Planter les graines dans une coopérative de moringa

De gauche à droite :

Nthakoana Jemina Maliehe-Arko
TEFL Academy
Afrique du Sud

Lineo R. Johnson
Université d’Afrique du Sud
Afrique du Sud



Résumé
La coopérative Sedikong sa Lerato dans la province de Limpopo en Afrique du Sud illustre le rôle et l’impact de l’éducation des adultes pour le développement du pouvoir d’agir au sein de communautés grâce à la culture du moringa oleifera. Pour créer des revenus, la coopérative recourt à des activités telles l’alphabétisation et l’éducation de base. Les résultats indiquent que ce projet d’éducation des adultes a pu développer le pouvoir d’agir de communautés marginalisées dans des zones rurales d’Afrique du Sud.


La coopérative Sedikong sa Lerato (SLOC) cultive et transforme le moringa oleifera, un arbre indigène que l’on plante et que l’on trouve dans différentes parties du monde, y compris en Afrique du Sud. La coopérative a commencé à cultiver cet arbre au début des années 2000 dans le but de répondre à un certain nombre de problèmes socio-économiques auxquels les membres de la coopérative et globalement la communauté se trouvent confrontés dans les zones rurales. La province de Limpopo est touchée par un pourcentage élevé de chômage, et la coopérative a été créée en réponse à cette situation. La SLOC recourt à des méthodes bio qu’elle juge rentables, écologiques et hautement innovantes. Tandis que les recherches sur le moringa et ses bienfaits socio-économiques s’intensifient, cet article est axé sur le rôle de l’éducation des adultes pour soutenir l’utilisation de cette plante. Ses conclusions indiquent que la SLOC a développé le pouvoir d’agir de communautés rurales et marginalisées dans des campagnes d’Afrique du Sud. La transformation du moringa est un projet de ce type.

Le chômage est la cause profonde du problème

Cet article porte sur une zone rurale particulière où l’on cultive le moringa. Toutefois, les approches de l’éducation des adultes utilisées par la coopérative Sedikong sa Lerato à Tooseng, dans la province sud-africaine de Limpopo, peut s’employer dans d’autres zones rurales du monde entier. Ce modèle peut être utilisé dans des endroits où des gens souhaiteraient utiliser le moringa ou tout autre produit végétal, et où, avec le soutien de projets d’éducation des adultes, ils pourraient apprendre comment la SLOC y est parvenue avec un tel succès.

La plupart des problèmes socio-économiques en Afrique du Sud sont dus au chômage. Les jeunes et les femmes sont particulièrement vulnérables, notamment dans les zones rurales (Biekpe 2007). La SLOC a obtenu un lotissement de terrain communal pour la coopérative. Pour être reconnus comme des personnes morales en Afrique du Sud, les projets doivent faire l’objet d’une inscription au ministère du Développement social. Le projet consacré au moringa a été initié au sein de la coopérative Sedikong sa Lerato. Son organisateur s’était aperçu que beaucoup de foyers devaient se battre pour survivre quand plusieurs membres de la famille étaient au chômage. Quand les emplois sont rares, les communautés rurales compensent souvent la situation grâce à la profusion des terres et à des ressources naturelles comme le moringa.

Historiquement, on retrouve des traces du moringa oleifera jusque dans la Grèce et la Rome antiques (Fahey 2005). Cet arbre est une sous-espèce de la famille monotypique des moringaceae qui comprend quelque treize espèces d’arbres (Price 2007). Les moringaceae sont originaires des régions himalayennes de l’Inde, du Pakistan et du Bangladesh. Le moringa est aussi appelé horseradish tree (arbre raifort), drumstick tree (arbre pilon) benzolive tree, kelor, marango, mlonge, mulange, saihjan, sajna ou ben oil tree (Fahey 2005). On l’utilise dans différentes régions du monde où les populations locales en décrivent les vertus médicinales et nutritionnelles. Rockwood, Anderson & Cassamatta (2013) parlent de ses propriétés nutritives, de sa capacité à purifier l’eau et de ses vertus médicinales ainsi que de ses composés végétaux. Le moringa oleifera est une plante indienne utilisée depuis très longtemps dans la médecine traditionnelle. Ses feuilles, dit-on, feraient légèrement baisser le taux de sucre dans le sang et de cholestérol, et auraient des effets bénéfiques sur d’autres affections. Graham (2011) constate que les feuilles de moringa ont des propriétés si salutaires qu’ajoutées à l’alimentation des enfants et mangées fraîches ou en poudre, elles améliorent considérablement la santé. En ce qui concerne la SLOC, les auteures de cet article souhaitent souligner qu’en 2011, quelque 300 familles ainsi que 350 orphelins et enfants en situation de vulnérabilité bénéficiaient de l’aide de la coopérative.

En quête d’impact

Selon Mokomane (2012 : 2), la conscience économique est définie comme « la capacité à permettre à des groupes marginalisés de porter leur réflexion au-delà de la survie immédiate et de revendiquer un plus grand contrôle de leurs ressources et des choix qu’ils font dans la vie, particulièrement en ce qui concerne les investissements dans la santé, le logement et l’éducation. » On y parvient grâce à la participation économique à l’emploi productif et à des emplois décents qui se traduisent par une réduction de la pauvreté et une intégration sociale. La théorie ou le modèle de l’andragogie selon Knowles (1980) comprend une réorientation des éducateurs d’adultes qui de « personnes qui éduquent » deviennent des « personnes qui aident les adultes à apprendre ». Lors des interviews, les apprenants adultes du projet consacré au moringa ont mentionné un principe de l’éducation des adultes : le fait qu’ils ont accepté d’apprendre sans être contraints d’intégrer la coopérative, et qu’ils ont admis avoir beaucoup appris d’un arbre qui n’avait pas grande importance pour eux auparavant. « Nous savions que l’arbre pouvait guérir certaines affections, mais à présent, nous comprenons mieux et apprécions davantage les ressources naturelles qui nous entourent », a réaffirmé l’un des membres de la SLOC.

Selon Etzion (2007), les questions environnementales sont inextricablement liées au concept plus large du développement durable. Dans un contexte commercial, on entend communément par cela l’intégration des préoccupations sociales et économiques dans les objectifs et missions d’une entreprise, sans renoncer à son dynamisme financier. L’éducation à l’environnement est essentielle pour les communautés étant donné que l’utilisation irréfléchie des ressources naturelles et la dégradation de l’environnement ont un impact néfaste sur les communautés elles-mêmes. L’organisateur du projet consacré au moringa a révélé que la coopérative avait été en mesure d’introduire et de mettre en pratique des méthodes d’éducation des adultes telles que les cercles d’alphabétisation freirienne régénérée au moyen de techniques communautaires développant le pouvoir d’agir, dits REFLECT (Regenerated Freirean Literacy through Empowering Techniques), où le dialogue et le partage d’informations entre les membres du projet ont fait voir le jour à des récits autour des croyances et des mythes sur le moringa. Le projet consacré au moringa a également recouru à l’apprentissage comme méthode pour apprendre et partager, et dans le cadre duquel des jeunes travaillent avec des membres de la coopérative à la culture et à la transformation de cet arbre et acquièrent en même temps des connaissances sur l’environnement et l’agriculture bio. Des visites d’observation ont permis de constater que les méthodes d’agriculture bio comme l’irrigation au goutte-à-goutte, la collecte des eaux de pluie et la culture maraîchère sans utilisation d’engrais artificiels et chimiques sont le fruit des connaissances acquises grâce à la coopérative, en apprenant par la pratique. Bien que le moringa et les produits qui en sont issus soient destinés à différentes fins sanitaires et économiques, cet arbre contribue  aussi à réduire l’érosion des sols et ses feuilles absorbent en même temps le dioxyde de carbone contenu dans l’atmosphère. Il est apparu qu’au moins 90 pour cent des foyers dans la région possèdent des jardins potagers et au moins un moringa dont ils affirment qu’il les aide à améliorer leur santé.

Les miracles arrivent vraiment

L’un des participants de la communauté a parlé du moringa comme d’une plante miracle. Il a déclaré que l’arbre et ses feuilles aident les gens à traiter tout un ensemble d’affections comme la tension et les douleurs. Il a également ajouté que ses feuilles sont notamment  utilisées comme condiment avec des légumes.

« Nous l’utilisons aussi en guise de thé vert. Nous nous sommes rendu compte que les pétioles et les fleurs sont excellents pour le bétail. Les bêtes grossissent aussi quand nous les leur donnons à manger et leurs capacités reproductives s’améliorent. »

Les membres de la SLOC ont déclaré que depuis qu’ils prenaient part au projet ils étaient capables d’aborder franchement des questions liées à la santé avec les autres membres de la communauté. « Avant, le VIH/SIDA était un tabou attribué à la sorcellerie et à des esprits malfaisants. À présent, nous savons que ce n’est pas un tabou. La SLOC nous a enseigné plus que nous ne pensions savoir. »

Conclusion

Cet article illustre le rôle et l’impact de l’éducation des adultes sur le développement du pouvoir d’agir des communautés qui cultivent le moringa oleifera. Ses conclusions indiquent comment une coopérative a recouru à différentes approches et méthodes pour développer le pouvoir d’agir de communautés rurales et marginalisées dans des campagnes d’Afrique du Sud. Le projet consacré à la transformation du moringa a recouru au dialogue et au partage d’informations organisés dans le cadre des cercles REFLECT où des habitantes de zones rurales ont créé des récits à partir des croyances et des mythes qui ont cours chez elles autour du moringa.


Références

Arnarson, A. (2016) : The benefits of moringa oleifera. https://bit.ly/2AnQ8rN

Biekpe, N. (2007) : Inequality and the dual economy.

Etzion, D. (2007) : Research on organizations and the natural environment, 1992 - present: A review. Dans : Journal of Management, 33(4), 637-664.

Fahey, J.W. (2005) : Moringa Oleifera: A review of medical evidence for its nutritional, therapeutic, and prophylactic properties. Dans : Trees for Life Journal, 1(5). https://bit.ly/2Pb0xO0

Graham, W. (2011) : Gutsy growers of miracle tree. https://bit.ly/2OzuTwy

Knowles, M. S. (1980) : The modern practice of adult education: From pedagogy to an-dragogy. (2e éd.). New York : Cambridge Books.

McMillan, J. H. et Schumacher, S. (2006) : Research in education: Evidence-based en-quiry. (6e éd.). Boston : Pearson.

Mokomane, Z. (2012) : Role of families in social and economic employment of individu-als. United Nations Expert Group Meeting on promoting employment of people in achieving poverty eradication, social integration and full employment and decent work for all. 10-12 septembre 2012, New York.

Price, M. (2007) : The Moringa tree. Floride : Echo Technical Notes.

Rockwood, J. L. ; Anderson, B. G. et Cassamatta, D. A. (2013) : Potential uses of Moringa oleifera and examination of antibiotic efficacy conferred by M. oleifera seed and leaf extracts using crude extraction techniques available to underserved indigenous populations. Dans : International Journal of Phytotherapy Research, 3(2), 61-71.


Les auteures

Nthakoana Jemina Maliehe-Arko est enseignante. Elle a enseigné dans des lycées au Lesotho et en Afrique du Sud. Dans ses recherches, elle s’intéresse à l’éducation des adultes. Elle est actuellement à son compte et continue de se former dans l’enseignement de l’anglais en tant que langue étrangère (TEFL) à la TEFL Academy en Afrique du Sud.

Lineo R. Johnson est titulaire d’un doctorat de l’université d’Afrique du Sud où elle travaille actuellement dans le département d’éducation et de formation de base des adultes, et de développement de la jeunesse. Ses recherches portent sur l’éducation des adultes. Elle dispose de plus de trente ans d’expérience professionnelle acquise dans des programmes d’éducation des adultes au Lesotho et en Afrique du Sud.