Réunion international des expertes sur la politique d’éducation

Du 9 au 12 octobre 2007 s’est déroulée au Japon, à Tokyo, une conférence intitulée «International Expert Meeting on Educational Policies from a Lifelong Learning Perspective in Promoting EFA». Elle avait été organisée par le Centre culturel Asie-Pacifique pour l’UNESCO (ACCU), l’Institut national du Japon pour la recherche sur la politique de l’Éducation (NIER) et le bureau Asie-Pacifique d’éducation de l’UNESCO. Nous imprimons ici la note politique comportant des recommandations à l’intention des décideurs.

L’apprentissage tout au long de la vie donne une vision globale de l’EPT. Il fournit la direction et le cadre organisationnel nécessaires à une réforme éducative. Il englobe l’apprentissage durant toute l’existence dans des environnements formels, non formels et informels.

Reformulation de la politique d'éducation pour tous (EPT) dans un cadre d'éducation tout au long de la vie

Des spécialistes de l’apprentissage tout au long de la vie des secteurs gouvernementaux, universitaires et de la société civile du Pacifique Sud et d’Asie de l’Est, du Sud-Est, du Sud et centrale se sont réunis à Tokyo du 9 au 12 octobre 2007 pour partager leurs expériences quant aux progrès de l’EPT et examiner la pertinence d’un point de vue reposant sur l’apprentissage tout au long de la vie pour une réalisation plus efficace des objectifs de l’EPT fixés dans le Cadre d’action de Dakar.

L’assemblée était largement d’accord sur la vision et l’importance de l’apprentissage tout au long de la vie en tant que paradigme de l’éducation pour un développement durable dans le contexte d’une économie mondialisée au sein de laquelle les pays et communautés doivent affronter des mutations sociales, économiques, politiques et techniques rapides et imprévisibles, et où les cultures, les relations entre les communautés et l’écologie même de leur vie sont souvent mises à l’épreuve, mettant en danger la cohésion de la société.

L’assemblée a reconnu que l’apprentissage tout au long de la vie offre d’excellentes possibilités de reformuler, de revigorer et de remettre au point l’EPT, de sorte qu’elle soit davantage couronnée de succès, ce qui assurerait l’exercice des droits à l’éducation et à l’apprentissage. L’assemblée a vivement ressenti le besoin de donner davantage d’élan à une tendance détectée dans certains pays de la région Asie-Pacifique qui intègrent déjà l’éducation et l’apprentissage dans leurs stratégies de développement national et local, et renforcent la coopération entre les organisations et les secteurs pour permettre, grâce à ces efforts conjoints, de créer une société apprenante.

Dans une société qui repose sur le savoir, l’éducation est d’autant plus importante, ce qui exige un nouveau paradigme basé sur de nombreux modes d’éducation utilisés tout au long de la vie. Non seulement l’apprentissage tout au long de la vie permet d’acquérir de nouvelles connaissances et compétences, mais il autonomise aussi les individus et les groupes, et les aide à exploiter toutes leurs possibilités et à participer pleinement à la promotion de la stabilité et du progrès de la société, de la politique et de l’économie.

Bien que le concept d’apprentissage tout au long de la vie ait d’abord été adopté dans les pays industrialisés, économiquement plus en avance, il peut être mis en pratique de la même façon dans toutes les sociétés. L’assemblée a vivement reconnu qu’il est pertinent, juste et important pour les gens et les groupes auxquels ils appartiennent, tant dans le monde en développement que dans les pays économiquement en avance, d’avoir des possibilités compensatrices, diversifiées, décentralisées et contextuelles d’apprendre tout au long de la vie.

L’assemblée s’est accordée sur les points suivants:

  • L’apprentissage tout au long de la vie offre un point de vue puissant, permettant d’élargir et de transformer les systèmes d’éducation, et de faire de l’éducation, en tant qu’activité touchant tous les domaines de l’existence et se déroulant tout au long de la vie, un droit démocratique et accessible.
  • L’alphabétisation, l’éducation de base des adultes, l’éducation permanente et l’éducation non formelle sont des éléments essentiels de l’éducation tout au long de la vie, mais ce concept s’applique à toutes les formes d’éducation et d’apprentissage scolaire, que ce soit dans la famille, durant les premières années et à l’école maternelle, durant les années de scolarité obligatoire, au niveau de l’enseignement supérieur, pendant la vie professionnelle ou l’existence à l’âge adulte.
  • Les gouvernements, les dépositaires d’enjeux du développement et les organisations régionales et internationales ont un rôle essentiel à jouer et une responsabilité cruciale pour faciliter l’apprentissage tout au long de la vie et réunir les conditions nécessaires à sa réalisation.
  • La coopération et l’intégration à tous les niveaux d’efforts entrepris non seulement dans les secteurs et tous les ministères, pas seulement de l’Éducation, mais aussi entre eux, est essentielle, au même titre que l’initiative et la coordination d’efforts au plan local, pour réaliser l’EPT et d’autres objectifs de développement.
  • La dimension communautaire est aussi importante que la dimension individuelle pour réaliser les objectifs de l’EPT par le biais de l’apprentissage pour tous tout au long de la vie.

De la vision à la politique et à la pratique

Une vision d’ensemble de l’apprentissage tout au long de la vie est nécessaire pour aider à autonomiser les gens, élargir leurs capacités et leurs choix dans la vie, et leur permettre, à eux et à leurs sociétés, de faire face aux changements rapides dans leur vie personnelle, sociale et professionnelle. Pour faciliter un apprentissage utile, il est crucial de répondre aux besoins et motivations des apprenants. Pour que l’éducation devienne universellement accessible durant toute l’existence, l’approche axée sur l’apprenant associera une grande variété et diversité d’offres, permettant de prendre des mesures et de fournir des soutiens, dont une bonne partie directement au sein des communautés concernées.

Apprendre devrait pouvoir s’effectuer souplement, et les apprenants devraient avoir la possibilité d’intégrer et de quitter le système éducatif à de nombreux moments. Le système d’éducation devrait faire intervenir, au même titre que les apprenants et les enseignants, un vaste ensemble d’acteurs: familles, employeurs et autres prestataires, y compris des animateurs transmettant les sagesses locales, des ONG, des universités, le secteur privé et des organismes gouvernementaux.

L’assemblée recommande que

  • les politiciens reconnaissent et promeuvent l’apprentissage tout au long de la vie en tant que cadre global de l’EPT;
  • les gouvernements entament une action visant à développer une vision pour un apprentissage tout au long de la vie reposant sur une vaste consultation de tous les dépositaires d’enjeux, ce qui constituerait la base permettant d’élaborer un cadre politique multisectoriel;
  • les gouvernements traduisent les concepts d’apprentissage tout au long de la vie dans des politiques, stratégies et programmes nationaux d’EPT clairement articulés et selon des modes appropriés en fonction des pays;
  • que dans un cadre d’apprentissage tout au long de la vie, les gouvernements et les autres prestataires compétents, y compris les ONG, priorisent l’alphabétisation et l’éducation de base au niveau déterminé par chaque pays, et comprenant l’apprentissage de compétences utiles dans la vie courante tant pour les enfants que pour les adultes, considéré comme un droit de l’homme, fournissant les bases nécessaires à l’apprentissage tout au long de la vie;
  • les gouvernements donnent l’exemple en promouvant une culture de l’éducation pour tous privilégiant une excellente qualité per mettant d’obtenir des résultats se répercutant dans la vie des gens de façon à créer une société plus durable.

Diversifier les prestataires et les prestations éducatives

Des connaissances, compétences, comportements et valeurs doivent être acquis par des apprenants très divers avec des besoins et des modes d’apprentissage différents allant de l’éducation formelle à l’éducation informelle, en passant par l’éducation non formelle, l’éducation ouverte et l’éducation à distance et ce, dans le cadre de l’apprentissage tout au long de la vie. La plupart des situations, non seulement au travail, au sein des communautés, pendant le sport et durant les loisirs, mais aussi dans les établissements d’enseignement, peuvent devenir des environnements d’éducation.

La tâche qui consiste à intégrer les principes de l’apprentissage tout au long de la vie dans toutes les phases des programmes éducatifs est trop vaste et trop coûteuse pour les seuls gouvernements. Parmi les ONG, les organisations de développement et autres mouvements associatifs, il y a suffisamment de prestataires capables de s’engager dans des partenariats pour proposer des programmes d’éducation de natures diverses à tout un ensemble d’apprenants très différents. Dans un tel contexte, les gouvernements ont besoin d’une stratégie encourageant les alliances multisectorielles entre prestataires privés et publics de programmes d’éducation.

Il est temps pour les gouvernements de reconnaître et d’agréer la participation et l’engagement inestimable de partenaires capables de fournir des offres éducatives au niveau local. Par conséquent, il est important que ces partenaires potentiels travaillent constructivement avec les gouvernements et les soutiennent dans la prestation de services publics. L’apprentissage tout au long de la vie, entreprise ambitieuse et essentielle, ne pourra prospérer que dans un esprit de confiance et de respect mutuels.

L’assemblée recommande que

  • les gouvernements donnent l’exemple en réunissant les conditions requises (y compris en créant des structures de soutien, en développant des capacités institutionnelles, en reconnaissant les acquis antérieurs, en créant des mécanismes d’équivalence et de validation) afin de fournir à tous, sur un pied d’égalité et de façons appropriées, des possibilités de s’éduquer, offertes, entre autres, de façons décentralisées en accordant une attention particulière aux personnes non atteintes jusqu’à présent et exclues, c’està-dire par exemple celles touchées par les inégalités entre les sexes, les personnes handicapées, les minorités, par exemple les groupes ethniques, et les autres personnes vulnérables;
  • les gouvernements organisent des consultations avec des partenaires disposés à proposer et fournir des offres éducatives au niveau local, et avec lesquels ils définiraient des règles et principes concernant leurs rôles et rapports; il conviendrait d’adopter sur cette base une politique de diversification des prestations éducatives et de l’étendre aussi largement que possible à tous les dépositaires d’enjeux;
  • tous les partenaires prestataires de programmes éducatifs s’engagent à respecter les normes pour les seuils de qualité et la validation, ainsi que les équivalences définies, et qu’ils aient en même temps droit à la reconnaissance qui leur est due, à une rémunération raisonnable, à des récompenses et à des dédommagements équitables pour les contrats et accords avec les gouvernements;
  • les apprenants aient la possibilité de choisir entre différents programmes et prestataires;
  • les ressources de l’enseignement et de la recherche dans le secteur de l’enseignement supérieur et dans les instituts de recherche soient pleinement exploitées;
  • de sérieux efforts soient engagés au profit des personnes âgées qui constituent un groupe de personnes-ressources et représentent en même temps un défi pour les programmes d’apprentissage tout au long de la vie.

Contenus et méthode

Non seulement l’apprentissage tout au long de la vie s’adapte aux mutations sociales, mais il provoque aussi des changements en allant vers un enseignement reposant davantage sur les cultures indigènes. L’engagement et les efforts des gouvernements qui visent à associer les activités éducatives au développement des communautés présentes et futures sont essentiels. Les apprenants sont infiniment divers. Il leur faut des contenus pédagogiques multidimensionnels, conçus au moyen d’un ensemble de méthodes variées, reposant sur des modes pédagogiques et andragogiques traditionnels, nouveaux et innovants, faisant appel à des ressources pédagogiques diverses comme les arts traditionnels et culturels, les sagesses locales, les TIC, l’éducation à distance, l’éducation mobile, les grands médias, etc.

Il existe déjà des pratiques axées sur l’apprenant qui, fruits d’une grande expérience et pleines de vigueur, sont couronnées de succès. On a recours à elles dans de nombreux cadres éducatifs formels et non formels. Il est temps pour les gouvernements et autres prestataires de l’éducation de se concentrer davantage sur l’amélioration des environnements éducatifs permettant à une éducation participative, souple, autonome et contextualisée de s’ancrer dans la communauté. Il est également temps pour eux d’apprendre les uns des autres et d’échanger plus systématiquement de bonnes pratiques.

Dans des circonstances qui leur en donnent les moyens, les apprenants identifient individuellement leurs besoins éducatifs, se regroupant ensuite de façon à rendre l’apprentissage plus fructueux et à répondre aussi aux besoins et exigences de la communauté. En fonction du niveau d’alphabétisation et des compétences, il faudrait aussi encourager et aider les apprenants à ce que l’apprentissage tout au long de la vie devienne pour eux une réalité.

L’assemblée recommande que

  • conjointement avec les ONG partenaires et autres acteurs, les gouvernements entretiennent un environnement propice à l’éducation en fournissant des ressources si nécessaires, ouvrant ainsi la voie aux communautés afin de leur permettre de développer des contenus souples et axés sur l’égalité des sexes pour créer des programmes durables et autonomes d’apprentissage tout au long de la vie;
  • les gouvernements donnent l’exemple en identifiant et en déterminant des points de convergence au niveau local pour que les prestataires de programmes d’éducation formelle, non formelle, ouverte et informelle puissent interagir sous les auspices de l’éducation tout au long de la vie;
  • la capacité et l’instinct inhérents aux groupes de populations, leur permettant d’articuler des besoins et de proposer des moyens durables d’y répondre soient pleinement reconnus, et qu’il en soit tenu compte dans la planification et la mise en œuvre de politiques;
  • tous les dépositaires d’enjeux promeuvent les formes d’éducation indigènes pouvant être complétées par des moyens populaires et les nouvelles TIC de façon à promouvoir des contenus pédagogiques locaux pour les programmes d’alphabétisation fonctionnelle et d’apprentissage de compétences utiles dans la vie courante.

Activités en réseau

L’apprentissage tout au long de la vie exige que différents ministères et partenaires des secteurs public et privé, et du troisième secteur, c’est-à-dire de la société civile, coopèrent et joignent leurs efforts. Des institutions de l’éducation et des dépositaires d’enjeux à tous les niveaux et n’appartenant pas au secteur de l’éducation doivent se mettre en rapport et collaborer de façon à permettre aux apprenants de se déplacer à travers et entre les secteurs comme l’exigent leurs besoins et leurs capacités en développement. Il doit être possible de faire reconnaître, évaluer et valider les connaissances acquises dans différents endroits et de diverses manières afin de permettre à l’apprenant de progresser dans le secteur éducatif formel. Pour que l’apprentissage tout au long de la vie devienne pour tous une réalité abordable, tous les types d’organisations dans tous les secteurs doivent être en mesure de collaborer avec les autres, de considérer tous leurs membres et clients comme des apprenants individuels, et de leur permettre d’apprendre de différentes façons et à différents moments.

Les activités en réseau et les partenariats impliquent une confiance mutuelle et une réciprocité entre les partenaires, des qualités nécessaires entre les niveaux central et local, au plan horizontal entre les domaines d’intervention (santé, éducation, agriculture, services sociaux, etc.) et entre les secteurs, notamment entre le secteur non gouvernemental fréquemment sous-représenté et les organisations locales.

Opérer en réseau est éminemment essentiel au niveau local, là où le contact est le plus direct entre les différents prestataires de services éducatifs et les apprenants potentiels. Ces activités sont principalement informelles et reposent sur le respect mutuel et sur de bons rapports. Elles exigent toutefois aussi la présence de filières ordinaires permettant de travailler ensemble dans l’intérêt des apprenants en échangeant des expériences concernant les meilleures pratiques, en identifiant les nouveaux besoins et en y répondant, en examinant les progrès réalisés et en évaluant les performances.

L’assemblée recommande que

  • les gouvernements et autres décideurs influents défendent publiquement les avantages et les nécessités d’une collaboration dans tous les secteurs de façon à créer des liens entre les différents systèmes d’éducation;
  • les administrations centrales dans tous les secteurs accordent davantage d’importance à l’autonomisation des groupes de population locaux afin de transposer et de mettre en œuvre des projets décentralisés de manière appropriée au niveau local;
  • des réseaux au niveau de l’État/des provinces et au niveau local soient mis en place afin de favoriser une plus grande collaboration entre les gouvernements, la société civile, le secteur privé et tous les prestataires dans le but d’autonomiser l’apprenant en général;
  • dans toutes les localités, les différentes agences et organisations pouvant proposer directement ou indirectement des offres éducatives se réunissent régulièrement entre elles et avec des représentants des communes au sein de forums, comités, conseils ou tout autre moyen approprié au niveau local, pour qu’il aille de soi pour les prestataires et les dirigeants locaux de travailler ensemble au sein d’un réseau;
  • les dépositaires d’enjeux du développement et les organisations régionales et internationales créent des plates-formes efficaces pour faire partager les meilleures pratiques.

À la conférence, on a fait remarquer la difficulté des administrations, dont les budgets sont restreints, à répondre à toutes les demandes financières, anciennes comme nouvelles, et la tentation de régler des questions politiques en les délimitant bien soigneusement. C’est impossible dans le cas d’une société apprenante et du savoir, et cela ne donnera pas aux pays la possibilité d’atteindre leurs objectifs de l’EPT, dont le délai de réalisation approche à grands pas.

D’un autre côté, approcher l’EPT et la politique de l’éducation en général sous l’angle de l’apprentissage tout au long de la vie permet aux gouvernements de débloquer une réserve d’énergie traditionnelle et locale, et de rendre accessible ce qui était hors d’atteinte. L’apprentissage tout au long de la vie n’est pas un nouveau programme ajouté aux tâches déjà existantes, ce n’est pas non plus un nouveau volet du budget, c’est une façon de reformuler la politique d’EPT existante, pour la rendre plus efficiente et efficace, et pour réaliser davantage de choses en exploitant de nouvelles énergies.

L’assemblée a reconnu qu’il faut plusieurs années à un nouveau paradigme puissant pour prendre, être pleinement compris et utilisé. Elle invite par conséquent les gouvernements, en tant qu’entités, ainsi que les ministères de l’Éducation, les organisations intergouvernementales régionales et internationales, et tous les autres dépositaires d’enjeux à faire en sorte que l’apprentissage tout au long de la vie soit en permanence à l’ordre du jour lors de leurs réunions, pour que son importance et son utilité puissent être rapidement assimilées et traduites dans la pratique.