Ephraim Lemmy Nuwagaba

L’éducation des adultes est une voie vers l’inclusion sociale pour toutes les populations marginalisées. Les personnes handicapées constituent un groupe défavorisé à différents niveaux dans la plupart des sociétés, et en particulier dans les pays pauvres. Aussi est-il d’autant plus remarquable qu’un établissement d’enseignement supérieur africain, en l’occurrence l’université Kyambogo en Ouganda, propose un cursus spécialisé de licence d’éducation des adultes destiné à former des éducateurs d’adultes au travail avec des personnes handicapées. Ceci est des plus opportuns dans un pays où l’on estime que 7 % de la population est handicapée et, par conséquent, particulièrement exposée à la pauvreté et à l’exclusion. Ephraim Lemmy Nuwagaba est professeur à l’université Kyambogo et actuellement en congé d’étude dans le cadre d’un doctorat à l’université de KwaZulu Natal à Durban, en Afrique du Sud.

Vers l’inclusion des personnes handicapées dans le développement: activités menées à l’université Kyambogo pour préparer les éducateurs d’adultes à cette tâche

Introduction

Bien que l’éducation des adultes se soit traditionnellement positionnée comme une voie par laquelle les groupes marginalisés peuvent s’autonomiser, elle n’a que mal réussi à atteindre les personnes handicapées et ce, malgré le fait que le système formel d’enseignement n’offre à bon nombre de ces dernières que des possibilités limitées de s’instruire durant leur enfance, ce qui fait d’elles un immense groupe cible pour le secteur de l’éducation des adultes. Les personnes handicapées peuvent recourir à l’éducation des adultes pour enrichir leur savoir, leur état d’esprit et leurs compétences, non seulement pour améliorer leurs moyens d’existence et défendre leurs droits, mais aussi pour faciliter leur inclusion dans les processus de développement.

Cet article se penche sur la mesure dans laquelle la filière de licence d’éducation des adultes et de la communauté de l’université Kyambogo contribue à inclure les personnes handicapées dans les processus de développement. Il examine la situation des personnes handicapées et présente globalement le programme de licence d’éducation des adultes et de la communauté (BACE), et sa contribution au développement inclusif.

La situation des personnes handicapées dans le monde et en Ouganda

Selon la Banque mondiale et les Nations unies, sur environ «600 millions de personnes handicapées dans le monde, 80 pour cent vivent dans des pays en développement et appartiennent majoritairement aux populations pauvres» (Handicap International, 2006:vii). Le Rapport mondial sur le handicap (2011) constate que le nombre des personnes handicapées est en augmentation. Il affirme aussi qu’elles se trouvent confrontées à des obstacles au niveau des attitudes ou aux plans légal, physique et social, résultant de leur marginalisation et de leur exclusion de services de base comme l’éducation et la formation professionnelle, et de l’accès au travail. Le rapport répète que le «handicap est aussi une importante question de développement du fait de son lien à double sens avec la pauvreté», en indiquant que «le handicap peut accroître le risque de devenir pauvre» et que «la pauvreté peut accroître le risque de devenir handicapé.»

En Ouganda, quelque 7 pour cent de la population, soit 1,9 million de personnes, sont handicapées (plan national de développement 2010/11-2014/15). L’Ouganda a traversé le régime d’Idi Amin Dada dans les années 70, la guerre de libération de 1979, la guérilla de 1980, l’insurrection de l’armée de résistance du Seigneur (LRA) dans le nord et dans certaines régions de l’est, ce qui pourrait avoir accru le nombre de handicapés dans le pays.

Dynamisme du mouvement des personnes handicapées en Ouganda

En Ouganda, le mouvement des personnes handicapées est très dynamique. Il prend principalement exemple sur le modèle social dans lequel la situation de santé d’une personne fait partie du problème, les obstacles liés à l’environnement, aux attitudes et aux institutions étant d’une importance primordiale. L’Ouganda a beaucoup évolué quant à sa façon de tenir compte des besoins des personnes handicapées dans les processus de développement et de les intégrer dans les décisions politiques prises aux niveaux national et communal. En vertu des articles 78 et 180 de la Constitution ougandaise, des personnes handicapées devraient figurer parmi les représentants parlementaires et les membres des conseils municipaux (gouvernement ougandais, 1995). Le Parliamentary Statute (gouvernement ougandais, 1996) prévoit que cinq personnes handicapées soient élues au parlement et les articles 11 et 24 du Local Government Act (gouvernement ougandais, 1997) fait état de la nomination de deux conseillers handicapés (dont une femme) aux conseils des districts et au niveau des sous-comtés. Ainsi représentées, les questions liées au handicap peuvent être abordées à différents niveaux de la politique.

Des étudiants à l’université Kyambogo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des étudiants à l’université Kyambogo, Source: Ephraim Lemmy Nuwagaba

Bien qu’un cadre politique favorable aux personnes handicapées ait été élaboré (la Constitution ougandaise de 1995 et différentes lois et politiques Disability Act de 2006, Local Government Act de 1997, Communications Act de 1997, Uganda Primary Education Act de 1997, UNISE Act de 1998, Land Act de 1998, Council for Disability Act de2003, Persons with Disability Act de 2006, Equal Opportunities Act de 2006, National Policy on Disability), sa mise en œuvre pose des défis. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le programme de licence d’éducation des adultes et de la communauté (BACE) de l’université Kyambogo.

Panorama de l’université Kyambogo

L’université Kyambogo a été créée en 2003, à l’époque où le gouvernement a fusionné le Uganda National Institute of Special Education/institut national ougandais d’éducation spéciale (UNISE) avec le Uganda Polytechnic, Kyambogo/école polytechnique d’Ouganda à Kyambogo (UPK) et Institute of Teacher Education, Kyambogo/institut de formation des enseignants à Kyambogo (ITEK). L’université se voit comme «un centre d’excellence universitaire et professionnelle» dont la mission consiste «à faire progresser et à promouvoir les connaissances et le développement de compétences dans les domaines de la science, de la technologie, de l’éducation et dans d’autres secteurs en tenant compte de la qualité, de l’équité, du progrès et de la transformation de la société» (http://www.kyu.ac.kyuvision.html). La brochure de l’université Kyambogo publiée en 2005 dresse pour l’établissement la liste d’un certain nombre d’objectifs relatifs aux personnes handicapées. Ces objectifs sont les suivants:

  • Former les enseignants et le personnel dans les domaines de l’éducation adaptée à des besoins spéciaux et de la réinsertion, et répondre aux besoins de toutes sortes de personnes handicapées et de personnes ayant des besoins éducatifs spéciaux.
  • Prévoir un centre de documentation pour produire et disséminer des informations relatives aux personnes handicapées et aux besoins éducatifs spéciaux.
  • Entreprendre des recherches sur le handicap et sur des thèmes liés au handicap de façon à mieux comprendre les personnes handicapées et leurs besoins éducatifs particuliers, et pour mieux pouvoir les développer.
  • Mettre sur pied des programmes visant à sensibiliser davantage les enseignants, les parents, les leaders et le public à la cause des personnes handicapées et aux besoins éducatifs spéciaux, et pour promouvoir les partenariats et collaborations entre les services qui se consacrent aux personnes handicapées.

L’université se compose de sept facultés et d’une école supérieure ainsi que de la faculté d’enseignement adapté à des besoins spéciaux et la réinsertion (Special Needs & Rehabilitation-FSN&R) dont l’UNISE faisait partie auparavant. L’UNISE était une institution créée par une loi parlementaire en 1994. La FSN&R est quant à elle chargée du développement de ressources humaines pour l’enseignement adapté à des besoins spéciaux et la réinsertion ainsi que pour la production de matériels en braille. L’ultime objectif de la faculté consiste à donner aux personnes handicapées les moyens de mener une vie qui ait un sens et de participer aux processus de développement. Les compétences inculquées aux personnes handicapées peuvent leur permettre de devenir autonomes au lieu de rester dépendantes. La faculté se compose de trois départements dont les programmes sont principalement axés sur la réinsertion au plan local, l’enseignement adapté à des besoins spéciaux et l’éducation des adultes et de la communauté. Le programme d’éducation des adultes et de la communauté est proposé par le département d’éducation des adultes et de la communauté (BACE).

Le programme de licence d’éducation des adultes et de la communauté (Bachelor of Adult and Community Education/BACE)

Ce programme est l’un des deux proposés par le département d’éducation des adultes et de la communauté, l’autre conduisant au certificat d’éducation des adultes et de la communauté (Certificate in adult and Community Education/ CACE). Le programme de licence permet de former du personnel au niveau intermédiaire, l’autre permettant de former du personnel de base. Ces programmes ont été intégrés dans des cursus d’éducation des adultes en rapport avec l’enseignement adapté à des besoins spéciaux et permet de ce fait de former un personnel en mesure de répondre aux besoins éducatifs de personnes handicapées et d’autres catégories d’apprenants adultes. Cet article porte principalement sur le programme de licence d’éducation des adultes et de la communauté lancé en 2002 et qui, selon les registres des examens, a produit 992 diplômés (380 hommes et 6l2 femmes) depuis 2006.

Objectifs du programme de licence d’éducation des adultes et de la communauté (BACE)

Globalement, le programme BACE a pour objectif de former des étudiants pour en faire des éducateurs professionnels pour les adultes et la communauté, en mesure de proposer des programmes d’enseignement et de développement communautaire visant le développement personnel, local et national. Au terme de leurs études les étudiants doivent être capables de faire les choses suivantes:

  1. Expliquer les théories de l’éducation des adultes et de la communauté, et les utiliser comme il convient dans tout un ensemble de situations.
  2. Montrer qu’ils comprennent bien la valeur et l’impact de l’éducation des adultes et de la communauté sur l’individu et la société.
  3. Analyser des situations et les besoins de la communauté, mettre en œuvre des mesures locales de développement appropriées et les évaluer avec succès.
  4. Intégrer des aspects pertinents de l’enseignement adapté à des besoins spéciaux dans l’éducation des adultes et de la communauté de façon à répondre aux besoins éducatifs des personnes handicapées.
  5. Mobiliser les communautés en faveur d’un développement durable.
  6. Se montrer capables d’effectuer des recherches sur des thèmes liés à l’éducation des adultes et de la communauté.

Admission au programme BACE

La qualification minimum exigée pour être admis au programme est le certificat supérieur ougandais d’éducation (Uganda Advanced Certificate of Education/ UACE) auquel le candidat a été reçu dans au moins deux matières principales. Un diplôme dans une discipline connexe, obtenu dans un établissement reconnu par l’État ou le passage d’un examen d’entrée à l’université réservé aux adultes peut aussi permettre de s’inscrire au programme.

Structure du programme et cours visant à promouvoir un développement inclusif

Le programme, organisé selon un système semestriel, propose 39 cours répartis sur trois ans. Les huit présentés ci-après visent à promouvoir un développement inclusif.

Obstacles à l’apprentissage et au développement

Ce cours a pour objectif de développer la capacité des étudiants à analyser différentes catégories d’obstacles à l’apprentissage et au développement résultant d’un affaiblissement et/ou de difficultés de santé, ou de facteurs environnementaux. Les diplômés doivent être en mesure de concevoir des stratégies appropriées et de prendre des mesures pour s’attaquer aux facteurs intrinsèques et extrinsèques, sources de ségrégation et d’exclusion.

Communiquer avec les personnes handicapées (le langage des signes en Ouganda)

Le langage des signes est une forme de communication pour laquelle on n’a pas recours à des sons mais à des mouvements des mains, des doigts et du corps, et à des expressions du visage. En Ouganda, des interprètes sont couramment employés dans les affaires publiques non seulement lorsqu’on attend par exemple que des personnes malentendantes participent à des réunions du parlement et des conseils municipaux, mais aussi à l’occasion de rassemblements publics et de séminaires, dans des programmes de formation, aux actualités télévisées, etc. On enseigne aux étudiants du programme BACE le langage des signes utilisé en Ouganda: sa structure, les principes/règles/conseils pour bien signer, la linguistique des signes, la comparaison entre langue parlée et langage signé. Les étudiants effectuent beaucoup de travaux pratiques.

Communiquer avec les personnes handicapées (le braille)

Le braille est un système de communication écrit destiné aux personnes malvoyantes ou aveugles. Il a recours à des points en relief permettant de lire et d’écrire. Les étudiants s’initient au braille, à son histoire, dans le monde et en Ouganda, à l’usage d’instruments d’écriture braille comme les machines à écrire Perkins, les ardoises et les stylets. Ils apprennent, entre autres, l’anglais, les signes numériques, la ponctuation, les signes des opérations mathématiques (addition, soustraction, multiplication et division), les fractions, les abréviations, les signes des monnaies (ex.: le dollar, le franc, le shilling, le cent) et le système des mesures (longueur, poids et volume) en braille. Le braille est utile pour faciliter la communication aux aveugles et pour les mobiliser afin qu’ils se développent, atténuant ainsi leur marginalisation.

Des étudiants à l’université Kyambogo

Des étudiants à l’université Kyambogo, Source: Ephraim Lemmy Nuwagaba

Initiation à la mobilité et à la réinsertion dans la vie locale

Ce cours couvre les connaissances théoriques et pratiques nécessaires à la réinsertion des personnes handicapées, et porte actuellement essentiellement sur une promotion de la réinsertion dans la vie locale privilégiant l’emploi de mécanismes d’inclusion plutôt que le recours au placement des personnes handicapées dans des établissements ou services spécialisés. Les étudiants apprennent à créer de nouveaux services ou à adapter ceux qui existent aux besoins des personnes handicapées en analysant les éléments et avantages de la réinsertion dans la vie locale et en utilisant des modèles de ce type comme modèle social, modèle de développement local, modèle de soins de santé, modèle global, modèle éducatif et modèle économique. Ils étudient aussi, entre autres, les réseaux de consultation, les obstacles à la participation des personnes handicapées et les possibilités d’égalisation. Les cours couvrent aussi des aspects théoriques et pratiques de la mobilité et de la réadaptation comme, par exemple, le contexte historique de la réadaptation à la mobilité, son point de vue fonctionnel, les modes traditionnels et contemporains de mobilité et la réadaptation à ceux-ci, et les appareils d’assistance. Le mouvement des personnes handicapées est essentiel pour permettre aux handicapés de participer au développement. Les étudiants analysent la place réservée en Ouganda aux personnes handicapées dans la politique et la législation, le lobbying et la défense des intérêts, l’emploi et les activités génératrices de revenus, et comment ces domaines ont influé sur l’inclusion des personnes handicapées dans les activités de développement.

Les personnes marginalisées au sein de la communauté

Ce cours a pour objectif de sensibiliser les étudiants à la marginalisation des individus et des groupes au sein de la société. Il se base sur des déclarations/ conventions internationales et des politiques nationales, et couvre la nature et les causes de marginalisation ainsi que les catégories de personnes marginalisées comme, par exemple, les personnes vivant dans une pauvreté abjecte, les personnes handicapées, les mères célibataires, les enfants des rues, les personnes âgées, les personnes touchées par le VIH/SIDA, les albinos, les minorités, les réfugiés, les personnes déplacées à l’intérieur du pays, les homosexuels et les détenus. Les étudiants apprennent des stratégies d’intervention en faveur de ces groupes marginalisés.

Entreprenariat et développement de compétences

Les étudiants acquièrent les compétences nécessaires pour identifier les potentiels commerciaux, les développer et les entretenir de façon à avoir des entreprises viables et florissantes. Le cours porte aussi sur l’entreprenariat au sein des groupes marginalisés. Les emplois devenant de plus en plus rares, l’acquisition de compétences entrepreneuriales doit permettre aux étudiants de créer des emplois plutôt que de chercher du travail.

Projet de recherche

Après s’être consacrés à la méthodologie, les étudiants ont l’occasion de mettre en pratique leurs acquis théoriques et les méthodes de recherche qu’ils ont apprises. Ils doivent, entre autres, déterminer un thème de recherche, poser un postulat de recherche, recueillir et analyser les informations nécessaires et rédiger un rapport de 10 000 à 15 000 mots pour présenter leurs résultats. Ce projet est supervisé à tous ses stades par des membres de l’équipe du département universitaire.

Stages pratiques

Les étudiants du programme BACE font deux stages pratiques/sur le terrain: respectivement à la fin du second semestre de la deuxième et de la troisième année. Les étudiants sont attachés à des organisations de la société civile, à des groupes de développement local, au secteur privé, à des services municipaux ou gouvernementaux se consacrant à l’éducation des adultes et de la communauté, et à des activités de développement. Ces stages sont l’occasion pour les étudiants de mettre en pratique les connaissances acquises durant leurs études en les utilisant dans des conditions réelles comme celles qui les attendront dans la vie professionnelle une fois qu’ils auront obtenu leur diplôme. Durant cette période, chaque étudiant est placé sous la direction d’un superviseur d’organisation et de membres du personnel universitaire. Les superviseurs d’organisations affectent des tâches et surveillent leur réalisation afin de veiller à ce que le travail apporte des résultats. Le personnel universitaire est chargé de la surveillance des résultats théoriques et pratiques. Au terme d’un stage pratique, l’étudiant rédige un compte-rendu qu’il soumet à l’évaluation de son superviseur universitaire. Ce travail sur le terrain est suivi par le doyen de la FSN&R et le recteur ou le vice-chancelier des affaires universitaires.

Déroulement du programme

Les étudiants suivent des cours magistraux, participent à des groupes de travail et de discussion, ont des lectures obligatoires et facultatives au programme, et sont encouragés également à effectuer des recherches personnelles. Le travail en groupe inculque un sens de l’action collective et sensibilise aux préoccupations des autres – des qualités primordiales en ce qui concerne l’inclusion. Travailler avec un groupe donne aussi l’occasion d’interagir avec des handicapés et des étudiants. Chaque semestre, les étudiants suivent jusqu’à six unités de cours et choisissent des options à partir de la seconde année. Conformément à la politique de l’université Kyambogo, les étudiants malentendants bénéficient de services d’interprétariat en langage des signes et les malvoyants de supports imprimés en gros caractères.

Évaluation

L’évaluation des acquis se décompose comme suit: évaluation progressive (40 %) durant chaque semestre et examens à la fin de chaque semestre (60 %). L’évaluation progressive repose sur la notation de la participation des élèves en classe, des réponses aux questions posées pendant les cours, de la concentration, de l’aide apportée aux camarades, des contrôles, des travaux individuels ou de groupes. Les étudiants atteignant un minimum de 50 %, évaluation progressive et examens confondus, peuvent poursuivre leurs études normalement alors que ceux qui n’obtiennent pas cette moyenne doivent à nouveau suivre le cours où ils ont échoué dès que l’occasion se représente. Tandis que la recherche est notée à 100 %, les activités pratiques sur le terrain sont notées par le superviseur d’organisation (20 %) et le personnel universitaire (30 %). Le compte-rendu du stage sur le terrain est corrigé par l’équipe universitaire (50 %). Prises ensemble, les activités sur le terrain et le compte-rendu donnent un total de 100 %. Toutes les évaluations subissent en outre le contrôle d’examinateurs externes chargés d’effectuer une évaluation croisée et de donner leur avis sur la qualité des évaluations réalisées. En fonction de la sévérité de leur handicap, les personnes handicapées peuvent disposer de plus de temps lors des examens.

Équipements

Le programme BACE a recours à la bibliothèque de la FSN&R et à la bibliothèque principale de l’université Kyambogo. Des ateliers sont organisés pour produire des matériels pédagogiques pour les personnes handicapées, par exemple l’unité de production de supports en braille. Il existe un laboratoire pratique pour la malvoyance et un laboratoire pour le langage des signes ainsi qu’une unité de production audiovisuelle. L’université fournit des tricycles permettant aux personnes handicapées motrices de se déplacer plus facilement.

Contribution du programme BACE au développement inclusif

Ndeezi soutient que le premier pas pour se sortir de la marginalisation et ne plus être privé de possibilités consiste à acquérir les connaissances nécessaires afin de pouvoir faire face à la concurrence dans un monde n’offrant que des possibilités réduites. Il affirme que priver les gens d’éducation est la façon la plus simple et la plus systématique pour les maintenir dans leur marginalisation et les priver de toutes les autres possibilités (New Vision, samedi 10 décembre 2005). Il est essentiel d’aider les adultes handicapés pour qu’ils aillent au fond de leurs capacités et de leur potentiel, vivent et travaillent dans la dignité en participant pleinement à la vie locale et prennent des décisions éclairées grâce à leur contact avec des formateurs et services ou d’autres personnels pour leur permettre de recouvrer leur mobilité et se réinsérer. Améliorer l’accès à l’éducation entre autres en communiquant à l’aide du langage des signes ou du braille aide à réduire la discrimination, une violation des droits humains qui menace la survie des personnes handicapées et rend presque totalement impossible leur participation au développement de la communauté et de la société.

Le programme BACE est venu en réponse au souci de voir que les besoins éducatifs spéciaux des jeunes et des adultes étaient négligés en Ouganda. Les personnes handicapées ne bénéficiaient pas auparavant des programmes d’éducation des adultes pour les préparer à leurs rôles de parents et de membres de la société du fait qu’il n’y avait quasiment pas d’animateurs capables de se mettre à la hauteur de leurs besoins. Traditionnellement perçues comme des parias, les personnes handicapées étaient condamnées à dépendre de dons caritatifs et de l’aide d’un nombre restreint de sympathisants. Le programme forme des professionnels de l’éducation des adultes de sorte qu’ils soient capables d’aider tous les adultes, notamment ceux ayant des besoins éducatifs spéciaux, à apprendre et à participer aux processus de développement.

Le volet consacré aux besoins spéciaux et la nature globale, multidimensionnelle et holistique du programme BACE fait de ce dernier un programme unique et hautement compétitif pour s’éduquer et se préparer au marché du travail ou pour créer sa propre activité. Le programme ouvre des possibilités de poursuivre ses études plus loin. Les cours axés principalement sur les personnes handicapées visent à créer des capacités parmi les étudiants pour leur permettre de travailler avec des personnes handicapées, afin qu’ils puissent eux-mêmes évoluer et modifier favorablement l’attitude de la communauté à l’égard des personnes handicapées. Le cours portant sur le développement des compétences en matière d’entreprenariat inculque les connaissances et compétences nécessaires à la création de petites entreprises ou d’activités indépendantes pouvant permettre aux étudiants de devenir eux-mêmes entrepreneurs ou d’enseigner ces connaissances de façon à permettre aux personnes handicapées de créer leurs propres activités. Une telle formation améliore dans la pratique la prestation et la gestion des services aux personnes handicapées. Elle accroît la quantité et la qualité du personnel formant des personnes handicapées, leurs familles et leurs communautés à la gestion des besoins de soutien des handicapés.

Le département d’éducation des adultes et de la communauté veille à ce que la formation professionnelle dans ce domaine comporte un volet d’information concernant le handicap. Le département mène des recherches sur la vie des personnes handicapées et les obstacles à la participation et au développement qu’elles rencontrent. Un certain nombre de ces recherches ont été effectuées par l’équipe universitaire en collaboration avec une organisation se consacrant au handicap et une ONG d’éducation des adultes dans le cadre de l’action de recherche communautaire sur le handicap (Community Action Research on Disability/CARD), un projet financé par Ka Tutandike Trust UK.

Le programme couvre des thèmes liés au développement aux niveaux local/ communautaire, national et mondial, offrant ainsi un bon mélange du fait que les animateurs socioculturels formés doivent être préparés à s’adapter à des situations et environnements professionnels divers. La préparation à l’emploi repose sur l’enseignement de compétences techniques dans des domaines comme la planification et la gestion de projets, l’organisation, la mobilisation de la communauté, la recherche, l’entreprenariat et toutes les autres connaissances permettant aux étudiants de s’insérer dans le secteur formel.

Les connaissances relatives à l’entreprenariat, au microfinancement, à l’automotivation, aux relations humaines, etc. enseignées sont utiles en ce qui concerne l’emploi informel, y compris l’auto-emploi. Le programme forme aussi les étudiants à être imaginatifs, à compter sur eux-mêmes et à créer leurs propres projets d’autonomisation personnelle, ce qui leur donne des possibilités de trouver du travail dans le secteur formel ou de créer leurs propres activités.

Le programme BACE est fécond pour le développement et l’autonomisation personnelle, et il contribue considérablement à la création de main-d’œuvre en Ouganda. Certains diplômés du programme sont recrutés par des ONG (locales et internationales) sur tout le territoire ougandais. D’autres travaillent pour les administrations municipales ou au gouvernement (dans différents secteurs comme la santé, les services municipaux, les universités, les organisations gouvernementales, etc.), ou le secteur privé (banques, microfinance, communication, édition, etc.) quand d’autres enfin créent leurs propres activités. Certains travaillent pour des organisations se consacrant principalement au handicap comme, par exemple, l’Union nationale des personnes handicapées en Ouganda (National Union of Disabled Persons in Uganda/NUDIPU), Action on Disability and Development (ADD) et Sense International, tandis que d’autres choisissent de rejoindre des organisations qui ont intégré le handicap dans leurs activités. Un atelier consultatif pour les dépositaires d’enjeux, financé par DVV International et réunissant l’équipe du département universitaire et des organisations ou groupes collaborant avec le département s’est tenu en 2010. Parmi les dépositaires d’enjeux se trouvaient des personnes formant les étudiants durant leurs stages pratiques, des diplômés et des étudiants qui reconnurent que le programme BACE contribue à l’inclusion.

Défis

Toutefois, on note un certain nombre de faiblesses: l’absence de formation à l’utilisation de l’ordinateur et autres techniques d’information et de communication diminue l’efficacité et l’efficience des diplômés dans des situations professionnelles ou sur le marché du travail. Le département est excessivement en sous-effectif, avec trop de personnel à temps partiel et ce, bien que l’université Kyambogo propose pour la création du département de recruter un professeur, un professeur assistant, deux maîtres de conférences, deux maîtres assistants, deux assistants de conférences et un assistant d’enseignement, des postes encore majoritairement vacants. En raison de l’insuffisance du personnel, il est impossible d’offrir systématiquement une documentation sur la recherche et les expériences pratiques du personnel, des étudiants et des diplômés, ou sur les résultats et meilleures pratiques du programme.

Globalement les dépositaires d’enjeux semblent s’accorder sur le fait que les cours sont théoriques, ce qui est probablement dû au fait que les financements insuffisants ont progressivement réduit la durée des périodes durant lesquelles les maîtres assistants supervisent le travail des étudiants sur le terrain bien qu’il y ait des preuves convaincantes de la nécessité de donner au programme une dimension plus pratique. Ceci est peut-être également dû au fait que les étudiants ont tendance à attendre qu’on leur mâche tout et à se concentrer sur les examens au lieu d’évoluer pour devenir des apprenants indépendants, capables de résoudre des problèmes par leurs propres moyens, de manière originale. Cette situation est peut-être au reflet du système d’éducation tout entier, largement conçu pour préparer les étudiants à passer des examens au lieu de les préparer à résoudre des problèmes et à s’instruire de manière autonome.

L’insuffisance des financements a non seulement nuit au travail sur le terrain, mais aussi aux infrastructures, au moral du personnel et à la disponibilité des matériels d’enseignement et d’apprentissage. Les salles de cours, les bureaux et le centre de documentation sont totalement inappropriés et très mal équipés, créant ainsi un environnement défavorable à l’apprentissage. L’insuffisance des financements se traduit aussi par une mauvaise rémunération du personnel universitaire, ce qui se répercute sur sa motivation, et se traduit par des difficultés à acheter des matériels d’enseignement et d’apprentissage récents.

Conclusion

Cet article postule que l’université Kyambogo, par l’intermédiaire du département d’éducation des adultes et de la communauté de la FSN&R, donne l’exemple d’un établissement contribuant à l’inclusion sociale des personnes handicapées – un groupe exclu pendant longtemps du circuit de l’éducation des adultes et des processus de développement. Son programme d’éducation des adultes et de la communauté bénéficie de synergies produites par le mouvement des handicapés – un mouvement dynamique même s’il reste confronté à des défis.

Références

Handicap International et CBM (2006). Disability in development: Experiences in Inclusive Practices. Lyon Cedex & Bensheim: Handicap International et CBM.

Organisation mondiale de la santé (2011). Rapport mondial 2011 sur le handicap. Genève: Organisation mondiale de la santé.

 

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