Boubacar Ba

L’article suivant nous vient d’Afrique de l’Ouest et nous présente un exemple d’apprentissage de proximité au Mali. En 1988, l’ONG ÉVEIL (programme d’éducation civique et de gouvernance), qui opère dans la région de Mopti, a lancé un projet de conscientisation de l’alphabétisation reposant sur la vision de Paolo Freire et la méthode REFLECT. Boubacar Ba, le coordinateur du projet, nous expose en détail sa planification et ses objectifs, ainsi que ses différentes phases de réalisation.

L’alphabétisation conscientisante et l’émergence d’une masse critique dans la région de Mopti, Mali

Depuis plusieurs années, le stock d’informations sur la méthode l’alphabétisation s’est considérablement enrichi au Mali avec la promotion des différentes formations éducatives dans plusieurs villages. Les savoirs produits sur la formation et l’apprentissage ont en particulier servi à l’élaboration de programmes nationaux tel que la DNAFLA1 en charge de l’appui des programmes d’alphabétisation. Depuis 1991 avec les changements démocratiques sont apparues d’autres méthodes et stratégies d’éducation et de formation. Sur le terrain s’en sont suivies diverses méthodes de formation en relation avec les innovations : alphabétisation conscientisante prônée par L’ONG ÉVEIL, méthode de la pédagogie convergente et appui aux centres d’éducation pour le développement.

En 1988, l’ONG ÉVEIL (opérateur de développement dans la région de Mopti au Mali) a démarré un projet d’éducation civique et de gouvernance: voici une nouvelle approche émergente l’alphabétisation conscientisante s’appuyant sur la vision de Paolo Freire et la méthode REFLECT.

Évolution des politiques éducatives en matière d’alphabétisation

L’éducation non formelle au Mali est définie officiellement à travers la loi d’orientation sur l’Education du 29 décembre 1999 comme L’éducation qui se fait dans les centres d’alphabétisation des adultes, les centres d’apprentissage féminins et les centres d’éducation pour le développement.2 Donc le concept d’éducation non formelle (ENF) est nouveau dans notre contexte. Au cours des trente premières années ayant suivi l’indépendance, on a parlé plutôt d’alphabétisation. Mais il faut savoir qu’alphabétiser n’est rien d’autre qu’un objectif plus général.

Au Mali, pendant longtemps, on a parlé d’alphabétisation fonctionnelle. Elle s’est pratiquée essentiellement à travers les associations villageoises. Il semble même qu’un décret de 1962 ait rendu obligatoire pour les sociétés et entreprises d’État la formation en alphabétisation pour leurs employés. Dans la pratique, des ODR et structures comme la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT), l’Office Riz, l’Office pour le développement de l’élevage (ODEM) ont donné un sens à cette politique en faisant accéder de larges couches des communautés aux apprentissages de base.3 Plus tard, on parlera de retombée en illettrisme parce que les fondements méthodologiques du système d’apprentissage et l’absence de matériels de lecture pour les alphabétisés ont hypothéqué les résultats. L’État hésite encore à utiliser de manière systématique les langues nationales sur les supports publics et pièces d’état civil. L’école malienne après avoir longtemps hésité à faire entrer les langues nationales dans les classes de l’enseignement formel fait en réalité fonctionner un système à deux vitesses. Il est laissé aux classes de pédagogie convergente le soin de fonctionner avec les langues nationales, au grand dépit d’une certaine frange de parents d’élèves non acquis à l’extension de la méthode. Évoluera t-on et à quelle vitesse vers une intégration qui efface ces dichotomies qui retardent la démarche de développement de notre pays? Car il n’est plus seulement question d’écoles, au pluriel. Ou d’enseignements, au pluriel. Au sein d’un seul et même système éducatif dont les ancrages communautaires peuvent être mieux clarifiés, il est question de monter un socle pour le développement.

Vision et stratégie de l’ONG ÉVEIL dans la région de Mopti au Mali

La vision de l’ONG ÉVEIL en matière d’alphabétisation et d’éducation citoyenne s’appuie sur une politique et une stratégie évolutives. La démarche à été construite au fur et à mesure sur le terrain depuis 1998. Par la suite, elle est devenue un riche champ d’expérience avec des réussites et des contraintes. Avec le temps et la pratique on s’est aperçu que l’alphabétisation et la postalphabétisation sont des étapes importantes et intimement liées auprocessus d’amélioration de la qualité de l’éducation des apprenants et de la maîtrise des activités de développement local. Les deux notions constituent des outils et des moyens pour atteindre des objectifs d’épanouissement et de promotion éducative s’articulant avec l’utilisation des connaissances acquises, soit pour poursuivre la formation (par la lecture, l’écriture, le calcul, les stages de formation spécialisée, etc ), soit pour participer à des actions de développement local (activités agricoles, sanitaires, civiques, commerciales, culturelles etc .). Ces deux notions sont étroitement liées et complémentaires dans le cadre de la démarche mise en oeuvre par ÉVEIL.

 

 

 

 

Cours d’alphabétisation au Mali
Source: DVV International

 

 

 

 

 

La méthode prônée par ÉVEIL s’appuie sur la politique de l’éducation non formelle au Mali qui est définie à travers la loi d’orientation sur l’éducation. La démarche actuelle est conçue pour se situer dans le prolongement des activités de l’ONG ÉVEIL dans le domaine de l’éducation civique et la gouvernance démocratique. Après une génération de théories éducatives plus ou moins neuves et qui ne sont pas parvenues à relever le défi de l’alphabétisation et la postalphabétisation une nouvelle approche émergente appelée alphabétisation conscientisante développée par ÉVEIL se pratique avec des outils originaux de formation et d’éducation citoyenne. Tout d’abord ÉVEIL entend réaliser dans l’alphabétisation un dévoilement de la réalité à partir de mots générateurs qui sont associés au vécu social des apprenants. Ces mots générateurs sont choisis parce qu’ils se réfèrent à l’univers vocabulaire des membres des groupes d’alphabétisation et parce qu’ils encodent les situations les plus concrètes et les plus centrales de leur vécu. Cette conscientisation se réalise avec l’alphabétisation et l’acquisition d’une conscience critique vis-à-vis des valeurs établies par la société.

L’ONG ÉVEIL a étudié et s’est inspirée de la méthodologie de Paolo Freire4la pédagogie comme une pratique de la transformation et de la société et l’éducation est une pratique de la liberté et une pédagogie des opprimés. Au regard du cheminement et de la pensée de Paolo Freire5, on a à peine trouvé un éducateur qui a eu davantage d’impact que lui sur le développement dans notre domaine d’intervention. Plusieurs programmes d’alphabétisation ont été conçus selon ses concepts. La vision de l’ONG ÉVEIL s’appuie sur une politique volontariste6 en phase avec un engagement qui revêt des aspects organisationnel, linguistique et de dotation de capacités décisionnels aux réseaux populaires émergents de la société civile. Pour la réalisation d’une telle démarche la vision politique d’ÉVEIL mérite d’être mieux élucidée. Elle consiste à une traduction pratique entre les politiques et les stratégies:

Politique 1: référence à une option de transformation structurelle en vue de créer un système éducatif non formel de qualité, flexible, diversifié et adapté au contexte de la démocratisation sociale

Stratégie1: insertion de la composante d’une qualification professionnelle dans le système curriculaire du programme d’éducation des jeunes et des adultes

Stratégie 2: facilitation de différentes alternatives de formation des apprenants dans le même système selon une pédagogie différenciée et de niveau

Politique 2: référence extension et diversification de l’offre éducative et stimulation de la demande avec une prise en compte des groupes sociaux défavorisés par le contexte et l’environnement actuel: jeunes ruraux analphabètes, femmes rurales n’ayant pas accès à l’alphabétisation et à la promotion locale et dont les droits élémentaires ne sont pas protégés de Freire.

Stratégie1: renforcement des meilleures pratiques novatrices d’éducation basées sur les relais locaux appelés YAPINAL7 en voie d’autonomisation pour la prise en charge des préoccupations des populations

Stratégie 2: établissement de nouvelles modalités éducatives tenant compte des modèles alternatifs avec un type d’éducation non formelle et conçues pour la communauté. Avec une production didactique de qualité cette option va être matérialisée par un renforcement du niveau des écoles à pédagogie convergente (PC) et des centres d’éducation pour le développement (CED) en vue d’améliorer l’éducation de base par une synergie avec les collectivités locales décentralisées.

Perception de l’alphabétisation conscientisante comme une symphonie comparative: musicale et éducative

La dernière approche en date est connue sous le nom d’alphabétisation conscientisante. Ce concept est une combinaison de l’alphabétisation basique et de l’éducation citoyenne suivant une démarche intégrée basée sur les illustrations et les fondements de la culture et des savoirs locaux des apprenants. Il essaie d’orchestrer harmonieusement les besoins de l’éducation de l’environnement lettré des apprenants. La méthode de formation civique est intégrée à l’alphabétisation en vue de vulgariser les notions relatives aux droits civiques, civils, institutionnels et éducatifs.

La méthode repose sur des principes, avec une démarche ordonnée, raisonnée et l’emploi des techniques basées sur les savoirs culturels des apprenants.

 

 

 

Cours d’alphabétisation au Mali
Source: DVV International

 

 

 

ÉVEIL place les apprenants au coeur du processus d’éducation et cela en filiation directe avec les mouvances participatives. Les apprenants sont en position d’épicentre de la méthode. Bien que la méthode soit sectorielle parce que spécifique à l’éducation (alphabétisation, citoyenneté, intermédiation, gouvernance) elle a un caractère englobant et systémique. Elle prend en compte la complexité des situations et la diversité des acteurs cibles : jeunes, femmes, pasteurs, leaders d’opinion, autorités traditionnelles, élus locaux. D’un point de vue conceptuel, la démarche s’articule sur plusieurs outils participatifs et est en phase avec les réalités géographiques et institutionnelles dans la zone d’intervention. Le point focal des outils participatifs est l’animation, l’action transversale.

Le cadre de suivi de l’alphabétisation conscientisante est défini avec des indicateurs portant sur l’amélioration des connaissances, le degré d’initiatives organisationnelles au niveau de la famille, du village, et de la commune. Le progrès des apprenants est mesuré sur la base de la compréhension des outils, de la méthode d’utilisation des connaissances et du type de décisions impliquant hommes et femmes dans les différentes localités sur le terrain. ÉVEIL s’oppose à toute pédagogie qui considère l’homme comme objet de la formation à qui est déversé un paquet de connaissances préétablies. Tout homme a, selon Paolo Freire, une vocation ontologique à être un sujet doué de conscience critique, à être sujet et créateur de sa propre éducation. D’où la mise en oeuvre d’un programme d’alphabétisation à vocation de transformation du citoyen et de la société permettant une conscientisation et une mobilisation pour le changement de la société.

Méthode d’alphabétisation conscientisante et l’approche REFLECT

Le concept de l’alphabétisation conscientisante est né d’un souci d’assurer la qualité et d’un type d’éducation adaptée aux apprenants dans un contexte de démocratie et de décentralisation au Mali. Cette approche est une tentative méritoire pour dépasser le conflit entre alphabétisation classique et la démarche développementaliste et s’appuie sur le contexte institutionnel actuel amorcé depuis 1991 par le processus de communalisation, de démocratisation et du renforcement de l’État de droit au Mali. L’alphabétisation conscientisante entend aller au-delà de tout ce qui a été imaginé jusqu’ici en matière de méthode d’apprentissage, de formation et d’éducation en faveur des populations locales. Elle est aussi adaptée aux innovations éducatives émergentes parce qu’elle favorise la promotion de la pédagogie convergence et les centres d’éducation pour le développement avec la mise à disposition d’une démarche pédagogique et didactique novatrice (règles grammaticales liées aux paradigmes linguistiques, utilisation d’une métalangue d’enseignement en fulfuldé, amélioration lexicographique et lexicologique des langues…).

L’approche REFLECT8 quant à elle est fondée sur un postulat selon lequel un processus dynamique d’alphabétisation peut constituer le moteur du développement, grâce au renforcement des dynamiques communautaires. La démarche s’appuie sur des concepts clés qui consistent à alphabétiser les apprenants pour qu’ils aient conscience de leurs capacités, à favoriser un dialogue qui développe des aptitudes critiques des apprenants en tenant compte du progrès social des apprenants et du mouvement social de promotion citoyenne des groupes sociaux non lettrés.

La différence fondamentale entre la méthode REFLECT et celle classique est qu’avec REFLECT aucun syllabaire et ou curriculum n’est mis à la disposition de participants des cercles d’apprentissage. Le point de départ du processus d’apprentissage est un dialogue autour d’une préoccupation des participants. Le dialogue débouche sur la construction de graphiques sur le sol par le biais de techniques de la MARP et l’utilisation de l’alphabétisation suivant de cartes.

Alphabétisation conscientisante, amélioration de la qualité de l’éducation et des initiatives citoyennes

La méthode d’alphabétisation conscientisante9 est porteuse d’une autre conception de l’apprentissage des citoyens essentiellement ruraux. Il s’agit de la construction d’un modèle d’éducation qui prend en compte les valeurs sociétales et les valeurs issues de la vision du pédagogue brésilien Paolo Freire. La démarche est fondée d’une part sur le développement des connaissances liées à l’État nouveau en voie de démocratisation et intègre d’autre part des méthodes actives et participatives (REFLECT, MARP, genre et analyse sociale, État de droit et gouvernance…). La mise en oeuvre a conduit l’ONG ÉVEIL à concevoir des manuels en alphabétisation comportant les niveaux 1, 2, 3, 4 et 5, un niveau 1 et 2 en calcul et un lexique d’éducation civique. Chaque niveau comporte des thèmes d’éducation civique, de gouvernance démocratique, de citoyenneté et d’alphabétisation intégrative. L’approche traite des mécanismes grammaticaux de la langue fulfuldé en s’appuyant sur des concepts et thèmes d’éducation civique: l’environnement lettré, le civisme et la citoyenneté démocratique, le développement local.

Ces approches d’alphabétisation ont des résultats mitigés notamment en ce qui concerne la réutilisation des acquis de l’alphabétisation. Au regard des méthodes didactiques il est apparu de réelles difficultés dans la consolidation des compétences lettrées irréversibles, de contenus curriculaires adéquats et de pérennisation des acquis d’alphabétisation. De nouvelles approches au nombre desquelles la pédagogie du texte, la méthode REFLECT et la pédagogie convergente apparaissent sur le terrain selon des degrés d’expérimentation différenciée.

La méthode REFLECT est en phase d’expérimentation comme approche participative alors que la méthode de la pédagogie convergente (PC) utilisée dans le système formel est au stade de l’école fondamentale. S’agissant de la pédagogie du texte, contrairement aux approches classiques, elle considère qu’il ne faut pas répéter des notions à des adultes, mais plutôt les amener à réfléchir par eux-mêmes à des déductions logiques. Pour appliquer ce principe, il faut instaurer une interaction, un dialogue avec des adultes en prenant comme base de discussion leurs connaissances empiriques, et leurs préoccupations quotidiennes. D’où la similitude avec la démarche conscientisante qui utilise des acquis d’apprentissage pour s’approprier des connaissances thématiques et techniques. Si la pédagogie du texte s’appuie sur des genres textuels, des paramètres de production d’un texte ou d’apprentissage de l’élaboration de texte, la démarche d’alphabétisation conscientisante va audelà de l’enseignement de la compréhension des textes pour atteindre une vision politique globale de changement de l’individu et de la société. Le changement de base vise à permettre effectivement que la parole des citoyens, leur écriture, leur acte émergent de façon spécifique.

Conclusions

Lorsque dès 1992, le ministère de l’Éducation a engagé la refondation du système éducatif, une autre vision est apparue avec la création d’un centre national de ressources et d’éducation non formelle (CNR-ENF) et d’un institut de langues Abdoulaye Barry (ILAB). Il ya eu un démembrement des structures remplissant de nouvelles missions spécifiques. La question à l’époque avait paru abrupte. De nouvelles structures sont apparues, toutes aussi importantes les unes que les autres: ILAB, CNR-ENF, Fondation Karanta, Académie africaine des langues. Voilà pour le secteur étatique. Au niveau des opérateurs privés, des éditeurs ont pris le relais de la production de matériels en langues nationales, mission pendant longtemps dévolue à la DNAFLA. Au stade actuel le développement de l’éducation se fera grâce à la synergie entre secteur public, ONG nationales militantes et secteur privé en édition.10

Pour une avancée de l’ENF il est important que les décideurs politiques mettent en place un cadre juridique incitatif qui garantisse aux intervenants nationaux des appuis financiers de l’État. Sans cet engagement de l’État aux côtés des opérateurs crédibles, à évaluer périodiquement du reste, il n y aura pas d’effet durable. L’opérateur sera toujours en insécurité institutionnelle tant que ses seuls appuis seront constitués par les partenaires étrangers.

Si on considère que l’objectif fondamental de l’ENF est de susciter l’émergence d’une masse critique capable de se positionner au niveau local comme levier du développement politique, social et économique, on peut dire qu’il reste beaucoup à faire. De sérieuses contingences politiques rendent en effet très conflictuelle la vie au village ou dans la commune. Les acteurs sont divisés au nom d’intérêts se rapportant à la maîtrise des flux financiers locaux et des autres formes de jouissance des pouvoirs que confère la main mise sur les leviers politiques. Comment faut-il interpréter l’émergence des indépendants qui sont apparus comme forces politiques au cours des derniers scrutins? Le seul désaveu des formations politiques classiques n’explique pas tout. Près de quinze ans après les mouvements de ruptures et radicalisations qui devaient conduire à la révolution de mars 1991, une masse critique politique s’est constituée. Son niveau de formation en éducation civique et en gouvernance est très certainement insuffisant. Car le propre d’une masse critique, c’est sa capacité à trouver en son sein et de manière tout à fait endogène les clés de formulation de ses propres concepts et règles de comportement citoyen. C’est en cela qu’intervient l’éducation non formelle.

 

 

 

 

Cours d’alphabétisation au Mali
Source: DVV International

 

 

 

 

Au regard de l’appréciation de la méthode durant les dix dernières années, les éléments d’appréciation pratiques et des leçons d’apprentissage sont orientés vers l’élargissement des actions au niveau national et sous régional en tenant compte de l’aire linguiste transnationale (pulaar au Sénégal et en Mauritanie, fulfuldé au Mali, Niger, Burkina et Guinée).

Notre pratique de terrain nous a permis d’enregistrer des enseignements:

  • Les acteurs de la société civile se positionnent dans le processus d'éducation aux droits humains pour mieux défendre leurs droits.
  • Les nouveaux acteurs de la société civile émergente sont les interlocuteurs des collectivités décentralisées et des populations locales dans la défense des droits humains.
  • La médiation sociale nécessite la mise en place de cadres appropriés: forum de concertation, cadre de dialogue entre acteurs locaux.
  • L'éducation aux droits humains et la formation citoyenne participent au dialogue des cultures et au changement social.
  • La capitalisation de l’expérience ÉVEIL et l'extension de son programme dans d’autres localités.

L’ONG ÉVEIL a bénéficié le soutien de plusieurs partenaires financiers comme:

  • Le projet éducation civique et gouvernance (PECG, cercle de Mopti) appuyé par la Fondation Stromme, partenaire norvégien.
  • Le projet de renforcement de la capacité de participation des pastoralistes (PRCP, cercle de Mopti) soutenu par Comic Relief un partenaire britannique.
  • Le projet de gouvernance locale dans la commune de Sio (PAGS, cercle de Mopti) appuyé par DIAKONIA, un partenaire suédois.
  • Le projet de gouvernance de la commune de Pignari Bana (Cercle de Bandia gara, région de Mopti) avec DVV International (Allemagne).

L’ensemble du programme comprend une vingtaine de communes dans le cercle de Mopti, Bandiagara et Bankass. Le processus d’éducation citoyenne a produit les résultats suivants:

  • Production de vingt manuels d’éducation et d’alphabétisation conscientisante.
  • Ouverture de 75 centres d’alphabétisation ou centres de formation intensive (CFI) dans l’ensemble de la zone.
  • Ouverture de 25 cercles REFLECT animés par des modérateurs villageois dans le cercle de Mopti et dans la commune de Pignari Ban (Cercle de Bandiagara).
  • Ouverture de 10 centres ou groupes d’apprentissage communautaire (GAC) dans la commune de Sio (cercle de Mopti).
  • Formation de 300 relais formateurs villageois ou Ya Pinal ayant des capacités d’éducateurs villageois et des aptitudes avancées en formation technique (niveau supérieur en alphabétisation intégrées aux notions de droit, de citoyenneté, de résolution des conflits et de gestion locale des ressources naturelles. Ces relais formateurs animent dans diverses localités dans les cercles de Mopti, Bankass et Bandiagara.
  • Formation d’une masse critique de 2000 apprenants formés en alphabétisation ayant des aptitudes en écriture, lecture et calcul dans l’ensemble des zones d’intervention.
  • Formation d’un réseau de 40 écrivains villageois et de 20 caisses bibliothèques ayant des compétences développées en environnement lettré.
  • Mise en relation entre 100 parajuristes formés dans l’ensemble du programme avec les chefs de village en vue de promouvoir le développement local: participation aux élections communales (sensibilisation au vote, distribution de cartes électorales, assesseurs, présidents de bureau de vote), appui à l’établissement des pièces d’état civil (cartes d’identité, carnets de famille, actes de naissances…), appui aux modes de résolution alternative des conflits locaux dans les villages, production de textes et articles divers publiés dans le journal Kabaaru, participation aux initiatives citoyennes au niveau villageois et communal.
  • Le renforcement de capacités de 30 éducateurs CED et de 20 enseignants des écoles à pédagogie convergente au niveau des centres d’animation pédagogique du cercle de Mopti.

 

 

 

 

 

Cours d’alphabétisation au Mali
Source: dvv international

 

 

 

 

 

À l'évidence, il se dégage nettement une masse critique dont le poids dans les changements sociaux et politiques commence à se faire sentir.

Par- delà ces réflexions sur l’importance de l’alphabétisation dans notre société, on observe que la perception des citoyens surtout les jeunes ruraux a nettement changé depuis l’instauration de la démocratie et la décentralisation dans notre pays. Il est incontestable que la masse critique de néo-alphabètes, d’écrivains villageois et de parajuristes maîtrisant l’environnement lettré a la capacité d’apporter des changements majeurs en vue d’améliorer les conditions de vie des populations dans la lutte contre la pauvreté.

Références

A. Cardinet-Dunod: Pratiquer la médiation en pédagogie, 1995.
Boubacar Ba: Pouvoirs, ressources et développement dans le Delta central du Niger, édition

l’Harmattan/La Sahélienne, 2008. Démarche REFLECT: document de base de l’ONG ÉVEIL, 2006. Document de vision et de politique de l’ONG ÉVEIL, 2006. Document de politique nationale de l’éducation non formelle, 2007. DVV International: Éducation des Adultes et Développement N°69, 2007. DVV International – Pamoja Mali: Outils utilisés pour l’analyse des thématiques dans les cercles

REFLECT, 2009. Ismaîla Samba Traoré: Emergence d’une masse critique au Macina, cas de l’expérience de

l’ONG ÉVEIL, 2005. Jurgen Habermas la théorie de l’agir communicationnel-tome 1 et 2 – fayard 1981. Paolo Freire Pédagogie des oppressés,1971. Plan stratégique de l’ONG ÉVEIL de 2003-2007. Production documentaire sur La mise en oeuvre du PRODEC, la PC et les CED au MALI. Rapport d’appui méthodologique de l’ONG ÉVEIL-FARY S KA en octobre 2003. Rapport du projet d’appui à la gouvernance dans la commune de Pignari Bana (Cercle de Bandiagara) avec l’appui financier de DVV International.

Notes

1 La direction nationale de l’alphabétisation et de la linguistique appliquée.

2 Texte de Ismaîla Samba Traoré, éditeur de la Sahélienne: Emergence d’une masse critique au Macina: Expérience de l’ONG ÉVEIL au Mali.

3 Ismaîla Samba Traoré, opcité.

4 La pédagogie des oppressés en 1971 .

5 La revue Éducation des adultes et développement N° 69 en 2007 lors du dixième anniversaire de la mort

6 Document de politique et de vision de l’ONG ÉVEIL en 2007.

7 Ya Pional: Relais animateurs/Formateurs/Parajuristes de l’ONG ÉVEIL.

8 REFLECT: approche combinant l’alphabétisation à la méthode de Paolo Freire.

9 La méthode conscientisante prônée par l’ONG ÉVEIL s’inspire de la vision de Paolo Freire et de l’alphabétisation en langue Fulfuldé parlée dans le milieu.

10 Ismaîla Samba Traoré, opcité.