Lali Santeladze

Cet article présente deux centres d’apprentissage de proximité et leurs activités dans des camps de réfugiés en Géorgie. Leur objectif: intégrer les réfugiés, améliorer leur situation en leur permettant d’acquérir des compétences professionnelles ou autres et inciter ces gens à participer à la vie de la collectivité. Lali Santeladze décrit ces activités et donne la parole à des personnes concernées par ces projets. L’auteur dirige l’antenne de DVV International en Géorgie depuis 2010.

La promotion de l’intégration grâce à l’éducation non formelle axée sur la collectivité

Contexte

Après l’effondrement de l’USSR et l’indépendance regagnée en 1991, deux conflits ethniques, entre Géorgiens et Ossètes, et entre Géorgiens et Abkhazes, firent rage en Géorgie de 1991 à 1993. Résultat: 240 000 déplacés internes, fuyant les provinces abkhazes pour gagner le territoire géorgien proprement dit. La plupart d’entre eux venaient d’Abkhazie que quasiment toute la population d’origine géorgienne fut contrainte de quitter pour se réfugier principalement du côté géorgien de la frontière administrative avec l’Abkhazie et à Tbilissi, la capitale de la Géorgie. Le conflit avec l’Ossétie du Sud entraîna le déplacement de 60 000 personnes, principalement des Ossètes, du territoire séparatiste et d’autres régions de la Géorgie. La majorité se réfugia en Ossétie du Nord, dans la Fédération russe. Quelque 10 000 Georgiens d’Ossétie du Sud furent aussi déplacés à l’intérieur de la Géorgie.

En août 2008, un conflit éclata entre la Géorgie et la Fédération russe au sujet de l’Ossétie du Sud. Des centaines de milliers de personnes y perdirent la vie et au moins 158 000 Géorgiens et Ossètes durent fuir l’Ossétie du Sud, la Géor-gie proprement dite et l’Abkhazie. Parmi eux, on recensait 128 000 Géorgiens d’Ossétie du Sud, de régions géorgiennes limitrophes de l’Ossétie du Sud et de la vallée de Kodori en Abkhazie.

La grande majorité des Géorgiens déplacés en août 2008 furent d’abord installés à Tbilissi, dans des édifices publics tels que des écoles et des maternelles. Une minorité fut provisoirement hébergée dans des camps de tentes. Dans les mois qui suivirent le conflit, les personnes déplacées purent en partie rentrer chez elles dans les zones limitrophes de la frontière administrative avec l’Ossétie du Sud. Toutefois, 37 600 des personnes déplacées en août 2008 ne pourront toujours pas rentrer chez elles dans un avenir prévisible.

L’aide de la Communauté européenne (CE) à la Géorgie destinée à créer des conditions de vie adéquates pour les déplacés internes

La guerre de 2008 avec la Fédération russe et la crise financière mondiale ont sérieusement ébranlé l’économie géorgienne, et il est probable que les reculs de la croissance affectent les groupes les plus vulnérables tels que les déplacés internes. Étant donné que l’on continue de considérer ces gens comme des étrangers, ils rencontrent, dit-on, des difficultés pour trouver du travail, et de nombreux habitants des centres d’hébergement collectif restent extrêmement pauvres et tributaires d’une aide extérieure. Il semble qu’ils n’aient pas assez de possibilités de se créer de revenus ou qu’ils ne soient pas suffisamment informés au sujet des possibilités qui existent pour eux en la matière. Différentes organisations internationales ont rapidement répondu aux besoins de la Géorgie.

À la suite du conflit qui a ouvertement opposé la Russie et la Géorgie en août 2008, la Communauté européenne (CE) s’est engagée à continuer à soutenir les victimes de cette guerre en Géorgie. Cette assistance englobait les besoins des nouveaux et des anciens déplacés et, là où c’était possible, les populations locales résidant dans les zones touchées par le conflit. La CE apporte son aide pour réinstaller les déplacés internes et pour réhabiliter et relancer l’économie des régions où ils résident.

Sur les 50 millions d’euros supplémentaires du budget de l’ENPI (l’Instrument européen de voisinage et de partenariat), 31 millions sont actuellement employés pour venir en aide aux déplacés internes (ceci comprend aussi les vieux dossiers) en ce qui concerne leurs moyens d’existence, l’aide sociale et économique, et le logement. Une demande a été présentée pour augmenter le budget de l’ENPI de 19 millions d’euros (également en vue d’aider les personnes déplacées). En outre, le programme bilatéral ordinaire de l’ENPI en 2009, dont le budget s’élève à 30,4 millions d’euros, a été adopté à l’automne 2009. Il comporte notamment un programme de soutien budgétaire sectoriel de 19 millions d’euros dans le domaine de l’éducation et de la formation professionnelles.

En outre, la CE a financé d’autres projets visant à aider les gens touchés par des conflits. Les organisations partenaires et projets suivants ont été choisis pour monter différents projets ayant pour but de soutenir l’intégration socio-économique des déplacés internes dans des communautés d’accueil:

     

  • Danish Refugee Council: stabilisation de la communauté pour les déplacés internes, les communautés d’accueil et les rapatriés (1 million d’euros, 18 mois, lancement: septembre 2009).
  • DVV International en partenariat avec l’ACH: soutien à l’intégration socio-économique des déplacés internes dans la région de Samegrelo-Zemo Svaneti (1 million d’euros, 18 mois, lancement: septembre 2009).
  • Fundación Acción contra el Hambre (ACH) en partenariat avec DVV International et l’organisation géorgienne CiDA: soutien à l’intégration socio-économique des déplacés internes dans la région de Kvemo Kartli (1 million d’euros, 18 mois, lancement: août 2009).
  • Oxfam: soutien à l’intégration socio-économique des déplacés internes et de leurs communautés d’accueil par le biais d’une démarche active de dialogue et de prises de décisions (1 million d’euros, 18 mois, lancement: septembre 2009).
  • People in Need: soutien à l’intégration socio-économique des déplacés internes dans le district de Zugdidi (500 000 euros, 18 mois, lancement: septembre 2009).
  • Save the Children: centres de proximité pour les communautés touchées par des conflits en Géorgie (1 million d’euros, 18 mois, lancement: septembre 2009).
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Projets de DVV International – chiffres et estimations

DVV International est un des partenaires dignes de confiance de la CE, qui met actuellement en oeuvre deux projets analogues en Géorgie pour soutenir l’intégration socio-économique des déplacés internes dans les régions de Samegrelo-Zemo Svaneti et de Kvemo Kartli. Le coût total des deux projets s’élève à deux millions d’euros, pour une durée respective de 18 mois. Ces projets ont pour principal objectif de contribuer à accroître la cohésion sociale et à mieux intégrer les déplacés internes dans ces deux régions de Géorgie. Ce but ambitieux pourra être atteint grâce à un programme intégré de développement communautaire et à des projets de créations de capacités (concernant les autorités locales et les membres de la communauté) et d’aide socio-économique. Toutes les activités du programme impliquent la création d’un environnement propice, à l’intérieur duquel les déplacés internes et les communautés d’accueil peuvent ensemble participer. Cette approche contribue à faire tomber les barrières invisibles – mais pas moins réelles pour cela – entre les groupes des communautés.

On attend de la réalisation de ces projets les résultats suivants:

Dans la région de Kvemo Kartli (Géorgie de l’est):

     

  • Amélioration de la situation socio-économique et plus grande participation des déplacés internes à la vie de la collectivité.
  • Amélioration du dialogue et de la communication entre les pouvoirs publics locaux et les déplacés internes.
  • Amélioration des connaissances/compétences et de l’amour-propre des déplacés internes et de leur interaction avec les communautés d’accueil grâce à des activités non formelles d’éducation et de formation.
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Dans la région de Samegrelo-Zemo Svaneti (Géorgie de l’ouest):

     

  • Amélioration de l’intégration et de la cohésion sociale au sein des communautés cibles et soutien aux déplacés internes et aux responsables des communautés d’accueil auxquels on donne les moyens de jouer un rôle actif dans les sphères de la vie publique, économique, sociale et culturelle de la région et du pays.
  • Amélioration du dialogue politique et de la communication entre les parties prenantes et autorités en rapport avec les déplacés internes aux plans local, régional et national, sensibilisation aux questions relatives aux personnes déplacées et contribution à une meilleure gouvernance.
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En Géorgie de l’ouest, le nombre de personnes qui pourraient directement profiter du projet est évalué à plus de 6000 déplacés internes et membres des communautés d’accueil répartis dans trois camps de déplacés et de membres des pouvoirs publics de deux municipalités. Le nombre de bénéficiaires indirect est estimé à au moins 4000 personnes.

Dans la région de Kvemo Kartli, le nombre de bénéficiaires pourrait atteindre 3000 déplacés internes et membres des communautés d’accueil répartis dans cinq camps de déplacés et de membres des pouvoirs publics de quatre municipalités. On estime que 17 000 personnes pourraient indirectement bénéficier des activités du programme.

Création de centres d’apprentissage de proximité

Afin d’aider les déplacés internes et les populations locales des régions de Kvemo Kartli et Samegrelo-Zemo Svaneti à acquérir de nouvelles compétences et connaissances favorables à leur développement et à leur participation à la vie de la société, c’est en partenariat avec l’ACH (et le CiDA dans le cas de la région de Kvemo Kartli) que DVV International a créé des centres polyvalents d’apprentissage de proximité. Ces centres ont été ouverts dans les camps de déplacés de Jvari et Senaki à l’ouest, et à Koda et Shaumiani à l’est de la Géorgie.

Après avoir consulté les pouvoirs publics locaux et les collectivités cibles, DVV International a remis en état et équipé des bâtiments partiellement endommagés de ces municipalités. Dans le cas de Senaki et Shaumiani, de nouveaux bâtiments ont été construits.

Les centres ainsi créés ont été pourvus de personnel choisi au sein de la population locale et offrent des possibilités d’emploi aux déplacés internes. La plupart des directeurs/administrateurs, des coordinateurs, du personnel de ménage et des gardiens des programmes d’éducation et de formation, et des programmes pour la jeunesse et la citoyenneté résident sur place.

Écart lyrique n° 1: Comment tout a commencé

Tout est parti de deux bâtisses délabrées et de deux cours bétonnées, sans constructions. Ces ruines donnaient à l’observateur ingénu le sentiment qu’en ce lieu rien ne pouvait être érigé ni remis en état. L’on considérait que réaménager ces bâtiments, notamment en peu de temps, était une mission impossible. Seuls les gens qui furent témoins de la mise en chantier des travaux et de leur évolution sont à même d’apprécier ces photos.

Centre d’apprentissage de proximité de Jvari

…avant                              et après…




                                                                              Source: Lali Santeladze

Programmes et activités

Les centres de formation de proximité des régions de Kvemo Kartli et Samegrelo sont devenus pour le voisinage des ressources vibrantes et exceptionnelles d’une importance stratégique en tant que lieux de rencontre permettant de créer un terrain d’entente et de nourrir un sens de la solidarité partagé entre des gens issus de milieux sociaux et lieux géographiques divers. Ils constituent un point d’ancrage essentiel pour l’énergie civique, éducative, commerciale, artistique et autre qui se développe dans les communautés. Ils se préoccupent des besoins des habitants en leur donnant accès à des activités gratuites éducatives et culturelles, et destinées aux jeunes et aux familles, et en fournissant un espace et une aide technique à des chefs d’équipes, à des associations locales, à des groupes non organisés et à des individus qui, souvent, n’ont pas accès à un espace abordable comme bureau ou comme lieu de réunion, de répétition et de prestation, ce qui laisse assurément entendre que les centres d’apprentissage de proximité servent aussi de lieux où se déroulent des réunions et audiences publiques organisées pour examiner des questions relatives à la communauté, des campagnes d’information et des débats.

La mission des centres d’apprentissage de proximité consiste à offrir des possibilités de s’éduquer, permettant d’acquérir des connaissances de base et des compétences essentielles, et de progresser professionnellement au sein d’un environnement ouvert et d’un grand soutien, favorisant la recherche de savoir tout au long de la vie. Leurs objectifs institutionnels consistent à fournir des programmes éducatifs de qualité d’une durée relativement brève et donnant à leurs bénéficiaires les moyens nécessaires pour trouver immédiatement un emploi productif, ou se mettre à leur compte, et prendre part à différentes activités sociales et culturelles.

L’antenne de DVV International en Géorgie s’appuie sur une longue expérience quant à la conception et la mise en oeuvre d’activités d’éducation non formelles servant à intégrer/réintégrer et à développer les groupes de population marginalisés/défavorisés. La participation des groupes cibles aux activités éducatives organisées par les centres de proximité les aide à retrouver leur amour-propre, à avoir foi dans leurs capacités, à surmonter la frustration et à trouver leur place dans la société. Cette approche a été conçue et entretenue entre 2006 et 2008 par l’antenne de DVV International en Géorgie lorsque le projet intitulé Les centres d’éducation des adultes à Samtskhe-Javakheti – une chance d’intégration des minorités. Le projet s’est terminé, mais deux des centres alors créés opèrent aujourd’hui encore avec succès et illustrent parfaitement bien ce que sont des institutions durables et viables.

En 2010, les programmes suivants sont (ou seront) proposés aux déplacés internes et aux populations locales dans les quatre centres d’apprentissage de proximité fraîchement créés et dirigés par DVV International:

     

  • Programme de formation professionnelle (formations/cours: domaines divers de l’artisanat, couture, menuiserie, agriculture, construction)
  • Programme de développement personnel (cours d’initiation à l’ordinateur; cours de langues; cours de gestion de petites entreprises/d’entreprenariat; cours de comptabilité)
  • Programme d’acquisition de compétences nécessaires dans la vie courante et de compétences clés (ex.: formations pour une communication et une présentation efficaces, gestion de conflits, poser une candidature pour un emploi, rédiger une proposition de projet, gestion de projets, etc.)
  • Programme pour la jeunesse et la citoyenneté
  • Programme de réhabilitation psychosociale
  • Informations, conseils et aide juridiques
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Conformément au plan opérationnel, les centres de proximité dirigeront des programmes de formation et fourniront des services gratuits pendant un minimum de douze mois.

Au terme du programme (janvier – février 2011), les locaux et équipements seront remis entre les mains d’associations de proximité locales ou des municipalités.

Programme de développement personnel

L’éventail des cours et ateliers proposés dans le cadre de ce volet aide les bénéficiaires à prendre leur avenir en main pour surmonter les obstacles à leur accomplissement personnel et professionnel, pour nourrir leur potentiel et leur permettre de mieux comprendre le défi que posent la diversité et la différence. Les participants apprennent à identifier des mesures claires, pratiques et réalistes qu’ils veulent prendre et à acquérir les compétences et l’assurance nécessaires pour les prendre.

Des programmes accélérés (2-5 mois) sont conçus pour permettre d’acquérir un ensemble de compétences nécessaires dans différents domaines d’activité sur le marché de l’emploi aujourd’hui. Les cours d’ordinateur (pour tous niveaux, débutant à supérieur), les cours d’anglais (niveaux A, B, C), les cours de géorgien (pour les citoyens d’origine arménienne ou azérie à Shaumiani, dans la région de Kvemo Kartli) et les cours d’initiation à l’entreprenariat et de comptabilité connaissent beaucoup de succès auprès de leurs participants. Il arrive même que dans certains centres la demande dépasse l’offre.

Écart lyrique n° 2: Projets d’avenir

Les deux récits ci-dessous ont trait à la vie de femmes déplacées d’Ossétie du Sud. Elles vivent dans deux endroits différents, l’une dans le village de Koda, l’autre dans l’agglomération de Shaumiani. Elles ne se connaissent pas. Elles ont toutefois un point commun: ces deux femmes ont supporté des terreurs dont l’idée suffit à épouvanter d’autres gens. Toutes deux se sont trouvées dans une situation où elles avaient perdu tout espoir de voir leur existence s’améliorer.

Venera Arbolishvili (73 ans):

Avant la guerre, j’habitais le village d’Eredvi et j’ai travaillé toute ma vie comme comptable. J’ai élevé quatre enfants. J’ai onze petits-enfants et dix arrière-petits-enfants. Pendant la guerre en 2008, j’ai été témoin des tortures infligées à mon mari par des envahisseurs qui l’ont tué parce qu’il refusait de quitter sa maison. J’ai réussi à gagner Tbilissi à pied avec mes enfants et mes petits-enfants, et j’y ai vécu pendant quelques temps. Seul un de mes petits-fils travaille, les autres touchent des allocations qui suffisent à peine pour acheter du pain. Vous ne savez pas à quel point je suis reconnaissante aux gens qui ont ouvert le centre dans notre village. Vous ne pouvez pas imaginer dans quelle détresse j’étais. Quand le centre s’est ouvert, je suis allée voir ce qu’il y avait là-bas. J’ai vu que des cours de couture y étaient proposés et j’ai décidé de m’inscrire. Mes petits-enfants se moquaient de moi: notre grandmère fait des études! Mais quand ils se sont aperçu de mon ardeur et de mon engagement, ils ont commencé à respecter ce que je faisais et à s’y habituer. Récemment, une organisation non gouvernementale a passé chez nous une commande de 200 kits d’ameublement. Ce travail est payé. À présent, je réfléchis comment dépenser cet argent. Par contre, je ne sais pas si le montant suffira à couvrir les besoins de tous les membres du ménage.

Elizaveta Manjikashvili (47 ans):

Mon mari était ossète. Nous avons divorcé avant le début de la guerre en 1991. Juste au début de la guerre, des gens armés ont fait irruption chez moi et ils m’ont ordonné: ‹Laisse ton fils ici, il est ossète, et va-t-en, sinon, nous te tuerons.› J’ai eu du mal à fuir et il a fallu que j’aille chercher refuge dans le village de ma mère qui était sous contrôle géorgien. Pendant la seconde guerre, j’ai aussi été chassée de là-bas. Ce village géorgien a été rasé, il n’existe plus et j’ai donc été déplacée une seconde fois. Mon fils a grandi, il s’est marié et il a maintenant une fille magnifique. Pour nous, vivre à Shaumiani est difficile. Seule ma belle-fille travaille et les conditions de vie sont intenables. Je n’aurais jamais cru avoir une chance d’améliorer plus ou moins ma misérable existence. C’est par un voisin que j’ai appris qu’un centre se montait dans l’agglomération et que je pouvais y prendre gratuitement des cours d’ordinateur et de langues. J’ai décidé de m’y inscrire. C’est difficile de rester seule chez soi à longueur de journée. Ces cours ont brusquement éveillé un intérêt en moi. J’aimerais retravailler dans ma profession de commerçante (je travaillais avant dans un magasin et j’ai même eu une petite affaire à moi avant la guerre). Une fois que j’aurais terminé les cours d’ordinateur et d’anglais, je m’inscrirai aux cours de gestion et de comptabilité. J’ai maintenant une petite lueur d’espoir de voir mon existence s’améliorer.

Programme de formation professionnelle

La formation professionnelle est un volet essentiel des programmes proposés par les centres d’apprentissage de proximité. Ce programme permet à ses participants de se former à des techniques et d’acquérir des compétences et connaissances exigées sur le marché du travail. Il insiste sur des apprentissages très demandés et permettant aux bénéficiaires de trouver du travail ou de se créer des revenus en montant leur propre affaire.

Des cours, entre autres dans les domaines de la menuiserie, du commerce (bases de marketing, comptabilité, culture de la communication avec la clientèle, le tout se déroulant parallèlement à des cours de conduite), de l’agriculture (culture maraîchère, culture céréalière, culture saisonnière), de la couture, du tricot, de la broderie perlée, de la tapisserie sont offerts aux déplacés internes et à la population locale, sans limite d’âge. De nombreux autres cours sont prévus et démarreront dans un avenir proche. La durée moyenne des formations est de deux à cinq mois en fonction de la qualification des apprenants et des particularités du programme.

Les centres de proximité et les centres publics de formation professionnelle (quand les cours de formation professionnelle y sont dispensés) sont équipés du matériel spécial nécessaire dans le cadre de ces formations. Une fois la formation terminée, ce matériel pourrait être donné aux bénéficiaires du programme afin qu’ils se créent des activités génératrices de revenus.

Programme d’acquisition de compétences nécessaires dans la vie courante et de compétences clés

Ce volet éducatif proposé dans les centres d’apprentissage de proximité a pour objectif d’inculquer à ses bénéficiaires des compétences et comportements qui les valoriseront sur le marché du travail et amélioreront la cohésion sociale et la citoyenneté active. Les formations dans les domaines suivants: gestion des conflits et du stress, communication efficace, résolution de problèmes, coopération et tolérance associent l’enseignement de connaissances, techniques et comportements adaptés à la situation. Ils sont particulièrement nécessaires pour l’accomplissement et le développement personnels, l’inclusion sociale, la citoyenneté active et l’emploi.

En organisant ce type d’activités éducatives, les centres de proximité tentent d’attirer de jeunes gens pour les préparer à affronter l’âge adulte, notamment la vie active, et des adultes pour les aider à faire face aux exigences en constante mutation de la vie moderne et du marché du travail.

Écart lyrique n° 3: La seule chance

Koba Khvedeliani (19 ans, déplacée de Shida Kartli), habite actuellement dans l’agglomération de Shaumiani:

J’ai grandi dans un endroit où il n’y avait pas d’école. Par conséquent, je devais me rendre en ville pour m’éduquer et le reste du temps, j’aidais mes parents. Je n’ai pas terminé l’école, je suis allée jusqu’en neuvième, c’est tout. Je n’ai pas eu une jeunesse normale. Je n’avais pas l’occasion de communiquer avec des gens de mon âge. Nous vivions constamment dans la peur et la tension. Après août 2008, je n’ai plus eu du tout le temps d’étudier. Mon père est mort. Maintenant, je vis en exil dans l’agglomération de Shaumiani avec ma mère, ma grand-mère, mon frère et la femme de mon frère. Aucun de nous ne travaille. J’ai vu dans le centre récemment ouvert à Shaumiani la seule chance qui me restait dans la vie. Je peux m’y éduquer et y rencontrer des jeunes de mon âge. Maintenant, je me sens plus ouverte et plus capable de prendre part à des discussions et d’exprimer librement mon opinion. Les gens que je rencontre ici au club de la jeunesse sont des jeunes comme moi. Ils ont vécu beaucoup d’expériences négatives et traversent chaque jour de rudes épreuves, mais ils croient, comme moi-même, qu’il est possible d’améliorer son existence.

Programme pour la jeunesse et la citoyenneté

Le niveau élevé de pauvreté au sein des familles de déplacés internes limite l’accès de leurs jeunes membres à l’éducation et aux emplois. Leur manque de motivation pour travailler, leurs faibles sens des responsabilités et de l’initiative, leur incapacité à résoudre des problèmes et leur mauvaise aptitude à communiquer limitent encore davantage leurs possibilités de développement personnel. Une évaluation réalisée dans les centres d’hébergement collectif pour déplacés internes a révélé que la majorité d’entre eux n’avaient pas d’amour-propre et ne possédaient pas les compétences essentielles pour se mettre en avant et trouver du travail. Par exemple, ils ne savaient pas où trouver des informations utiles dans la recherche d’un emploi et ne savaient pas comment poser une candidature, planifier leur carrière, identifier leurs propres ressources, etc. (Évaluation rapide de la protection et des moyens d’existence des jeunes et des enfants déplacés internes, vivant dans des centres d’hébergement collectif en Géorgie. Rapport UNICEF/NRC, 2006).

Dans la foulée de ces problèmes et d’une certaine manière à cause d’eux, beaucoup de jeunes déplacés internes sont victimes de l’alcoolisme, de la drogue et de comportements violents (Évaluation rapide de la protection et des moyens d’existence des jeunes et des enfants déplacés internes, vivant dans des centres d’hébergement collectif en Géorgie. Rapport UNICEF/NRC, 2006; Projet récits vécus/témoignages de déplacés internes en Géorgie, NRC Tbilissi/NRC Genève, 2007) et se retrouvent socialement et économiquement marginalisés.

Divers projets d’éducation et de développement ont été conçus pour les jeunes (de 17 à 25 ans) dans les centres d’apprentissage de proximité. Ces programmes les aident dans leur développement personnel, soutiennent l’interaction entre les jeunes des communautés d’accueil et des communautés déplacées, promeuvent la citoyenneté active et permettent aux jeunes de prendre part à d’importantes activités.

Quatre clubs de jeunes ont été créés au sein des centres d’apprentissage de proximité. Leurs membres participent à différents projets de formation à des compétences nécessaires dans la vie courante (sur les sujets suivants: compétences pour se présenter/communiquer, mode de vie sain, prévention du VIH/SIDA et de la dépendance à la drogue, égalité des sexes, antiviolence, tolérance, etc.), projet artistique, projet de photographie et projet sportif. Les clubs accordent beaucoup d’importance aux activités d’éducation civique. Pour veiller à une participation active des jeunes bénéficiaires, des conférences et débats publics seront organisés, auxquels seront invités à participer des personnes évoluant dans les sphères de la politique, de la culture ou du sport. En outre, les jeunes pourront, entre autres, prendre part à des excursions et des réunions avec des gens intéressants.

Toutes les formations et activités dans le cadre du programme pour la jeunesse sont placées sous la direction de jeunes formateurs et animateurs. Les méthodes et approches essentiellement utilisées dans le travail avec les jeunes sont les suivantes: forum théâtral, jeu dramatique dans l’éducation, méthode artistique et éducation par les pairs.

Écart lyrique n° 4: Deux récits

Tamuna et Veronica habitent à Jvari, mais c’est seulement lors d’une réunion du club de la jeunesse au centre d’apprentissage de proximité qu’elles ont fait connaissance. D’emblée, elles ont réalisé qu’elles avaient de nombreux points communs: des centres d’intérêt, des rêves et une énergie et des idées à revendre, que jusqu’alors elles n’avaient pas pu concrétiser.

Tamuna Nadaraya (25 ans) originaire de Jvari:

Les jeunes de Jvari ont toujours rêvé d’avoir un club comme celui-là. Malheureusement, nous n’avions pas d’endroit où nous réunir et organiser des activités et actions diverses. Honnêtement, nous avions l’habitude de traîner toute la journée sans savoir quoi faire et en nous sentant coupables de cela. Quand j’ai entendu dire qu’un club de la jeunesse allait se monter à Jvari, j’étais folle de joie. Ce club me permet d’exploiter mes possibilités. Vous savez la mine d’idées que nous, les jeunes, pouvons avoir? Si on nous soutient, cet endroit sera bientôt méconnaissable. Nous sommes sans aucun doute capables de l’améliorer. Nous retrouverons notre énergie et pousserons d’autres gens à retrouver leur dynamisme.

Veronica Tsaava, (18 ans, déplacée d’Abkhazie), habite actuellement à Jvari (Samegrelo):

Quand j’assiste à des réunions du club de la jeunesse, j’ai l’occasion d’exprimer mon point de vue librement. Très franchement, c’est seulement ici, au club de la jeunesse, que j’ai rencontré des gens qui s’intéressaient à mon point de vue, ce qui m’arrivait pour la première fois dans ma vie. Quand je me suis aperçu de ça, je suis devenue plus active, notamment pendant les discussions. Je suis si heureuse de venir ici. Nous avons juste commencé nos activités, mais nous avons réussi à comprendre de nombreuses choses qui me sont utiles dans la vie. Nous les jeunes du club de la jeunesse sommes tombés d’accord au terme de nombreuses discussions pour dire que si nous voulons mener une existence intéressante, c’est à nous de changer les choses. Nous ne pouvons pas continuer à attendre qu’on vienne nous aider.

Conseils sur des questions psychosociales et juridiques

Beaucoup de déplacés internes se plaignent du manque d’informations et de la connaissance limitée de leurs propres droits. C’est pour cela qu’il est vital de leur offrir des conseils concernant des questions sociales et leurs droits légaux. Ces services sont offerts par des avocats professionnels forts d’une vaste expérience dans la mise en place de projets destinés à fournir informations et conseils à des déplacés internes.

Du fait de l’atmosphère qui règne depuis la fin de la guerre et des événements absolument négatifs que les déplacés internes ont vécu du fait de leur déplacement, tous les centres d’apprentissage de proximité offrent une assistance thérapeutique postconflictuelle et un soutien psychosocial aux personnes affectées par la guerre.

Dans la région Kvemo Kartli, les centres de Koda et Shaumiani (où résident presque tous les nouveaux déplacés internes), des éducateurs et des psychologues travaillent aussi avec des groupes d’enfants souffrant de problèmes psychologiques divers: troubles de l’apprentissage, problèmes de communication, peurs noctur nes, etc. Des ateliers spéciaux intitulés Traumatisme et stress: comment traiter les enfants traumatisés seront organisés par des parents et des enseignants de façon à leur donner des outils et méthodes particuliers pour travailler avec des enfants souffrant de telles tensions.

Dans la région de Samegrelo, les anciens déplacés internes bénéficient de conseils individuels ou en groupe. Les thèmes abordés sont l’exclusion de la vie sociale, la violence domestique, l’inégalité des sexe, le manque de compréhension entre parents et enfants.

Écart lyrique n° 4: Enfin et surtout

Cette photo représente une salle de classe dans l’un de nos centres. Ces classes confortables et belles ne désemplissent plus, sauf une fois: juste avant la cérémonie d’inauguration des centres.

 

 

 

 

 

 

À présent, les centres sont des ruches bourdonnantes, … Source: Lali Santeladze

 

 

 

 

 

 

… d’activité dans …

 

 

 

 

 

 

… leurs moindres recoins.