Ehsanur Rahman

Ganokendra signifie centre du peupleŸ en bangladais. L’objectif principal d’un ganokendra consiste à créer des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie et de développement de la collectivité. Cet article décrit la façon dont ces centres d’apprentissage de proximité ont évolué au Bangladesh et comment, au fil des années, ils sont devenus pour les populations des forums s’attachant à répondre à leurs besoins éducatifs et contribuant aussi au développement social. L’expérience menée par la Dhaka Ahsania Mission (une ONG bangladaise opérant aux plans national et international) a largement servi à illustrer cet article reposant sur les connaissances empiriques de l’auteur. Ehsanur Rahman est le directeur de la Dhaka Ahsania Mission et membre de l’équipe ressource de l’UNESCO. Il compte parmi les principaux intervenants en ce qui concerne la formulation du concept des centres d’apprentissage de proximité et sa transposition au Bangladesh et dans d’autres pays.

Les ganokendras, des forums du peuple pour l’apprentissage tout au long de la vie et le développement social

Expérience au Bangladesh

Au plan historique, le concept de l’apprentissage tout au long de la vie est incorporé dans le processus de développement de la civilisation. Ce point de vue de l’éducation, du berceau au tombeau, est largement répandu et soutenu dans de nombreux pays. Du fait que les temps changent et que les besoins éducatifs sont divers, les concepts et formes d’apprentissage et d’enseignement se sont élargis bien que la notion fondamentale d’un besoin de continuité dans l’apprentissage n’ait quant à elle pas changé.

Dans le contexte actuel, l’apprentissage tout au long de la vie est considéré comme un processus intégrant une dimension d’apprentissage délibéré et dirigé. Chaque individu se fixe un ensemble d’objectifs éducatifs qu’il s’efforce d’atteindre grâce à des moyens disponibles dans la société. Toutefois, s’engager sciemment sur la voie de l’apprentissage tout au long de la vie et être prêt à exploiter pleinement les possibilités éducatives d’une société exige des gens qu’ils deviennent des apprenants autonomes. L’apprentissage tout au long de la vie promeut par conséquent chez les citoyens l’autonomie de l’apprentissage en tant que mesure de développement social.

Le développement social désigne l’organisation d’énergies et d’activités humaines dans le but d’obtenir des résultats attendus. Le développement social accroît l’utilisation du potentiel humain (Garry Jacobs et Harlan Cleveland, 1999) et améliore la capacité de la société à satisfaire ses aspirations, ce qui progressivement se traduit par une transformation des structures sociales. On attend de ce processus davantage de changements au plan de la qualité humaine que de gains matériels.

L’appel mondial à l’éducation pour tous (1990) et les objectifs de Dakar (2000) qui mettaient l’accent sur l’accès à tout âge à une éducation de qualité ont incité une foule de pays du monde entier à explorer différentes voies novatrices. Plus la collectivité joue des rôles proactifs et gère des activités éducatives, et plus cela permet d’obtenir des interventions éducatives répondant aux besoins des gens et de projets durables; cet enseignement essentiel se retrouve dans toutes les régions. Organiser les centres d’apprentissage de proximité sous forme de centres d’apprentissage tout au long de la vie est une approche développée dans l’espace Asie-Pacifique avec la participation des collectivités des pays de la région, le soutien d’organisations gouvernementales et non gouvernementales, et l’assistance technique de l’UNESCO à Bangkok. Eu égard à leur polarisation stratégique sur l’apprentissage tout au long de la vie et le développement social, les centres d’apprentissage tout au long de la vie sont considérés comme une approche susceptible d’être reproduite dans d’autres régions.

Cet article décrit la façon dont ont été conçus les centres d’apprentissage de proximité au Bangladesh, pays du sud-est asiatique, et comment, au fil des années, ils sont devenus pour les populations locales des forums à l’écoute de leurs besoins éducatifs et contribuant au développement social. Il s’appuie largement sur l’expérience pratique menée par la Dhaka Ahsania Mission (une ONG bangladaise opérant aux plans national et international) en tant que cas reposant sur les connaissances empiriques de l’auteur.

Contexte: le Bangladesh

Tous les citoyens du Bangladesh disposent d’un droit constitutionnel à jouir des droits de base, et pour répondre à leurs obligations envers les citoyens, les ministères du gouvernement proposent toute une panoplie de services sociaux essentiels par l’intermédiaire de leurs antennes sur le terrain. En plus des services gouvernementaux, nombre de projets non gouvernementaux et privés existent dans tout le pays. Ils proposent, notamment aux populations pauvres, des prestations de base dans les domaines suivants: éducation, santé, agriculture et moyens d’existence. Néanmoins, la vaste majorité des personnes pauvres et vulnérables, notamment des femmes, des enfants et des handicapés, ont peu accès ou un accès inefficace à ces ressources, services et informations publics. Nombre d’entre eux ne sont même pas conscients de leurs droits en général, entre autres de leur droit de bénéficier des services sociaux locaux disponibles, du fait qu’ils sont illettrés, qu’ils ignorent ces droits et qu’ils ne sont pas organisés à ce sujet. En conséquence ils n’ont que peu, voire pas, voix au chapitre au plan local dans les prises de décisions ou en ce qui concerne la planification et la gestion de ces services. Conséquence immédiate: les pauvres des campagnes ont rarement accès à ces prestations dont ils n’ont de toute façon que rarement connaissance.

La portée et le système des programmes d’alphabétisation et de postalphabétisation dans le pays ne sont pas adaptés pour offrir à des gens disposant d’un faible niveau de lecture un soutien leur permettant de continuer à s’éduquer. Si l’on ne s’efforce pas de manière adéquate de permettre aux illettrés et aux jeunes en rupture de scolarité de conserver leurs acquis en écriture, en lecture et en calcul, on risque toujours de voir se perdre une grande partie de l’effet produit par ces connaissances. Un des moyens de permettre aux néoalphabètes de retenir leurs nouveaux acquis, notamment en ce qui concerne les adolescents et les adultes dans cette situation et ne souhaitant pas intégrer le système formel d’éducation, consiste à créer des centres polyvalents d’apprentissage de proximité dans le voisinage immédiat des populations pauvres alphabétisées de fraîche date. De ce point de vue, l’approche des ganokendras (centres du peuple) de la Dhaka Ahsania Mission au Bangladesh se présente comme un modèle au niveau local, offrant aux membres de la collectivité des possibilités de mise à jour constante des connaissances et d’apprentissage tout au long de la vie.

 

 

 

 

Discussion avec des responsables politiques
Source: Ehsanur Rahman

 

 

 

 

Au Bangladesh, les ONG et les ministères compétents ont mis en oeuvre de nombreux moyens pour veiller à ce que les néoalphabètes s’exercent à mettre en pratique ce qu’ils ont acquis en s’alphabétisant, entre autres par le biais des bibliothèques villageoises, des bibliothèques en boîte, des cercles d’étude villageois et des ganokendras. Les bibliothèques des villages sont soit organisées par des organisations qui les parrainent soit par les populations locales qui collectent des livres et d’autres matériels auprès de différentes sources. Ces bibliothèques sont ouvertes aux néoalphabètes pour qu’ils y viennent régulièrement y emprunter des livres. La bibliothèque en boîte est un modèle de bibliothèque indigène. Les livres sont conservés dans une boîte (en métal ou en bois) placée sous la responsabilité d’un bénévole du centre d’alphabétisation. Cette personne distribue les livres aux apprenants en fonction de leur niveau de lecture et organise avec eux des séances de lecture en groupes ou individuelles. Dans un cercle d’étude villageois, le néoalphabète reçoit le soutien nécessaire pour poursuivre ses études et mettre ses connaissances en pratique. Il y reçoit aussi différents types de matériels de lecture et d’écriture utilisés lors des discussions au cercle. Une analyse de ces programmes de postalphabétisation révèle que ceux-ci sont principalement organisés de façon ponctuelle et pour une courte durée – les activités de ce type ne sont généralement pas institutionnalisées.

Le ganokendra, un centre d’apprentissage de proximité faisant office de forum du peuple

Le mot bangladais ganokendra signifie littéralement centre du peuple. La mise en place d’un ganokendra a pour objectif général la création d’équipements d’apprentissage tout au long de la vie et de développement de la collectivité. Sur l’initiative de la Dhaka Ahsania Mission (DAM), un ganokendra a été créé pour faciliter le soutien institutionnalisé offert aux membres de la collectivité afin d’améliorer la qualité de la vie, l’autonomisation sociale et l’autonomie économique. En s’appuyant sur ses connaissances de l’organisation acquises au fil des ans et sur les activités de collaboration avec l’UNESCO en vue de réaliser les objectifs de l’éducation pour tous (EPT) dans la région Asie-Pacifique, la DAM n’a pas cessé de travailler au développement d’un modèle de centre d’apprentissage de proximité approprié en fonction de la situation, ce qui s’est peu à peu concrétisé sous le nom de ganokendra.

 

 

 

 

Réunion de la collectivité
Source: Ehsanur Rahman

 

 

 

 

 

Le programme d’alphabétisation de la DAM pour les adultes des zones rurales date de 1984 tandis que le programme de postalphabétisation remonte à 1986. Le programme initial de postalphabétisation visait à offrir un soutien de courte durée aux néoalphabètes, car une pénurie de matériel de lecture régnait dans les zones rurales. Pour offrir un programme structuré de postalphabétisation, la DAM créa en 1992 les ganokendras dont une des principales missions consistait à se consacrer à la postalphabétisation. Progressivement, d’autres activités vinrent s’ajouter à cela de façon à répondre aux besoins des collectivités dans d’autres domaines. Des activités de génération de revenus furent ainsi mises en oeuvre en 1995. À cellesci vinrent s’ajouter des formations professionnelles et des microcrédits. En 1997, des activités consacrées à l’eau et à l’hygiène furent créées, avant que ne viennent se greffer sur cela des activités de lutte contre la drogue et le tabac en 1998. Du fait de l’augmentation de la traite des enfants et des femmes, notamment dans les zones frontalières de l’ouest du pays, des activités de sensibilisation à cette question furent entamées en 2000. Les ganokendras jouent à présent le rôle de centres d’apprentissage de proximité dans les villages où ils sont munis de bibliothèques et d’équipements de loisirs, et où sont organisées d’autres activités socioculturelles. Les collectivités utilisent aussi ces centres pour y organiser régulièrement des discussions sur des thèmes d’intérêt local.

Au fil des années, avec l’élargissement des fonctions des ganokendras, le rôle des collectivités s’est lui aussi étendu ainsi que le partage de la responsabilité de la gestion des centres. Peu à peu, des liens ont également été tissés avec diverses organisations de développement au niveau local en fonction des besoins des gens. Le réseautage entre les ganokendras et les unions se développe grâce à la création de centres de ressources de proximité comme forums d’interaction et d’échanges, opérant comme des plates-formes de plaidoyer pour instaurer le dialogue avec les union parishads (conseils locaux constituant le premier échelon administratif) et d’autres institutions. Un ganokendra se définit à présent comme suit:

  • Un lieu de réunion pour la collectivité, notamment pour les personnes désavantagées
  • Une organisation de proximité répondant à différents besoins éducatifs de la collectivité
  • Une plate-forme permettant à la collectivité et de prendre part à des activités sociales, économiques et culturelles visant à produire un développement durable

Caractéristiques du ganokendra

Le ganokendra se consacre aux besoins éducatifs de la population locale, notam ment des néoalphabètes, en se plaçant dans l’optique de l’apprentissage tout au long de la vie. Les usagers d’un ganokendra s’efforcent petit à petit d’atteindre des niveaux d’instruction supérieurs grâce à différents modules éducatifs. Le ganokendra est ouvert à tous les habitants d’une région, non seulement aux néoalphabètes des centres d’alphabétisation, mais aussi aux enfants en rupture de scolarité, aux gens ne sachant pas bien lire, aux jeunes ayant abandonné l’école, aux étudiants, aux fermiers, aux parents et aux leaders locaux. On l’utilise comme un lieu de formation et de discussion, et ses activités sont liées à un programme socio-économique et environnemental. Le ganokendra fait aussi office de centre d’information où l’on peut se procurer des journaux, des bulletins et des documents d’information d’autres organismes. Dans une certaine mesure, pour d’autres organismes, y compris des services gouvernementaux de formation continue, le ganokendra peut servir de centre de prestation de services. En tant que centre de promotion de l’apprentissage tout au long de la vie, le ganokendra répond aux différents besoins des membres d’une collectivité. Les types de supports pédagogiques varient, allant des manuels pour enfants, adolescents et adultes à des matériels de postalphabétisation pour un apprentissage progressif, en passant par des supports de formation continue. Les supports éducatifs sont eux aussi variés: livres, tableaux, cartes, posters, jeux, bulletins, magazines muraux, dépliants, prospectus, puzzles, autocollants, CD et vidéos. Cette diversité s’étend également aux contenus éducatifs qui couvrent des sujets tels que l’eau et l’hygiène, le genre, les compétences nécessaires dans la vie courante, la génération de revenus, la santé et la nutrition, le VIH/SIDA, la prévention de la drogue, la population, la culture, les droits humains, la prévention de la traite des enfants et des femmes, l’environnement, etc.

Les fonctions du ganokendra

Les fonctions d’un ganokendra se répartissent grosso modo en quatre catégories: activités éducatives, réseau d’information, autonomisation sociale et développement économique.

Les activités éducatives comprennent un programme d’alphabétisation destiné à des adultes et des adolescents, la formation à des compétences nécessaires dans la vie courante, des activités d’éducation non formelle pour les enfants en rupture de scolarité, l’élaboration de supports éducatifs s’appuyant sur les besoins locaux. Pour que les activités éducatives soient efficaces, on a mis sur pied des réseaux éducatifs entre des ganokendras de régions particulières. Voici quelques exemples de réseaux et de partenariats entre ganokendras:

Réseau réunissant tous les ganokendras au sein d’une union pour leur permettre d’échanger des matériels et d’organiser des formations.

  • Mise en rapport avec des écoles formelles locales pour permettre plus facilement de poursuivre son éducation au-delà du primaire.
  • Mise en rapport avec la Bangladesh Open University pour faciliter l’éducation secondaire à distance.
  • Facilitation, par le biais de partenariats, de la formation professionnelle visant la génération de revenus.
  • Réseautage avec des écoles primaires pour accroître le nombre d’inscriptions, réduire celui des abandons et offrir une éducation de qualité.
  • Pour aider les gens à accéder plus facilement à l’information, les ganokendras exercent différentes fonctions d’un réseau d’information: ils font office dans les collectivités de centres d’information des services de formation continue d’organisations locales gouvernementales et non gouvernementales, promeuvent les échanges d’informations par le biais de journaux et facilitent les échanges de points de vue et la diffusion de récits relatant des réussites et d’innovations au niveau local.

Les centres de ressources de proximité, des réseaux locaux de ganokendras, servent de plates-formes de plaidoyer pour instaurer le dialogue avec les union parishads et autres organismes prestataires de services. Au niveau des centres de ressources de proximité, toute une panoplie de TIC peut être employée pour communiquer interactivement des informations. En tant que réseaux de ganokendras, les centres de ressources de proximité proposent toute une palette de services contribuant à l’apprentissage tout au long de la vie et au développement de la collectivité. Citons-en quelques exemples:

  • Services d’information par le biais de bulletins d’actualité et de magazines muraux.
  • TIC/services à distance du centre, par exemple: téléphone, composition sur ordinateur, imprimerie.
  • Compte-rendu de l’apprentissage et échanges de points de vue.

Les fonctions socialement autonomisantes des ganokendras visent principalement à renforcer les capacités de la collectivité pour que ses membres soient en mesure de réclamer les services de qualité auxquels ils ont droit. Au plan local, les ganokendras ou les centres de ressources de proximité ont généralement recours aux méthodes suivantes dans le but d’autonomiser les gens:

  • Séances de discussion sur des thèmes sociaux
  • Organisation de groupes en vue d’entreprendre des actions préventives contre les vices sociaux.
  • Facilitation de l’harmonie/de la paix sociale, impliquant l’utilisation des ganokendras ou des centres de ressources de proximité comme lieux d’interaction sociale et de résolution des conflits.
  • Promotion du savoir indigène et de la sagesse locale.

Les activités économiques des ganokendras ont particulièrement pour objectif de soutenir les personnes démunies afin d’améliorer les revenus en vue d’améliorer les conditions de vie. Des activités économiques axées sur les besoins sont prévues au niveau local. Citons quelques exemples d’activités courantes:

  • Fourniture d’ouvrages et de manuels sur les activités génératrices de revenus.
  • Formation professionnelle et au développement d’entreprises.
  • Aide au crédit et/ou facilitation du contact avec des instituts de crédits ou des programmes.
  • Soutien technique pour offrir des produits de qualité.
  • Soutien aux liens avec le marché.

Gestion des ganokendras

Les ganokendras sont organisés et gérés par des groupes d’usagers en collaboration avec la collectivité locale et avec l’appui de la DAM. Leur gestion générale est confiée à un comité de gestion composé de personnes appartenant aux populations locales. Ils bénéficient de l’appui direct ou indirect d’organes publics et de leaders locaux qui soutiennent la planification et la gestion de leurs programmes. On consulte les populations locales, les usagers réels ou potentiels des ganokendras, lors de la formation des comités de gestion. Ces derniers sont équipés pour concevoir des plans d’activités que les centres doivent entreprendre (par exemple des cours de formation, des activités de réseautage, la mobilisation de ressources, etc.) et pour assurer que ces activités soient mises en oeuvre conformément aux plans établis. Le directeur d’un ganokendra, communément appelé animateur socioculturel, se recrute au sein de la population locale. Il met en oeuvre les activités et veille au bon fonctionnement du centre. Il est responsable de l’ensemble des opérations du ganokendra/centre du peuple. Le comité de gestion recrute les enseignants au sein des populations locales. L’animateur socioculturel et les enseignants sont chargés de faire fonctionner la bibliothèque et le centre d’information, de réunir ouvrages et matériels, et d’organiser des activités de mobilisation sociale. Les populations locales mettent à disposition des terres, de la main-d’oeuvre, de l’argent et du matériel pour créer les ganokendras/centres du peuple. Les membres des ganokendras payent régulièrement une cotisation. Ils mettent leurs maigres économies sur les comptes en banque créés au nom des ganokendras. Les comités de gestion utilisent ces capitaux pour proposer de petits crédits à des taux d’intérêt raisonnables aux membres des ganokendras. Il arrive que les comités de gestion prennent des initiatives spéciales pour collecter une partie des récoltes saisonnières de leurs membres ou d’autres membres de la communauté afin de générer des capitaux. Les gens aisés (les philanthropes) et les représentants de l’administration locale fournissent des fonds permettant d’entreprendre des activités. La DAM fournit des capitaux à certaines occasions et soutient de nouveaux projets.

 

 

 

 

Réunion d’un groupe de femmes
Source: Ehsanur Rahman

 

 

 

 

Réalisations et impact

Au fil des ans, le rôle des ganokendras s’est élargi et ces centres ont pris une ampleur géographique s’étendant à tout le Bangladesh. Une étude sur les ganokendras de la DAM (2009) montre qu’il existait au départ 20 ganokendras en 1992, alors qu’en décembre 2009 on en recensait 753 répartis dans 87 unions de 5 districts. 50 ganokendras ont progressivement été livrés à un mode de fonctionnement autonome et plus de 262 sont en train de l’être. 2472 autres centres sont en passe de devenir des centres d’apprentissage de proximité répartis dans plus de 151 unions de 23 districts.

Une autre étude (2003) révèle que les ganokendras ont pu produire des effets visibles en matière d’alphabétisation. Dans les zones d’implantation de ces centres, les taux d’alphabétisation et le niveau d’alphabétisation des adultes ont pu être consolidés. L’étude indique que 75 % des néoalphabètes ont réussi des tests standard minimum, [que] leur niveau de lecture et leurs compétences dans la vie courante étaient nettement meilleures que leurs connaissances de l’écriture et du calcul, et qu’un pourcentage important des femmes inscrites étaient capables de s’acquitter avec assurance de tâches qu’on leur avait confiées. Il a été établi que l’accès à l’information permet d’améliorer les pratiques d’hygiène, ce qui contribue à réduire le nombre de maladies au sein de la communauté, et que les fonctionnaires gouvernementaux des ministères de la Jeunesse, des Services sociaux, de l’Agriculture, des Affaires des Femmes et des Enfants, etc. étaient souvent sollicités pour fournir des services de santé de base. En ce qui concerne la prise de conscience et les compétences nécessaires à la survie, on note des changements quant à la capacité à s’exprimer par écrit, à l’adoption de pratiques contraceptives, à l’attitude envers le système de veuvage (à son rejet) et à la participation des femmes aux activités de la collectivité. L’accès au marché et au monde du travail a été facilité pour améliorer ce que les gens s’appliquaient déjà à faire pour créer une valeur ajoutée.Ÿ Les ganokendras aident efficacement les gens à mieux gérer leurs petites entreprises, leur enseignent de nouvelles compétences et les aident à corriger leurs erreurs et à tirer le meilleur parti des possibilités qui s’offrent à eux dans la foulée.

Enfin, les ganokendras contribuent à consolider l’accès des pauvres aux biens humains, naturels, financiers et sociaux ainsi qu’aux services économiques et sociaux, leur permettant ainsi de prendre certaines activités en main. Du point de vue de l’autonomisation, on peut en conclure que des changements ont été observés en ce qui concerne non seulement la prise de conscience, mais aussi la mise en pratique des connaissances et compétences, et les attitudes et comportements tant au niveau des ménages qu’au niveau de la collectivité.

Reproduction de l’approche des centres d’apprentissage de proximité et leur potentiel

Les projets de reproduction de l’expérience des centres d’apprentissage de proximité aux niveaux national, régional et interrégional prouvent que ces centres ont tout pour être reproduits afin de servir d’approche stratégique pour faciliter l’apprentissage tout au long de la vie et le développement. Dans ce chapitre, nous présenterons les enseignements d’un petit nombre de projets de ce type auxquels la DAM a participé et où elle a fait ressortir des stratégies génériques clés d’organisation et de gestion des centres d’apprentissage de proximité.

Au Bangladesh, l’UNESCO et la DAM ont joint leurs efforts pour organiser des ateliers avec la participation d’un certain nombre d’ONG et d’organismes gouvernementaux dans le but d’examiner la possibilité de créer un réseau de centres d’apprentissage axé sur les besoins de la collectivité, conforme à la politique d’éducation non formelle et basé sur les enseignements tirés des différentes formes de centres d’apprentissage de proximité, y compris des ganokendras, existant dans le pays.

L’expérience des ganokendras au Bangladesh et ses retombées positives sur les taux d’alphabétisation chez les femmes ont encouragé la DAM Pakistan (DAMP) à reproduire ce modèle au Pakistan en choisissant l’union council de Barakahu (l’union council est la plus petite subdivision administrative au Pakistan, ndlt) comme zone d’implantation de son projet pilote. La DAMP a créé un centre d’apprentissage de proximité consacré à la formation professionnelle et trois centres de garderie et d’éducation à Shadra Khurd, un village situé dans la région de Barakahu.

En 2007 et 2008, l’UNESCO Rabat et l’UNESCO Bangkok ont conjointement commandité une mission destinée à fournir une assistance technique au Maroc dans le but de créer des centres d’apprentissage de proximité. S’appuyant sur l’expérience asiatique et sur l’assistance technique et la collaboration offertes, quatre centres d’apprentissage de proximité ont été créés par des partenaires locaux dans des villages reculés du Maroc. Au bout d’un an, une mission supplémentaire montre que les centres d’apprentissage de proximité facilitaient davantage la solidarité au sein de la collectivité, permettant aux gens de mieux se connaître. Les communautés ont fait de leurs centres des lieux attrayants où les gens se plaisent à se réunir pour résoudre les problèmes locaux.

Conjointement avec l’université d’Okayama (Japon) et le ministère japonais de l’Éducation, de la Culture, des Sciences et des Sports, l’UNESCO a organisé en 2009 un atelier dans le but de partager des points de vue internationaux, régionaux et subrégionaux, et de discuter sur le thème de l’éducation pour le développement social et sur les centres d’apprentissage de proximité comme outils de promotion de l’éducation pour le développement social.

L’appel à l’action lancé en 2009 à la sixième Conférence internationale sur l’éducation des adultes (CONFINTEA VI) qui s’est déroulée à Belém relevait de nombreux domaines d’action pour exploiter la puissance et le potentiel de l’apprentissage et de l’éducation des adultes au service d’un avenir viable. La déclaration de Belém recommande spécifiquement de créer des espaces et des centres polyvalents d’apprentissage de proximité en améliorant l’accès et la participation à tout l’éventail des programmes d’apprentissage et d’éducation des adultes. À la suite de la CONFINTEA VI, l’Institut national japonais de l’éducation et de la recherche a organisé un séminaire en février 2010 pour faciliter les échanges entre les centres d’apprentissage de proximité japonais (les kominkans) et promouvoir globalement le concept de ce type de centres. Tout un train de mesures conjuguées a été élaboré durant ce séminaire.

Références:

Beyond Literacy – Ganokendra – Un ouvrage publié par le Bureau Asie-Pacifique Sud de l’éducation des adultes (ASPBAE), Inde (2000).

Ganokendra: The Innovative Intervention – publié dans le Handbook on Effective Implementation of Continuing Education at the Grassroots par le bureau régional principal de l’UNESCO pour l’Asie et le Pacifique, Bangkok (2001).

Innovation and Experience in the Field of Basic Education in Bangladesh – publié par Campaign for Popular Education (CAMPE), Bangladesh (2000). L’UNESCO a publié une étude de cas dans The New Courier, numéro d’avril 2003 intitulé: Literacy in Communities – Village Revolutions (the case of Hira, a beneficiary woman).

Strategic Evaluation of Community-based Development Interventions of Dhaka Ahsania Mission (mai 2003), une évaluation stratégique des interventions de développement local de la Dhaka Ahsania Mission, réalisée sur l’initiative de CORDAID, une organisation néerlandaise, le principal organisme de financement du programme, dont la réalisation a été confiée à trois consultants internationaux (Jowshan A. Rahman, Arnold Vanderbroek et Mirza Najmul Huda).

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