Ziyn Engdasew

L’Éthiopie est un des pays dont une importante partie de la population vit de l’élevage et accompagne ses bêtes afin de trouver des pâturages et de l’eau pour les troupeaux. Souvent, les pasteurs ont des origines ethniques et culturelles qui les distinguent de la population dominante et, dans la plupart des cas, les marginalisent par rapport à elle. Manifestement, les pasteurs ont d’autres besoins éducatifs que les autres groupes de population quant aux sujets abordés ou à l’organisation des activités éducatives. Ziyn Engdasew, professeur assistant à l’université Adama en Éthiopie, explique comment un curriculum spécial et des conditions d’apprentissage appropriées pourraient aider les pasteurs à surmonter les obstacles actuels de l’exclusion sociale.

Alphabétisation fonctionnelle des adultes dans les communautés pastorales en Éthiopie – défis et perspectives d’avenir

1. Introduction

La Déclaration mondiale sur l’éducation pour tous (1990) formulait clairement que chacun devrait avoir la possibilité de s’éduquer. Exprimant un droit humain, ceci était une réponse politique directe aux pressions exercées alors, entre autres, par des organisations de la société civile et des organisations humanitaires internationales qui considéraient que l’éducation avait un rôle à jouer pour promouvoir l’instauration non seulement d’une bonne gouvernance et de la démocratie, mais aussi du respect des droits et de la dignité humains. Ainsi l’attention a-t-elle été attirée sur la nécessité d’éliminer les disparités éducatives à l’intérieur des pays et de veiller à «éliminer les disparités éducatives qui peuvent exister au détriment de certains groupes» (article 3). La déclaration encourageait aussi dans son article 5 à «recourir à des systèmes de formation divers» et à mettre en place des «formations supplémentaires de substitution».

Par conséquent, l’accès égalitaire et équitable à l’éducation est bien reconnu comme un moyen essentiel pour échapper à la marginalisation socio-économique et politique de différents groupes sociaux dans les nations en développement. Sans lui, il restera impossible de mettre un terme aux désavantages et à la marginalisation qui touchent certains groupes sociaux. La reconnaissance de l’éducation en tant qu’arme indispensable au développement des hommes et des pays a poussé les communautés nationales et internationale à l’envisager sous l’angle du droit humain. C’est de ce fait qu’a été reconnue la nécessité de rendre l’éducation accessible à chaque citoyen.

Les pasteurs sont des gens qui vivent et tirent la majeure partie de leur alimentation et de leurs revenus de l’élevage de bétail. On ne leur reconnaît aucun lieu de résidence, et ils vivent une existence nomade, se déplaçant pour trouver des pâturages et de l’eau. Les pasteurs, qui comptent parmi les groupes marginalisés, constituent une grande partie de la population africaine. Selon une étude de l’UNESCO réalisée par R. Carr-Hill en 2002 (Education for Nomads in Eastern Africa), on estime leur nombre dans le monde à trente-six millions, la majorité d’entre eux se répartissant dans dix-sept pays d’Afrique.

Dans de nombreux pays sur ce continent, les pasteurs vivent dans des contrées possédant un potentiel de développement. Bien qu’elles comptent parmi les plus pauvres et les plus vulnérables, les populations pastorales, leurs animaux et les terres qu’elles contrôlent sont des ressources potentielles pour les pays. De plus, ces populations représentent des ressources viables et importantes. Elles contribuent de diverses façons au développement des communautés et nations au sein desquelles elles vivent en leur fournissant des services sociaux et économiques.

Les liens des communautés pastorales avec leurs pays de résidence ne sont pas uniquement de nature économique et sociale, elles entretiennent aussi avec ces nations des rapports politiques. Néanmoins, dans nombre de pays africains, on néglige de les faire participer à la formulation de politiques et à la prise de décisions liées à la politique et au développement. Ainsi les groupes sédentaires dominants les privent-elles de prestations sociales appropriées comme l’éducation et la formation, l’approvisionnement en eau, les écoles et les programmes d’éducation des adultes. Ces populations marginales comptent par conséquent parmi les groupes de population les plus gravement désavantagés quant aux possibilités de s’éduquer et de bénéficier d’autres prestations de services sociaux. En fait, le pourcentage d’analphabétisme au sein des populations pastorales est très élevé. Toutefois, si l’on accélérait le développement de cette partie de la société par le biais de l’éducation et de la formation, on pourrait réduire la pauvreté et augmenter le nombre de personnes créant leurs propres emplois ou travaillant pour des employeurs, ce qui améliorerait la qualité de la vie de ces populations.

Depuis les années 50, les gouvernements et les responsables de la planification du développement ont entrepris de plus en plus d’efforts pour éduquer les communautés pastorales. De nos jours, leur éducation a été bien étudiée par nombre de gouvernements des pays où ils vivent et par des agences et organisations qui la considèrent comme un problème économique, éthique et politique majeur exigeant une attention particulière. Ces efforts sont liés à une conception de l’éducation comme un droit humain fondamental des citoyens d’un pays et comme un élément essentiel à l’accomplissement des personnes en tant qu’individus, à leur survie et à leur développement tout au long de la vie.

L’importance de l’éducation en général, et en particulier de celle des adultes, pour les communautés pastorales a été exposée pertinemment dans différents ouvrages. Elle leur sert de tremplin pour induire des changements sociaux et économiques. On considère aussi qu’elle est indispensable à la construction d’une nation. Élément d’une approche modernisatrice, elle a aussi pour fonction de modifier les modes de vie conservateurs des pasteurs et de les familiariser avec des connaissances et compétences susceptibles de les transformer du point de vue social, économique et politique. Elle arme les pasteurs contre l’appauvrissement et les prépare au final à éradiquer la pauvreté en leur donnant la possibilité de se créer d’autres moyens de subsistance. C’est un outil approprié pour modifier la perception et le système de valeurs des populations pastorales, et les intégrer dans un système socio-économique et politique plus large, et leur permettre de tirer parti des technologies et des informations à l’ère de la mondialisation.

En outre, l’éducation des adultes pourrait aider les communautés pastorales à mieux s’équiper, du fait que leur habitat et leur mode de vie sont mis en danger par le réchauffement planétaire et le changement climatique. Elle leur donnerait aussi les moyens de faire des choix. Ainsi, une nation en quête de résultats économiques durables doit améliorer le niveau d’instruction de tous ses citoyens, y compris celui des communautés pastorales. Cependant, offrir des services d’éducation à ces populations semble poser un défi et être problématique. Les approches du haut vers le bas adoptées par les gouvernements pour éduquer les pasteurs ne tiennent pas compte d’ordinaire des vues, opinions, conditions de vie et centres d’intérêt des communautés pastorales nomades.

Dans bien des pays – dont l’Éthiopie fait également partie – les statistiques indiquent que l’éducation n’a pas réussi à atteindre ces populations. Ainsi, éduquer les communautés pastorales constitue l’un des plus grands défis et compte parmi les problèmes les plus pressants auxquels les professionnels de l’éducation, politiciens et praticiens, doivent faire face dans les pays d’Afrique.

2. Marginalisation des populations pastorales:la situation en Éthiopie

L’Éthiopie est un pays peuplé de 78 millions d’habitants. Cette population se compose d’ethnies et nationalités diverses qui vivent ensemble sur un territoire d’une superficie totale de 1,1 million de kilomètres carrés. Quelque 84 % de la population vivent dans des zones rurales, 65 millions de personnes résidant dans les régions montagneuses tempérées du pays, tandis qu’approximativement 12 millions de personnes peuplent les plaines couvrant 60 % du territoire. Dans les montagnes, l’agriculture est l’activité principale, tandis que les plaines sont essentiellement occupées par des pasteurs se livrant à des activités pastorales. Historiquement, l’exclusion des pasteurs de la vie éthiopienne était de nature économique, politique et sociale, et leurs intérêts n’étaient pas pris en compte. Malgré la grande diversité ethnique des populations pastorales du pays, on relève quatre traits principaux caractérisant la marginalisation qui les touche en Éthiopie.

2.1 Marginalisation politique

Comme dans le cas des peuples indigènes en Afrique, les pasteurs éthiopiens sont victimes de marginalisation politique. Ils résident principalement dans des régions périphériques du pays. Leurs rapports avec l’administration centrale ont au mieux souvent traversé des hauts et des bas, mais ont dans les pires cas été ouvertement hostiles.

De plus, les politiciens éthiopiens ont traditionnellement au mieux une attitude globale ambivalente à l’égard de ces régions généralement considérées jusqu’à présent comme la cause de troubles frontaliers avec les tribus traditionnelles qui les peuplent et qui contribuent très faiblement à l’économie nationale. De même, l’attitude des pasteurs à l’égard de l’administration centrale est empreinte de suspicion et d’hostilité. Ils considèrent que le gouvernement central ne représente pas leurs intérêts ni leurs préoccupations.

Actuellement, bien que le système public éthiopien ait largement changé, les problèmes des populations pastorales persistent. L’Éthiopie est constituée selon un modèle fédéral réunissant des administrations régionales d’origine ethnique qui doivent s’entendre sur les affaires intérieures, y compris sur la planification du développement. Toutefois, ce système a aggravé la marginalisation politique des pasteurs du fait que les difficultés des communautés pastorales sont entièrement placées sous la responsabilité des gouvernements régionaux. D’un autre côté, nombre de pasteurs affirment avoir constaté récemment de considérables changements d’attitude de la part du gouvernement et de la société en général à l’égard du pastoralisme ainsi qu’une reconnaissance des besoins des pasteurs et un début d’acceptation de leur activité comme une stratégie valable pour gagner sa vie.

2.2 Marginalisation écologique

En Éthiopie, les pasteurs peuplent la périphérie des plaines qui entourent les zones montagneuses. Du fait de leur éloignement de la majeure partie des zones peuplées, les infrastructures et la communication sont généralement mal développées dans les zones où ils résident. En Éthiopie, ces régions se caractérisent par une pluviosité très instable et irrégulière, tant en fonction des années que des contrées sur une même période, par la rareté et la variabilité saisonnière de leur végétation, et par leur vulnérabilité à la sécheresse. En fonction des régimes qui se sont succédés, soit les pasteurs ont été négligés, soit on a tenté de les exploiter, eux et les terres qu’ils habitent, partout là où c’était possible.

Dans de telles conditions, la sédentarisation a souvent eu un effet néfaste sur l’environnement immédiat des pasteurs. Par conséquent, l’élevage extensif de bétail est souvent la seule façon de tirer profit des ressources fluctuantes. De plus, la nature marginale des contrées pastorales a imposé certaines contraintes en matière d’élevage de bétail et de peuplement humain, ce qui a donné naissance à un certain nombre de stratégies d’adaptation. L’une des stratégies courantes est le nomadisme ou la mobilité fréquente.

2.3 Marginalisation économique

Les pasteurs sont économiquement marginalisés en raison du peu d’attention accordé à la part de l’élevage de bétail dans l’économie nationale. En outre, l’élevage de bétail n’est pas considéré comme une activité agricole majeure au plan économique.

Comme l’indique Melakou Tegegn dans Pastoralism and Accumulation (Pastoral Forum Ethiopia. Addis-Abeba: PFE Publications):

«Le cheptel éthiopien est le plus grand d’Afrique, mais l’élevage du bétail par les pasteurs n’est pas reconnu dans le pays comme un élément important de l’économie nationale. Par conséquent, la société pastorale, de même que le reste de la nation, n’est pas capable de tirer le meilleur profit de cette activité.»

L’élevage des troupeaux est l’activité économique principale des pasteurs

 

 

 

L’élevage des troupeaux est l’activité économique principale des pasteurs
Source: World Changing

 

 


De plus, le développement de l’agriculture mécanisée sur les terres séculaires des pasteurs entraîne l’appauvrissement de ces derniers. Ce type de politique a contribué à éroder les systèmes coutumiers de possession des terres et à refouler les pasteurs dans des contrées devenues improductives pour élever du bétail. La forte concentration d’hommes et de bêtes sur de petits territoires a rapidement restreint la capacité des terres à subvenir à leurs besoins. L’orientation vers le marché a elle aussi conduit à la marginalisation économique du pastoralisme. L’isolation des communautés pastorales par rapport aux centres urbains et à l’infrastructure du marché se traduit souvent par des tarifs élevés pour le grain et les autres importations, tandis que les bêtes et marchandises provenant de l’élevage sont exportées à des prix minimaux.

La marginalisation et l’absence de contrôles des conditions d’échange à l’intérieur du système poussent les plus vulnérables dans toutes sortes de crises. Cette situation est la pire durant la saison sèche, quand les prix du bétail s’effondrent et que ceux des céréales et autres fourrages augmentent.

2.4 Marginalisation culturelle

Beaucoup de gouvernements ne se fient ni aux pasteurs ni à leur mode de vie. Ils les considèrent difficiles à contrôler et politiquement instables, et leur transhumance saisonnière empêche d’avoir une emprise sur eux. Ils les jugent généralement comme étant non viables et primitifs, hostiles au changement et récalcitrants à l’égard de ses facteurs.

De même, il arrive que le mode de vie pastoral soit perçu en Éthiopie comme sauvage, voire barbare – un point de vue transmis de génération en génération, et devenu un stéréotype. Par exemple, le mot amharique zelan qui signifie nomade est littéralement une insulte désignant en sous-entendu un vagabond inculte, grossier, sans foi ni loi et sans but. Cette notion, partagée par la quasi-totalité des habitants des hautes terres, qui constituent aujourd’hui encore le groupe politiquement dominant, est néfaste pour l’identité culturelle des pasteurs.

En général, les anciens gouvernements avaient coutume de marginaliser les pasteurs et omettaient de leur offrir un soutien essentiel, prétendant que fournir des services à des communautés mobiles est coûteux et difficile. Plus récemment, toutefois, tandis que les gouvernements recensent les populations marginalisées et vulnérables dans leur pays, la notion selon laquelle l’éducation peut autonomiser les pasteurs prend de la vitesse.

On pourrait réussir à autonomiser les pasteurs en éradiquant l’analphabétisme qui leur enlève tout pouvoir. Il est nécessaire d’éradiquer l’analphabétisme chez les pasteurs comme on «éradiquerait une épidémie». En s’y prenant ainsi, on réduira au strict minimum les causes de marginalisation des pasteurs.

Le taux d’analphabétisme au sein des populations pastorales d’Éthiopie est cependant très élevé. Toutefois, si l’on accélérait le développement de cette partie de la société par le biais de l’éducation et de la formation, on pourrait réduire la pauvreté et augmenter le nombre de personnes créant leurs propres emplois ou travaillant pour des employeurs, ce qui améliorerait la qualité de la vie de ces populations.

En outre, la mondialisation a accentué la nécessité pour toute la société, y compris pour les pasteurs, de savoir lire et communiquer, et de tirer parti des technologies et des informations. À moins de considérer l’éducation des pasteurs comme faisant partie d’une approche intégrée du développement des pays concernés, la qualité de vie de ces populations et de la société tout entière aura du mal à s’améliorer, et ils ne seront pas capables de contribuer au développement national et aux efforts entrepris pour transformer la nation. Garantir l’alphabétisation fonctionnelle des adultes chez les pasteurs doit devenir une nécessité pour leur donner les moyens de se développer et de diversifier leurs moyens d’existence, et leur permettre de s’autonomiser de manière à continuer de s’améliorer et de se développer euxmêmes ainsi que leurs communautés et leurs nations.

En tant que dirigeant d’un État démocratique et signataire de conventions internationales, le gouvernement éthiopien s’est à présent engagé à fournir d’ici 2015 une éducation de qualité à tous ses citoyens, sans distinction de race, de religion ou de lieu de résidence. C’est aussi une priorité majeure de la politique d’éducation et de formation en général, et du quatrième programme de développement du secteur de l’éducation en particulier. Si nous voulons réaliser l’éducation pour tous (EPT) et atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD), il faut proposer aux communautés pastorales d’Éthiopie des services d’alphabétisation fonctionnelle pour adultes.

Le pays a reconnu en l’éducation un outil primordial pour le développement. Un mouvement massif a été mis en œuvre en Éthiopie par le biais des programmes successifs de développement du secteur de l’éducation lancés conformément à la politique d’éducation et de formation. L’objectif de cette dernière est de produire une main-d’œuvre qualifiée à différents niveaux et capable de participer de manière compétente à différentes entreprises économiques, politiques et sociales du pays. Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de s’efforcer constamment d’améliorer la qualité, l’accessibilité et la pertinence du système d’éducation, des questions qui posent problème depuis longtemps.

La mise en place de programmes successifs de développement du secteur de l’éducation a eu pour effet d’augmenter considérablement le taux de scolarisation formel. Toutefois, en 2008, le ministère de l’Éducation signalait que la situation de l’éducation des adultes restait mauvaise, tant du point de vue de l’accessibilité que de la pertinence. Les programmes d’éducation des adultes mis en place jusqu’alors n’avaient pas été conçus pour résoudre des problèmes ni répondre aux besoins du quotidien de la population adulte directement associée à des activités de production.

Afin d’atténuer les problèmes liés à l’éducation des adultes, le troisième programme de développement du secteur de l’éducation soulignait que des programmes d’éducation des adultes reposant sur des compétences nécessaires dans la vie, axés sur la vie professionnelle et ayant une orientation communautaire seraient menés à plus vaste échelle. L’éducation des adultes s’attachait principalement à transmettre des connaissances et compétences aux adultes et à faciliter les conditions de mise en œuvre des programmes d’alphabétisation fonctionnelle pour adultes. En outre, l’éducation des adultes est conçue pour permettre à ces derniers de savoir lire et écrire de façon à pouvoir acquérir des connaissances et compétences dans les domaines de l’agriculture, de la santé, de l’éducation civique, de l’éducation culturelle, etc. Par conséquent, la stratégie de l’éducation des adultes a été développée en 2008 avec la participation active de tous les dépositaires d’enjeux dans le pays. Toutefois, l’éducation des adultes demeure en proie à des problèmes qui se sont accumulés au fil des ans. Le quatrième programme de développement du secteur de l’éducation a révélé que le nombre d’analphabètes adultes restait élevé et que ce problème était son défi principal et sa priorité.

Ce quatrième programme prévoit aussi un important programme d’éducation des adultes dont l’objectif est de permettre à tous les illettrés adultes de suivre pendant deux ans des cours d’alphabétisation fonctionnelle pour adultes. Pendant la durée du quatrième programme de développement du secteur de l’éducation, le gouvernement entreprendra plus d’efforts pour mobiliser les ressources nécessaires et développer les partenariats qu’il faut pour mener une campagne prolongée d’alphabétisation des adultes. L’élément principal ici: l’alphabétisation fonctionnelle des adultes pour garantir la participation active de la population instruite au développement socio-économique de la nation. Une stratégie globale d’éducation des adultes a été ébauchée, et l’on attend d’elle qu’elle dirige les efforts entrepris dans ce sous-secteur durant la mise en œuvre du quatrième programme de développement du secteur de l’éducation.

3. Principaux défis se posant à la mise en œuvre de l’éducation des adultes

L’un des sept objectifs du troisième programme de développement du secteur de l’éducation consiste à offrir un plus grand accès à l’éducation des adultes et à l’éducation non formelle de façon à lutter contre l’analphabétisme. Le programme d’éducation des adultes et d’éducation non formelle prévoit grâce à sa partie consacrée à l’alphabétisation fonctionnelle des adultes d’atteindre 5,2 millions d’adultes durant la période où il se déroulera – un objectif très ambitieux. De plus, il se propose de former 143 500 adultes à différentes compétences dans les 287 centres de formation locaux. Le troisième programme de développement du secteur de l’éducation reconnaît que le gouvernement ne peut pas à lui seul fournir des ressources financières ou humaines nécessaires pour soutenir le programme et que, par conséquent, il recherchera le soutien d’autres dépositaires d’enjeux: partenaires de développement multi et bilatéraux, ONG, administrations locales et communautés. Les objectifs doivent être bien définis et une stratégie mise en œuvre de manière professionnelle afin d’être sûrs de réussir à atteindre les destinataires.

Parmi les éléments de cette stratégie indiqués dans le document relatif à l’éducation, on trouve la façon dont il conviendrait d’étendre les programmes d’alphabétisation fonctionnelle des adultes, chaque région devant organiser un programme de ce type impliquant le développement de matériels pédagogiques dans la langue maternelle des apprenants et couvrant différents domaines de compétences nécessaires dans la vie courante. Ces domaines sont listés de façon à permettre à la population dans son ensemble de participer à leur développement. Ils sont les suivants: soins de santé primaires, prévention de maladies comme la malaria, le VIH-SIDA, etc., contrôle des naissances, environnement, agriculture, marketing, opérations bancaires et questions liées au genre. En ce qui concerne l’enseignement, le troisième programme de développement du secteur de l’éducation prévoit que l’enseignement se déroulera sur la base d’activités bénévoles organisées dans les écoles, dans le cadre de cours d’alphabétisation de base des adultes et au niveau des villages. Il est dit ensuite que le programme aura recours à des enseignants, à des facilitateurs d’éducation de base des adultes, à des adultes alphabétisés et à des étudiants du second et troisième cycle, tandis que les principaux investissements porteront sur la fourniture de livres d’alphabétisation et de manuels d’apprentissage, et sur la formation d’alphabétiseurs bénévoles.

Un pasteur en route avec son bétail

 

 

 

 

Un pasteur en route avec son bétail
Source: World Changing

 

 

 

Des statistiques récentes du ministère fédéral de l’Éducation ont révélé que l’objectif des 5,2 millions de personnes à alphabétiser, comme le prévoyait le troisième programme de développement du secteur de l’éducation, n’a pas pu être atteint en raison de l’insuffisance du financement, de l’absence à tous les niveaux de structures de soutien des activités, de la mauvaise coordination, de l’absence de directives et de manuels d’instruction, et de l’impossibilité de trouver les ressources humaines nécessaires à la base. Les principales difficultés rencontrées dans le domaine de l’éducation des adultes par le quatrième programme de développement de l’éducation sont les suivants:

  • Les différentes notions du concept d’alphabétisation fonctionnelle des adultes et l’absence de paramètres standardisés
  • La limitation de l’éducation des adultes à l’alphabétisation fonctionnelle des adultes malgré la conception plus large prévue par la stratégie nationale d’éducation des adultes
  • L’absence de reconnaissance des activités menées par les différents ministères, les ONG et le secteur privé
  • Les difficultés à coordonner, relier et surveiller les programmes d’éducation des adultes en raison de la fragmentation des offres
  • Le manque de pertinence de l’enseignement pour le quotidien des gens
  • La mauvaise qualité de l’éducation des adultes du fait de l’absence de structures, de programmes et de matériels appropriés ou de leur mauvaise qualité, et du manque de qualification en ce qui concerne les ressources humaines
  • La faible quantité de ressources humaines, financières et matérielles
  • L’incapacité à recueillir, évaluer, surveiller et transmettre des informations à tous les niveaux

4. Vers l’avenir

La qualité d’une nation, disons-le, dépend de la qualité des compétences, capacités et idéals de sa population. L’alphabétisation l’améliore. Elle est un moyen de réalisation et de développement personnels. Être illettré représente un immense handicap intellectuel, politique et économique. Se basant sur cette connaissance, la Constitution éthiopienne stipule la mise à disposition d’une assistance particulière aux groupes marginalisés de la société et le redressement des déséquilibres concernant les offres éducatives. Le gouvernement éthiopien a aussi une politique et une stratégie d’éducation des adultes pour le pays tout entier. Ceci n’exclut toutefois pas la mise en place de politiques adaptées à la situation particulière des régions. Les politiques et stratégies nationales récentes en matière d’éducation des adultes ne s’interrogent pas suffisamment sur les contenus et la méthode convenant pour éduquer les adultes dans les communautés pastorales.

Les pasteurs ont des modes de vie et des traits caractéristiques socioculturels et socio-économiques qui les différencient du reste de la société dans le pays. Ces groupes marginalisés ont leurs propres coutumes, valeurs, normes et traditions, ce qui influe sur le mode d’alphabétisation fonctionnelle des adultes qui leur est adressé. Ceci implique que les stratégies et politiques basées sur un modèle fonctionnant dans un environnement social urbain ou agricole ne suffisent pas pour assurer que l’éducation/l’alphabétisation fonctionnelle des adultes portera ses fruits au sein des communautés pastorales.

Les interventions éducatives dans ces communautés exigent une bonne compréhension des conditions sociales, culturelles et économiques qui les affectent directement, de leurs besoins et de leur situation particuliers. Se basant sur la structure nationale de l’éducation des adultes, le ministère de l’Éducation devrait mettre en place un département/une commission distincts, et un organe de supervision au plan national. Cet organisme devrait avoir un statut légal et se consacrer intensément aux questions liées à l’éducation des adultes chez les pasteurs. Il devrait aussi être chargé de formuler et coordonner des programmes d’éducation des adultes, et être responsable du suivi et de l’évaluation de la mise en œuvre de politiques et programmes pertinents pour l’éducation des populations pastorales adultes dans différentes régions.

Les gouvernements des régions peuplées de pasteurs devraient adopter des politiques et stratégies spécifiques de mise en œuvre de la politique nationale d’éducation des adultes. Il faudrait sensibiliser les communautés pastorales à la valeur de l’éducation des adultes en ayant pour cela recours à des institutions indigènes et aux dirigeants locaux. Il faut définir des modalités adéquates pour fournir des prestations d’alphabétisation fonctionnelle aux adultes dans les communautés pastorales. Les meilleures expériences faites à ce sujet dans d’autres pays (Nigeria, Iran, Soudan, etc.) ont montré que les écoles mobiles composées de tentes constituaient une stratégie utile pour éduquer les pasteurs qui se déplacent constamment. Ce système pourrait être préférable en Éthiopie du fait que ses coûts structurels sont très faibles et qu’il peut être mis en place par les gouvernements régionaux et les communes. Les écoles mobiles devraient se composer de salles de classe pouvant être montées et démontées très rapidement et transportées facilement à dos de chameaux ou d’ânes. Leurs emplois du temps devraient être souples et s’adapter au système de mobilité de la société pastorale.

Les enseignants des écoles mobiles devraient être choisis au sein des communautés pastorales nomades. On pense qu’être issus d’un milieu pastoral pourrait aider les enseignants à adopter un mode de vie nomade, à s’adapter aux communautés pastorales où ils enseigneront et à gagner la confiance des membres de ces communautés. Il est recommandable de former les enseignants dans des domaines comme le secourisme, les compétences nécessaires dans la vie de famille et communautaire, l’alimentation, les moyens d’existence, l’élevage, les techniques de vente des animaux et produits animaux, la gestion moderne des troupeaux, les immunisations et les maladies les plus courantes chez les animaux, et leurs remèdes. De telles connaissances sont généralement très appréciées dans les communautés pastorales.

Le programme d’éducation dans des écoles mobiles composées de tentes devrait être placé sous la stricte direction et le contrôle des chefs de clans. Le calendrier éducatif, les contenus des programmes, les étapes temporaires des écoles mobiles, les plans saisonniers de déplacement et le recrutement des enseignants mobiles devraient relever de la décision commune des chefs de clans/de tribus des communautés pastorales.

L’éducation fonctionnelle des adultes devrait non seulement être conçue pour permettre aux pasteurs de savoir lire et écrire, et d’effectuer des calculs simples, mais aussi pour leur enseigner des compétences de base pouvant être utilisées au quotidien. Le curriculum devrait être élaboré sur la base d’une connaissance détaillée et solide du mode de vie pastoral et de l’environnement social et physique des pasteurs. Il devrait leur permettre de faire face aux défis du quotidien et contribuer à la diversification économique et à la réduction de la pauvreté au sein des communautés pastorales et de la nation toute entière.

 

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