéressent à cet important domaine de l’éducation des adultes. Une proposition de financement a été soumise au Global Fund, et un groupe régional a suscité l’intérêt de l’Union européenne.

Créer des partenariats

Le programme de learnership a été créé par trois acteurs clés des secteurs de l’éducation des adultes, du développement communautaire et de la santé publique: l’IIZ/DVV, le TCOE (Trust for Community Outreach and Education) et le MTCH (Media and Training Centre for Health). Le succès du programme dépend de la création de partenariats efficaces avec des organismes d’éducation des adultes, des ONG, des organisations communautaires et des collectivités locales au niveau communautaire. Nous faisons également pression sur la SAQA (Autorité sud-africaine des qualifications), la SETA et les ministères de la Santé, de l’Éducation, des Services sociaux et du Travail pour assurer que le programme soit reconnu officiellement et obtienne un financement et un soutien durables.

Conclusion

Harbans Bhola a soutenu, durant la conférence, que si nous voulons répondre aux défis de la réduction de la pauvreté et atteindre les objectifs de l’éducation pour tous, nous devons développer différents programmes qui tiennent compte des contextes locaux:

«Dans l’éducation des adultes, un seul programme plus ou moins bien ficelé comme, par exemple, l’EBA (éducation de base des adultes), l’EFBA (éducation et formation de base des adultes), l’EBAA (éducation de base et alphabétisation des adultes ou l’EAELV (éducation des adultes et éducation tout au long de la vie) ne suffira pas. Des programmes d’éducation appropriés pour les adultes devront être conçus et offerts dans des contextes particuliers de manière à convenir à des groupes d’individus ou de familles et à des collectivités afin d’obtenir un développement de l’ensemble de la communauté.»

L’animation et la formation doivent se dérouler à la lumière des différents contextes et métiers. Tisser des liens entre l’éducation des adultes, l’alphabétisation et le développement ne sera pas aisé aussi longtemps que nous nous bornerons à proposer une formation sur le fonctionnement de l’éducation de base des adultes. Le défi intimidant qui consiste à faire de l’éducation des adultes un outil de réduction de la pauvreté exige une formation plus approfondie et de meilleure qualité, mais aussi un lobbying pour obtenir le soutien politique nécessaire pour faire avancer les choses. L’élargissement des réseaux et l’accroissement des échanges sur les pratiques innovantes existantes ont un rôle essentiel à jouer pour enrichir et améliorer l’éducation des adultes actuellement offerte.