Nous espérons que cette base référentielle fournira un point de départ au dialogue politique entre les gouvernements, les agences de financement, les ONG et les adultes qui ont été privés de leur droit à l’éducation. Elle pourrait également être utilisée comme une liste de contrôle pour répondre aux questions d’un gouvernement ou d’un donateur sur un programme existant ou une proposition de programme. Elle n’est toutefois pas conçue pour être un projet-cadre ou une série de conditions à satisfaire. Nos recherches confirment l’opinion largement répandue parmi les experts praticiens que le succès de tout programme d’alphabétisation dépend de sa souplesse d’adaptation à l’unicité des circonstances et des besoins locaux.

Corriger une injustice: 12 éléments de la base référentielle

 

  1. Il s’agit avec l’alphabétisation d’acquérir et de mettre en pratique des compétences de lecture, d’écriture et de calcul, qui conduisent au développement d’une citoyenneté active, à une amélioration de la santé et des moyens d’existence, et à l’égalité entre les sexes. Les objectifs des programmes d’alphabétisation devraient refléter cette notion.

  2. L’alphabétisation devrait être vécue comme un processus linéaire qui exige un apprentissage et une application soutenue. Il n’y a pas de lignes magiques à franchir pour passer de l’analphabétisme à l’alphabétisme. Toutes les politiques et les programmes devraient être définis en vue d’encourager une participation soutenue et célébrer des achèvements progressifs plutôt que de se concentrer sur une unique prestation à délivrer en fin de parcours.

  3. Les gouvernements ont pour première responsabilité de satisfaire le droit à l’alphabétisation des adultes et de fournir le leadership, les cadres politiques, l’environnement habilitant et les ressources à cette fin. Ils devraient:

    • assurer la coopération de tous les ministères compétents et des liens avec les programmes de développement pertinents,
    • collaborer de manière systématique avec les organisations expérimentées de la société civile,
    • assurer les liens entre toutes ces agences, en particulier au niveau local et
    • garantir une pertinence aux différents aspects de la vie des apprenants en encourageant la décentralisation budgétaire et décisionnelle à l’égard du programme scolaire, de la documentation et des méthodes pédagogiques.

  4. Il est important d’investir dans des mécanismes de feedback et d’évaluation, de systématisation des données et de recherches stratégiques. L’objectif de ces évaluations devrait être l’application pratique des connaissances et leur impact sur la citoyenneté active, l’amélioration de la santé et des moyens d’existence, et l’égalité entre les sexes.

  5. Pour fidéliser les animateurs, il est important qu’ils reçoivent une rémunération minimale au moins égale à celle d’un instituteur pour toutes les heures travaillées (en tenant compte du temps de formation, de préparation et de suivi).

  6. Les animateurs devraient être choisis dans les communautés locales et recevoir initialement une formation substantielle suivie à intervalles réguliers de cours de rafraîchissement, tout en ayant l’opportunité de maintenir des échanges soutenus avec les autres animateurs. Les gouvernements devraient mettre en place un cadre général pour le développement du secteur de l’alphabétisation des adultes, dont les instructeurs/superviseurs feraient partie – et en offrir l’accès à tous les animateurs du pays (par exemple en utilisant l’enseignement virtuel).

    Field trip by participants of the Abuja Workshop: Reflect circle near Abuja


    Visite sur le terrain pour les participants à l’atelier d’Abuja: cercle Reflect près d’Abuja
    Source: ActionAid

  7. Il devrait y avoir au moins un animateur pour 30 apprenants et au moins un instructeur/superviseur pour 15 groupes d’apprenants (1 à 10 dans les endroits isolés), avec une visite de soutien au minimum par mois. Les programmes devraient avoir des emplois du temps qui s’adaptent avec souplesse à la vie quotidienne des apprenants, mais maintiennent avec eux un contact régulier et soutenu (par exemple deux fois par semaine pendant au moins deux ans).

  8. Dans les environnements multilingues, il est important que les apprenants aient à chaque étape la possibilité de choisir la langue de leur apprentissage. Des efforts devraient être activement déployés pour encourager et soutenir l’apprentissage bilingue.

  9. Le processus d’apprentissage devrait comporter un large éventail de méthodes participatives en vue d’assurer l’engagement actif des apprenants et sa pertinence dans leur vie. Les mêmes méthodes participatives devraient être utilisées à tous les niveaux de formation des instructeurs et des animateurs.

  10. Les gouvernements devraient se charger de stimuler sur le marché national la production et la distribution de textes convenant aux différents niveaux d’alphabétisation des nouveaux lecteurs, par exemple en travaillant avec des maisons d’éditions et des maisons de journaux. Ils devraient l’équilibrer avec le financement d’une production locale de documentation, surtout pour les apprenants, les animateurs et les instructeurs.

  11. Un programme d’alphabétisation de bonne qualité avec tous les components de la base référentielle devrait probablement coûter entre US$50 et US$100 par apprenant pendant une année et ce, sur une période de trois ans au moins (deux ans d’apprentissage initial auxquelles s’ajoute la mise en place des possibilités d’apprentissage pour tous)

  12. Les gouvernements devraient consacrer au moins 3% de leurs budgets du secteur de l’Éducation nationale à des programmes d’alphabétisation pour adultes qui soient alignés sur cette base référentielle. Lorsque cette condition est satisfaite, le rôle des donateurs internationaux serait de pallier le manque de ressources (par exemple en intégrant l’alphabétisation des adultes à l’Initiative de Voie Accélérée).