Mandakini Pant

Les femmes sont les plus touchées par la pauvreté qui s’illustre non seulement par un manque de biens matériels, mais aussi d’opportunités et de possibilités, que ce soit dans le domaine de l’éducation ou qu’il s’agisse pour les femmes de faire valoir leurs droits sur des questions culturelles, politiques et sociales. Le Dr Mandakini Pant, coordinatrice des programmes à la PRIA, présente les résultats d’une étude menée conjointement par la PRIA et trois organismes bénévoles de développement. L’article s’appuie sur les résultats de cette étude, dont le but était d’examiner l’impact des pratiques éducatives sur les collectifs de femmes et leur aptitude à acquérir le contrôle des ressources économiques, sociales et politiques. Elle fait partie d’une étude réalisée par l’IIZ/DVV et intitulée ‹Éducation des adultes et réduction de la pauvreté : une priorité mondiale›.

Éducation des adultes et moyens d’existence: les femmes, agents du changement

Introduction

Sur environ 1,2 milliard de pauvres dans le monde, plus de deux-tiers sont des femmes. Elles vivent dans une misère effroyable sans alimentation adéquate ni eau propre, sans systèmes sanitaires ni soins de santé. L’accès aux ressources vitales telles que le crédit, la terre et l’héritage leur est refusé. Elles n’ont aucune chance, ne peuvent faire aucun choix, n’ont accès ni à l’information, ni à l’éducation, ni à l’acquisition de compétences. Sans la moindre idée de ce qu’est le pouvoir, leur participation aux prises de décision est insignifiante, tant à la maison que dans la communauté.

Chez elles et au dehors, les femmes font un travail extrêmement laborieux pour gagner suffisamment d’argent et subvenir aux besoins de la maison. Mais leur travail n’est généralement ni récompensé, ni reconnu. Cette situation critique implique donc que l’on redéfinisse la pauvreté en ne la réduisant pas à un manque de moyens de base minimum, mais en tenant compte du manque de chances et d’opportunités. Réduire la pauvreté implique que l’on accroisse les ressources, les choix, les capacités et le pouvoir nécessaires pour avoir un niveau de vie correct et jouir des autres droits (civiques, culturels, politiques et sociaux).

Si on leur donne les chances économiques et éducatives ainsi que l’autonomie nécessaire, les femmes pauvres feront les choix stratégiques qui leur permettront de surmonter la pauvreté. On reconnaît de plus en plus que l’octroi de crédits, et plus précisément de microcrédits, est une méthode efficace d’éradication de la pauvreté. Les groupes d’entraide (Self-Help Groups – SHG) créés pour encourager l’épargne et le crédit sont l’un des moyens efficaces de développement socio-économique des femmes.

Les SHG sont généralement constitués de 15 à 20 membres issus de milieux socio-économiques pauvres. Les femmes commencent par faire des épargnes. Au cours de réunions régulières, elles versent des cotisations dont elles fixent elles-mêmes le montant et avec lesquelles elles constituent un dépôt d’épargne. Quand l’épargne a fructifié au bout d’environ un an, les membres peuvent avoir accès à des crédits par le biais du fonds commun. On leur alloue des prêts basés sur la solidarité de groupe et non sur le nantissement. Le groupe prend des décisions indépendantes pour choisir les emprunteurs, fixer le montant du prêt ou le taux d’intérêt, définir la durée du remboursement, etc. Les gains, même petits, sont soit redistribués entre les membres, soit liquidés solidairement au gré du groupe. Cette méthode encourage l’autonomie et l’indépendance. Les SHG organisent également des activités génératrices de revenus pour leurs membres. L’épargne, le crédit et l’entreprise renforcent les capacités des collectifs de femmes et les aident à générer leur propre capital et à trouver des crédits et des sources de revenus nouvelles. Cependant, la plupart des SHG sont trop mal équipés pour résoudre avec efficacité les problèmes d’accès aux ressources et de pauvreté. Ils ont besoin d’un appui éducatif pour améliorer les connaissances et les compétences de leurs membres, mais aussi augmenter l’efficience des activités visant l’éradication de la pauvreté.

Le rôle de l’éducation dans l’autonomisation des collectifs de femmes est particulièrement important dans ce contexte. La dissémination de l’information, la conscientisation, le renforcement des capacités et la mise en pratique des compétences contribuent à améliorer les opportunités économiques des femmes et les revalorisent. Les compétences en alphabétisation de base les aident à enrichir leurs connaissances et à acquérir les compétences nécessaires à l’amélioration et au développement de leurs activités dans tous les domaines. La formation professionnelle contribue substantiellement à améliorer leurs bases économiques. Quant aux compétences en matière d’organisation et de leadership social, elles les autonomisent, tant sur leplan social que politique.

Les femmes pauvres n’ont ni les ressources, ni les compétences, ni l’instruction, ni la force collective nécessaires pour rompre le cycle de l’oppression et de l’exploitation. L’appui externe des organisations bénévoles de développement joue un rôle catalytique crucial car il crée une plate forme d’apprentissage.

Le but de cet article est de faire ressortir a) le rôle que jouent l’épargne et le crédit, la création d’entreprises et l’alphabétisation de base dans le renforcement des capacités des collectifs de femmes à la base, dans le but d’améliorer leurs moyens d’existence et leur qualité de vie; et b) leur impact sur les collectifs de femmes.

La recherche a été réalisée avec des SHG de femmes dans le district de Medak, État d’Andhra Pradesh, à Naugaon, district d’Uttarkashi dans l’Uttaranchal, et dans le district de Kasargod, État du Kerala. Dans l’Andhra Pradesh, les femmes ont suivi des cours d’alphabétisation de base et des formations pour améliorer leurs sources de revenus. Les femmes de l’Uttaranchal ont participé à des formations formelles solides dans le domaine de la création d’entreprise (marketing, comptabilité, etc.). Les collectifs de femmes dans le Kerala, formés au départ dans le domaine de l’épargne et du crédit, ont suivi une formation approfondie sur la création d’entreprises, le leadership, les prises de décisions, la gestion financière, l’emprunt, etc.

L’étude a été effectuée en collaboration avec trois organismes bénévoles de développement: le HARC (Himalayan Action Research Center) dans l’Uttaranchal, PEACE (People’s Action for Creative Education) dans l’Andhra Pradesh, et le SAHAYI (Centre for Collective Learning and Action) dans le Kerala. Notre collaboration avec ces organismes nous a permis non seulement de comprendre leurs efforts pour organiser et éduquer les femmes, mais aussi d’avoir accès à divers groupes d’entraide dans un climat de confiance. Nous avons utilisé à la fois la discussion avec les groupes cibles et l’interview approfondie et libre, car nous voulions comprendre l’impact sur les femmes de leur point de vue personnel.

Je commencerai par décrire brièvement les domaines d’action des organismes d’appui externes, le HARC, PEACE et le SAHAYI, et les motifs qui les ont incités à éduquer et organiser consciemment les femmes dans l’objectif de réduire la pauvreté. La seconde partie est consacrée aux stratégies des organismes d’appui. La discussion nous aidera à comprendre la façon dont les inputs éducatifs ont aidé les groupes de femmes à la base à organiser leur action de façon à avoir accès aux ressources, aux droits et à la reconnaissance. J’analyse les impacts des inputs éducatifs sur les collectifs de femmes au troisième chapitre, en me concentrant sur les changements positifs intervenus dans leur capacité d’agir pour améliorer leur bien-être et prendre des initiatives amenant des changements importants dans la communauté. Au quatrième chapitre, je me suis concentré sur les questions qui ont émergé des discussions sur l’autonomisation des collectifs de femmes et son impact. L’analyse de ces questions va élargir notre compréhension des questions conceptuelles et pratiques de l’éducation des adultes, des moyens d’existence et de la réduction de la pauvreté des femmes marginalisées. La conclusion est consacrée aux recommandations.

Le contexte et les organisations

L’agriculture est un secteur important de l’économie indienne. Dans l’Andhra Pradesh, le Kerala et l’Uttaranchal, l’agriculture se caractérise par une faible productivité, un manque d’inputs et de technologies, des ressources insuffisantes et des services d’appui et de formation inadéquats.

Dans l’Andhra Pradesh, 10% seulement de la population possèdent des terres agricoles. Environ 60% des terres cultivables sont des terres sèches irriguées par la pluie. Le Telengena, l’une des régions les plus pauvres et les moins développées de l’État, est situé dans l’une de ces régions. Près de 50% de la population du Kerala dépendent de l’agriculture. Les mutations intervenues dans les modes de culture – la culture en rizière à fort coefficient de main d’œuvre ayant fait place aux cultures commerciales – ont entraîné un recul du nombre de travailleurs agricoles. L’agriculture de subsistance est la forme la plus courante dans l’Uttaranchal. Les petits fermiers marginaux, généralement sans terres, appartiennent aux communautés des horscastes et des tribus répertoriées.

Les femmes pauvres n’ont ni revenu indépendant ni avantages, et ne comptent que sur leur force de travail pour survivre. Les femmes du Telengana, dans l’Andhra Pradesh, sont parmi les plus affectées par la faim chronique et la pauvreté. Leur principale source de revenu est le travail agricole salarié. Étant donné le bas niveau salarial et le recul de la productivité dans les régions irriguées par l’eau de pluie, il est extrêmement difficile de rompre la spirale de l’endettement et de la pauvreté. Les femmes de l’Uttaranchal représentent 80% de l’activité agricole et jouent un rôle important du fait qu’elles assurent la nourriture de leurs familles. En dépit d’un bon niveau social (taux élevé d’alphabétisation et bon état de santé), les femmes du Kerala sont pratiquement inexistantes dans le domaine public. Le chômage élevé les a découragées de chercher activement du travail. Les changements intervenus dans la structure de l’emploi ont encore amoindri leur taux de participation. Ainsi par exemple, le passage de la culture intensive du riz, pratiquée par les femmes, aux cultures commerciales, a fait reculer le taux d’ouvrières agricoles. La crise qui touche l’industrie artisanale a également réduit le taux de femmes employées dans ce secteur.

Les rapports extrêmement inégaux entre les classes et les sexes influencent également le statut social des femmes. Les femmes du Telengana appartiennent en majorité aux communautés des horscastes et tribus répertoriées et sont issues de familles de fermiers sans terres ou marginalisées. N’ayant pas eu d’éducation de base, elles ne connaissent pas leurs droits légaux minimum et n’étant pas informées de l’existence d’autres valeurs et d’autres idées, elles ne remettent pas le statut quo en question. De plus, les femmes n’ont manifestement pas voix au chapitre dans les pouvoirs locaux et les prises de décision.

Dès le début, les organisations bénévoles ont considéré le problème de la pauvreté non pas comme un simple manque de ressources mais plutôt comme un manque de voix au chapitre, d’action et d’organisation. Elles ont donc ciblé leur action sur l’autonomisation des femmes et non sur les objectifs limités de réduction de la pauvreté, considérant la création de groupes d’entraide comme un mécanisme efficace qui permettrait d’organiser et de mobiliser les femmes, mais aussi d’encourager leurdéveloppement autonome. L’organisation des femmes pauvres au sein de groupes d’entraide et l’acquisition de compétences renforceraient leur capacité d’avoir accès aux ressources et de les gérer, d’élargir leurs possibilités de s’assurer des moyens d’existence durables, et de participer activement au développement de la communauté. On pourrait également prévoir des instruments d’autonomisation sociale par des méthodes de conscientisation.

Les collectifs de femmes, cependant, ont besoin d’éducation, de formations, de compétences analytiques et pratiques pour leur permettre d’agir avec efficacité. Ces organisations bénévoles facilitent toutes le processus de changement en faveur des femmes pauvres en les encourageant à s’organiser dans des groupes d’entraide.

PEACE (People’Action for Creative Education) travaille depuis 1986 avec les pauvres des zones rurales du Telengana, région de l’Andhra Pradesh particulièrement prédisposée à la sécheresse, et a pour objectif de conscientiser les femmes rurales pauvres et de les autonomiser en les faisant participer à des programmes d’alphabétisation et d’amélioration des sources de revenus. L’organisme travaille dans 12 mandals qui couvrent 120 villages dans la division de Bhonir et Nalgonda, district de Nalgonda, et dans la division de Siddipet, district de Medak dans l’Andhra Pradesh.

PEACE a réparti les femmes dans des groupes à trois niveaux différents. Un SHG regroupe jusqu’à 20 femmes au niveau rural communautaire. Les membres font régulièrement des épargnes et se prêtent de l’argent mutuellement. Au niveau du village, un Sangam regroupe à son tour 10 à 20 groupes d’entraide. Au niveau du Mandal (district), l’association Mutually Aided Credit Societies (MACS) regroupe enfin 10 villages. PEACE a mis trois MACS en place: Vasundhara, Manjira et Maitri. Ces institutions sont gérées sur une base démocratique pour répondre aux besoins de leurs membres. Les MACS comptent 4 093 membres répartis dans 90 groupes qui procèdent à des épargnes régulières. (MACS de Manjira:1 640 membres et 65 groupes; MACS de Vasundhara: 1 161 membres, 14 groupes; MACS de Maitri: 1 292 membres, 11 groupes).

Toutes les femmes membres d’un SHG deviennent membres de la masse des MACS. Au départ, les membres paient une cotisation de 100 roupies comme participation au capital social de la société proposée. La masse ou ses représentants élisent des membres au comité directeur pour une période de trois ans par rotation. Les membres sortants peuvent être réélus. La présidente est élue chaque année par les membres du comité. La PDG est employée par la société et responsable des affaires quotidiennes. Des bénévoles sélectionnées aident au versement des prêts et aux opérations de remboursement, et assistent la directrice. Elles sont membres du comité directeur afin de garantir la fiabilité et la transparence.

Le SAHAYI (Centre for Collective Learning and Action) travaille depuis les années 1990 dans le domaine du renforcement des capacités d’organisations de petite et moyenne importance axées sur le développement: ONG, organisations bénévoles de développement et groupements de citoyens comme les collectifs de femmes du Kerala. Le SAHAYI possède deux centres de ressources dans les districts de Kasargod et Kollam, dans l’État du Kerala. Ces deux centres défendent la cause des personnes marginalisées, renforcent leurs capacités, travaillent dans l’espritdes meilleures pratiques de la bonne gouvernance, appuient les institutions de gouvernance, renforcent les capacités des populations pour assurer leur participation effective dans les gramsabhas/wardsabhas, influencent les organismes politiques en faveur des pauvres en réalisant des études, et encouragent la cohésion sociale et la paix communautaires. Ils organisent aussi des formations en matière de développement entrepreneurial à court terme pour les collectifs de femmes dans les domaines de l’analyse du marché, des compétences en marketing et des stratégies de marché, de la vente, de la production, de la gestion des stocks et de la gestion financière. L’objectif des programmes de formation est de transformer les collectifs de femmes en unités de profit durable. Les interventions du SAHAYI se sont principalement concentrées sur le renforcement des capacités des SHG et ont eu par conséquent un rôle limité à jouer au niveau des associations.

Le HARC (Himalayan Action Research Center) s’engage en faveur de l’autonomisation communautaire depuis 1988 dans l’Uttaranchal. Le centre encourage les solutions alternatives pour assurer des moyens d’existence durables en donnant aux femmes des possibilités de faire des choix. Il les aide à accroître leurs revenus et améliorent leur bien-être en renforçant leurs capacités en matière d’entrepreneuriat collectif.

Le HARC a commencé a créer des groupes d’entraide féminins en 2000, à Naugaon. L’orientation et la formation de ces groupes a ensuite permis de créer plus facilement une association commerciale collective. La Rawain Women SHG Federation a été créée le 3 octobre 2002. Il a été décidé que l’association fonctionnerait comme un organisme commercial de façonaider les SHG à vendre leurs produits. 160 femmes de 14 SHG ont versé une cotisation de 500 roupies, et ont démarré. Le HARC les aide à négocier avec les banques et les autres organismes de financement. L’association n’a pas encore fait d’emprunt et fonctionne exclusivement avec les investissements des actionnaires.

Éducation à l’autonomisation des collectifs de femmes pauvres: les stratégies de renforcement des capacités

Le renforcement des capacités des collectifs de femmes pauvres est un input essentiel qui permet de réduire la vulnérabilité des membres du groupe et d’encourager leur participation à la croissance économique parce qu’elles ont de meilleures sources de revenus. Les organisations ont renforcé les capacités organisationnelles des femmes au moyen de formations dans les domaines suivants: épargne, prêts mutuels, gestion de dossiers, gestion du groupe et gestion financière, amélioration des sources de revenus, activités génératrices de revenus et développement entrepreneurial.

Le renforcement des capacités en matière d’épargne et de crédit

La gestion de groupements d’épargne et de crédit est une tâche hautement qualifiée. PEACE, le SAHAYI et le HARC ont focalisé leur action sur l’orientation et la recherche de perspectives, la formation aux postes de direction, la rédaction de rapports, la comptabilité, le développement personnel, les cours en gestion de SHG et planification de projets.

Le renforcement des capacités pour améliorer les sources de revenus

PEACE a adopté une approche qui permet d’améliorer les sources de revenus en utilisant des méthodes agricoles écologiques. L’organisme fournit des informations et propose des formations sur l’élevage amélioré des animaux: développement des variétés locales de fourrages, vermicompostage, abandon des pesticides.

Le SAHAYI et le HARC se concentrent sur la promotion des microentreprises: formations sur l’entrepreneuriat pour les membres des SHG, information sur la planification de projets, identification des ressources, gestion des problèmes liés à la création d’entreprises, marketing et création de liens avec les autres organisations. Mais elles ont des approches différentes en ce qui concerne la création de micro- entreprises: alors que le HARC a encouragé la création collective d’entreprises par les groupes en se basant sur les ressources locales, le SAHAYI a proposé des formations aux membres du groupe dans divers domaines: apiculture, laiterie, plantation de bananes et d’ananas, vermicompostage, confection de casse-croûtes, confection de sacs, etc. Les membres ont pu poursuivre plusieurs activités au sein d’un même SHG.

Le modèle d’apprentissage intégré

PEACE a compris que les femmes ont besoin d’éducation et de formation si elles veulent être efficaces, que ce soit au sein du comité directeur, en tant que présidentes, gestionnaires de MACS, directrices de sangam ou de SHG ou tout simplement en tant qu’emprunteuses. Il s’est donc associé avec un projet d’éducation holistique, le WELLD (Women’s Empowerment through Literacy and Livelihood Development), qui s’adresse aux femmes les plus pauvres et les moins instruites, car il est convaincu que les femmes seraient en mesure de gérer un SHG de manière autonome si elles pouvaient acquérir des connaissances de base en lecture, écriture et calcul. L’objectif était d’encourager les femmes à acquérir ces connaissances de façon à pouvoir faire des choix avertis en matière de finances et de sources de revenus. La PRIA, en collaboration avec la World Education (WE), a participé à la coordination du projet pilote en tenant notamment compte des groupes d’entraide créés dans le district de Medak.

Les domaines d’action de PEACE, du SAHAYI et du HARC axés sur le renforcement des capacités clés sont résumés au tableau 1.

Tableau 1: Domaines d’action de PEACE, du SAHAYI et du HARC axés sur le renforcement des capacités

SHG Formation, gestion, développement du leadership, résolution de problèmes et de conflits
Association Gestion financière, mobilisation des ressources, prises de décision
Comptabilité et documentation Gestion des dossiers, plans annuels, budgets, actes des réunions
Création d’entreprise Promotion de l’entreprise, faisabilité, autres aspects en matière de technique et de gestion, informations et formations techniques destinées à améliorer les sources de revenus existantes
Autonomisation Sensibilisation aux problèmes des femmes
Alphabétisation de base Amélioration des compétences en lecture, écriture et calcul

 

Instruments pédagogiques participatifs

Les initiatives de renforcement des capacités étaient basées sur des méthodes participatives, interactives et globales. Les organisations ont mis en place diverses opportunités d’apprentissage pour les femmes: apprentissage pratique par le biais d’études, de visites dans des projets de meilleures pratiques, de formations actives et de démonstrations, d’interaction sur place avec des experts, des praticiens et des fonctionnaires gouvernementaux. Ces activités ont joué un rôle crucial dans la mesure où elles ont confronté les femmes à des idées et à des stratégies nouvelles, ont renforcé leur confiance en elles, et créé un environnement propice à l’expérimentation et à l’innovation. Le HARC, par exemple, a organisé des visites dans des entreprises industrielles de petite taille où les femmes ont pu collecter des informations pratiques sur le calibrage et le conditionnement. Les membres du comité d’achat ont été accompagnées à un salon commercial international à Delhi, où elles ont vendu leurs produits et lié des contacts commerciaux avec les grands commerçants du pays. Des formations sur l’industrie alimentaire ont été organisées dans l’unité correspondante du HARC. Le but était d’améliorer les connaissances et les compétences techniques des membres de l’association et du comité de conditionnement des fruits pour leur permettre de mettre à profit leurs compétences pratiques dans le but de générer des revenus.

Les femmes, agents du changement

Ce chapitre est consacré aux impacts directs ou indirects des mesures d’éducation et de formation dont ont bénéficié les membres des SHG. L’analyse dépasse les questions de revenus, de profits et de productivité et se concentre sur les changements provoqués au niveau de l’individu, des ménages et de la communauté, c’est-à-dire sur les dimensions non économiques de la pauvreté: domaine cognitif et comportemental (changements au niveau des connaissances, des comportements et des perceptions), domaine matériel (accès à diverses ressources réelles, niveau de vie, possession de ressources, etc.), mode d’interaction des femmes, y compris mode d’accès aux ressources à divers niveaux institutionnels tels la maison, les SHG, le marché et la politique.

Les résultats de l’étude montrent qu’avec l’information, l’acquisition de compétences et la conscientisation, les collectifs ont été capables d’agir en toute indépendance et de remettre en question les rapports de force prédominants.

Les collectifs de femmes ont constaté qu’un certain nombre de changements étaient intervenus dans leur vie, que l’on pourrait considérer comme autonomisants. Ces changements étaient liés à leur niveau de participation au programme et comportaient notamment: le renforcement de leur sentiment d’indépendance, l’amélioration de leur position sociale au fur et à mesure que le niveau de leurs avoirs ou de leurs revenus croissait, la participation accrue aux prises de décision du ménage, l’entrée en possession de comptes bancaires et de terres à leur nom, et une activité politique et communautaire accrue. Ces changements peuvent être considérés comme un défi envers des normes sociales profondément ancrées et comme un important facteur de transformation.

Changements cognitifs et comportementaux

Le programme de renforcement des capacités a encouragé les femmes à changer de comportements et de modes de communication. Elles ont gagné en efficience et en confiance en soi, et ont participé à diverses activités publiques. Les formations en gestion de SHG les ont aidées à diriger leur groupe avec plus d’efficacité. Toutes leurs activités et transactions sont notées par écrit.

Le SHG d’Anjali, par exemple, a suivi des formations afin de mieux organiser ses activités. Aujourd’hui, il prend systématiquement note de tout et a rationalisé sa comptabilité et ses méthodes de documentation. Le gram panchayat de Balal a fait faire un audit comptable, certifié que tout était bien documenté et transparent, et déclaré que le SHG d’Anjali est le meilleur groupe d’épargne. Ce dernier, qui se limitait auparavant à des petites épargnes et à des microcrédits, participe à présent aux activités de développement social pour améliorer la qualité de la vie dans son village.

Avec l’apprentissage pratique, les groupes de femmes ont réfléchi sur leurs expériences journalières et appris à exprimer leurs besoins et leurs priorités, mais surtout à agir en dehors du domaine limité de la maison. Les femmes qui n’étaient jamais sorties de chez elles ont suivi des activités diverses: participation à des voyages d’études, visites d’expositions, réunions interactives en centres d’apprentissage, etc. Les forums d’apprentissage les ont obligées à sortir de chez elles et de leur village, et par conséquent à changer de comportements. Elles ont dû enfreindre de nombreuses règles et faire face aux sarcasmes de leurs familles. Elles ont convaincu leurs adversaires en argumentant que leurs nouvelles compétences allaient améliorer la situation économique et sociale de leurs familles et de leurs communautés.

Les membres de la Rawain Women Trading Federation de Naugaon, dans l’État d’Uttaranchal, ont raconté que les anciens du village n’ont pas cessé de faire pression sur elles avant la création de l’association. Ils doutaient de la viabilité d’une fédération de femmes et prétendaient «il ne va rien se passer. Le HARC va encaisser tout l’argent». Aujourd’hui, ils semblent admettre que l’association fonctionne bien.

Si les femmes n’étaient auparavant que de simples participantes, elles sont aujourd’hui des personnes ressources et apportent leur concours à d’autres groupes d’apprentissage. Mary Thomas, du SHG d’Aishwarya à Vellarikund, dans le Kerala, et Jagdamba Parmar, du SHG de Bhagirathi à Kotyal, Naugaon, dans l’État d’Uttaranchal, sont elles-mêmes personnes ressources aujourd’hui, et organisent des formations en industrie alimentaire et gestion financière de groupe.

Les femmes ont gagné en efficacité et changé de comportements. Les SHG membres de la Rawain Women Trading Federation de Naugaon ont déclaré qu’elles ont suffisamment de capacités et de confiance en soi pour travailler. Elles ont dépassé le niveau du SHG, pensent à présent au niveau de l’association et n’ont plus peur de créer leur entreprise.

Nous faisons du conditionnement de fruits, des jus de fruits et des sirops. C’est notre force. C’est le HARC qui nous l’a appris... nous décidons le montant de notre production et fixons le prix. Auparavant, nous dépendions du HARC pour fixer le taux de production mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Le HARC ne nous donne plus que des conseils...(Déclaration des membres de la Rawain Women Trading Federation, HARC, Naugaon, Uttaranchal)

Même si elles savent qu’elles vont peut-être gérer elles-mêmes leurs entreprises, elles comptent sur le soutien du HARC.

Nous avons beaucoup profité des formations organisées par le HARC. S’il nous abandonne demain, nous serons capables de gérer la situation nous-mêmes. Mais notre association n’a que deux ans et nous devons continuer à apprendre; nous avons donc encore besoin de son soutien. (Déclaration des membres de la Rawain Women Trading Federation, HARC, Naugaon, Uttaranchal)

Les femmes ont fait preuve de confiance en elles, elles sont plus mobiles. Les visites d’expositions et l’interaction avec des experts, qui faisaient partie des exercices de renforcement des capacités, ont modifié leurs modes de pensée jusque là stéréotypés.

Les femmes ont appris à lire, à écrire et à compter: elles sont capables de faire une liste de commissions, de lire des petits passages de journaux et les numéros des bus. Elles ont compris que l’éducation est importante et envoient leurs enfants à l’école, y compris les filles.

Depuis que je suis allée au centre d’apprentissage, je comprends que l’éducation est importante. Maintenant, je suis capable de lire les panneaux, le poids et le prix des articles. Une fois, après avoir lu le prix d’un article, je suis allée voir le marchand et lui ai dit qu’il m’avait fait payer trop cher. Il m’a rendu la différence. J’ai alors compris que l’alphabétisation de base m’aiderait à négocier avec les gens et à ne plus me faire avoir; si mes enfants s’instruisent aussi, ils pourront transformer leur vie.(Pochamma, Daulapur WELLD Learning Center, PEACE, AP)

Les membres de la Rawain Women Trading Federation de Naugaon utilisent leurs connaissances nouvellement acquises dans la vie quotidienne.

Nous avons appris à utiliser chaque produit. Avant, on jetait les tomates trop mures car nous ne savions pas comment les conserver. Aujourd’hui, nous en faisons de la purée pour la consommation du ménage. Nous ne gâchons plus rien...(Femmes de la Rawain Women Trading Federation, HARC, Naugaon, Uttaranchal)

Les femmes estiment que le programme de formation en entrepreneuriat a été utile. Elles sont capables de reconnaître la viabilité d’une micro-entreprise. Le SHG de Sneha fait fonctionner une unité de confection de sacs, le SHG d’Aishwarya une unité de conservation alimentaire, et le groupe d’Anjali organise diverses activités de génération de revenus, notamment l’apiculture, la laiterie et la plantation de bananes et d’ananas.

Les changements matériels

Les revenus ont augmenté. Les femmes ont le contrôle de la production et des revenus. L’argent qu’elles ont gagné elles-mêmes leur ont donné une certaine fierté et une grande confiance en elles. Leur pouvoir de négociation et de décision au sein de leurs familles s’est accru.

Avant, quand nous devions déposer 20 roupies pour participer au plan d’épargne, nous étions constamment soumises à la pression de la famille. Nous devions demander l’argent à nos maris et à nos belles familles. Maintenant ce n’est plus le cas. Nous gagnons de l’argent, et nous faisons des épargnes... nous pouvons dépenser notre argent sans avoir à demander la permission à qui que ce soit. (Membres de la Rawain Women Trading Federation, HARC, Naugaon, Uttaranchal)

Certains collectifs de femmes gèrent des entreprises indépendantes. Les emprunts auprès d’autres groupes ont réduit leur dépendance vis-à-vis des bailleurs de fonds. Elles empruntent dans le but d’acquérir des terres ou d’améliorer leurs sources de revenus. Elles ont investi dans les biens ménagers, les animaux destinés à la production laitière, les semences de bonne qualité, etc. Leur style de vie a changé avec l’achat d’articles de consommation comme la télévision, le réfrigérateur, etc., et grâce à leur adhésion au SHG, à un accès plus facile au prêt et au soutien éducatif des organisations respectives. C’est ainsi que les femmes, après s’être informées auprès de PEACE sur les pesticides et les engrais biologiques, ont commencé à traiter leurs champs avec des engrais non chimiques comme le jus de tabac et le compost.

En classe, on a commencé à discuter des avantages de l’agriculture biologique. Puis j’ai demandé à l’équipe de PEACE d’organiser une réunion pour tout le monde, hommes et femmes, dans le village. J’ai ensuite essayé d’utiliser des trappes-lumière pour désinsectiser mon champ de pois d’angole, sans avoir recours aux pesticides chimiques. Mes récoltes ont été meilleures, tant en qualité qu’en quantité. J’ai recommencé l’expérience sur le coton en épandant du compost sans aucune intervention chimique. Là aussi, j’ai eu une meilleure récolte et de meilleurs revenus. Le sarpanch du village m’a rendu visite dans mon champ et a apprécié mon travail. Maintenant, les notables du village ont demandé l’aide de PEACE pour appliquer les mêmes méthodes dans leurs champs. (Swaroopa, Centre d’apprentissage WELLD de Gollapally)

Les changements relationnels

Les relations dans le ménage
L’appartenance à un SHG, les facilités d’obtention d’un crédit et la création de micro-entreprises ont facilité l’intégration des femmes dans les prises de décision du ménage. Elles sont capables de négocier avec leurs maris sur des questions cruciales. Ces derniers s’intéressent avec enthousiasme à leur entreprise et les aident souvent de manière très active à traiter leurs affaires. Les hommes commencent à comprendre les liens avec le programme d’alphabétisation, d’amélioration de l’épargne et des revenus.

Nous participons aux prises de décisions... après tout, nous participons aux dépenses du ménage: nous payons les frais de scolarité, nous achetons les livres de classe et des articles ménagers, nous rapportons des provisions et d’autres articles du marché. (Femmes de la Rawain Women Trading Federation, HARC, Naugaon, Uttaranchal)

Les maris et les belles-familles ont changé eux aussi leur manière de penser. Ils comprennent que les femmes gèrent une association commerciale et qu’elles ont besoin d’aller travailler.

... Les jours où j’ai besoin de venir au centre pour une réunion ou pour travailler, mon beau-père me dit qu’il ne faut pas que j’arrive en retard, ou si je me repose, il dit à ma belle-mère de me laisser tranquille, car je travaille dur... (Beena Bandhani, responsable de l’unité de conditionnement de la Rawain Women Trading Federation, HARC, Naugaon, Uttaranchal)

La solidarité de groupe

Les programmes de formation ont consolidé l’identité collective des membres. L’apprentissage et les échanges entre les groupes de femmes leur ont donné confiance en elles. L’association de SHG a éveillé un sens de la solidarité, un sentiment de «nous». Les réunions et les échanges d’expériences ont sensibilisé les femmes aux autres et aux besoins de la communauté. Les programmes ont permis aux groupes de femmes de mettre en commun leurs capitaux et leurs épargnes et de tester leur solvabilité auprès des organismes de crédit. Ils les ont aidées à réfléchir sur les possibilités de créer des entreprises communautaires basées sur les forces des différents groupes. Tous les SHG appartenant au projet du SAHAYI dans le district de Kasargod sont membres de l’association Sneha. Ils se rencontrent régulièrement pour partager leurs expériences, et organisent des fêtes ensemble.

L’association a développé en elles un sentiment de solidarité et de sécurité. À Naugaon, quatorze SHG sont membres de la Rawain Women Trading Federation. Les membres se réunissent régulièrement pour échanger des informations ou leurs expériences sur les formations. Le partage d’expériences renforce aussi la conscientisation. En termes professionnels, les SHG rivalisent car aucun d’entre eux ne veut être à la traîne par rapport aux autres, que ce soit au niveau de la formation ou de l’accès à l’information. Ils s’inquiètent de savoir pourquoi tel ou tel groupe a été prié de se rendre au centre, choisi pour suivre une formation ou recevoir une information particulière. Tout en étant terriblement compétitifs, ils comprennent que la concurrence est bonne en ce sens qu’elle améliore constamment leurs compétences.

La participation à la vie publique et politique au profit de l’action collective

Les groupes de femmes sont puissants. Ils mènent avec assurance les négociations avec les fonctionnaires gouvernementaux, les bailleurs de fonds et les personnes de l’extérieur. Les femmes jouent un rôle clé dans la gouvernance locale et ont élaboré des stratégies pour élire le sarpanch de leur choix. Un grand nombre d’entre elles sont membres des circonscriptions électorales du gram panchayat. Dans le district de Medak, Andhra Pradesh, les apprenantes se sont intéressées à la question du salaire minimum; elles interviennent dans les panchayats villageois et sur la défense des droits civiques. Certaines d’entre elles occupent des postes dans la fonction publique, en tant que membres des comités éducatifs villageois par exemple.

Dans le cadre du programme de Janmabhoomi dans notre village, nous avons demandé que les responsables construisent des conduites d’eau. Les conduites ont été posées un mois après la réunion. Le village entier a l’eau. Nous avons construit trois petits réservoirs dans lesquels nous avons réparti l’eau. Le problème de l’alimentation en eau potable est donc résolu. Nous avons aussi demandé de monter des réverbères sur la route pour aller au centre d’alphabétisation la nuit. Nous avons également protesté contre l’autorisation de se représenter, accordée à l’ancien président du comité éducatif villageois, et avons choisi le président du sangam. (Conseil d’administration des femmes des MAC de Manjira)

Les groupes de Naugaon ont participé activement à la plantation de plantes fourragères. Les femmes ont discuté sur les questions concernant l’interdiction de boire des liqueurs au cours de réunions du gram sabha. Elles ont pris en main le nettoyage de la maison du panchayat et réparé les routes. Les groupes du district de Kasargod se sont penchés sur des questions concernant les besoins de base communautaires tels l’accès à l’eau potable, la construction de routes et de maisons pour les pauvres, les retraites des personnes âgées et le nettoyage des hôpitaux. Le SHG d’Anjali par exemple, a dénoncé la situation défavorisée des veuves pauvres et demandé des retraites et des maisons pour personnes âgées. Elles participent aussi à l’autogestion locale en tant que membres de la circonscription électorale et des gram panchayats, par l’intermédiaire desquels elles modifient l’ordre du jour et interviennent pour que la priorité soit donnée aux besoins des pauvres.

Les impacts sur le marché

L’intervention de PEACE a eu un impact indirect important sur le marché financier et de l’emploi. Les femmes ont raconté que le rôle des bailleurs de fonds s’est trouvé réduit après la création du groupe. L’information sur leurs droits légaux les a aidées à obtenir des droits sur les terres et des salaires minimum pour les travaux agricoles.

Nous savons le travail que nous fournissons et combien nous devrions percevoir. Avant, on nous donnait 10 roupies pour travailler aux champs. Nous avons lutté pour obtenir des salaires meilleurs. Maintenant, nous avons 20 roupies. Nous avons décidé du nouveau taux à l’école du soir. Nous sommes en mesure de tenir tête aux Reddy, la caste dominante dans notre village. (Lakshmi, Centre d’apprentissage WELLD de Gollapally, PEACE, AP)

L’association du groupe d’entraide des femmes de Rawain, à Naugaon, est une entreprise âgée de deux ans avec un chiffre d’affaires de 300 000 roupies. La croissance des parts a donné confiance aux femmes. L’association commercialise 18 produits, notamment des légumineuses, du sorgho et des outils servant à la production fruitière. Elle sait qu’elle a certaines faiblesses en matière de marketing et essaie de nouer des contacts avec d’autres points de vente, consciente du fait qu’en vendant des produits de qualité, elle peut se faireune image de marque sur le marché.

L’association n’a pas d’expérience en matière de commerce et fonctionne à partir de l’expérience pratique. Le comité exécutif, p. ex., a estimé que tout le groupe se montrerait à la hauteur. Mais comme il s’avérait que toutes les femmes n’en étaient pas capables, elles ont changé de tactique et décidé de choisir les femmes en fonction de leurs capacités. Même la distribution des profits aux actionnaires s’est avérée difficile, car certaines femmes demandaient pourquoi des groupes recevaient une part de profit alors qu’ils n’avaient pas participé à la production. Avec l’aide du HARC, elles ont pu résoudre le problème en expliquant pourquoi les actionnaires reçoivent les mêmes parts de profit, mais que certains groupes gagnent plus que les autres parce qu’ils ont versé des cotisations plus importantes.

Questions émergentes

La pauvreté: une privation des capacités

L’étude concerne les aspects non économiques de la pauvreté. L’accès aux ressources, la capacité de définir et d’exprimer ses besoins et ses priorités, et la capacité d’agir sont toutes des capacités. Elles aident les personnes à atteindre leurs précieux objectifs. La pauvreté reflète la privation sous-jacente de ces capacités.

Du fait que, de façon constante ou chronique, elles soient privées des ressources, des capacités et des choix nécessaires pour avoir un niveau de vie satisfaisant et jouir des droits économiques, politiques et sociaux, les femmes pauvres sont vulnérables, impuissantes et dépendantes. Les approches sociales de la pauvreté tiennent compte de ces déficits qui souvent, affectent plus les gens que le manque d’argent en soi. La réduction de la pauvreté implique donc l’amélioration des capacités et du pouvoir de faire des choix, et la réduction de la vulnérabilité de l’être humain. Cette étude est basée sur une analyse de l’impact de l’éducation et de la formation sur la réduction de la pauvreté, réalisée par les SHG de femmes. Elle dépasse les questions de revenus, de profits et de productivité. Grâce à une organisation puissante, qui leur est propre, à l’accès aux ressources et aux opportunités, à des capacités solides acquises par l’éducation, l’information, les compétences et la confiance, elles se sont autonomisées et ont acquis la liberté de choix et d’action.

Les groupes d’entraide: une stratégie de réduction de la pauvreté et d’autonomisation des femmes pauvres par la microfinance

Pour les femmes pauvres, le crédit est la condition sine qua non pour pouvoir faire face aux exigences de l’extrême pauvreté. La micro- finance est une stratégie importante de réduction de la pauvreté et d’autonomisation économique. Elle implique l’épargne, le crédit, l’assurance et les autres services financiers offerts aux communautés pauvres ou du secteur informel. Certaines femmes ont cependant des difficultés à avoir accès au crédit en raison des coûts élevés des transactions. Si les femmes s’organisent en petits groupes d’entraide pour générer collectivement leur propre capital, elles peuvent effectivement combattre la pauvreté. L’épargne et le crédit améliorent leur niveau de subsistance. Les SHG ont également des activités génératrices de revenus pour garantir des moyens d’existence durables à leurs membres. La prospérité – résultat de l’épargne et du crédit – l’entreprise et l’accès aux ressources peuvent réduire efficacement la pauvreté, mais également en atténuer les conséquences psychologiques.

L’éducation des adultes et l’autonomisation des femmes

L’éducation des adultes peut changer la vie des femmes pauvres. Des études de cas ont révélé que l’amélioration des compétences en gestion financière, en gestion de SHG telles la comptabilité et la gestion de dossiers, et la gestion de micro-entreprises, ont permis à un grand nombre de femmes d’occuper des postes de direction dans leurs SHG respectifs et de mener leurs affaires avec beaucoup d’assurance. Le crédit et l’éducation améliorent donc le bien-être dans les ménages tout en augmentant la confiance en soi.

L’impact des inputs éducatifs a été global: les femmes ont accédé à la vie publique; elles se sont confrontées aux structures de pouvoir de la société; elles ont amélioré leurs propres compétences, sont parvenues à occuper des postes de direction et à prendre des décisions, à améliorer leur capacité de contribuer au bien-être de la famille et à obtenir une certaine sécurité grâce à la solidarité au sein des groupes de femmes qui ont toutes le même objectif. Tout ceci a entraîné une réduction de la pauvreté.

Le programme d’apprentissage a eu un impact important aux trois niveaux d’autonomisation: autonomie personnelle, autonomie à l’extérieur, et autonomie collective. En ce qui concerne l’autonomie personnelle, l’un des principaux impacts du programme est la prise de conscience par les femmes de leur force pour combattre la pauvreté. Elles ont confiance en elles, sont sensibles et informées. En ce qui concerne l’autonomie à l’extérieur, elles ont le contrôle de leur force de travail, des ressources et des processus de prise de décisions. L’accès à leurs propres épargnes, aux réseaux de femmes hors de la famille et à des postes de dirigeantes les a autonomisées. En ce qui concerne l’autonomie collective, les femmes ont agi collectivement dans nombre d’institutions: famille, marchés (marché de l’emploi, marché financier), institutions d’autogestion communautaire et locale.

Le rôle catalytique des facilitateurs externes

Les femmes pauvres n’ont ni les ressources, ni les compétences, ni l’éducation, ni la force collective nécessaires pour rompre le cycle de l’oppression et de l’exploitation. Les facilitateurs externes comme les ONG jouent donc un rôle de catalyseur: ils éduquent, organisent et mobilisent sciemment les femmes autour d’un souci commun de réduction de la pauvreté.

Les organisations analysées ici ne sont pas des organismes de microfinance. Ils n’accordent ni prêts ni crédits, mais appuient le modèle de micro-financement des SHG. Ils facilitent la formation de groupes autour de besoins perçus et d’objectifs communs. Les domaines clés de renforcement des capacités au niveau des SHG incluaient la gestion de groupe, le développement de capacités de leadership, la résolution de problèmes et de conflits. Au niveau de l’association, la formation comprenait la gestion financière, les aspects légaux de la mobilisation des ressources, et la prise de décision. La formation en comptabilité et documentation comprenait la gestion de dossiers, les plans annuels, le budget, les propositions de projets et la rédaction de comptes-rendus des réunions. La création d’entreprise comprenait des formations en promotion de l’entreprise, la faisabilité et d’autres aspects de la technique et du management. L’autonomisation implique que l’individu prenne conscience des problèmes des femmes et des actions convergentes. L’alphabétisation de base comprenait l’enseignement de la lecture, de l’écriture et du calcul.

Les organisations ont adopté des stratégies différentes pour autonomiser les apprenants adultes en fonction de leurs besoins. Dans l’Andra Pradesh, le taux d’alphabétisation des femmes est faible et le manque de compétences de base ne permettait pas aux membres du SHG de jouer leur rôle avec efficacité. PEACE a donc adopté le projet WELLD dans le but de proposer aux femmes des connaissances de base en alphabétisation tout en leur donnant une formation en gestion de SHG et en amélioration des moyens d’existence. Dans le Kerala, en dépit d’un taux élevé d’alphabétisation, les femmes ne sont pas économiquement indépendantes. Pour rompre avec les contraintes imposées par la dépendance économique, le SAHAYI a décidé de renforcer les SHG de femmes non seulement en leur faisant générer des revenus, mais aussi en leur faisant prendre conscience de leurs droits politiques. La topographie montagneuse de l’Uttaranchal ne permet pas d’avoir des revenus élevés. Les femmes réalisent 80% des activités agricoles et jouent un rôle important car elles assurent la base alimentaire de leurs familles. La pauvreté accroît leur volume de travail. Le HARC s’est donc concentré sur la formation de SHG de femmes dans le but de favoriser l’entrepreneuriat collectif et de donner aux membres du groupe des possibilités viables et alternatives de sources de revenus.

Recommandations

  • Les questions relatives aux besoins de base sont importantes pour les femmes. Il faut donc développer des stratégies de renforcement des capacités pour satisfaire ces besoins. Ces stratégies devraient se baser sur la main d’oeuvre locale, les ressources et les opportunités locales. Les politiques de formation professionnelle pour adultes devraient donc tenir compte des besoins de certaines régions de façon à garantir que les formations en matière d’amélioration des moyens d’existence débouchent bel et bien sur une augmentation de la production, des revenus et du bien-être.

  • Les femmes en tant que groupe marginalisé, constituent une tranche importante d’apprenants adultes. Dans leur lutte quotidienne pour la survie, les femmes pauvres ne perçoivent pas le sens immédiat de l’alphabétisation. L’alphabétisation en soi peut sembler n’avoir pas de sens pour qui les moyens d’existence sont d’importance primordiale. Les responsables politiques en matière d’éducation des adultes devraient développer des programmes éducatifs intégrés liés à des activités de groupe en matière d’épargne et de crédit, et à des programmes d’amélioration des sources de revenus.

  • Tout apprentissage transformationnel a une perspective politique. L’éducation des adultes en tant qu’instrument d’apprentissage transformationnel doit renforcer l’estime de soi des femmes pauvres, leurs qualités analytiques, leurs compétences et leur sensibilisation pour qu’elles prennent conscience de leurs droits et soient en mesure de remettre en question les rapports de force inéquitables.

  • L’éducation des adultes devrait axer ses contenus sur l’autonomisation des femmes et la réduction de la féminisation de la pauvreté. Elle devrait intégrer les questions relatives aux rapports de force basés sur l’inégalité entre les sexes, à l’accès et au contrôle des ressources, et aux droits. Les programmes de formation devraient donner aux femmes les informations nécessaires pour leur permettre de faire des choix les aidant à rompre le syndrome de la dépendance et même à réduire qualitativement leur niveau de pauvreté.

  • Les méthodes pédagogiques participatives ont tendance à être plus efficaces que les approches didactiques. Les politiques en matière d’éducation des adultes devraient promouvoir les formes actives, participatives et interactives d’instruction et d’apprentissage.

  • Les organisations bénévoles de développement ont joué un rôle catalytique en renforçant la lutte des femmes pauvres. Il y a un grand besoin de prendre acte des cas positifs pour en tirer des politiques sensibles et basées sur le droit. Les responsables de l’éducation des adultes devraient identifier les expériences positives empiriques, en prendre acte et faire une expertise des organisations locales qu’ils mettraient à la disposition d’un large cercle de lecteurs intéressés. Ils doivent aussi mettre en place des politiques sérieuses ancrées juridiquement.

Références

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