Diarra Mahamadou Cheick

Se basant sur une enquête mondiale concernant des programmes efficaces d’alphabétisation des adultes, la Campagne mondiale pour l’éducation, ActionAid et leurs partenaires ont élaboré les Points de référence pour l’alphabétisation des adultes afin qu’ils servent de base aux politiques et pratiques de l’alphabétisation. Ils sont utiles à tout un ensemble d’acteurs (société civile, partenaires du développement technique et financier, communautés) qui défendent l’alphabétisation des adultes et font du lobbying en sa faveur, et qui aident aussi les gouvernements, la Banque mondiale et le FMI à veiller à ce que les ressources qu’ils fournissent contribuent efficacement à une alphabétisation pour tous de qualité. Les Points de référence de l’alphabétisation des adultes sont principalement diffusés par le biais de conférences locales, nationales, régionales et internationales, sous différentes formes, imprimées et électroniques. Ils sont conçus de façon à être adaptables et souples, cette stratégie ayant particulièrement recours à une démarche reposant sur leur examen critique en vue de leur révision future. Il est par conséquent important de surveiller les effets de leur diffusion: «Quels changements la diffusion et l’appropriation des Points de référence entraînent-elles pour les acteurs concernés?» Question cruciale également: «Qui est impliqué dans ce processus et de quelle manière?» Cet article par Diarra Mahamadou Cheick de la ONG Jeunesse et Développement à Mali est une analyse critique de différentes actions de défense liées aux Points de référence internationaux pour l’éducation des adultes dans le contexte de l’Afrique de l’Ouest.

Reflexion critique sur les cammpagne en faveur de l’EPT


Nous sommes aujourd’hui dans un monde de profondes mutations jalonnées par des conflits d’intérêts entre groupes/classes. L’information est en même temps devenue l’arme la plus redoutable et elle est utilisée et/ou manipulée par les différents acteurs pour aboutir à leur fin.

En essayant de catégoriser les groupes, nous pouvons aisément récenser trois grands groupes:

  • Les marginalisés
  • Les privilégiés
  • Les chercheurs d’équilibres

Les marginalisés, selon différents contextes peuvent être le résultat d’une construction socioculturelle structurée, planifiée et mise en œuvre, ou le résultat de comportements égocentriques basés sur les différences et les similitudes. Dans ce deuxième cas je fais allusion aux courants racistes, ségrégationnistes et à toutes les formes de discrimination.

Dans les deux cas nous constatons que ces personnes marginalisées ont comme point commun le fatalisme qui est le résultat de l’installation d’une culture du silence, ou dans certains cas la violence pour survivre ou établir la justice, et dans ce cas ils se heurtent au monde dit civilisé, car devenant anti normes, anticulturels, bref hors la loi.

Les privilégiés sont ceux qui ont un minimum de pouvoir leur permettant de vivre dignement. Ils sont ceux qui détiennent et jouissent de la majeure partie des ressources et services existant dans leur environnement. Ils ont la possibilité de changer le monde à leur guise, raison pour laquelle les actions de plaidoyer sont menées en les prenant comme principales cibles. Ce groupe contrôle son environnement en termes de normes, de lois et à ce titre est responsable volontairement ou involontairement du déséquilibre ou de l’équilibre qui existe dans son milieu.

Les chercheurs d’équilibres regroupent toutes les personnes éprises de justice et menant des actions pour un monde meilleur, c’està-dire des services de qualité pour tous et pour toutes. La spécificité de ce groupe est son hétérogénéité, car il est composées des représentants des deux autres groupes: marginalisés et privilégiés.

J’irai plus loin en disant que les personnes les plus actives dans les mouvements sociaux sont à une grande majorité des privilégiés (en tenant compte de la relativité), car venant de tous les secteurs (ONG, bilatéral, multilatéral, gouvernement, secteurs privés, etc.) et ayant des pouvoirs diversifiés.

Je place les ONG, les mouvements associatifs, les réseaux sociaux, bref la société civile en général dans cette catégorie d’acteurs.

Ces trois groupes sont présents également quand on examine les systèmes éducatifs dans nos pays. En effet le déséquilibre ou l’injustice envers les personnes n’ayant pas d’accès à une éducation de qualité est à la base l’élément le plus déterminant et le plus pesant parmi les facteurs renforçant l’injustice sociale.

Le présent article va porter sur une analyse critique d’une des actions de plaidoyer initiée par ActionAid, la Campagne mondiale pour l’EPT et leurs partenaires: BENCHMARKING ou les travaux autour d’une base référentielle sur l’alphabétisation.

Analyse d’exemples de plaidoyer: le cas des benchmarks

Qu’est ce que c’est?

Des repères et références optimales pour s’assurer de l’atteinte d’objectifs de quantité et de qualité dans un domaine bien donné. Dans ce cadre il s’agit d’une base référentielle relative à l’alphabétisation et surtout à l’atteinte de l’objectif 4 d’EPT d’ici 2015.

Sur la base d’une recherche ciblée ActionAid et ses partenaires ont développé des benchmarks relatifs aux programmes d’alphabétisation. Lesquels benchmarks servent les acteurs (société civile, les partenaires techniques et financiers, communautés, etc.) dans leurs actions de plaidoyer et de lobbying en faveur du sous secteur, et pourront éventuellement servir les gouvernements, les coopérations bilatérales et multilatérales, la Banque Mondiale et le FMI dans leur volonté d’ajuster positivement leurs contributions vis-à-vis d’une alphabétisation de qualité pour tous.

Quelles sont les stratégies de diffusion des benchmarks? 

Mis dans différents formats de communication (copies physiques, copies électroniques), les benchmarks sont largement partagés à travers des rencontres locales, nationales, sous-régionales, régionales et internationales. L’approche en matière de diffusion est basée sur l’adaptabilité, la flexibilité et surtout le recueil de feedbacks et de critiques dans la perspective d’une future relecture. Un autre élément concerne le suivi de l’après-diffusion des benchmarks, en un mot quels sont les changements engendrés après la diffusion et l’appropriation par les acteurs de cette base référentielle?

Cas de Pamoja Afrique de l’Ouest: caravane, marche et conférence de presse 

Pamoja est un réseau africain œuvrant dans le domaine de l’éducation des adultes et regroupant les praticiens et sympathisants de l’approche Reflect. Reflect est une approche de développement communautaire qui met au centre de l’apprentissage l’analyse du pouvoir (dans toutes ses dimensions) de façon à autonomiser les personnes exclues et marginalisées. Elle s’inspire de théories de l’éducateur brésilien Paolo Freire, de la MARP (Méthode Active de Recherche Participative) et des techniques de communication.

À l’approche de la rencontre régionale sur le financement de l’alphabétisation qui s’est tenue à Bamako en septembre 2007, Pamoja Afrique de l’Ouest en partenariat avec DVV International, ActionAid et OXFAM GB a organisé une série d’activités en faveur de l’alphabétisation et de la prévention du VIH/SIDA.

Une caravane regroupant les praticiens de Guinée Conakry, du Mali et du Sénégal a sillonné les trois pays avec comme objectifs:

  • Mobiliser les communautés (décideurs locaux, facilitateurs et participants des cercles Reflect,..) de la Guinée, du Sénégal et du Mali autour des activités de la Conférence régionale panafricaine de Bamako et renforcer leur positionnement en faveur de l’alphabétisation et de la lutte contre le VIH/SIDA dans le cadre d’une réponse locale.
  • Informer et sensibiliser à travers la Guinée, le Sénégal et le Mali les communautés sur les campagnes en faveur de l’alphabétisation et la lutte contre le VIH/SIDA.
  • Collecter les doléances et points de vue de ces communautés en vue d’influencer efficacement les décisions qui vont être prises lors de ladite conférence.
  • Initier un cadre de concertation à l’échelle régionale autour de la trilogie alphabétisation – VIH/SIDA – développement en vue de renforcer les plans sectoriels au niveau de chaque pays.

Les repères de la base référentielle ont été largement diffusés à travers des conférences, des tables rondes dans plusieurs villes et villages traversés par la caravane.

Cette caravane a permis d’informer les communautés sur l’état des campagnes et aussi de collecter leurs commentaires et témoignages sur l’alphabétisation et la prévention du VIH/SIDA.

Caravane d’Afrique de l’Ouest 

Caravane d’Afrique de l’Ouest Source: ActionAid

Quelques témoignages et commentaires venant des communautés:

 

Guinée

Maimouna Sow, participante d’un cercle Reflect en Guinée Conakry
«Nous demandons au moins 3 % du budget pour développer l’alphabétisation et nous permettre de résoudre nos difficultés et aussi assurer le suivi à domicile de nos enfants qui sont à l’école».

Aissata Diallo, ménagère de la Guinée Conakry
«En tant que femme alphabétisée, je suis en mesure d’utiliser mes connaissances et compétences dans mes activités de commerce; c’est pourquoi je demande aux politiciens de faire en sorte que toutes les femmes soient alphabétisées quel que soit le prix que cela doit coûté.»

El Hadj Amadou Barry 1er, Imam de Hafia en Guinée Conakry
«Le savoir ne s’acquiert que par la formation, c’est quelque chose que l’humain doit chercher de sa tendre enfance à sa tombe, où qu’il se trouve. Je lance donc un appel pressant aux Gouvernements d’investir beaucoup de ressources dans l’Alphabétisation au profit de nos communautés pour leur développement.»

El Hadj Mamadou Moron Diallo, un autre Imam de la Guinée qui renchérit:
«Faisant allusion à un passage du Saint Coran» «Le savoir n’a pas d’égal sur cette terre Dieu demanda un jour à un de ses prophètes: du savoir et du pouvoir, lequel préfères-tu? Le savoir répondit le prophète, alors le bon Dieu lui accorda les deux. C’est pour vous dire que celui qui détient le savoir détient aussi le pouvoir. Nous avons besoin aujourd’hui d’alphabétiser toute la population pour lutter contre la pauvreté.»

Sanoussi Makalou, membre de cercle Reflect au Mali
«Le problème se situe à deux niveaux les charges de l’alphabétisation et la finalité: les communautés
aiment bien l’alphabétisation, mais ne peuvent pas en supporter les charges; une fois que l’apprenant termine sa formation, il ne sait que faire de ce qu’il a appris, alors il faut aller vers un professionnalisme de l’alphabétisation, pour cela même les 3 % que vous réclamé sont peu l’État doit aller au-delà.»

Sénégal
Mamou Cissé, élue au conseil communal de Diossong au Sénégal
«Je vous invite à être le porte parole des femmes de Diossong auprès de cette conférence. Les ONG nous aident certes, ils font de leur mieux en alphabétisation, ça doit être une priorité de l’Etat».

NDiaye Diouf facilitateur de cercle Sénégal
«L’état construit presque dans chaque village une école, alors que vous ferez des centaines de km sans voir de salle d’alphabétisation crées par l’Etat, les centres que vous verrez sont l’oeuvre des ONG et associations avec des moyens très limités. Il faut aussi que changer le statut des alphabétiseurs, que leur formation soit sanctionnée par un diplôme».

Mme Traoré Fanta Kondé, membre d’un conseil communal au Sénégal.
Elle a donné le message ci-dessous en langues bambara, ouolof et peulh:
«Nous les femmes, nous constituons plus de 52 % de la population, alors que sur 5 femmes que vous rencontrées 1 seule sait lire et écrire. Nous sommes 6 femmes dans le conseil communal, je suis la seule qui est instruite, cela nous défavorise dans les prises de décisions. Nous accueillons à bras ouvert ce
plaidoyer en faveur de l’alphabétisation qui pour nous va corriger l’injustice faite aux femmes en
matière d’éducation. Aussi, je pense que puisse qu’il ya une journée mondiale de l’alphabétisation,
n’est il pas temps de créer aussi dans nos etats un ministère chargé uniquement de l’alphabétisation
avec des ressources conséquentes pour éradiquer l’analphabétisme et contribuer à la réalisation d’un développement durable; il faut aussi soutenir les centres d’alphabétisation des femmes par d’autres volets comme, par exemple les AGR, le maraîchage… car le faible taux d’alphabétisation des femmes s’explique aussi par le fait qu’en plus des nombreuses tâches domestiques, le temps qu’elles doivent consacrer aux
activités génératrices de revenus ne leur permet pas de suivre les cours d’alphabétisation.»

Un directeur d’académie au Mali
«Il faut que nous ayons plus de ressources pour créer des centres d’alphabétisation et ne pas seulement nous limiter à suivre ceux créés par les ONG. Les collectivités pour lesquelles ces compétences ont été transférées n’ont pas les moyens non plus. Or si la population n’est pas alphabétisée elle participe très peu au développement de sa collectivité. C’est même une obligation pour nos États d’investir dans l’éducation des adultes pour respecter les accords qu’ils ont ratifiés. L’alphabétisation est transversale et chaque ministère doit avoir son volet d’alphabétisation.»

Les témoignages ici présentés ne sont pas en déphasage ni avec les objectifs de l’EPT, ni avec ceux de OMD, ni avec l’esprit des benchmarks. Au contraire, ces personnes venant des environnements et groupes marginalisés sont en train de prouver qu’elles peuvent renforcer les différentes campagnes et mouvements en faveur de l’éducation. Elles constituent une masse critique (une fois informées), indispensable pour la réussite des actions de plaidoyer en cours.

Marche et déclaration

Les informations collectées à travers cette caravane ont permis de développer «l’Appel de Bamako», d’organiser une marche de la société civile africaine ayant comme objectif

  • la remise de l’Appel de Bamako aux autorités présentes à la conférence régionale
  • l’information du grand public sur la revendication principale du mouvement: au moins 3 % du budget de l’Éducation en Faveur de l’alphabetisation.

«En remettant la Déclaration finale de la caravane, nous espérons qu’à cette Conférence régionale africaine de Bamako 2007, de nouveaux engagements concrets seront pris aux niveaux financier et opérationnel tant par les gouvernements nationaux que par les partenaires techniques et financiers.»

Remise de la déclaration à la directrice du BREDA

Présentation de la Déclaration d’Afrique de l’Ouest

Présentation de la Déclaration d’Afrique de l’Ouest
Source: ActionAid 

 

La suite de la conférence de Bamako a été marquée par le suivi des engagements des autorités (premières dames, ministres, président, etc.) dans les différents secteurs. Nous pouvons souligner quelques impacts positifs de la diffusion des benchmarks:

 

  • Le rapport de la conférence a mis un accent particulier sur les 3 % du budget de l’Èducation en faveur de l’alphabétisation.
  • La mise en place d’un ministère en charge de l’alphabétisation au Bénin, Mali et Sénégal.
  • La finalisation du document de politique nationale d’Education non formelle au Mali et l’existence d’une ébauche de politique d’alphabétisation au Niger.
  • L’accroissement des ressources allouées à l’alphabétisation dans plusieurs pays: Sénégal 2 %, Mali 3 %.
  • L’initiation par des premières dames et président de programmes spéciaux d’alphabétisation dans certains pays. Citons les cas du Niger, de la Guinée Conakry où les premières dames sont en trains de s’investir pour la mise en place de programme d’alphabétisation. Le cas du Mali où ils sont au démarrage du programme spécial d’alphabétisation du président de la république. Le cas du Sénégal ou le président de la république a alloué un fonds spécial à l’alphabétisation.
  • L’acceptation par le FTI de prendre en compte l’alphabétisation au niveau de leurs fonds au Bénin et Burkina Faso.

 

Quelques acquis des campagnes

Le regain d’intérêt envers l’alphabétisation est palpable et se matérialise par un certains nombre d’actions telles que:

  • La Décennie des Nation unies pour l’alphabétisation: (DNUA).
  • LIFE (Literacy Initiative For Empowerment) qui est un cadre d’appui visant l’opérationnalisation de la Décennie pour l’alphabétisation. LIFE regroupe 35 pays ayant soit des taux d’analphabétisme supérieurs à 50 % ou ayant plus de 10 millions d’analphabètes.
  • L’organisation de plus en plus fréquente de rencontres internationales, régionales, sous-régionales, nationales et locales sur l’alphabétisation.
  • La multiplicité des recherches pour appuyer les actions de plaidoyer à tous les niveaux et l’apparition de réseaux et plate-formes mieux structurés sur les différents continents. Notons également l’avancée significative des structures de la société civile du point de vue organisationnel et opérationnel.
  • La prise en compte progressive de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle dans les coalitions, campagnes et dans les politiques.
  • L’atteinte partielle des objectifs de l’EPT pour certains pays.
  • Une volonté politique de plus en plus ferme aux niveaux international, régional et national.

Le hic: Cependant, restons vigilants, car les beaux discours et les actions spectaculaires ont toujours fait partis de nos environnements sociopolitiques. Ces résultats et impacts, comparés à l’importance et à l’urgence de la question sont minimes d’une part, mais ont aussi besoin d’un suivi pour s’assurer qu’ils feront la différence surtout au niveau des personnes marginalisées.

L’augmentation seule des ressources par exemple ne peut pas suffire si nous ne tenons pas compte d’autres éléments de la base référentielle. Alors qu’il n’y a presque pas de pays jusque là ayant essayé de se mettre dans une option synergique des benchmarks. Ils prennent en compte certains éléments et laissent d’autres ce qui, j’en suis sûr laisse présager des déséquilibres.

Un autre point non moins important est: comment les augmentations de ressources ou le respect des autres éléments de la base référentielle va se traduire dans la vie des personnes marginalisées? Comment garantir une bonne gestion des ressources?

A ce niveau le suivi et le contrôle citoyen peuvent être des outils efficace, sauf que ces acteurs ne sont pas suffisamment impliqués dans les campagnes et dans la plupart des cas ne sont pas au courant des engagements et des acquis.

Jusqu’à présent, je constate que les campagnes et mouvements en faveur de l’alphabétisation utilisent un schéma intellectuel ou académique où nous ne donnons pas d’espace aux marginalisés euxmêmes. Ainsi, les personnes victimes de ces injustices sont exclues des mouvements et campagnes qui se font en leurs noms. Ce qui est le plus intéressant est que les raisons de leur marginalisation par les premiers que nous, nous combattons sont presque les mêmes qui nous poussent à les exclure des campagnes et mouvements.

Analysons quelques une de ces raisons:

  • Insuffisance de connaissances instrumentales: lecture, écriture et calcul
  • Incapacité d’utiliser les langues de communication ou les langues officielles
  • Insuffisance de moyens humains, financiers et matériels pour l’implication des personnes marginalisées

Le monde a connu une évolution et en même temps nous pouvons constater l’évolution des sources de pouvoir. Si dans l’histoire de l’humanité les sources de pouvoir étaient dans un premier temps la force physique, elles ont évolué vers la propriété foncière, le nombre de bras valides, et la propriété industrielle. Aujourd’hui ces sources de pouvoirs se concentrent sur un seul élément: l’information. En effet dans nos sociétés actuelles en général est détenteur de pouvoirs celui qui a l’accès et le contrôle de des informationes. Alors que pour avoir des informations de qualité à temps il faut savoir lire, écrire et calculer. A cela s’ajoute aujourd’hui la capacité d’utiliser l’Internet qui devient déterminante dans nos processus d’inclusion ou d’exclusion.

Les acteurs actifs dans les campagnes et mouvements passent par ce moyen de communication (Internet) qui pourtant est très mal connu des populations des pays les plus frappés par l’analphabétisme dans le monde.

Les langues, je veux dire la capacité de les manipuler ou non, est à la base des justificatifs de l’exclusion à tous les niveaux. Et dans cet ordre d’idée toute tentative de traduction et/ou d’interprétation devient très chère ou inutile aux yeux de ceux qui ont déjà ce pouvoir.

Alors la question qui embête s’impose automatiquement «Que faire?» La réponse, malheureusement dans la plupart des ceux consiste à travailler avec ceux qui ont ces capacités et non pas à aller vers des alternatives qui prendront en compte les statuts des marginalisés en trouvant d’autres moyens de communication adaptés.

En conclusion: d’une manière générale les campagnes en faveur de l’EPT portent leurs fruits même si les progrès sont disparates selon les pays et selon les sous-secteurs. Le sous-secteur de l’alphabétisation fait de plus en plus objet de réflexions et de polémiques car les intérêts des décideurs (le groupe des privilégiés) est en jeu. En effet il n’est pas rare de voir ce groupe se plaindre du fait que «vous avez monté les communautés contre nous»; «vous semez le désordre en donnant nos budgets aux communautés». En analysant ces expressions on se rend compte facilement que le plaignant est en fait l’oppresseur et que sa résistance concerne la défense de son statut de privilégié et non pas les intérêts d’une communauté ou d’un pays. Bien sûr, que les relations de pouvoir changeront profondément une fois que les différents groupes entreront en possession de toutes les informations détenues par ceux qui ont le pouvoir. Pouvons nous faire une transposition de cette analyse au niveau international en nous posant les questions suivantes?

«Qu’est ce que les privilégiés (gouvernements des pays développés, multinationales) gagnent ou perdent en ayant en face des peuples du Sud bien éduqués et capables de prendre part aux prises de décisions au niveau macro?»

La pauvreté, le VIH/SIDA, la corruption, la mauvaise gestion, la marginalisation et la discrimination de certains groupes (sexes, races, ethnies, bords politiques, etc.), les conflits et guerres sont des maux partagés par tous les pays ayant un taux élevé ou un nombre élevé d’analphabètes.

Certes des actions de plaidoyers tels que la production et la diffusion des repères (Base référentielle sur l’alphabétisation) sont en cours pour renverser cette tendance, force est de reconnaître les insuffisances dans les missions et stratégies.

La faiblesse de l’implication des personnes pour lesquelles ces campagnes sont organisées: l’éducation est un droit inaliénable, mais l’information n’en est pas moins un, surtout quand elle concer-ne la vie et l’environnement des gens.

L’autonomisation (empowerment) passe forcement par le renforcement des capacités des personnes marginalisées dans la revendication et l’exercice de leurs droits.

Diffuser les benchmarks et autres documents stratégiques dans les langues nationales et locales ainsi que l’utilisation de canaux de communication adaptés constituent des tremplins pour l’appropriation par les concernés des valeurs véhiculées au sein des campagnes et mouvements.

La rupture avec le terrain: beaucoup de structures de la société civile se sont détournées de l’appui aux programmes ciblant les marginalisés pour se charger du plaidoyer. Un plaidoyer à la mode mais de plus en plus vide, car n’ayant pas suffisamment de justificatifs et d’argumentations à cause de cette rupture avec les programmes et projets.

Procéder à une évaluation un peu plus formelle de l’impact de la diffusion de la base référentielle et mobiliser les personnes marginalisés, les acteurs des Nations unies (spécifiquement UNESCO), les chercheurs et les organisations de la société civile à un atelier de validation et de planification constituent des activités prioritaires dans le cadre des préparatifs de la CONFINTEA VI (Conférence internationale de l’éducation des adultes) en 2009 au Brésil, du moins si nous voulons faire la différence.

Cours d’alphabétisation en Ouganda

Cours d’alphabétisation en Ouganda
Source: Gideon Mendel/Corbis/ActionAid

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