Bettina Stang

C'est en tant que «première convention des droits de l'homme du 21e siècle» qu'a été accueillie, en décembre 2006, la «Convention des Nations unies sur les droits des personnes handicapées». Précédée de huit conférences préparatoires auxquelles ont participé des membres d'organisations des Nations unies, des représentants gouvernementaux et des organisations non gouvernementales du Sud et du Nord, la Convention souligne notamment le rôle de la coopération au développement pour la défense des intérêts des handicapés dans les pays en développement. Un article signé Bettina Stang. Bettina Stang est correspondante de eins Entwicklungspolitik et journaliste indépendante à Hanovre. Cet article a déjà été publié dans eins Entwicklungspolitik 1-2007, Dossier Behinderung und Entwicklung (handicap et développement), p. IX.

Renforcement des capacités

Consolider les structures d'autopromotion pour promouvoir les droits des handicapés dans les pays pauvres

Jamais auparavant une convention n'avait pu réunir une telle quantité d'associations, et rarement un consensus sur les contenus n'avait pu être trouvé si rapidement, ont constaté Amnesty International et la Christoffel-Blindenmission. Lina Lindblom, membre du secrétariat de la Décennie africaine des personnes handicapées, tem père cependant l'enthousiasme des activistes et souligne que les associations d'intérêts du Nord ont été plus nombreuses, et donc mieux représentées que les organisations d'autopromotion du Sud.

«Les débats portaient parfois sur des thèmes ne présentant absolument aucun intérêt pour les Africains, comme par exemple la question du libre choix des prestations. Dans les pays en développement, on n'a pas le choix entre différents types de transports en commun et on ne s'interroge pas sur la ponctualité des horaires de passage. Ce qui préoccupe avant tout les Africains, ce sont des questions de survie!» (Pambazuka 267, www.pambazuka.org)

Débats controversés sur le rôle de la coopération au développement

Des débats controversés et de vives discussions ont eu lieu, notamment sur deux points: a) l'article 23 relatif aux droits reproductifs des personnes handicapées et b) l'article 32, qui préconise la prise en compte des droits des personnes handicapées dans les programmes de développement. L'article 23 souligne le droit des handicapés à fonder une famille et exige des États qu'ils donnent accès à l'information en matière de planification familiale. L'article 32 de son côté, reconnaît l'importance de la coopération internationale pour la réalisation des buts de la Convention dans les pays pauvres. Il précise que les programmes de développement doivent prendre en compte les personnes handicapées et leur être accessibles, et recommande de prendre des mesures destinées à opérer des transferts de technologie appropriés au profit des personnes handicapées. Les observateurs ont fait remarquer que certains pays ont fait pression pour atténuer ces formulations, voire même supprimer entièrement l'article 32.

C'est en effet sur ce dernier qu'était centrée la «Conférence européenne sur le handicap et la coopération au développement», organisée fin novembre à Bruxelles par le bureau bruxellois de la CBM (Mission chrétienne pour les aveugles) et par le réseau IDDC (consortium international d'ONG travaillant dans le domaine du handicap et du développement). Les participants à cette conférence - ONG, institutions internationales et membres des gouvernements des États de l'Union européenne - ont déclaré que la coopération au développement doit centrer son appui sur le «renforcement des capacités» des organisations de personnes handicapées, afin qu'elles puissent accompagner de manière aussi qualifiée que possible la mise en œuvre de la Convention dans leurs pays respectifs.

Participation des organismes d'autopromotion

Lina Lindblom, de la Décennie africaine des personnes handicapées, espère que l'action de son bureau à Johannesburg favorisera l'application rapide de la Convention sur le continent africain. Il existe déjà des comités nationaux de la Décennie au Rwanda, au Mozambique, au Kenya, en Éthiopie et au Sénégal, où sont représentées, à côté des représentants des gouvernements et des médias, les structures d'autopromotion des personnes handicapées. Lina Lindblom est en effet convaincue qu'il est impossible d'améliorer la situation juridique et sociale des personnes handicapées sans leur participation. Le secrétariat de la Décennie à Johannesburg a l'intention d'encourager la mise en place de comités nationaux dans au moins 15 autres États (voir ici encore Palbazuka 267, www.pambazuka.org ). Il ne reste plus beaucoup de temps, puisque la Décennie se termine en 2009.