Rita Süssmuth

Le prof. Dr Rita Sûssmuth, depuis de longues années présidente de la DW, a tenu le discours d'ouverture. À cette occasion, elle a souhaité la bienvenue à ses plus de mille cinq cents participants nationaux et internationaux, et souligné l'importance de l'éducation des adultes pour le développement dans tous les domaines de la société. Seul un apprentissage continuel, tout au long de la vie, peut garantir une croissance économique durable et doit, par conséquent, rester sous la responsabilité des pouvoirs publics. Elle a à cet égard aussi insisté sur le rôle particulier des quelque mille universités populaires en Allemagne.

 

Discours d'ouverture

Mesdames et Messieurs,
chers Participants d'Allemagne et de l'étranger,

«Le rendez-vous de l'amitié», telle est la devise de la coupe du monde de football qui commencera très bientôt en Allemagne.

D'une certaine manière, elle s'applique aussi à cette 12e Conférence allemande sur l'éducation des adultes qui s'ouvre aujourd'hui au palais des congrès de Berlin et à laquelle je vous souhaite tous chaleureusement la bienvenue.

Nous sommes très honorés, Monsieur le Président de la République, de pouvoir vous saluer parmi nous. En même temps, nous comprenons aussi parfaitement que d'importantes affaires vous contraindront à nous quitter dans une heure.

Les temps sont difficiles - également pour la formation continue. Aussi ressentons-nous d'autant plus votre présence comme un signe encourageant car elle nous montre l'intérêt que vous portez à notre travail, ce qui constitue pour nous un soutien.

Vous-même, Monsieur le Président, avez dit, je cite: «Nous avons besoin d'enseignants brûlant d'envie d'enseigner quelque chose à leurs élèves.» Ceci s'applique bien entendu à la scolarité des enfants, mais aussi à l'éducation des adultes car vous rencontrerez aussi dans ce domaine des gens qui s'engagent avec la même ferveur.

Je salue également notre hôte, le sénateur de l'Éducation de Berlin, monsieur Klaus Bôger. Sans l'appui de la capitale, qui nous a fourni un soutien exemplaire du point de vue financier et organisationnel, nous n'aurions pas été en mesure d'organiser cette conférence comme nous l'avons fait. Nous vous remercions vivement de votre invitation à Berlin et de votre extraordinaire soutien.

Je mentionnerai à présent un autre de nos invités, le commissaire européen à l'Éducation Jân Figel, qu'une tâche immense attend. Sous votre direction, cher Monsieur Figel, nous construisons un espace européen de l'apprentissage tout au long de la vie. Vous pouvez compter sur les universités populaires pour continuer à vous soutenir le mieux possible. Bienvenue à Berlin!

Le nouveau gouvernement fédéral nous a promis de faire de la formation continue le quatrième pilier du système éducatif. Nous sommes heureux, Madame la Ministre de l'Éducation (Annette Schavan), de l'importance que vous lui accordez. La politique de la formation continue a besoin de personnalités comme vous qui se consacrent intensément à cette tâche. Nous nous réjouissons d'entendre aujourd'hui le discours que vous prononcerez sur le thème des «perspectives de l'éducation pour l'Allemagne - les universités populaires en tant que partenaires». Je vous souhaite la bienvenue!

Je salue aussi chaleureusement Madame Maria Bôhmer, ministre d'État. L'intégration et l'éducation sont des thèmes clés souvent très déformés et abordés de façon partiale dans notre société. Continuons à unir nos efforts pour faire croître dans notre pays une tendance positive en faveur de l'intégration.

Les mères et les pères des universités populaires sont les communes, aujourd'hui représentées par le président de l'assemblée des villes allemandes (Deutscher Stàdtetag), le maire de Munich Christian Ude. Que seraient les universités populaires sans leurs communes? Et que seraient les communes sans leurs universités populaires? Bienvenue au sein de vos établissements, Monsieur Ude!

Les universités populaires ont besoin du soutien de la politique. Je salue très chaleureusement les députés du parlement européen, du Bundestag allemand et des parlements des länder, les nombreux sous-préfets (landräte), les maires (oberbürgermeister et bürgermeister) et les membres des parlements régionaux et cantonaux.

Monsieur Paul Bélanger, président du Conseil international pour l'éducation des adultes n'a pas rechigné à faire le long voyage de Montréal pour se rendre à cette conférence. Nous le remercions chaleureusement de sa participation.

Les réseaux d'universités populaires se mondialisent de plus en plus du fait que l'entente internationale, le dialogue interculturel et les inégalités sociales posent des défis auxquels des stratégies purement nationales ne sauraient répondre. Le contexte international de nos activités se reflète dans la liste impressionnante des participants étrangers à notre conférence. Sont présents des partenaires d'Afrique, de la région arabe, d'Asie et du Pacifique, d'Amérique du Nord et du Sud, et de toutes les régions d'Europe, soit en tout de plus de soixante pays, un certain nombre d'entre eux étant représentés par des ministres et des vice-ministres.

Je vous souhaite à tous chaleureusement la bienvenue.

Ceci vaut également aussi pour les invités d'honneur qui appartiennent à nos rangs. Se trouvent ainsi parmi nous les anciens présidents de la Confédération messieurs Günther Dohmen, Heinz Theodor Jüchter, Lothar Arabin et madame Doris Odendahl ainsi que ses anciens directeurs messieurs Claus Kerner et Volker Otto. Citons encore bien entendu madame Helga Meissner, elle aussi membre de cette grande famille qui est la nôtre. Nous regrettons tous particulièrement que monsieur Kurt Meissner, durant de nombreuses années président honoraire de cette conférence, ne puisse plus y prendre part.

Je salue aussi très chaleureusement les présidents et directeurs des associations de nos membres, les associations d'universités populaires des länder.

Saluons et remercions également notre partenaire dans les médias, la chaîne de radiodiffusion Berlin-Brandenburg et sa directrice madame Dagmar Reim. Chère Madame Reim, vous avez déjà été notre guide à l'occasion de la précédente édition de cette Conférence allemande sur l'éducation des adultes. Que vous soyez venue aujourd'hui prouve votre attachement pour nos activités. Nous vous en remercions vivement.

Cette manifestation se déroule aussi grâce à l'appui de nos sponsors. Je remercie vivement de leur aimable soutien les maisons d'édition Ernst Klett, digital publishing, Langenscheidt, Hueber et Cornel-sen, mais tout particulièrement aussi notre filiale Weiterbildungs-testsysteme GmbH (WBT). J'adresse aussi mes remerciements à nos sponsors publics: les différents ministères fédéraux sans l'appui desquels ce congrès aurait dû être organisé dans un cadre plus restreint.

Et enfin, last but not least, je souhaite saluer les nombreux participants des universités populaires, des organisations nationales et des organismes de formation continue.

Ce congrès surpasse toutes nos attentes. Jamais auparavant la Conférence allemande sur l'éducation des adultes n'a accueilli mille cinq cent participants. Cette conférence est jusqu'à présent la plus grande qui ait été organisée en Allemagne, et peut-être même en Europe, sur le thème de l'éducation des adultes.

Une manifestation de cette ampleur pose toutefois aussi des défis organisationnels étant donné que les locaux ne peuvent accueillir qu'un nombre limité de personnes. Je salue tout particulièrement ceux d'entre vous qui ne peuvent participer à la cérémonie inaugurale d'aujourd'hui que par le biais de sa retransmission vidéo et les remercie par avance de leur compréhension.

Mesdames et Messieurs,

Nous avons placé cette 12e Conférence sur l'éducation des adultes sous la devise «Apprendre des choses nouvelles - préparer l'avenir - unir les gens».

Nous entendons ainsi montrer que les universités populaires acceptent de nouveaux développements et défis, qu'elles sont ouvertes aux innovations et à de nouvelles cultures de l'apprentissage, et qu'elles-mêmes conçoivent de nouveaux moyens d'enseignement et d'apprentissage. Voici pourquoi il est question d'«apprendre des choses nouvelles».

L'éducation est la matière première essentielle du développement démocratique, social, économique et pacifique de toutes les sociétés. Nous y contribuons de façon primordiale en offrant la possibilité à tous les gens, grâce à la formation continue, d'épanouir leur personnalité et de participer à la vie politique, culturelle et professionnelle. Il ne faut abandonner personne. Il ne faut pas faire une croix sur quelque vingt pour cent de la jeune génération. Nous disons par conséquent qu'il faut «préparer l'avenir».

En tant qu'organismes communaux d'intérêt général, les universités populaires proposent des programmes qui s'adressent toujours à des adultes et à des jeunes d'origines ethniques et sociales diverses. Intégrer des gens dans une société sociale et tolérante est l'une de nos principales tâches. Voici pourquoi il faut «unir les gens».

La Conférence allemande sur l'éducation des adultes se déroule tous les cinq ans depuis 1951. Elle sert à identifier nos activités futures, à nous en assurer et à déterminer les endroits où nous les déploierons. Elle est le lieu où nous discutons et formulons nos positions en matière de politique de la formation continue, et aussi le cadre de rencontres conviviales à l'occasion de notre fête traditionnelle des universités populaires.

Nous voulons aussi dire clairement à l'occasion de cette fête que, malgré une marge financière de plus en plus étroite, les mille universités populaires, dont les programmes regroupent chaque année près de dix millions de personnes en Allemagne, sont en mesure de présenter un bilan impressionnant de prestations, qu'elles sont innovantes et - ce qui est important - qu'elles sont très appréciées de leurs usagers.

Au cours des nombreux forums et réunions professionnelles qui se dérouleront aujourd'hui et demain, nous nous pencherons sur des thèmes et questions essentiels pour la formation continue, à savoir sur

  • les conditions de travail et d'apprentissage 2020,
  • les nouvelles stratégies des entreprises dans le domaine de la formation continue
  • les mutations démographiques,
  • les découvertes actuelles de la recherche sur le cerveau,
  • les mutations démographiques,
  • l'intégration des immigrés et la cohésion et l'intégration de tous les gens vivant dans notre pays.

Mesdames et Messieurs,

  • Face au nombre élevé de chômeurs qui reste oppressant, il approche les cinq millions,
  • face à un pourcentage annuel de 8,5 % de jeunes qui quittent l'école sans diplôme d'études secondaires,
  • face à quatre millions d'analphabètes,
  • face aux défis que posent la mondialisation et les mutations démographiques à l'organisation de la vie de gens,
  • face aux difficultés de l'Europe à se souder,
  • face à la désintégration linguistique et sociale des gens d'autres origines,
  • face à l'affaiblissement de la confiance de la population dans les institutions démocratiques,
  • et enfin, face au fait que la participation à la formation continue a recommencé à régresser depuis l'an 2000,

l'Allemagne a besoin d'une offensive de la formation continue.

Les déclarations d'intention qui ne coûtent pas grand-chose, prononcées au sujet de la valeur croissante de la formation continue pour l'avenir des gens en Allemagne ne vont pas avec les coupes sombres massives des financements qui arrivent en même temps. Non seulement ceux qui s'expriment et agissent ainsi perdent toute crédibilité, mais ils sont aussi imprévoyants et contreproductifs en matière de politique sociale et d'économie.

Tous les scientifiques réputés s'accordent à dire que si les investissements dans l'apprentissage tout au long de la vie continuent d'être insuffisants, aucune croissance ne pourra s'installer durablement en Allemagne. En tous cas, les propositions bien mûries ne manquent pas. Tant les recommandations émises en 2004 par la commission Timmermann «Finanzierung lebenslangen Lernens» (Financement de l'apprentissage tout au long de la vie), un groupe d'experts, que «Innovint - Innovation durch Intégration» (Innovint - l'innovation par l'intégration), un projet du DW mis en place la même année, présentent des voies et stratégies prometteuses pour lutter contre la réduction des infrastructures de formation continue (c'est-à-dire la fermeture d'établissements et la réduction du nombre de thèmes qui y sont abordés) et pour accroître la motivation et la participation dans ce domaine de l'éducation.

Jusqu'à présent, néanmoins, la politique a largement ignoré ces propositions. Toutefois, le contrat de coalition entre la CDU/CSU et le SPD contient un passage encourageant au sujet de l'apprentissage tout au long de la vie, dans lequel il est, entre autres, déclaré que «...à moyen terme, la formation continue devra être le quatrième pilier du système éducatif...» Nous attendons à présent du gouvernement fédéral qu'il concrétise cette déclaration dans la pratique.

Ceci implique toutefois deux choses: d'une part, que le gouvernement fédéral, les länder et communes débloquent à nouveau nettement plus de ressources et d'autre part, que la réforme du fédéralisme actuellement à l'ordre du jour ne claque pas toutes les portes en matière de politique de l'éducation et n'enlève pas au gouvernement fédéral toute possibilité de participer à l'organisation de la formation continue non professionnelle. J'en appelle par conséquent ici expressément au gouvernement fédéral et aux länder pour qu'avant de conclure cette réforme ils modifient les textes de loi, là où c'est absolument nécessaire.

La formation continue doit impérativement continuer de relever du domaine public, et le gouvernement fédéral, les lànder et les communes doivent s'y consacrer en conséquence.

En effet, la privatisation de la formation continue préconisée par certains intéressés creuserait encore plus les fossés existant dans notre société.

Les universités populaires proposent dans tous les domaines des programmes variés de qualité, d'un grand intérêt non seulement pour l'avenir des individus, mais aussi pour celui de l'économie et de la société.

Par ailleurs, les universités populaires sont ouvertes aux nouveautés, tout en restant fidèles à leurs principes. Que la formation continue soit accessible à tous indépendamment des revenus est celui auquel elles sont principalement attachées. En effet, la formation continue a également pour fonction de combler des lacunes éducatives, et seule une formation continue placée sous la responsabilité du secteur public et financée par celui-ci est en mesure d'assurer que les analphabètes, les jeunes en rupture de scolarité, les chômeurs et les immigrés disposent d'une bonne chance de bénéficier d'un enseignement dont les prix soient abordables.

Les universités populaires se montrent performantes dans le domaine de l'intégration. En offrant des programmes facilement accessibles, elles donnent la possibilité à beaucoup d'étrangers (même s'ils sont encore loin d'être assez nombreux) de s'intégrer dans leur nouveau pays aux niveaux linguistique et social.

Un tiers de tous les cours d'intégration conformes aux exigences de la nouvelle loi sur l'immigration sont dispensés depuis 2005 dans les universités populaires. Ces établissements sont des partenaires sur lesquels le gouvernement fédéral peut compter et, en tant que tels, ils attendent de trouver dans le gouvernement un partenaire auquel se fier en matière de financements. Dans le domaine de l'intégration, la qualité doit encore nettement s'améliorer.

En ma qualité de présidente de la DW, mais aussi en tant qu'ancienne présidente de la commission à l'immigration, j'exhorte le gouvernement fédéral à renoncer aux projets de réduction des subventions dans le domaine de l'intégration.

Il faut que nous finissions par prendre acte du fait que nous sommes un pays d'immigration, et que l'immigration nous est nécessaire, entre autres pour nous imposer économiquement face aux mutations démographiques. L'intégration n'est pas gratuite. Si nous voulons barrer la route aux sociétés parallèles et à la ghettoïsation, si nous voulons créer les conditions nécessaires pour permettre aux gens de vivre dignement dans notre pays, il faut aussi prévoir les ressources nécessaires à cela et ne pas dresser d'obstacles bureaucratiques.

Mesdames et Messieurs,

De cette Conférence des universités populaires ressortent quatre messages politiques.

  1. Chaque euro supplémentaire investi dans l'apprentissage tout au long de la vie favorise la croissance économique.
    L'Allemagne a besoin d'une offensive de la formation continue pour redevenir concurrentielle. Dans une société du savoir où les connaissances sont en constante mutation, l'éducation et la croissance économique sont indissociables.
  2. Les mille universités populaires allemandes doivent être assurées de bénéficier d'un financement suffisant et fiable, placé sous la responsabilité du secteur public.
    Le réseau des universités populaires offrant à tous les gens des programmes de formation continue de qualité, proche de chez eux, est le partenaire indispensable de l'État dans la construction d'une société apprenant tout au long de son existence. Après les réductions drastiques et irresponsables des financements ces dernières années, il faut renforcer de nouveau cette précieuse ressource.
  3. Le gouvernement fédéral, les länder et les communes doivent ensemble venir à bout des tâches futures que posera la formation continue.
    En ce qui concerne la réforme du fédéralisme, nous ne pouvons pas non plus continuer à nous permettre les chamailleries politiques en matière de compétences.
  4. Le gouvernement fédéral, les länder et les communes doivent donner à chacun la possibilité d'apprendre tout au long de la vie
    en ayant recours à leurs universités populaires pour donner le droit à une seconde chance aux personnes désavantagées du point de vue éducatif et offrir aux immigrés des programmes supplémentaires axés sur l'intégration. La société ne doit pas continuer à se désagréger.

Je nous souhaite à tous des débats et entretiens intéressants et fructueux, de nouvelles impulsions et une poussée d'énergie dans nos activités. Luttons ensemble pour l'avenir de la formation continue!

La 12e Conférence allemande sur l'éducation des adultes est ouverte.