Éditorial

Bienvenue au numéro 79 d’éducation des adultes et développement! nous avons voulu consacrer ce numéro à deux vastes thèmes: le changement climatique et l’éducation des jeunes et des adultes, et l’importance des réseaux et du réseautage.

le choix de ces deux sujets était motivé par de bonnes raisons. rio+20, qui s’est tenue cette année, a été la plus importante conférence sur le climat de ces deux dernières décennies. des organisations nationales et internationales de la société civile ont saisi l’occasion pour attirer l’attention sur l’urgence de la menace que le changement climatique fait peser sur la planète et sur la nécessité de repenser les paradigmes pour le développement durable. il est à présent tout à fait clair que la croissance économique – toujours le but incontesté des politiciens dans le monde entier – ne peut être réalisée qu’au détriment de l’environnement et des ressources naturelles, et qu’elle ne peut pas non plus se dérouler équitablement. elle est plutôt le résultat d’une concurrence acharnée, qui laisse les faibles derrière elle.

le réchauffement climatique et les menaces qui planent sur l’environnement affectent de maintes façons les conditions de vie des principaux groupes cibles de l’éducation des adultes. les modifications climatiques ont un impact direct sur la pêche et l’agriculture, et des cataclysmes surviennent de plus en plus fréquemment, menaçant les conditions de vie et de travail, notamment des couches de population les plus démunies dans les pays en développement.

la question est de savoir ce que l’éducation des adultes peut faire pour contribuer à limiter la perte de la biodiversité, pour sensibiliser aux facteurs humains et à leur impact sur l’environnement et le climat, et pour aider les gens à mieux faire face à leurs conséquences nuisibles – en d’autres termes de façon à rendre l’existence plus supportable et viable. Quelles sont les questions sur lesquelles nous devrions nous concentrer, comment pouvons-nous convertir notre savoir-faire en méthodes efficaces et où et comment pouvons-nous expérimenter dans la pratique des approches innovantes.

de nombreuses organisations focalisent leurs activités éducatives sur ces thèmes, et le Conseil international d’éducation des adultes (Ciea) a appliqué beaucoup d’énergie à élaborer une position indépendante de la société civile, évoquant d’autres voies pour le développement durable et esquissant des possibilités pouvant servir de jauges pour évaluer les résultats de rio+20 et de la mise en oeuvre ultérieure des accords qui y auront été conclus. Conjointement avec différents réseaux régionaux, le Ciea a envisagé les conséquences sur l’éducation de l’apparition de paradigmes différents pour le développement durable et adopté le document intituléL’éducation dont nous avons besoin pour le monde que nous voulonsŸ comme ligne directrice de l’action future de la société civile. dans ce numéro d’éducation des adultes et développement, nous présentons un ensemble de documents d’information et de prises de position concernant le sommet de la Terre rio+20 et ses conséquences ainsi que des articles examinant comment ceci entre dans l’action éducative et ce qu’en font les gens les plus concernés par le changement climatique.

étant donné que les coopérations internationales sont menées en nombre croissant au sein de réseaux, les activités de DVV International ne faisant pas exception à cela, nous avons pensé qu’il était temps d’examiner de plus près le concept de réseautage, et de trouver ce qui le rend si attrayant, tant pour les organisations qui s’y livrent que pour la communauté des bailleurs de fonds. depuis des décennies, les éducateurs d’adultes pensent (et agissent en fonction de cela) que la qualité et les effets du travail d’éducateurs individuels ainsi que ceux des institutions et organisations s’amélioreraient s’ils s’unissaient en s’informant mutuellement, en apprenant les uns des autres, en définissant des intérêts communs, en luttant ensemble en faveur de ces intérêts, en organisant des projets et entreprises conjoints, en créant des synergies et en améliorant la solidarité et la cohésion. Cet aspect du réseautage est considéré comme une valeur puissante même au-delà des frontières des pays et des barrières linguistiques, culturelles et géographiques. le réseautage est perçu comme profitable non seulement pour les tâches et méthodes d’éducation des adultes, mais aussi pour les activités de plaidoyer politique conçues pour promouvoir la réputation, la reconnaissance et le financement de notre domaine d’activité. la valeur du réseautage n’est mise en doute nulle part.

en réalité, toutefois, on constate de profonds fossés entre les organisations, pays, régions et cultures, difficiles à combler et qu’il convient de ne pas ignorer. les idées et expériences valables dans une situation, ne sont pas automatiquement applicables à une autre. il faut démontrer la valeur ajoutée du réseautage. Ceci passant pour un truisme incontesté, il devrait être facile d’en fournir la preuve.

DVV Internationala commandé une étude en vue d’analyser un certain nombre de ses projets soutenant des réseaux nationaux et régionaux. Cette étude s’est penchée sur les différentes histoires de leur financement, sur les dynamiques variées qui ont présidé à leur création, sur leurs missions et objectifs, sur les mécanismes de fonctionnement des réseaux et de travail en leur sein, et sur les conditions de l’échec ou du succès de ce type d’entreprises. nous avons demandé à l’auteure de cette étude, Meike Pasch, d’en résumer les principaux résultats. il semblerait qu’un secrétariat professionnel performant est indispensable, ce qui exige un financement de base solide et fiable – que les membres d’un réseau ne peuvent généralement pas assurer par le biais de leurs cotisations d’adhérents. il semblerait aussi que les réseaux qui représentent les intérêts véritables et ressentis de leurs membres sont plus viables que ceux opérant sur l’instigation de sources extérieures. Ces deux résultats sont importants pour les bailleurs de fonds qui ne devraient pas appliquer la même logique de financement à des réseaux qu’à d’autres projets de coopération centrés sur un ensemble d’objectifs bien définis, pouvant être atteints dans un certain laps de temps et entretenus indépendamment, sans nécessité d’une aide extérieure constante.

nous avons recueilli les récits de plusieurs expériences concernant la création et l’évolution de réseaux mondiaux, régionaux, nationaux et locaux. Tous les intervenants affirment que la poursuite de leurs objectifs a été accélérée lorsqu’ils ont uni leurs forces et leur dévouement avec d’autres acteurs, qu’ils ont examiné ce qui faisait fonctionner leurs réseaux et, dans certains cas, ce que le travail en réseau leur avait apporté personnellement.

Permettez-moi maintenant de vous adresser quelques mots en mon nom personnel. Ce numéro d’éducation des adultes et développement est le dernier placé sous ma responsabilité. au cours des nombreuses années durant lesquelles j’ai occupé différentes fonctions au sein de DVV International, je me suis toujours senti extrêmement proche de notre revue. lorsque ma vie active s’est achevée, j’ai été honoré et agréablement surpris de me voir confier la responsabilité de sa rédaction. le moment est toutefois venu de dire adieu et de remercier vivement tous ceux qui m’ont aidé dans cette entreprise, tous les gens qui travaillent pour DVV International, à Bonn et dans tant de lieux du monde entier, notre rédaction et, par-dessus tout, nos lecteurs. Travailler pour vous et avec vous a été un plaisir pour moi.

Michael Samlowski