GLEACE

GLEACE, le groupe latino-américain de spécialistes de l’alphabétisation et de la culture écrite, s’est créé en novembre 2006 au Mexique. Il est membre du CREFAL, le Centro de cooperación regional para la educación de adultos in America La «tina y el Caribe. Nous publions ici la déclaration du GLEACE à l’occasion de la CONFINTEA VI.

Analphabétisme et alphabétisation

Déclaration

Nous, les membres du groupe latino-américain de spécialistes de l’alphabétisation et de la culture écrite (GLEACE), souhaitons exprimer que

     

  • Nous valorisons les efforts renouvelés entrepris en Amérique latine et dans les Caraïbes dans le domaine de l’éducation des adultes.
  • Nous considérons que le lieu et la date de la 6e Conférence internationale sur l’éducation des adultes (CONFINTEA VI, Belém, Brésil, du 1er au 4 décembre 2009) ont été particulièrement bien choisis pour cette première édition organisée dans l’hémisphère Sud et, notamment, dans cette région.
  • Nous nous sentons touchés par l’appel à progresser de «l’alphabétisation vers l’apprentissage tout au long de la vie» lancé à l’occasion de la CONFINTEA V (Hambourg, 1997) et réitéré dans notre région, plus exactement en septembre 2008 au Mexique lors de la conférence préparatoire régionale.
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En même temps, et dans ce contexte, nous sommes préoccupés par les points suivants:

a) L’importance prédominante accordée à l’alphabétisation au point de recommencer

à réduire l’éducation des adultes à ce seul domaine. En outre, le constat de la persistance des dichotomies traditionnelles entre personnes analphabètes et alpha bétisées, et entre analphabètes complets et analphabètes fonctionnels, largement remises en question par les recherches abondamment menées sur ce thème ainsi que par l’évolution même et la complexité de la culture écrite dans le monde.

b) Les activités d’alphabétisation mises en oeuvre dans un vide, tant aux niveaux na tional que régional, ne faisant pas cas du passé riche et long de l’alphabétisation des adultes pour lequel l’Amérique latine et les Caraïbes sont internationalement réputées.

c) La persistance d’une conception simpliste et facile de l’alphabétisation, envisagée comme un processus pouvant être accompli sur une brève période, dans des conditions précaires, par des éducateurs peu, voire non formés, employant une seule méthode, disposant de matériels de lecture et d’écriture en faible quantité, n’ayant qu’un maigre recours aux technologies modernes et ne tenant pas compte de la diversité linguistique et culturelle des apprenants. C’est précisément du fait que ces groupes de population démunis sont analphabètes ou qu’ils ne possèdent qu’un faible niveau d’instruction et qu’on les a privés des années durant du droit à l’éducation qu’ils méritent de bénéficier d’une offre éducative moderne de la meilleure qualité.

d) L’absence d’évaluation des apprenants qui fait que l’on considère souvent comme alphabétisés les inscrits aux programmes ou les personnes se déclarant elles mêmes alphabétisées sans vérifier ce que ces gens ont réellement appris et sans créer de conditions dans lesquelles ils peuvent utiliser leurs acquis et continuer à s’instruire. Cette façon de faire ne tient pas compte de l’importance qu’il faudrait accorder à l’apprentissage dans l’ensemble du processus éducatif. En outre, les évaluations rigoureuses des campagnes et programmes d’alphabétisation de masse menés dans la région par le passé et actuellement illustrent non pas un progrès, mais dans de nombreux cas un recul.

e) L’utilisation politique des chiffres et pourcentages de l’alphabétisation, y compris l’affirmation qu’il existe des «territoires vierges d’analphabétisme» ou «des pays alphabétisés» sur la seule base d’estimations statistiques. Au lieu de s’attaquer au problème avec l’intégrité qu’il mérite, on crée l’illusion d’avoir résolu la ques tion de l’analphabétisme en un temps record. Ceci contribue d’un autre côté à produire l’effet contraire qui s’illustre justement par la marginalisation de gens et de groupes dont on déclare qu’ils sont alphabétisés alors qu’ils ne le sont pas.

f ) La distinction qu’on continue de faire entre l’analphabétisme et ses conditions de reproduction, principalement la pauvreté et la privation du droit à une édu cation publique gratuite, de qualité, pour toute la population, sans laquelle il est impensable de résoudre durablement la question de l’alphabétisation.

Dans ce contexte, nous en appelons de nouveau aux organisations internationales pour qu’elles coordonnent les actions entre les agences et remplissent leur rôle technique en assumant leurs responsabilités eu égard au sérieux, à la transparence et à la crédibilité indispensables des interventions gouvernementales qu’ils soutiennent. Il n’est pas de trop de rappeler que des organismes comme l’UNESCO et autres organisations qui se consacrent à la coopération internationale ont été créés pour soutenir des gouvernements pour le bien des populations.

Enfin, nous sollicitons que la CONFINTEA VI aborde de façon critique et réfléchie la question de l’analphabétisme et de l’alphabétisation des jeunes et des adultes dans cette région et dans le monde entier, encourageant les initiatives gouvernementales, mais le faisant toutefois dans le cadre d’un dialogue sincère et sans démagogie, ouvert à la participation d’organisations sociale et d’acteurs nationaux et internationaux divers qui opèrent dans ce domaine.

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