Christian Ude

Nous publions ci-après le discours de bienvenue du président de l'Assemblée des villes allemandes Christian Ude, maire de Munich. L'Assemblée des villes allemandes est la plus grande fédération communale en Allemagne. Elle défend les intérêts de toutes les villes autonomes et de la plupart des villes dépendant de cantons. Elle réunit en tout près de quatre mille sept cents communes, ce qui représente cinquante et un millions d'habitants.

Les universités populaires sont les centres de formation continue et d'apprentissage tout au long de la vie les plus importants

En ma qualité de président du Congrès des maires allemands, j'ai été invité à faire un bref exposé à l'occasion de l'ouverture du Congrès des universités populaires allemandes en 2006, et c'est avec plaisir que je réponds à l'invitation.

Premièrement, parce que la formation continue fait partie des missions des services publics de base municipaux. Deuxièmement, parce que les universités populaires sont les centres de formation continue et d'apprentissage tout au long de la vie les plus importants dans les villes et les municipalités. Et troisièmement, parce c'est précisément ce domaine de la politique éducative communale qui est le plus en difficulté.

Permettez-moi de faire quelques remarques sur ce qui précède.

Au regard des débats menés aujourd'hui sur la politique éducative en Allemagne, l'ensemble du secteur éducatif est actuellement au banc d'essai. Au niveau communal, la réforme de l'éducation fait également l'objet de vives discussions. Les villes sont directement concernées, et ont tout intérêt à participer activement aux initiatives en matière de politique éducative et à la mise en application des réformes. La formation continue est une part autonome de la politique communale, qui donne aux municipalités suffisamment de marge pour mettre en valeur leur auto-responsabilité. Je considère donc que la formation continue doit rester un service de base municipal, d'autant qu'actuellement, de plus en plus de domaines communaux ont tendance à passer dans le domaine privé.

Apprentissage tout au long de la vie

Tous autant que nous sommes devons apprendre le plus longtemps possible, et dans le meilleur des cas tout au long de la vie. Généralement, tout le monde est d'accord sur ces banalités. Mais dès qu'il est question de définir les critères de l'apprentissage tout au long de la vie et d'en envisager les conséquences pour le secteur public et pour le volume des financements accordés aux diverses phases éducatives, les avis divergent.

En matière de formation continue, l'action communale s'appuie sur une conception globale de l'éducation, ce qui implique que la formation continue doit être exploitable au niveau professionnel, mais pas uniquement. L'éducation ne garantit une intégration durable dans le marché du travail que si elle est permanente, et les infrastructures de formation continue ne peuvent soutenir le développement économique communal et régional que si elles sont efficientes. Mais cette mutation vers la société de la connaissance, dont on parle tant, ne touche pas seulement le domaine professionnel. Prendre conscience de la réalité, l'interpréter et s'orienter soi-même est un exercice difficile que l'apprentissage ponctuel ne suffit pas à résoudre. C'est justement parce que les exigences professionnelles ne cessent d'évoluer que nos organismes éducatifs doivent aider à autonomiser les apprenants de tous les âges, et à former des personnes suffisamment capables d'apprendre et de juger pour pouvoir s'articuler et s'engager dans la société.

La formation continue n'est pas une affaire privée. C'est du moins ce que pensait le Congrès des maires allemands en revendiquant, en 1996, le rôle de l'université populaire en tant que centre spirituel, pédagogique et organisationnel d'un système global de formation continue pluraliste. Quand il revendique une formation continue publique en tant que programme politique, le Congrès part du principe que la formation continue n'est pas uniquement une tâche quelconque réalisée par divers acteurs, mais qu'elle doit aussi faire partie d'un système éducatif global parce qu'elle devient de plus en plus importante pour l'individu et la société.

Un millier d'universités populaires et sept millions de participants

II existe entre temps un marché de la formation continue de plus en plus confus, dans lequel l'État n'est plus que co-responsable. Le retrait du secteur public a naturellement eu des conséquences sur les budgets des universités populaires et a entièrement redistribué les cartes dans la répartition des sources de financement. Alors que les subventions publiques n'ont cessé de reculer, les contributions des participants ont considérablement augmenté. Si l'on regarde de plus près les subventions publiques, on constate à la fois une augmentation de la participation des communes et une baisse de celle des Länder, ce qui veut dire que malgré leur situation financière catastrophique, les communes ont continué à financer leurs universités populaires. La ville de Munich, par exemple, paie pour son université populaire plus que l'État libre de Bavière pour ses 220 universités populaires.

Le soutien accordé à environ deux tiers des 1 000 universités populaires allemandes par les communes est une preuve indéniable de leur engagement en faveur de la formation continue. Les universités populaires sont très appréciées, et près de sept millions de personnes par an participent à leurs cours et diverses manifestations. Malgré les réductions, tant budgétaires qu'au niveau des manifestations et des cours, l'offre reste dans l'ensemble assez stable, avec 15 millions d'heures de cours dans toute l'Allemagne. Les enquêtes menées auprès des clients ont montré que les universités populaires sont à la fois de haute qualité et très appréciées.

Permettez-moi de m'attarder sur trois questions qui, selon moi, concernent directement la formation continue supportée par les communes:

  1. Un nouvel enjeu: les générations âgées

    Le vieillissement et la forte baisse de population en Allemagne est un phénomène irréversible. Numériquement parlant, le rapport entre les différentes tranches d'âge actives va évoluer en faveur des groupes plus âgés (plus de 50 ans) au cours des prochaines décennies. Cette tendance nous oblige à améliorer les compétences et les expériences des générations âgées dans la vie professionnelle et sociale. Nous ne pouvons plus considérer la vieillesse comme une espèce de postface à la vie, mais comme une longue phase de vie, souvent supérieure à trente ans. Nous devons arrêter de penser qu'une personne de 60 ou 70 ans n'est plus capable d'avoir des activités intellectuelles, artistiques ou physiques, que ce soit dans la vie professionnelle ou sociale. Nous devons par conséquent, améliorer les compétences des générations âgées. Les universités populaires jouent un rôle important dans ce domaine, qui ne fera que s'accroître en raison de l'évolution démographique. En effet, si le pouvoir d'innovation et le climat culturel de nos sociétés sont de plus en plus marqués par les générations âgées, c'est précisément dans la formation continue et l'éducation tout au long de la vie que nous devons investir.

  2. Pallier les lacunes du système scolaire

    Nous n'avons pas attendu l'étude PISA pour savoir que l'expansion du secteur éducatif enregistrée ces dernières années s'est arrêtée aujourd'hui. En ce qui concerne l'appui aux élèves plus faibles, l'échec du système scolaire allemand est total. D'un autre côté, l'envie de poursuivre des études et de participer à des formations continues varie selon le niveau d'éducation et le diplôme. Mais les résultats actuels de l'étude PISA permettent aussi d'évaluer le niveau de compétences et les barrières éducatives de la future population active. Enfin, depuis le début des années 90, la part des jeunes qui abandonnent le système éducatif sans diplôme ou n'ont qu'un faible niveau de formation augmente nettement. Quelles que soient les conséquences de ces résultats douteux pour l'individu, nous ne devons pas attendre que les grandes réformes des systèmes scolaire et de formation fassent leur effet. Il va donc sans dire que la mission traditionnelle de la formation continue, qui consiste à donner une seconde chance et à proposer des qualifications scolaires et professionnelles aux jeunes adultes, va non seulement persister, mais aussi demander des efforts financiers supplémentaires.

  3. La force intégrative des universités populaires

    De tous les pays européens, l'Allemagne a de loin la plus grande proportion d'étrangers. Avec la loi sur l'immigration, elle est en train de devenir officiellement un pays d'immigration. Malgré les financements très insuffisants et la furie réglementaire, les formations axées sur l'intégration, en grande majorité organisées par les universités populaires, sont un premier pas important et ne doivent en aucun cas être mises en péril par des réductions budgétaires. La bonne connaissance de la langue est la clef du succès de l'intégration, et doit être suivie par des mesures de qualification professionnelle. À long terme, il va falloir gérer la présence de personnes d'origines différentes et les intégrer dans notre société. L'éducation dans une société d'immigration est un grand défi pour les immigrés, mais aussi pour les autochtones, et ce n'est qu'en œuvrant ensemble qu'ils peuvent maîtriser leurs différences culturelles et coexister tout en restant fidèles aux principes et aux valeurs de la démocratie libérale.

    Une fois de plus, le corps enseignant de Neukölln nous a démontré que l'intégration ne se fait pas toute seule. Non seulement le folklore multiculturel, naïf et négateur de tout problème, a échoué, mais aussi le refus de reconnaître, pendant des années, la réalité de la société d'immigration et la force intégrative du système scolaire et éducatif à tous les niveaux.

 

La gravité des questions que je viens de soulever et qui, à mon avis, vont constituer l'axe essentiel de la mission future de la formation continue, est largement disproportionnée par rapport au niveau actuel des ressources allouées à la formation continue et à l'éducation en général.

Les lacunes du marché

Le Congrès des maires allemands défend la thèse que la formation continue doit s'appuyer à la fois sur le secteur public et le secteur privé. Le «marché» à lui seul n'est pas capable de répondre aux exigences en matière de politique éducative, sociale et d'emploi. Quel prestataire privé proposerait des formations continues dans des régions structurellement faibles? Qui proposerait des offres aux groupes cibles non instruits ou défavorisés qui ne rapportent rien? En fin de compte, il faudrait s'attendre à ce que ces domaines continuent de dépendre du secteur public, alors que les domaines plus lucratifs comme les cours de langue ou les formations en matière de santé dépendraient du privé.

L'université populaire est et reste un élément indispensable de l'infrastructure éducative communale et de l'apprentissage tout au long de la vie. Nous demandons aux länder de financer de manière fiable et appropriée les universités populaires et la formation continue. Nous ne pouvons pas accepter que les länder refusent de continuer à financer la formation des adultes, comme nous avons failli le voir en Bavière. Il faut laisser à l'État sa responsabilité éducative, et sa capacité de concevoir des programmes nationaux contribuant à l'équilibre des structures. Les réductions actuellement imposées au titre «Formation continue et éducation tout au long de la vie» tombent ici comme un cheveu sur la soupe.

Les défis auxquels doivent faire face la formation continue et la politique éducative sont si grands que la seule solution pour les résoudre est d'harmoniser intelligemment les divers niveaux de financement, et de veiller à ce que l'université populaire communale et publique reste un élément central de l'éducation tout au long de la vie.

Sur ce, je souhaite au Congrès des universités populaires allemandes tout le succès dont il a besoin pour mettre en exergue l'importance des universités populaires en tant que centres communaux d'éducation tout au long de la vie, et donner l'élan nécessaire à leur développement.