Kadiato Diallo / Wolfgang Leumer / Yasmina Pandy

En Afrique du Sud, tout comme dans d’autres pays du monde, l’épidémie du SIDA continue de se répandre de manière foudroyante. La corrélation entre la pauvreté et le SIDA est évidente, si bien que dans ce pays, la lutte contre la pauvreté occupe une place toute particulière et constitue un nouveau défi pour l’éducation des adultes. Dans le cadre d’un projet pilote, des programmes de `learnership´ sur le VIH/SIDA ont été conçus dans le but d’atténuer les effets socio-économique de cette maladie et d’enrayer la propagation du virus. Ils se sont jusqu’à présent déroulés avec beaucoup de succès. Aux pages suivantes, nous vous présenterons des extraits du rapport sur les expériences faites avec ces programmes rédigé par Kadiato Diallo, rechercheuse VIH/SIDA, Wolfgang Leumer, directeur de l’antenne régionale de l’IIZ/DVV en Afrique du Sud, et Yasmina Pandy, projet coordinatrice.

Le «learnership» sur le VIH/SIDA et la réduction de la pauvreté

Introduction

Le VIH/SIDA fait partie des maladies qui se propagent le plus rapidement au monde, notamment en Afrique du Sud. On estime à six millions le nombre d’Africains du Sud qui seront contaminés d’ici 2005 et à 2,5 millions le nombre de victimes à ce jour. La gravité de la situation a incité la plupart des gouvernements et organisations à rechercher des systèmes plus rentables. L’une des approches les plus répandues privilégie les soins à domicile plutôt qu’hospitaliers, car ces derniers sont trop onéreux.

En Afrique du Sud comme dans la plupart des pays en développement, on ne peut ignorer la relation entre pauvreté et VIH/SIDA. Si la pauvreté n’est pas à l’origine de la maladie, elle l’aggrave en tout cas, accroît le risque de contamination et fragilise les personnes contaminées.

  • Le chômage et la pauvreté forcent souvent les femmes à devenir travailleuses du sexe.

  • Les hommes ne trouvent pas d’emploi dans les zones rurales et migrent vers les villes; ayant tendance à avoir plusieurs partenaires sexuels, ils s’exposent d’autant plus au VIH et aux Maladies Sexuellement transmissible (MST).

  • Les gens pauvres et porteurs du VIH ont difficilement accès aux services de santé et aux médicaments qui leur permettraient de vivre plus longtemps en meilleure santé.

  • Les gens pauvres et porteurs du VIH peuvent rarement acheter les produits alimentaires et les vitamines nécessaires à une santé équilibrée. Ils sont souvent affaiblis et donc plus exposés au risque de contracter le SIDA.

En Afrique du Sud, la société civile et le gouvernement ont mis en oeuvre une série de programmes pour faire face à la demande et aux problèmes liés à la pandémie. Les recherches ont cependant révélé que la majorité de ces programmes ne prennent souvent en compte qu’un seul ou plusieurs aspects du problème (prévention, éducation, sensibilisation, conseils, soins à domicile, etc.).

Au regard du rôle que peut jouer l’éducation des adultes face à cette situation et à ses redoutables conséquences pour les communautés, l’IIZ/DVV a soumis en 2002 un projet au ministère responsable du financement des programmes dans le cadre d’une nouvelle ligne budgétaire sur la réduction de la pauvreté. L’objectif était de montrer que l’intervention de bénévoles pourrait jouer un rôle décisif dans les zones rurales et les townships. Le programme pilote consistait à sélectionner un échantillon de bénévoles et à leur faire suivre une formation holistique tenant compte de tous les aspects de la crise dans les communautés dont ils étaient chargés. Le projet était composé de groupes de bénévoles sélectionnés et identifiés par un certain nombre d’ONG dans les provinces de Western Cape, KwaZulu Natal, Limpopo Province et Eastern Cape. L’échantillon a ensuite été complété de formateurs et d’animateurs recrutés par les organismes membres de l’Adult Learning Network, avec l’appui financier de la GTZ (Coopération technique allemande). Le présent rapport fait la distinction entre les bénévoles ou apprenants du groupe pilote d’origine, et ceux du groupe élargi.

À l’origine, le programme était géré par une équipe choisie par l’IIZ/ DVV. La responsabilité du projet était cependant entre les mains des acteurs impliqués et devait être déléguée plus tard à un groupe de travail engagé, sous l’égide de l’ALN (Réseau de formation d’adultes). Le programme était particulièrement novateur dans la mesure où il prévoyait une formation qui répondait aux exigences du Cadre national de qualifications (NQF). Ceci donnait à la fois aux participants la possibilité d’obtenir, en fin de parcours, une qualification de niveau 1 plus avantageuse en termes d’employabilité, et de faire reconnaître la formation par l’État. Tout «learnership» s’appuie en effet sur des formations qualifiantes reconnues par l’État. Le «learnership» fait intervenir le prestataire, l’apprenant et les employeurs potentiels (services de santé, gouvernements locaux et ONG) susceptibles d’avoir besoin de personnel intermédiaire spécialisé en matière de VIH/SIDA. Il est axé à 60% sur l’emploi et financé par le ministère du Travail avec les fonds des Autorités d’éducation et de formation SETA (autorités responsables de l’éducation et de la formation). Le ministère du Travail a prié toutes les Autorités d’éducation et de formation SETA d’investir une partie de leurs fonds dans la formation sur le VIH/SIDA. Le projet estimait en effet que ces ressources garantiraient à long terme la durabilité du programme: d’un côté, la réduction de la pauvreté aurait un effet bénéfique direct sur les participants, qui pourraient améliorer leurs qualifications et leurs chances de trouver un emploi. De l’autre, elle aurait un effet indirect grâce à l’impact de la compétence et de l’action des bénévoles et autres multiplicateurs sur les membres des communautés, les bénévoles devenant alors agents du changement et de stratégies de survie.

C’est donc sur cette base que le programme pilote a été intitulé «learnership » sur le VIH/SIDA.

Son but est de lutter contre la pandémie à l’aide d’une approche holistique et développementale. Il répond au besoin de mettre en place un seul et vaste programme de soins médicaux articulé autour du problème du VIH/SIDA, et s’adresse aux bénévoles des communautés sud-africaines à qui il entend faire acquérir une large gamme de compétences et de connaissances leur permettant d’influer sur leur environnement.

Deux formations qualifiantes ont été mises en place (skills programme: SP). La SP1 est plus théorique et consiste à donner des informations factuelles sur le VIH/SIDA (prévention, transmission, etc.), la santé et les questions de développement et d’environnement. La SP2 est plus axée sur les soins à domicile. Toutes deux comportent une partie théorique et une partie pratique. La partie théorique s’étend sur 30 jours de cours, la pratique sur 30 jours de travail sur le terrain afin de permettre à l’apprenant de mettre les connaissances nouvellement acquises en pratique dans la communauté. Ce volet pratique doit être élargi et développé conformément aux qualifications requises par l’Ancillary Health Care Certificate (qualification de niveau 1 pour le personnel non médical, reconnu et enregistré par les Autorités d’éducation et de formation responsable de la santé et du bien-être).

De par son caractère qualifiant, la formation est une reconnaissance formelle du travail des bénévoles: elle améliore leur statut actuel mais aussi leurs chances de trouver un emploi. La durabilité est également garantie, puisque le programme est reconnu par les Autorités d’éducation et de formation SETA responsable de la santé et du bien-être.

Deux sessions de formation ont eu lieu en 2003 (groupe pilote et groupe élargi), suivies par 240 bénévoles et 34 formateurs dans sept provinces. Nous en présentons ici le déroulement et les résultats.

Schéma du "learnship"sur le VIH/SIDA

mis en œuvre en 2003 

 schéma du "learnship" sur le VIH/SIDA

La formation:

La formation est divisée en deux formations qualifiantes
La formation 1 s'intitule: Le VIH/SIDA, moi et mon univers
La formation 2 s'intitule: Les soins à l'âge du SIDA

Les formations qualifiantes:

Chaque formation est divisée en une formation théorique de 15 jours et
d'une formation pratique de 15 jours (à l'issue de la formation théorique),
ou travail sur le terrain. Chacune de ces deux formations dure 30 jours
en tout.

Le travail sur le terrain

Le travail sur le terrain a lieu à la fin de la formation théorique. Pendant
les 15 jours de travail sur le terrain, l'apprenant doit rendre visite à 30
clients minimum, ce qui revient à deux visites par jour. Il doit rédiger un
rapport à chaque visite et le remettre au coordinateur ou au formateur.
Les apprenants ont tout intérêt à prévoir plus de travail sur le terrain,
notamment des entretiens dans les dispensaires.

Le «learnership» sur le VIH/SIDA

Le «learnership» a été mis en place dans le but de réduire les impacts socio-économiques de la pandémie du VIH/SIDA en Afrique du Sud et d’enrayer la propagation du virus. L’objectif du projet est de donner une formation qualifiante à des travailleurs bénévoles, dans le cadre de la prévention et du travail social au sein des communautés rurales et semi-urbaines touchées. Comme le montrent les résultats suivants, l’objectif a largement été atteint.

1. Un plan de formation de travailleurs sociaux dans le domaine du VIH/SIDA a été mis en place. Le programme poursuit une approche de soins de santé communautaires globale, axée sur le développement et centrée sur l’apprenant, qui comprend la promotion de la santé, les services de développement et les soins de santé préventifs dans des environnements, des secteurs et des organismes divers afin de satisfaire les besoins de base communautaires en éducation et en activités de conseil sur le VIH/SIDA, mais aussi en soins à domicile. La formation qui s’est déroulée en 2003 comportait deux programmes de qualification (SP Skills Programme) étalés sur 60 jours. Chaque SP comprenait 15 jours de cours et 15 jours de travail sur le terrain destinés à permettre aux apprenants de mettre les connaissances nouvellement acquises en pratique dans les communautés.

2. La Autorités d’éducation et de formation SETA responsable de la santé et du bien-être a l’intention de faire enregistrer la formation auprès de la SAQA (Autorités sud-africaines responsables des qualifications). La demande de mise en place d’un nouveau «learnership» dure presque cinq ans et représente un travail considérable de consultation et de lobbying; il a donc été décidé d’adapter le programme actuel aux qualifications requises par l’Ancillary Health Care. L’enregistrement pourrait alors demander un an et permettrait une reconnaissance formelle rapide du bon travail réalisé par les bénévoles.

3. La traduction des résultats des matériels élaborés en unités standards a été en partie réalisée. Comme nous l’avons vu plus haut, l’adaptation des matériels existants aux unités standard de qualification requises par l’Ancillary Health Care Qualification est actuellement en cours. Un groupe de rédacteurs est en train de développer une section totalement nouvelle qui comprend les premiers soins de réanimation et/ou les premiers secours en cas d’urgence, l’orientation, les sciences de la nature, etc.

4. Le programme est mis en oeuvre dans trois autres provinces et touche environ 300 bénévoles / apprenants. La mise en oeuvre a eu lieu en deux étapes. Le premier GROUPE PILOTE de 156 apprenants a suivi une formation à partir de 2003 (KwaZulu Natal, Limpopo Province, Eastern and Western Cape). Les 84 apprenants du GROUPE ÉLARGI (dans les mêmes provinces, plus Free State, Gauteng et North West province), ont commencé la formation plus tard, en août 2004. Les partenaires de la province de Northern Cape n’ont pas participé au programme comme prévu car ils n’avaient pas suivi l’atelier de formation des formateurs.

5. 12 formateurs qualifiés ont été identifiés et ont suivi une préparation intensive d’animateurs. Les partenaires du groupe pilote ont dû sélectionner quatre candidats devant répondre aux critères d’animateur. La session d’orientation de trois jours en novembre 2003 a permis de constater que 20 candidats n’avaient pas l’)expérience requise pour mettre en oeuvre le programme de façon satisfaisante. Deux formateurs ont démissionné de leurs organisations avant le démarrage du programme. Pour le groupe pilote, le taux d’abandon général a été de 47% et pour le groupe élargi, où deux formateurs ont été choisis par province (soit en tout 14), de 14%. Les candidats venant de divers réseaux de formation d’adultes (ALN) avaient déjà de l’expérience dans ce domaine. L’un d’entre eux a profité de l’occasion pour étudier à plein temps; un autre, chargé d’un groupe important d’Éducation et formation de base des adultes (EFBA) qui préparait les examens, n’a pas pu participer au SP (Skills Programme) 2.

6. Un réseau de prestataires de services a été mis en place. Dans sept provinces, des contacts ont pu être établis avec des prestataires de services. Dans le groupe pilote, tous avaient une expérience de terrain dans le domaine du VIH/SIDA. Par contre, ceux du groupe élargi n’avaient pas d’expérience, mais de nombreux bénévoles travaillaient déjà dans des organisations de VIH/SIDA. Comme l’élargissement du programme demandait de consacrer plus de temps à la coordination et au soutien des animateurs, il est resté moins de temps pour le travail en réseau extensif. Plusieurs prestataires de services ont cependant été retenus au KwaZulu Natal et dans la province de Western Cape. Une base de données d’organismes agissant dans le domaine du VIH/SIDA a également été établie. Certains organismes sélectionnés seront invités à participer à un atelier d’orientation en 2004 afin de décider des actions à venir.

7. Actions de relations publiques: expositions itinérantes, festival de l’apprentissage du Cap, projets de «mainstreaming» de la GTZ ) (Coopération technique allemande). Le programme a été présenté à toutes les manifestations du Festival d’apprentissage du Cap. Une présentation a eu lieu dans le cadre de la Semaine de l’apprenant adulte (partageant le podium avec le Professeur Rybicki), et de la Semaine de l’apprenant adulte à Bloemfontein, Free State.

8. Un éditeur commercial publie un manuel en anglais pour l’apprenant et l’animateur.

9. Traduction en trois langues nationales

Ces deux derniers points seront traités lorsque le programme aura été adapté à l’Ancillary Health Care Certificate et reconnu par les Autorités d’éducation et de formation SETA.

En dépit des difficultés rencontrées pendant la première phase de mise en œuvre, le programme a eu un succès incontestable.

Le succès a été confirmé par les participants, apprenants et animateurs, mais aussi par les représentants des Autorités d’éducation et de formation SETA responsable et d’autres acteurs. Les apprenants estiment qu’avant tout, la formation a eu l’avantage de leur fournir les outils dont ils avaient besoin pour s’engager activement, non seulement dans les communautés mais aussi et surtout au sein de leurs familles et de leurs cercles d’amis. Les connaissances et les compétences acquises leur ont conféré suffisamment de confiance en soi pour affronter concrètement les problèmes liés à la pandémie. Ces bénévoles détiennent maintenant suffisamment de savoir pour traiter les problèmes quotidiens des personnes vivant avec le SIDA, alors que ce savoir est si indispensable dans ces régions et profite si peu aux personnes qui en ont besoin.

La conscientisation, l’amélioration des conditions de vie, les soins et l’appui apportés aux personnes vivant avec le VIH/SIDA, notamment pour avoir accès aux services, contribueront de manière substantielle à enrayer la propagation du virus et de la maladie. Ces changements n’auront bien entendu pas lieu d’un jour à l’autre mais néanmoins, les connaissances acquises dans le cadre de notre programme ont eu un impact important sur les communautés touchées à deux points de vue.

Résultats du travail sur le terrain

Le travail sur le terrain était divisé en deux parties de 15 jours chacune. Pour des raisons d’organisation et surtout pour gérer le temps avec le plus d’efficience possible, chaque formation était suivie de 15 jours de travail sur le terrain, ce qui laissait assez de temps aux formateurs pour préparer la seconde formation.

Pendant les 30 jours de travail sur le terrain, les apprenants ont dû effectuer au minimum 60 visites, soit deux par jour. Dans chaque province, les coordinateurs locaux ont sélectionné un certain nombre de clients; dans certains cas, les apprenants avaient déjà leur propre clientèle car ils travaillaient déjà dans les communautés avant d’entrer en formation. Dans plusieurs provinces, la planification de la formation a obligé certains groupes à effectuer les 30 jours de travail sur le terrain en une seule traite.

Dans certaines provinces où la première partie du travail sur le terrain a été réalisée après le SP (Skills Programme) 1, les apprenants se sont estimés suffisamment sûrs d’eux, mais lorsqu’ils ont vérit)ablement dû s’engager, ils se sont aperçus que leurs connaissances étaient insuffisantes, notamment ceux qui n’avaient encore aucune expérience des soins à domicile.

Les apprenants ont donc vivement recommandé d’achever l’ensemble de la formation formelle avant de commencer à travailler sur le terrain.

D’autres groupes ont travaillé dans des dispensaires qui ont envoyé les bénévoles dans les communautés avoisinantes.

Pour assurer le suivi du travail de terrain, les apprenants devaient rédiger un rapport à chaque visite et indiquer la date et l’heure de la visite, l’état du client et le travail effectué (et éventuellement les difficultés rencontrées) au cours de la visite.

Des pseudonymes ont été utilisés de façon à garantir la confidentialité des informations. En même temps, c’était aussi une façon d’assurer le suivi des visites, des soins apportés et de l’état du client entre deux visites.

Les groupes de discussion organisés pendant les visites ont été très utiles dans la mesure où ils reflétaient les progrès réalisés sur le terrain.

Les formateurs et/ou les coordinateurs de chaque groupe ont été priés de se réunir une fois par semaine avec les apprenants pour partager les expériences de terrain, discuter des problèmes et chercher des solutions. L’équipe de l’IIZ/DVV a recommandé de se réunir au moins deux fois par mois et de remettre les comptes-rendus des réunions en même temps que le rapport des formateurs à la fin du programme.

Les bénévoles ont déclaré que les communautés étaient confrontées à des problèmes sérieux, qui sont interdépendants et dépassent de loin le stade primaire des soins à domicile. À titre d’exemple, voici ce que dit l’un d’entre eux:

Souvent, la pauvreté empêche les gens de se nourrir convenablement même s’ils savent que c’est important; ça ne sert à rien de vouloir les transférer au dispensaire s’il n’y a pas de moyens de transport, et ils ne peuvent pas demander d’aides financières s’ils ne savent pas comment s’y prendre ou n’ont même pas une carte d’identité valide.

L’écho a cependant été nettement positif. Les bénévoles ont confirmé que leur travail est bienvenu dans les communautés. Bien qu’ils soient pour la plupart relativement jeunes, ils déclarent n’avoir aucun problème à communiquer avec leurs aînés. Les sujets comme la sexualité et le VIH/SIDA ne sont toujours pas abordés aussi ouvertement qu’ils devraient l’être. Ils disent aussi avoir rencontré des difficultés du fait que dans certaines régions, l’usage n’autorise pas les jeunes à aborder certains sujets comme la sexualité et le VIH/SIDA avec leurs aînés.

Selon certains bénévoles, les hommes font également obstacle car les femmes ont peur de leurs maris et ne vont pas ouvertement au dispensaire. Les visites régulières des bénévoles mettent donc les femmes (mais aussi les hommes) plus à l’aise pour parler.

Les jeunes représentent eux aussi un groupe cible difficile. Bien que groupe à risque élevé, nombreux ne prennent pas le problème au sérieux dans certaines régions. Dans d’autres régions, où les bénévoles sont déjà engagés activement dans des projets et mieux acceptés, les jeunes sont plus faciles à atteindre et à convaincre parce qu’ils appartiennent à des structures organisées.

Dans leurs rapports de visite, certains bénévoles ont déclaré qu’ils intègrent p. ex. dans leur travail de terrain, des journées d’information dans les écoles. Ces journées sont apparemment les bienvenues puisque les enseignants leur demandent de revenir organiser des sessions d’éducation et d’information. Les élèves se sentent visiblement plus libres de parler avec eux qu’avec les enseignants, car ils ont le même âge. En outre, les informations sont beaucoup plus pertinentes que celles fournies jusqu’à maintenant par les écoles.

Plusieurs bénévoles ont rencontré des attitudes superstitieuses dangereuses. Ils ont fait alors appel à leur formateur ou à leur coordinateur. Ils ont également déclaré qu’ils s’en remettent aux formateurs quand ils ne se sentent pas à la hauteur de la situation.

De nombreux bénévoles ont confirmé que le port de l’uniforme leur confère un statut plus «officiel».

En somme, l’écho des bénévoles qui ont participé à la discussion de groupe, les résultats des réunions entre les bénévoles et les animateurs, et les rapports des formateurs montrent qu’il règne un bon climat d’entente entre les bénévoles et leurs clients, et que les bénévoles considèrent leur travail comme très bénéfique pour les communautés.

Évaluation de la satisfaction des clients

La satisfaction des clients a été mesurée à l’aide d’interviews auprès d’un échantillon de trois à quatre membres ou foyers dans les communautés des provinces concernées. La sélection a été effectuée par le formateur et/ou le coordinateur régional. Bien qu’il eût été préférable de choisir les clients au hasard pour, d’une part, ne pas risquer de choisir les plus satisfaits et d’autre part, garantir la crédibilité des résultats, ça n’a pas été possible pour des raisons d’organisation.

Les interviews ont été effectuées dans les régions suivantes:

  • Eastern Cape (groupe élargi)

  • Free State (groupe élargi) et

  • Limpopo Province (groupe pilote)

Les interviews n’ont pas été effectuées dans toutes les provinces car dans plusieurs d’entre elles, le travail de terrain n’avait pas encore commencé au moment de la visite des évaluateurs.

Certains groupes ont eu des difficultés à organiser et coordonner leur travail de terrain. Dans les provinces de Gauteng et Limpopo, le travail de terrain n’avait pas encore commencé alors que les négociations sur le placement des bénévoles étaient déjà en cours avec les dispensaires locaux. Une autre difficulté était liée au fait que les bénévoles ne pouvaient s’occuper que de clients résidant dans les zones avoisinantes en raison des difficultés de transport. En effet, le projet ne prévoyait pas de fonds pour le déplacement dans les régions éloignées, alors que ce sont elles qui ont le plus besoin de services.

Dans d’autres cas, il n’était pas possible de se rendre dans les régions prévues pour le travail de terrain, ou bien on ne pouvait pas s’y rendre en voiture. L’un des animateurs ou le directeur de l’organisation devait donc accompagner les évaluateurs pour les présenter et assurer la traduction.

Les interviews comportaient les questions suivantes:

  • questions préliminaires sur l’état de santé, le diagnostic et les conditions de vie.

  • Comment êtes-vous aidé(e) par le bénévole? Quelle sorte de services vous rend-il?

  • Dans quelle mesure vos conditions de vie se sont-elles améliorées depuis les visites régulières du bénévole?

  • Quels autres services/soutiens attendez-vous du bénévole?

Il est difficile de donner un chiffre sur le nombre de clients véritablement porteurs du VIH vu que bon nombre d’entre eux ne connaissent pas leur état et que d’autres refusent d’en parler. Dans certains cas, les familles ont déclaré au bénévole que le client était porteur du virus alors que le client lui-même le niait. Seul un petit nombre d’entre eux l’ont reconnu ouvertement. Les bénévoles ont également rencontré des cas de maladies opportunistes comme la tuberculose, et des cas de maladies mentales.

Dans certaines régions, les dispensaires sont inaccessibles soit parce que les gens ne sont pas en état de voyager, soit parce qu’ils ne peuvent pas payer le trajet. Les bénévoles rencontrent donc des symptômes qui n’ont jamais été diagnostiqués par des spécialistes. Dans de nombreux cas, ce sont les femmes qui s’occupent de la famille (et surtout des enfants), y compris d’au moins un client. Elles sont souvent payées à l’aide d’une petite pension de vieillesse ou d’invalidité. D’autres clients arrivent à peine à s’en sortir tout seuls. La pauvreté est omniprésente. Le rôle des bénévoles va des tâches ménagères de base – courses (surtout pour les clients à mobilité restreinte), ménage, lessive, cuisine – au changement des bandages et à la toilette. Le bénévole fait aussi beaucoup de consultation, travail qui va de l’éducation sanitaire à la demande de subventions, et parfois un simple travail d’écoute et de soutien moral qui s’adresse tant au client qu’aux personnes qui assurent les soins quotidiens.

Un client a p. ex. déclaré qu’il n’est plus atteint de dépression depuis qu’il parle régulièrement avec le bénévole.

Comme nous l’avons dit plus haut, certains bénévoles ont commencé leur travail de terrain après le SP (Skills Programme) 1 dans la province de Limpopo. Les interviews réalisées à l’occasion d’une visite après le SP1 ont révélé que le travail des bénévoles en question est resté assez limité du fait qu’ils n’avaient pas encore d’expérience dans le travail communautaire.

Ce n’était pas le cas pour d’autres groupes qui ont commencé à travailler sur le terrain avant d’avoir terminé leur formation, puisque les clients ont constaté une amélioration de leur situation depuis qu’ils sont aidés par les bénévoles.

Au moment de la deuxième visite à Limpopo à l’issue du SP (Skills Programme) 2, la situation s’était nettement améliorée car les bénévoles faisaient un travail beaucoup plus efficace, et les résultats ont pu être constatés chez les clients.

Ceci prouve une fois de plus qu’il faut d’abord terminer la phase théorique de la formation avant de partir travailler sur le terrain.

Dans l’une des régions touchées d’Eastern Cape, une cliente a déclaré qu’elle a grandement tiré profit des mesures proposées par les bénévoles, tant en matière de soins de santé primaires et d’hygiène que de demande de subventions, etc. Comme les femmes doivent à la fois s’occuper des malades et gagner de l’argent, le soutien du bénévole est souvent plus que bienvenu et a un impact très positif.

D’un côté, le bénévole libère le membre de la famille chargé de soigner le malade d’une bonne partie de son stress; de l’autre, il améliore la situation du malade.

Les formateurs, très impliqués dans la coordination du travail de terrain, ont souvent aidé les bénévoles à venir à bout de problèmes qu’ils ne pouvaient résoudre seuls parce qu’ils n’en avaient pas les moyens. C’est ainsi p. ex. qu’une femme atteinte du SIDA, à qui les évaluateurs venaient de rendre visite, avait apparemment été abandonnée par sa soeur qui n’avait plus assez pour nourrir sa prop)re famille. Dans des cas comme celui-ci, les formateurs contactent les autorités compétentes.

Malgré le côté tragique de la situation, les bénévoles commencent à créer des réseaux avec les personnes clés des communautés dont ils sont chargés et font un travail plus efficace.

Recommandations

Les acteurs du projet font les recommandations suivantes:

  1. Veiller à ce que la partie théorique de la formation soit terminée avant de commencer le travail sur le terrain.

  2. Veiller à ce que le placement d’apprenants dans les dispensaires, les ONG, les hospices et autres institutions se fasse en amont de la formation. Ces mesures devraient être négociées avec les municipalités et les gouvernements locaux.

  3. Equiper les bénévoles de kits de premiers secours.

  4. Faire porter un uniforme aux bénévoles pour leur donner un statut «officiel».

  5. Fixer le nombre d’apprenants à 12–25 personnes.

  6. Prévoir des crédits pour le transport de façon à ce que les bénévoles puissent travailler dans les communautés les plus touchées et les plus contaminées.

Conclusion

En dépit des difficultés rencontrées pendant la première phase de mise en oeuvre, le programme a eu un succès incontestable.

Le succès a été sans cesse confirmé par les participants, apprenants et animateurs, mais aussi par les représentants des Autorités d’éducation et de formation SETA concernées et d’autres acteurs.

Les apprenants estiment qu’avant tout, la formation a eu l’avantage de leur fournir les outils dont ils avaient besoin pour s’engager activement, non seulement dans les communautés mais aussi et surtout au sein de leurs familles et de leurs cercles d’amis. Les connaissances et les compétences acquises leur ont conféré suffisamment de confiance en soi pour affronter concrètement les problèmes liés à la pandémie. Ces bénévoles détiennent maintenant suffisamment de savoir pour traiter les problèmes quotidiens des personnes vivant avec le SIDA, alors que ce savoir est si indispensable dans ces régions et profite si peu aux personnes qui en ont besoin.

La conscientisation, l’amélioration des conditions de vie, les soins et l’appui apportés aux personnes vivant avec le VIH/SIDA, notamment pour avoir accès aux services, contribueront de manière substantielle à enrayer la propagation du virus et de la maladie. Ces changements n’auront bien entendu pas lieu d’un jour à l’autre, mais ils auront lieu.

À un autre niveau, le volet qualifiant dont sera prochainement doté le programme donne aux bénévoles une fiabilité qui devrait améliorer leur niveau de vie et accroître leurs chances d’emploi, mais aussi réduire la pauvreté.

Les recherches à venir devront montrer dans quelle mesure les qualifications acquises par les bénévoles vont faciliter leur accès à l’emploi. Elles devront également évaluer dans quelle mesure les prestations fournies par les services offerts aux communautés touchées sont durables sur la seule base du bénévolat.