Solo Randriamahaleo

Comment réaliser un développement rapide et durable, et vaincre la pauvreté, objectif préconisé par l’actuel gouvernement ? Quelle est la situation actuelle de l’éducation et de la formation des adultes, du développement économique et de la décentralisation politique, et quel rapport existe entre eux ? Comment les potentiels existants sont-ils utilisés? Solo Randriamahaleo, président de l’AMEA (Association malgache pour l’éducation des adultes), mais aussi chercheur et professeur à Fianarantsoa, nous fait part de ses observations sur Madagascar.

 

Absorption des compétences et éducation des adultes

Dans un premier temps, j’ai intitulé ma contribution Éducation des adultes et pauvreté. Mais une fois mes idées maîtresses développées, je pense que «l’absorption des compétences et éducation – formation, en général, et de l’éducation – formation des adultes en particulier» reflète mieux ce qui est exposé.

Pour parler d’un sujet aussi vaste et holistique, partons d’un certain nombre de constats faits à Madagascar. Ces constats sont suivis de certains éléments du contexte. Les remarques qui en découlent se focalisent, d’une part, sur les rapports entre l’éducation des adultes et le système éducatif considéré comme un tout cohérent. D’autre part, nous tentons de dégager quelques remarques sur les rapports entre l’éducation des adultes, le développement de la production économique et la politique de décentralisation – base du développement rapide et durable prônés par le régime actuellement en place à Madagascar.

Quelques constats

Sur l’inefficacité de l’enseignement supérieur et technique

Il est très courant et facile de fustiger l’inefficacité externe et l’efficience de l’enseignement supérieur et technique à Madagascar. Une des raisons à cela est l’importance numérique actuelle des formés et diplômés qui n’arrivent pas à trouver d’emploi correspondant à leur formation dans le système économique formel.

Si l’on compare en effet la proportion des diplômés occupant des postes exigeant un diplôme de haut niveau par rapport au nombre total des diplômés sous les trois Républiques qui se sont succédé à Madagascar, plus le numéro de la république augmente, plus la proportion diminue.

En effet, sous la Première République, le départ des experts coloniaux après l’indépendance du pays laissa beaucoup de places à occuper par les Malgaches. Ainsi, le système d’enseignement copié sur celui de la France avait pour vocation de former des Malgaches pour remplacer des professionnels de formation française. Ainsi, il n’est pas étonnant que le système remplissait bien cette fonction et avait la réputation d’être efficace et efficient.

Sous la Deuxième République, le système ne subit que des changements qui étaient encore inspirés du système de formation supérieur français, mais l’État ne pouvait plus recruter beaucoup de diplômés de haut niveau à cause, d’une part, des conditions des bailleurs de fonds sur la nécessité de désengager l’État des activités économiques et, d’autre part, du fait que le recrutement d’agents de l’État diminuait ou était carrément gelé à cause des mesures d’ajustement structurel toujours souhaités par les bailleurs de fond.

Enfin, pendant la Troisième République, les orientations de la politique nationale initiées sous la Deuxième République se renforcérent davantage. Donc le recrutement dans la fonction publique diminua encore, alors que l’État reste, jusqu’à ce jour, le principal utilisateur des agents disposant de hauts diplômes.

De ce fait, les décideurs ont tendance à penser que le pays doit plutôt mettre en place des systèmes d’enseignement accordant la priorité à la formation de techniciens intermédiaires directement opérationnels et pouvant soutenir l’emploi de diplômes de haut niveau au lieu de dilapider le peu de fonds (ressources financières) dont ils disposent pour un enseignement supérieur inefficace.

Sur la formation de techniciens intermédiaires

Les expériences en matière de formation de techniciens supérieurs et intermédiaires ont aussi entraîné une très grande désillusion. Prenons le cas de la formation du Centre d’apprentissage pour la promotion rurale (CAPR) de Fianarantsoa qui forme en quelques mois des techniciens à partir de la classe de troisième (dixième année d’étude). Ce centre a été créé par des religieux catholiques. Son objectif est de prendre des jeunes ruraux «encore non déracinés» pour rendre leur retour en milieu rural plus facile. Les jeunes sont formés en techniques agricoles (riziculture intensive, composte, jardinage, …), menuiserie et charpenterie, plomberie, travail du bois et des métaux. Le résultat est décevant car les jeunes formés n’arrivent pas davantage, que les diplômés des universités, des écoles supérieures d’ingénieurs et les techniciens supérieurs (ayant une formation de 2 ans après le baccalauréat), à s’implanter en milieu rural. Personne ne les embauche ni ne fait appel à eux!

Sur le système formel d’éducation de base

Des constats précédents, il est naturel et tentant de mettre l’accent actuellement sur la priorité donnée à «l’enseignement de base» par rapport aux autres composantes du système éducatif malgache. Ce sous-système d’enseignement de base est relativement facile à suivre et à évaluer de par sa nature formelle. Mais là non plus, la déperdition scolaire et l’adéquation par rapport à l’embauche sont loin d’être satisfaisantes. Les produits de l’enseignement formel de base ne sont pas plus intégrés dans le système socioéconomique du pays que les détenteurs de hauts diplômes et les diplômés du technique, bien au contraire.

Les parents analphabètes face à l’école

On constate que les parents analphabètes sont souvent les pires ennemis de l’école à Madagascar. D’abord, ils sont bloqués pour parler de l’école à leurs enfants car ils ne peuvent même pas lire les correspondances écrites destinées aux parents d’élèves. Mais ils vont souvent jusqu’à soudoyer les instituteurs pour que ceux-ci autorisent l’absence «illégale» à l’école des enfants à bas âge, dont les parents sont illettrés, afin que ces jeunes puissent aider leurs parents dans les travaux domestiques et les travaux de production pour la survie de la famille. D’ailleurs, face à la présupposée «inefficacité et au manque d’efficience du système scolaire malgache» et donc à «l’inutilité de l’éducation», les parents analphabètes ne comprennent pas du tout les avantages de l’éducation eu égard aux avantages immédiats des subsides journalières pour la survie quotidienne.

Les parents néoalphabétisés face à l’école

Lors des actions de suivi et d’évaluation effectués auprès des parents néoalphabétisés, ils témoignent très souvent de leur plaisir à jeter quelques regards fiers sur les travaux scolaires de leurs jeunes enfants. On constate aussi plus de motivation, de la part des parents néoalphabétisés, dans leur participation aux actions des associations des parents d’élèves en particulier et aux activités communautaires en général.

Sur l’alphabétisation des adultes

Si on pousse plus loin le constat en abaissant encore plus le niveau d’enseignement, le résultat est encore plus surprenant. Prenons le cas d’un projet d’alphabétisation des adultes dans une commune rurale très enclavée de la province de Fianarantsoa (capitale de la deuxième province de Madagascar). Le projet est appuyé par une ONG financée par l’USAID. La réalisation du projet est assurée par un département de l’Église de Jésus Christ à Madagascar (FJKM). La campagne d’alphabétisation se divise théoriquement en trois étapes. La première étape est constituée de la préalphabétisation: étude de l’appropriation par le milieu, animation et mobilisation pour la participation de la communauté au projet, la formation des agents d’exécution, l’organisation de la gestion de la campagne et de la suite à donner après la campagne d’alphabétisation. La deuxième étape est constituée de la campagne d’alphabétisation proprement dite. La troisième étape c’est la postalphabétisation: pérennisation des acquis.

Voici une question surprenante posée par le maire de la commune de réalisation du projet alors que la préalphabétisation et les prévisions de la postalphabétisation avaient été décidées avec lui:

qu’allons nous faire des 5 agents d’exécution (qui ont un diplôme de baccalauréat + quelques jours de formation d’alphabétiseur et d’encadreur de campagne d’alphabétisation) et de la cinquantaine d’adultes néoalphabétisés après leur formation? Qu’est-ce que vous (les réalisateurs du projet) envisagez de faire par la suite?

Sur le plan socio-économique, à la base

Passons à un autre constat qui relève du domaine socio-éco nomique: on dit que 80 % de la population malgache, en milieu rural, sont des «agriculteurs et des pêcheurs». La plupart des agriculteurs sont plutôt des «cultivateurs» qui disposent de lopins de terre dépassant rarement 1 hectare et qui travaillent en moyenne 100 jours par an pour la production économique; cette production économique est insuffisante même pour la survie de chaque famille. Quand aux «pêcheurs », pour la plupart traditionnels, ils sont très vite satisfaits de ce qu’ils gagnent pour l’autoconsommation. Ainsi pour la majorité d’entre eux, s’ils gagnent en une journée un peu plus que leurs besoins quotidiens (nourriture pour la famille, vente locale pour pourvoir aux produits de première nécessité) ils ne trouvent plus nécessaire de travailler le lendemain même si rien ne les en empêche. Par contre, si les intempéries et les obligations sociales les dérangent pour aller à la pêche, il leur semble tout à fait normal d’arrêter le travail de production économique.

Donc la majorité de la population de base n’a pas de culture de développement, elle est plutôt dans une culture de survie caractérisée par la logique de précarité et non par la logique d’une vision à long ou moyen terme. La relation entre la lutte contre la pauvreté et pour le mode d’existence durable est très loin des préoccupations de la majorité de la population de base (sauf peut-être en tant que slogan).

Au niveau des leaders dans la production économique et des responsables sociopolitiques et institutionnels

Exposons un dernier constat concernant les «opérateurs économiques, les élus et les responsables locaux des institutions» pour clore cette rubrique des constats.

On constate que rares sont les opérateurs économiques nationaux (quelque soit l’envergure et la taille de leur firme) qui embauchent des gestionnaires, concepteurs, réalisateurs et techniciens compétents et diplômés, alors que la plupart d’entre eux prétend vouloir faire face à la concurrence interne et externe. Tout au plus, la plupart d’entre eux fait des recrutements sur papier pour la forme de leur dossier d’offre de service: souvent, il s’agit juste d’avoir des noms inscrits dans un dossier pour accéder à un octroi de financement ou pour postuler à une offre d’exécution de projet. Une fois le financement ou le contrat obtenu, les personnes ressources compétentes ne font plus partie de la firme autrement que sur le papier. Elles sont juste payées pour avoir prêté leur nom pour un dossier et elles acceptent de bonne grâce ce type «d’arrangement» pour quelques milliers de francs malgaches, faute d’embauche permanente en bonne et due forme.

En ce qui concerne les élus et les responsables des collectivités décentralisées, ils sont très forts pour demander de l’argent à l’État central pour le soi disant «développement de leur collectivité de base». Mais il est encore loin de leur pensée d’embaucher des gestionnaires, des concepteurs, des promoteurs et des animateurs compétents pour absorber, sécuriser et rentabiliser l’argent donné par l’État central en termes d’investissement, de sécurisation l’investissement et de retour sur l’investissement. Il est plus courant et plus commode pour tout le monde de rendre l’État responsable du manque de recrutement des jeunes diplômés. Il est aussi facile de rendre le système d’enseignement responsable de «la médiocrité des formations supérieures et technique, voire de la formation de base» qui expliquerait le chômage endémique des personnes ayant fait des études.

Quelques éléments du contexte politique, économique et social à Madagascar et quelques acteurs institutionnels importants

Le contexte

Le slogan du pouvoir actuel est «développement rapide et durable», c’est-à-dire l’optimalisation de la force productive existante à savoir, ce qu’on se plait à citer comme étant les 80% de la population. Or ces 80% de la population de base sont malheureusement constitués essentiellement de populations adultes illettrées voire analphabètes. De plus ce sont des populations qui s’accrochent à une façon routinière de produire, plus propre à la survie qu’au développement.

Ce développement rapide ne doit certes pas compromettre le développement durable fondé sur la formation formelle de base à dispenser aux enfants et jeunes adultes, qui est d’ailleurs une des priorités du gouvernement malgache appuyé par la Banque Mondiale. Mais ce développement rapide ne peut pas s’appuyer sur les jeunes en cours d’études actuellement. Ce développement ne peut s’appuyer essentiellement que sur les adultes impliqués actuellement dans le développement et la lutte contre la pauvreté.

La politique néolibérale du régime malgache actuel tente de promouvoir le principe de «partenariat public-privé» (PPP) et le «principe d’externalité» qui suppose l’utilisation de toutes les forces disponibles pour le développement et la lutte contre la pauvreté.

La politique de décentralisation, qui est la base de la politique de développement du régime actuel à Madagascar suppose que le développement est censé être basé sur les collectivités décentralisées et en particulier sur les communes. La politique de décentralisation est encore renforcée par la mise en place des 22 régions qui sont censées assurer la coordination des initiatives communales de base et les articuler à la politique nationale de base stipulée et cadrée par le «Document stratégique de réduction de la pauvreté» (DSRP).

Pour appuyer le développement des zones rurales, le gouvernement élabore des programmes d’appui tels que le «Programme d’appui au développement rural» (PADR), le «projet de Surveillance et Éducation des écoles et des communautés en matière d’alimentaire et de nutrition élargie» (SEECALINE), le «Programme national de promotion de la santé» (PNPS) pour lutter contre le VIH – SIDA entre autres, etc. Le gouvernement central appui aussi financièrement les projets d’infrastructure de base comme les projets de construction de routes secondaires reliant les villages enclavés, de construction des marchés, d’écoles et de centres de santé de base (CSB), ainsi que les projets d’aide à l’accès à l’eau potable et à l’irrigation. L’instrument principal pour cet appui aux projets d’infrastructure est le «Fond d’intervention pour le développement» (FID) financé par la Banque mondiale.

Le gouvernement vient aussi d’engager un combat contre la corruption en créant en 2004 le Conseil supérieur de lutte contre la corruption dont l’objectif à court terme est de mettre en place un organisme national de lutte contre la corruption.

En ce qui concerne la Politique nationale en matière d’alphabétisation et d’éducation des adultes (PNAEA), elle est techniquement élaborée et adoptée par les comités spécialisés. L’élaboration de cette PNAEA à été appuyée structurellement, techniquement et financièrement par le PNUD et l’UNESCO à travers le «Programme conjoint». À partir du document technique issu de l’élaboration de la PNAEA, seule l’alphabétisation est formellement retenue, stipulée et figure officiellement dans la dernière version du Document cadre de réduction de la pauvreté (DSRP).

Quelques acteurs institutionnels importants

Les organisations et organismes internationaux 
Les organisations et organismes internationaux sont aussi parties prenantes dans la lutte contre la pauvreté et les efforts entrepris pour le développement du pays. Par exemple, les Nations unies agissent à travers le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et ses composantes. Citons le programme «Réduction de la pauvreté pour un mode d’existence durable (RPPMED)», le programme de renforcement de la «bonne gouvernance», le «programme conjoint du gouvernement malgache pour l’éducation de tous les enfants malgaches» géré par l’UNESCO, «l’évaluation de l’utilisation de l’argent au niveau de la commune» projetée par la Banque mondiale, etc.

Les ONG nationales et associations
Les ONG nationales ne sont pas en reste, surtout dans le domaine de l’information – éducation – communication (IEC), de l’éducation des adultes (EA) et du civisme. Par exemple, l’Association Malagasy pour l’éducation des adultes (AMEA) travaille dans la mise en réseau des associations oeuvrant dans le domaine de l’EA et la formation de formateurs. Le Fifampiofanana Fanabeazana Fikolokoloina ho Malagasy Mahomby (FFF-MM) a créé il y a 10 ans le premier centre de formation de techniciens supérieurs en développement (niveaux licence et masters), l’Institut de recherche et d’application en développement communautaire (IREDEC) est l’un des pionniers dans le domaine de l’appui aux collectivités locales et en particulier les communes, etc.

Les universités
En matière d’éducation et de formation des adultes, il n’y a que l’Université de Fianarantsoa qui a commencé à donner deux formations diplômantes concernant le domaine de l’EFA. Les deux formations sont destinées à la formation de formateurs.

La première, préparant au diplôme d’études spécialisées en éducation- formation d’adultes pour le développement (DESS-EFA) est de niveau master (bac + 5); cette formation existe depuis 5 ans à l’École normale supérieure. Sa création visait à structurer les expériences des personnes impliquée depuis au moins 5 ans autour de l’éducationformation d’adultes (acteur de développement); donc le critère principal de recrutement est l’expérience du candidat dans le domaine du développement, en plus du niveau académique (licence). Cette formation est réalisée avec la collaboration de l’Université de La Réunion et du Centre international d’études sur le développement local (CIEDEL) de l’Université catholique de Lyon – France. L’élaboration du cursus et sa consolidation ont profité de l’appui financier de la Banque mondiale par l’intermédiaire du Fonds d’appui de l’enseignement supérieur (FADES). La formation bénéficie du partenariat avec l’Association Malagasy pour l’éducation des adultes (AMEA): par exemple, un des enseignants du DESS-EFA était venu au Cap avec l’appui du FADES et l’aide (sur place) de l’IIZ/DVV pour s’informer de l’état de l’EFA en Afrique du Sud, en général, et au Cap, en particulier.

La deuxième formation existe seulement depuis un an. Elle sert d’intermédiaire entre une formation académique générale de base et la préparation du DESS-EFA. Elle prépare à la maîtrise EFA et le recrutement se fait au niveau de la licence. L’expérience en matière de développement n’est pas exigée des candidats. Les promoteurs de cette formation sont les mêmes que ceux du DESS-EFA.

Les ONG internationales
En ce qui concerne les ONG internationales, l’IIZ/DVV, la FES, Aide et Action sont particulièrement actives et collaborent étroitement avec les ONG nationales. L’antenne IIZ/DVV – Madagascar est surtout active dans l’appui aux réseaux tel l’AMEA. La fondation Friedrich Ebert (FES) apporte surtout des appuis dans le domaine du civisme et le renforcement de la société civile (politique et syndicale). Aide et Action intervient dans l’appui à la scolarisation des enfants nécessiteux. Ce ne sont que quelques exemples imposés par la brièveté de mes propos.

Toutes ces initiatives sont louables mais elles restent limitées, non massifiées et manquent de structuration et de professionnalisme – surtout au niveau de la plupart des associations et ONG. Il n’y a pas encore de politique délibérée et volontariste, budgétisée et financée, et planifiée de manière conséquente.

Remarques

Partant des constats

Il apparaît des constats précédents que généralement les appréciations sur le «système d’enseignement» sont en fait réduites à celles sur le «système d’enseignement initial formel». Les articulations avec l’éducation non formelle, l’éducation des adultes, la formation professionnelle sont occultées ou oubliées. Donc, il s’agit d’une vision morcelée et non systémique du système d’enseignement et d’éducation. Alors qu’il est crucial de voir le système dans son ensemble et de promouvoir la synergie entre ses différentes composantes.

Par ailleurs, soulignons le fait que, ce ne sont pas seulement les produits de l’enseignement technique et professionnel, ni ceux de l’enseignement supérieur, qui ne sont pas utilisés par le pays. Nous avons constaté que même les néoalphabétisés posent aux décideurs politiques et économiques des problèmes d’utilisation. À travers les critiques, on s’aperçoit donc que les appréciations et sentiments divers concernant les performances du système éducatif malgache sont centrés exclusivement sur le système formel d’éducation initial voire l’éducation de base. Ainsi, on occulte complètement les rapports du système avec son environnement socio-économique, la capacité d’absorption des compétences et de leurs valorisation pour le développement et la lutte contre la pauvreté. Cela relève de la conception de l’éducation et de la formation vues comme boucs émissaires ou panacée à tous les problèmes socio-économiques d’un pays. Alors que nos précédents constats montrent bien que le problème ne vient pas essentiellement (ou uniquement) du système d’enseignement.

Ce qui est très frappant, c’est le manque total de capacité d’absorption et de valorisation des compétences existantes – surtout au niveau des opérateurs économiques nationaux et des responsables politiques des structures locales décentralisées de l’État. Alors que ces derniers sont censés être à la base du développement du pays et de la lutte contre la pauvreté. Du point de vue actuel des responsables locaux, il appartient (exclusivement) à l’État de recruter les personnes ressources compétentes ou de haut niveau, alors que la politique du pays s’oriente résolument vers le désengagement de l’État et la décentralisation. Cela nous amène à poser les questions suivantes:

  • À quoi servent les milliards destinés aux collectivités locales?

  • Sans recrutement de personnes ressources compétentes ou de haut niveau, comment assurer la bonne gestion des ressources, leur transformation en stratégie locale pertinente et en environnement de développement et de lutte contre la pauvreté?

  • De la même manière, comment traiter industriellement et commercialiser les produits et les biens de consommation?

  • Qui va sécuriser les investissement et assurer leur retour en termes d’actions d’accompagnement, de recherche et gestion de financement, suivi-évaluation, création de filières…. ?

  • Comment transformer des élus habitués à tout attendre de l’État (habitués à un système politique centralisé) en élus qui se substituent à l’État (dans le contexte de désengagement de l’État et de décentralisation) pour faire des collectivités locales les bases effectives du développement et de la lutte contre la pauvreté? C’est-à-dire: comment transformer une administration de commandement en une administration d’animation, d’appui, d’accompagnement, de suivi, d’évaluation, de contrôle de la légalité et des normes?

  • Comment passer du mimétisme, qui consistait à calquer les modèles de formation de l’ancienne puissance colonisatrice, à la capacité des décideurs à concevoir un modèle de formation pour la création, la reconstruction voir la construction d’un pays?, etc.

Les mêmes questions peuvent aussi être posées aux opérateurs économiques qui devront faire face aux contraintes de la mondialisation.

Il faut appuyer l’éducation-formation des adultes (EFA)

Les questions ci-dessus sont en fait des problèmes. Pour les résoudre, il faut savoir déchiffrer le nouveau contexte national et international qui prévaut dans le pays et avoir une vision du développement à venir. Il faut aussi de la créativité et enfin, il faut beaucoup de nouvelles compétences et pas mal de capacités. Ce sont les conditions de la participation optimale des bénéficiaires à l’élaboration et la réalisation de toute politique de développement et de lutte contre la pauvreté.

Mais ces nouvelles compétences et capacités sont très techniques et ne s’acquièrent pas tout simplement par le bon sens et des observations; l’apprentissage, la formation et l’éducation sont nécessaires pour les acquérir.

Or, les acteurs qui sont censés asseoir le développement et mener la lutte contre la pauvreté à Madagascar sont des ADULTES, c’est-à-dire: ceux qui doivent participer à la construction de ce monde (du développement rapide et durable) nouveau. Ils ne sont pas à l’école et ne doivent plus y retourner pour apprendre ce dont ils ont besoin d’urgence. Ils sont déjà les artisans de ce qui doit être construit, à l’intérieur des différentes politiques suivies, et ils travaillent pour la vie économique, politique et sociale de leur famille, leur communauté et leur pays.

Ainsi on peut emprunter le passage du discours suivant de l’ancien président de la Tanzanie: (Nyerere, 1964).

[…] Les adultes doivent être impérativement éduqués. D’une part, nos enfants n’auront pas de prise sur notre développement économique, politique et social pour les 5, 10 voire 20 années à venir. D’autre part, les attitudes des adultes ont un impact maintenant. Les gens doivent comprendre les plans de développement destinés à leur pays. Ils peuvent ainsi participer aux changements nécessaires. Ce sont là les conditions de réussite de tout plan.

Conclusion

L’éducation et la formation des adultes (EFA) apparaît ainsi comme une composante essentielle d’un système éducatif. Elle constitue une condition et un environnement de réussite de tout le système et doit en faire partie. Une société alphabétisée et un environnement lettré sont nécessaires pour la réussite de l’enseignement de base formel et pour l’émergence d’une société apprenante. Nous pouvons même parier que la bataille contre la déperdition scolaire dans un pays dominé par l’illettrisme et l’analphabétisme sera sûrement perdue d’avance.

Cette éducation et formation (EFA) comprend, certes, l’alphabétisation des adultes et des jeunes adultes hors scolaire mais elle a aussi d’autres composantes telles que la formation technique et professionnelle selon les besoins urgents (fonctionnelle, sélective et souvent intensive et pas nécessairement de masse). L’EFA comprend aussi la formation continue et permanente, le recyclage, le renforcement de capacité, le civisme, etc.

L’EFA a besoin de normes claires et doit être assurer par des personnes compétentes et spécialisées. Donc une politique de formation de formateurs doit être adoptée et concrétisée.

Les cadres de formation, les structures d’accueil et de valorisation des produits de formation au niveau des structures décentralisées et des opérateurs économiques doivent être prévus, ce qui suppose l’information, la communication, l’éducation-formation et l’appui des responsables (adultes).

Toutes les actions d’accompagnement: financement, suivi-évaluation, création de filières, traitements industriels et commercialisation des produits (biens de consommation, etc.), supposent a priori une politique de formation de l’homme qui est à la fois l’acteur et le bénéficiaire du développement.

Le développement rapide qui nécessite une éducation des adultes et une éducation non formelle puissantes est un environnement important qui conditionne la réussite du développement durable qui se prépare avec un système d’éducation formelle efficace et efficiente.

Abréviations

AMEA Association Malagasy pour l’éducation des adultes
CAPR Centre d’apprentissage pour la promotion rurale
CIEDEL Centre international d’etudes sur le développement local
CSB Centre de santé de base
DESS-EFA Diplôme d’études supérieure spécialisée en éducation – formation d’adultes
DSRP Document stratégique de réduction de la pauvreté
IIZ/DVV Institut de coopération internationale de la Confédération allemande pour l’éducation des adultes
EFA Education – formation des adultes
FES Friedrich Ebert Stiftung
FFF-MM Fifampiofanana Fanabeazana Fikolokoloina ho Malagasy Mahomby (une association malgache pour l’éducation en développement)
FADES Fonds d’appui pour le développement de l’enseignement supérieur
FID Fonds d’intervention pour le developpement
FJKM Église de Jésus Christ à Madagascar
IEC Information – éducation – communication
IREDEC Institut de recherche et d’application sur le développement communautaire
PADR Programme d’appui au développement rural
PNAEA Politique nationale d’alphabétisation et d’éducation des adultes
PNPS Programme national de promotion de la santé
PPP Partenariat public – privé
RPPMED Réduction de la pauvreté pour un mode d’existence durable
SEECALINE Surveillance et education des écoles et des communautés en matière d’alimentaire et de nutrition élargie
PNUD Programme des Nations unies pour le développement
UNESCO Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture
USAID United States Agency for International Development Assistante social en Afrique du Sud Source:
IIZ/DVV-Antenne en Afrique du Sud