A. Semchenko

L’article suivant se propose de mettre en lumière l’évolution actuelle de l’interaction entre le marché du travail, qui s’est récemment créé, et le système d’éducation et de formation professionnelles au Kazakhstan. Leur faible niveau d’interaction constitue l’un des principaux problèmes pour la création d’un système de formation professionnelle adapté aux chômeurs des pays d’Asie centrale. Dans ce domaine, la tentative kazakhe est l’un des rares modèles développés ces dernières années, qui offre des perspectives d’avenir. A. Semchenko est expert auprès de la Fondation européenne pour la formation (ETF) à Almaty, au Kazakhstan.

Le marché du travail et le système d’éducation et de formation professionnelles: les manières possibles de coopérer

Pourquoi rechercher le partenariat social dans le secteur de l’éducation et de la formation professionnelles?

Nous avancerons les raisons suivantes pour mettre en place le projet «Partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles »: 

  • le partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles est un facteur essentiel pour former des spécialistes en fonction des exigences du marché du travail, ce qui permet de réduire le taux de chômage et de vaincre la pauvreté;

  • le partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles s’est développé et est devenu de plus en plus important au Kazakhstan;

  • le développement du partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles exige la création d’un cadre législatif et normatif approprié ainsi que la participation de partenaires institutionnels intéressés à des associations;

  • les principaux partenaires du partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles sont les organes gouvernementaux, les établissements d’enseignement et les employeurs;

  • les objectifs principaux du partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles sont l’actualisation des programmes d’enseignement et des normes d’éducation, et la formation de spécialistes aux qualifications requises;

  • l’un des principaux obstacles à l’évolution du partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles est le peu d’intérêt que lui portent les partenaires qui ne sont pas conscients des avantages qu’il pourrait offrir s’il était efficace.

Le contexte légal

La mise en place d’un type nouveau de partenariat social dans le domaine de la formation professionnelle repose sur les mesures normatives et législatives, adoptées au début des années 90, peu après l’indépendance du pays. La première de ces lois, adoptée le 4 juillet 1992, concernait les «conventions collectives».

Un peu plus tard la même année, le gouvernement publia un décret sur le «partenariat social dans le cadre des rapports socio-syndicaux» qui visait la mise en vigueur d’une loi datant du 3 août 1992. Ce décret constituait un cadre directeur servant à instaurer des barèmes salariaux par secteurs.

Pour pouvoir examiner et coordonner les projets concernant les conventions salariales générales et par secteurs signées par le gouvernement de la République du Kazakhstan et les associations syndicales, d’employeurs et d’hommes d’affaires, le gouvernement publia le 24 août 1992 un décret pour la création d’une commission spéciale et d’une commission républicaine conciliatoire pour le règlement de requêtes collectives (conflits) concernant le travail.

En juillet 1993, trois des principaux intervenants adoptèrent la Déclaration sur les principes de la coopération.

Tenant compte de l’importance du dialogue social, le président du Kazakhstan signa 14 décembre 1994 le décret sur le «partenariat social dans les relations socio-économiques et ouvrières». Il stipulait la mise en place du dialogue constant entre les représentants des intervenants et déterminait qu’il est nécessaire de conclure des conventions collectives générales, sectorielles et régionales.

Depuis, sept conventions générales ont été signées, la dernière datant de 2002.

Tout ceci a servi à créer la base normative du partenariat social et a contribué à l’adoption de la loi sur le partenariat social dans la République du Kazakhstan en décembre 2000. Cette loi a déclenché un mécanisme institutionnel de dialogue social entre les partenaires.

À la suite de son adoption, la situation a changé dans le pays. L’article 17, paragraphe 4, stipule que les problèmes de formation professionnelle et de reconversion des spécialistes doivent être inclus dans les statuts des conventions.

Depuis 2001, selon cette loi, le gouvernement de la République du Kazakhstan est dans l’obligation «de veiller à l’amélioration du système de formation des chômeurs et des compétences professionnelles des ouvriers» lors de la passation d’un accord avec les associations syndicales républicaines et les associations républicaines d’employeurs (article 21).

En outre, conformément à l’article 80, les intervenants assument la responsabilité «de mettre en application la loi de la République du Kazakhstan sur l’emploi. Des programmes appropriés de formation professionnelle s’adressant aux chômeurs doivent être élaborés et mis en place.»

Il convient de remarquer qu’en ce qui concerne la formation des chômeurs, le gouvernement a tenu sa promesse. En conséquence, le décret 836 fut adopté le 19 juin 2001. Il réglemente les activités de l’organisme de financement des cours de formation professionnelle, l’amélioration des qualifications professionnelles et la reconversion des chômeurs.

Cette réglementation énumère les droits et obligations des agences pour l’emploi, des établissements d’enseignement, des employeurs et des chômeurs durant la période de formation professionnelle. Elle prévoit qu’une partie des budgets locaux doit être réservée au financement de la formation professionnelle des chômeurs. Grâce à cela, 198 000 chômeurs se recyclèrent ou améliorèrent leurs qualifications en 2001.

Le premier projet de la Fondation européenne pour la formation: «Partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles»

La mise en place d’un projet visant à examiner les problèmes par l’intermédiaire des centres nationaux de surveillance de la Fondation européenne pour la formation fut l’un des principaux moyens employés pour développer le partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles.

Au cours du déroulement de ce projet, trois rapports furent rédigés. Deux d’entre eux étaient des études scientifiques: «Problème du partenariat social au Kazakhstan» (1998) et «Problème du partenariat social au Kazakhstan – situation en 2000», le troisième rapport s’intitulait: «Partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles » (2001). Tout un ensemble de séminaires de formation et d’information furent également organisés à l’intention des fonctionnaires, des représentants des établissements d’enseignement et des employeurs.

Lors de l’élaboration du projet, les mesures suivantes furent mises à exécution: 

  • création du conseil d’experts à l’akimat (le conseil municipal) d’Almaty City comme organe régional de partenariat social entre les organismes d’éducation et de formation professionnelles, les employeurs et les organes communaux du gouvernement. Ses activités sont réparties sur trois groupes de travail: le premier est chargé de l’interaction entre les établissements d’éducation et de formation professionnelles et les entreprises. Il assure l’actualisation des contenus de l’enseignement professionnel. Le second est responsable de l’identification des professions demandées sur le marché du travail, dont il dresse des listes. Le troisième se consacre au développement de l’entreprenariat par la formation au sein de la population;

  • organisation de cours de formation pour les groupes de travail du conseil d’experts sur le thème de l’interaction entre les organismes de l’éducation et de la formation professionnelles, et les employeurs pendant l’élaboration de normes professionnelles et gouvernementales concernant l’éducation professionnelle;

  • préparation du rapport sur l’état du partenariat social dans le domaine de l’éducation et de la formation professionnelles.

Afin de stabiliser et de renforcer cette coopération, les experts émirent les recommandations suivantes: 

  • examiner et améliorer graduellement dans ce domaine la législation concernant la qualité de l’éducation et de la formation professionnelles, et la formation au sein de la population, l’emploi et le partenariat social;

  • créer des conseils de partenaires sociaux aux niveaux national, régional et des secteurs économiques pour coordonner les actions, et préparer le processus décisionnel dans le domaine de l’éducation et de la formation professionnelles en se basant sur le modèle mis sur pied à Almaty City dans le cadre du projet national de surveillance;

  • élaborer une méthode scientifique visant à déterminer, en collaboration avec les partenaires sociaux, les besoins en personnel ouvrier et spécialisé dans les différents secteurs économiques en tenant compte de leurs priorités et de celles des régions, et des mutations du marché;

  • améliorer les programmes d’enseignement et les normes de l’éducation en se basant sur les points de vue et recommandations de spécialistes dans ce domaine;

  • mener régulièrement des recherches concernant le marché du travail en s’attachant, conjointement avec tous les partenaires sociaux, à prévoir les problèmes risquant d’émerger et communiquer à tous les intéressés les besoins éventuels de personnel dans un secteur donné;

  • développer conjointement avec les partenaires sociaux des programmes de recyclage destinés aux fonctionnaires gouvernementaux et régionaux, et reposant sur les exigences du marché du travail;

  • organiser des séminaires sur l’interaction des partenaires sociaux dans le domaine de l’éducation professionnelle aux niveaux national et régional;

  • élaborer des mesures visant à stimuler les employeurs qui organisent des programmes de formation pour leur personnel;

  • mener une campagne d’information pour expliquer la nécessité du partenariat social dans le domaine de l’éducation professionnelle.

Dans le cadre du projet intitulé «Partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles», une enquête fut menée en 2001 auprès des principaux partenaires sociaux et des organes gouvernementaux compétents sur la poursuite du développement du partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles.

Parmi les questionnaires renvoyés se trouvaient entre autres les réponses du ministère du Travail et de la Protection sociale ainsi que celles du ministère de l’Éducation et des Sciences de la République du Kazakhstan. Soixante employeurs exprimèrent ainsi leur opinion sur les problèmes afférents au développement du partenariat social; on releva parmi eux de grandes entreprises d’Almaty City, mais aussi des représentants d’organisations scientifiques et publiques, et de syndicats du personnel de l’éducation.

Cette enquête révélait que toutes les personnes interrogées reconnaissaient la nécessité de développer le partenariat social en améliorant l’efficacité de la formation du personnel et en répondant aux besoins et demandes du marché du travail. En même temps, les personnes interrogées indiquaient une participation plus ou moins forte des différentes structures au partenariat social: organismes de l’enseignement: 78 %; agences pour l’emploi: 73 %; employeurs: 22 %.

Selon l’opinion des personnes interrogées, les organismes publics, les établissements scientifiques et les syndicats se tenaient à l’écart du processus de partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles. À leurs yeux, les principaux problèmes que le partenariat social devait régler étaient les suivants: emploi des diplômés universitaires (54 %), qualité de la préparation (36 %), chômage des jeunes (31 %), prévision des besoins en spécialistes pour les différentes professions (28 %), amélioration des programmes d’enseignement en fonction des exigences dans les entreprises modernes (19 %). La majorité des personnes interrogées pensait qu’il était nécessaire de créer des organismes régionaux qui seraient chargés de coordonner la coopération entre les partenaires. 82 % indiquaient ici une commission régionale à Akimat. Les autres proposaient la création de structures indépendantes de l’État: un conseil consultatif ou un conseil fiduciaire.

Pour un grand nombre des personnes interrogées, l’élaboration d’une base normative appropriée réglant les rapports de partenariat et promouvant la réalisation des idées formulées serait la garantie élémentaire d’une coopération efficace entre les partenaires dans le domaine de l’éducation et de la formation professionnelles.

Ainsi, la presque totalité des participants à cette enquête faisait remarquer la nécessité d’une législation visant à inciter les employeurs à participer, en leur offrant des avantages fiscaux, et particulièrement en réduisant les impôts sur les bénéfices. Les associations publiques et les établissements scientifiques devraient aussi bénéficier de cette stimulation législative sous la forme de subventions sociales.

52 % des personnes interrogées pensaient que les établissements d’enseignement devaient devenir le fer de lance de ces activités. Elles attendaient aussi une étroite collaboration de la part des agences pour l’emploi. Selon 47 % d’entre elles, ces agences disposaient du potentiel nécessaire, mais n’obtiendraient pas de résultats considérables en ce qui concerne l’analyse et la prévision du marché du travail sans collaboration étroite avec les établissements scientifiques.

Environ un tiers des personnes interrogées attendaient des syndicats qu’ils renforcent leurs positions en ce qui concerne la protection des droits des jeunes au travail. Elles étaient également un tiers à penser que si l’on demandait aux organismes scientifiques de participer, ils pourraient utiliser les prévisions qu’ils sont en mesure de faire pour la formation de spécialistes en fonction des exigences du marché du travail.

Les difficultés des jeunes à trouver un emploi

Selon des statistiques de 2001, 330 400 chômeurs étaient enregistrés dans les agences pour l’emploi. 19 800 d’entre eux avaient bénéficié d’une formation dans le cadre des mesures mentionnées ci-dessus. 13 200 des personnes qui avaient suivi une formation (soit 66,6 %) avaient trouvé du travail, et 1 100 autres (soit 5,5 %) s’étaient mises à leur compte.

Ces statistiques indiquaient qu’entre 70 et 90 000 titulaires de diplômes des cycles primaire et secondaire entraient chaque année dans la vie active sans aucune possibilité de poursuivre leur éducation professionnelle, et que la plupart d’entre eux se retrouvaient au chômage, tandis que les autres pouvaient tout juste s’attendre à trouver un emploi ne requérant que peu de qualifications. L’aggravation de la situation sur le marché du travail empêche les jeunes sans profession et sans expérience professionnelle d’être compétitifs.

L’analyse des données statistiques concernant les titulaires de diplômes des classes 9 à 11 nous permet de définir ce qui empêche à la base le développement d’un partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles. Selon nous, ces obstacles sont les suivants

  1. pas de stratégie et de concept de partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles;
  2. base législative et normative insuffisamment développée;
  3. participation insuffisante à ce point de vue de la part du ministère du Travail et de la Protection sociale, et du ministère de l’Éducation et des Sciences; très peu de communication en ce qui concerne les problèmes relatifs au partenariat social;
  4. faible participation de la part des employeurs qui devraient être les principaux intervenants du partenariat social dans l’éducation et la formation professionnelles;
  5. impact négatif de facteurs économiques tels que le manque de ressources en matière de finances, de matériel et de main-d'œuvre, en particulier dans les campagnes et les petites villes;
  6. trop de professions différentes sur le marché du travail (les employeurs préfèrent embaucher des spécialistes déjà formés que d’investir dans la formation et de perdre leur temps avec un partenariat);
  7. prédominance des intérêts commerciaux dans certains établissements d’enseignement qui forment des spécialistes pour lesquels manifestement aucun besoin n’existe ou qui offrent une formation d’une qualité inadaptée;
  8. les établissements d’enseignement ont des difficultés à traiter les informations et les demandes des employeurs de la manière qui convient; l’absence de contacts avec les agences pour l’emploi constitue également un problème;
  9. les gens ne sont pas proactifs: ils ont tendance à attendre que le gouvernement se charge du problème et le résolve.

Aujourd’hui, le système de formation et de recyclage du personnel qui fait appel à toutes les formes d’éducation, et le besoin en spécialistes qualifiés se définissent fondamentalement au niveau des régions qui financent les formations en fonction de leurs moyens financiers.

Résultat, au terme des années 90 certaines régions ne proposaient même pas de programmes de formation du personnel. En même temps, de nombreux lycées et universités se créaient dans les villes. Les étudiants qui s’inscrivaient à ces études payantes pouvaient devenir avocats, économistes, financiers, etc., déjà en surabondance sur le marché du travail à l’époque.

La planification pèche par manque de prévisions aux niveaux national et régional – même à court terme – en ce qui concerne les besoins des différents secteurs économique en main-d'œuvre qualifiée (ouvriers et employés). Entreprendre de telles recherches exige la participation active de tous les partenaires sociaux et employeurs.

Le programme de partenariat social actuellement en place au Kazakhstan couvre tout d’abord le domaine des rapports socioprofessionnels concernant la rémunération et la protection du travail.

Les nouveaux défis qui se posent au système d’éducation et de formation professionnelles

L’éducation et la formation professionnelles de spécialistes en fonction des exigences du marché du travail est en même temps l’un des principaux problèmes que les partenaires sociaux doivent aborder ensemble à tous les niveaux. Non seulement les établissements d’enseignements, mais aussi les employeurs, les organes gouvernementaux, les parents et les apprenants doivent maintenant comprendre ce problème.

Aujourd’hui, des prérequis législatifs et institutionnels ont été élaborés au Kazakhstan pour développer le partenariat social dans le domaine de l’éducation et de la formation professionnelles qui en est toutefois encore à ses premiers balbutiements, ce qui s’explique par le manque d’expérience des partenaires, la mauvaise communication entre eux et l’absence de personnel administratif qualifié.

Dans les pays qui se trouvent en pleine progression vers une économie de marché, le concept général de l’éducation, en particulier celui de l’éducation professionnelle, a changé.

L’enseignement est obligé de répondre aux nouvelles exigences imposées par les rapports sur le marché, ce qui signifie que l’éducation doit s’adapter aux besoins de l’industrie et des employeurs.

Les facteurs liés au marché du travail, qui influent directement sur les activités des établissements d’enseignement, sont les suivants: 

  • modifications de la structure de l’emploi;

  • modifications de la structure professionnelle des exigences du marché du travail; .

  • rude concurrence du fait de la création d’écoles privées;

  • disponibilité de spécialistes avec des qualifications professionnelles sur un marché du travail ouvert, identiques à celles auxquelles les étudiants sont formés.

Il existe un fossé entre l’enseignement professionnel primaire et secondaire, et les exigences du marché du travail; les normes élaborées voici plus de quinze ans sont dépassées; les qualifications pouvant être acquises selon ces standards ne répondent plus aux besoins des employeurs. De ce fait, les diplômés d’établissements d’enseigne- ment professionnel se retrouvent souvent au chômage, même quand ils ont suivi des cursus de spécialisation apparemment demandés sur le marché du travail.

Ainsi, la formation professionnelle est peu à peu intégrée dans le nouveau système des objectifs sociaux, et son but consiste à former un nouveau type de spécialistes aptes à être compétitifs sur le marché du travail dès qu’ils ont leurs diplômes en poche. Pour réaliser cet objectif, il convient de réorganiser le secteur de la formation professionnelle. Les mesures à prendre sont les suivantes: 

  • repenser les activités des établissements d’enseignement en fonction des exigences sur le marché du travail;

  • relancer le système de partenariat sur une base fondamentalement nouvelle, axée sur la coopération entre l’éducation professionnelle et les intervenants du marché du travail tels que les employeurs, les syndicats, les agences pour l’emploi, etc.;

  • intégrer l’éducation professionnelle dans le système de surveillance du marché du travail. Ce système détermine les besoins, les métiers d’avenir et les capacités du marché du travail, les recherches sur les activités, les besoins des employeurs en main-d'œuvre (compétences et qualifications);

  • coordonner les efforts des établissements d’enseignement professionnel et des partenaires sociaux pour élaborer de nouveaux standards professionnels et éducatifs, et améliorer ceux qui existent déjà.

Le première étape pour réorganiser les ressources en main-d'œuvre consiste à faire participer les établissements d’enseignement à l’analyse du marché du travail. Il est également primordial d’initier les formateurs à de nouvelles techniques d’analyse et de prévision des besoins sur le marché du travail.

Le projet «Analyse du marché du travail»: une tentative couronnée de succès

Le projet du Fonds européen pour l’éducation qui porte sur l’analyse du marché du travail et qui a été conçu et réalisé dans le cadre du programme d’amélioration de la qualification du personnel (3e volet) au Kazakhstan pourrait constituer une solution pour promouvoir les activités mentionnées ci-dessus.

Une méthode et des outils spécifiques (questionnaires, techniques de recherche) reposant sur les expériences réalisées en Suisse et à Saint-Pétersbourg ont été employés pour les recherches menées au Kazakhstan. On a également eu largement recours aux travaux des scientifiques et des agents de terrain kazakhes.

Il est à noter que la surveillance des besoins du marché du travail par les établissements d’enseignement ne doit pas être considérée comme une fantaisie des employeurs ou de la direction des organismes d’enseignement.

Il est vital que le système d’éducation professionnelle demeure l’un des éléments de protection sociale pour les futures générations. La jeunesse du Kazakhstan qui entre dans la vie active doit avoir le droit et la possibilité d’apprendre des métiers et d’acquérir des connaissances et des qualifications lui garantissant une place au sein du système économique, des emplois et un niveau de salaire lui permettant de vivre décemment.

Les recherches menées au Kazakhstan dans le cadre du projet pilote «Analyse du marché du travail» doivent permettre de définir 

  • les besoins quantitatifs et qualitatifs des employeurs en spécialistes formés dans le cadre du système national d’éducation et de formation professionnelles;

  • les changements nécessaires pour satisfaire les standards de formation des spécialistes selon les exigences professionnelles des employeurs.

Le projet pilote vise à réunir des idées pour améliorer le programme suivi dans la formation à des métiers spécifiques.

Les objectifs du projet sont les suivants: 

  • promouvoir un partenariat étroit entre les établissements d’enseignement et les employeurs selon les exigences de ces derniers en matière de connaissances, de compétences pratiques et de qualifications des spécialistes;

  • élaborer une méthode d’analyse du marché du travail pour mettre en place à l’avenir une surveillance constante qui tienne compte des besoins des employeurs concernant les métiers et les qualifications.

Nous avons effectué des recherches sur des métiers demandés sur le marché du travail, qui représentent des secteurs en constante expansion et pour lesquels il convient de mettre la formation au niveau des nouvelles technologies et des qualifications plus complexes aujourd’hui.

Nous avons choisi pour cela les métiers de cuisinier et de pâtissier dans le secteur alimentaire. Ils sont enseignés à l’école professionnelle n° 18 d’Almaty et au lycée technico-professionnel n° 6 de Chimkent.

L’une des méthodes employées pour nos recherches était une enquête menée au moyen de questionnaires distribués aux employeurs du secteur économique concerné, en l’occurrence celui des services alimentaires. En tout, 95 employeurs furent interrogés: 70 à Almaty et 25 dans la ville de Chimkent.

Le projet d’analyse du marché du travail fut mené en plusieurs étapes. 

  • Étape n° 1 – juin, 1999 – sélection préliminaire du secteur économique, questionnaires, objets des recherches, choix du groupe de travail.

  • Étape n° 2 – juillet, 1999 – mission des conseillers externes de la Fondation européenne pour la formation dans le cadre du projet pilote (M. Lareh Anderson et M. Sergey Ivanov), coordination des secteurs choisis, objets des recherches, questionnaire, présentation du groupe de travail, établissements d’enseignement; choix définitif du secteur économique, objets des recherches; organisation du séminaire par des conseillers externes avec la participation d’experts et de représentants du système d’enseignement professionnel.

  • Étape n° 3 – juillet, 1999 – élaboration du projet technique, questionnaire pour les employeurs, liste des employeurs; reproduction du questionnaire; organisation d’une réunion informative avec le groupe de travail sur les méthodes du questionnaire, distribution du questionnaire, agendas, lettres aux employeurs.

  • Étape n° 4 – août, 1999 – questionnaire des employeurs, contrôle général de l’enquête, élaboration d’un programme de dépouillement automatique des questionnaires, ramassage des questionnaires, organisation des informations, codage, saisie des informations sur ordinateur; mission des conseillers externes du projet.

  • Étape n° 5 – août/septembre, 1999 – élaboration de tableaux modèles, d’algorithmes pour le traitement mathématique, traitement automatisé du questionnaire, élaboration des tableaux, élaboration de recommandations pour l’amélioration des programmes d’enseignement et préparation du compte-rendu.

  • Mediterranean Conference on Lifelong Learning”– achèvement du compte rendu, reproduction, préparation et organisation de la conférence finale.

Premières conclusions

Aujourd’hui, le marché du travail et celui des services d’éducation professionnelle sont étroitement liés. Pour que tout aille bien, les établissements d’enseignement professionnel doivent collaborer avec les employeurs dans le domaine de l’analyse des demandes existant sur le marché du travail en améliorant les programmes d’enseigne- ment en fonction des exigences professionnelles de ces derniers. Les méthodes d’analyse du marché peuvent différer selon les besoins des employeurs en spécialistes. Dans le rapport élaboré à cet effet, l’ana- lyse est menée sur la base d’un questionnaire pour les employeurs. Cette méthode peut encore être améliorée.

Le groupe de travail indique que par leur grand nombre, les questions posées avaient compliqué l’enquête auprès des employeurs. En même temps, et malgré toutes les difficultés de cette tâche, des résultats importants ont été obtenus.

Les exigences professionnelles que posent les employeurs aux jeunes spécialistes sont définies sur la base d’une évaluation de l’importance des activités industrielles, sur la nécessité de posséder des qualifications de cuisinier et de pâtissier, et sur l’évaluation de l’importance de développer de nouvelles activités en tenant compte de l’apparition de nouvelles technologies.

Les principales exigences fonctionnelles et personnelles que posent les employeurs aux jeunes spécialistes ont été déterminées. Nous avons également constaté que les employeurs préfèrent embaucher de jeunes spécialistes, en l’occurrence des cuisiniers et des pâtissiers, ayant suivi une formation professionnelle et disposant d’une expérience adéquate.

Nous avons également déterminé le niveau des salaires et le besoin en spécialistes dans les organisations qui ont participé à l’enquête. Nous avons relevé une attitude positive des employeurs concernant la coopération avec les établissements d’enseignement professionnel et leur volonté de participer à d’autres analyses du marché pour améliorer les programmes et plans d’enseignement.

Comme l’a indiqué l’analyse, une tendance se dessine actuellement en matière de partenariat social dans le secteur de la formation professionnelle: les établissements d’enseignement professionnel prennent l’initiative de contacter des employeurs et d’interagir avec eux. Grâce au projet, des établissements d’enseignement, en particulier l’école professionnelle n° 18 d’Almaty City et le lycée technique n° 6 de Chimkent, ont établi de nouvelles relations avec les partenaires sociaux du marché des services d’éducation professionnelle et renforcé celles qui existaient déjà. Les résultats de l’analyse se reflètent déjà dans la pratique sous forme de changements au niveau des plans et programmes d’enseignement.