Meike Pasch

Cet article se base sur une étude commandée par DVV International dans le but de voir les accomplissements des réseaux qu’il soutient dans différents pays d’Afrique et d’Amérique latine. Les conclusions de l’auteure, bien que tirées de l’étude de cas particuliers, présente de l’intérêt pour les activités des réseaux en général, et notamment pour les projets de coopération Nord-Sud. L’étude a été réalisée par l’Institut allemand pour le développement (DIE). Son auteure Meike Pasch travaille à présent comme analyste de programmes pour le programme de développement des Nations unies en Tanzanie.

Soutien des réseaux et fédérations

Introduction

Les réseaux reliant des individus, organisations, régions et états jouent de nos jours un rôle d’une importance croissante. les réseaux et fédérations bien organisés sont en mesure de modifier des structures existantes, d’engager des processus de transformation et de faire avancer ces derniers. l’activité principale d’un réseau/d’une fédération consiste généralement à mettre en oeuvre un système de communication efficace et à diffuser des informations. Pour remplir efficacement cette fonction, il leur faut un secrétariat fixe, rarement finançable sur la base des cotisations de leurs membres – notamment dans les pays en développement et en transition – et, par conséquent en règle générale dépendant d’une aide financière externe. Toutefois, il y a peu de bailleurs de fonds qui, à l’instar deDVV International, fournissent dans le secteur de l’éducation des adultes un soutien institutionnel à des structures de ce type, implantées dans des pays en développement. Ceci est peut-être dû principalement au fait que, dans l’aide au développement, l’efficacité du soutien aux institutions est difficilement quantifiable et que les mutations structurelles ne sont souvent discernables qu’à long terme. Toutefois, pour ouvrir l’accès de l’éducation aux adultes, la politique du développement devrait davantage se concentrer sur l’aide aux processus de transformation institutionnelle.

Définition terminologique

Les organisations qui se regroupent et coopèrent pour atteindre des objectifs conjoints sont appelées réseaux ou fédérations, mais entre autres aussi mouvements, associations, coalitions, alliances, comités, plates-formes, forums, campagnes et conseils. il n’existe aucune définition claire des différentes structures, valable dans les différents cercles culturels, et il n’est pas possible de déterminer clairement les termes s’appliquant aux divers groupes d’organisations. Par rapport aux réseaux, les fédérations sont généralement structurées de manière plus formelle et présentent une plus grande stabilité. dans le domaine de l’éducation, c’est souvent toutefois le mot réseau qui l’emporte, car les fonctions et objectifs du réseau et de l’échange d’informations jouent la plupart du temps un rôle primordial. un certain degré de formalisation est toutefois nécessaire du moment où l’argent entre en jeu. dès que des groupes d’organisations sont tributaires de bailleurs de fonds, ils développent certains types de structures. la création d’une direction, dont les membres sont élus à l’occasion de l’assemblée générale, et d’un secrétariat semblent très typiques des réseaux et fédérations recevant une aide financière. l’inscription de l’organisation au registre officiel se révèle aussi souvent nécessaire pour avoir accès à des financements et devoir rendre des comptes. une structure formelle est en outre essentielle dès qu’un réseau grandit: elle aide à gérer les ressources, à éviter les conflits interpersonnels et les luttes pour le pouvoir, à prendre des décisions, à développer une vision et un plan stratégique, etc. en formulant des prérequis à l’attribution de subventions, les bailleurs posent souvent aux organisations des exigences qui les obligent à donner à leurs structures un caractère formel.

Il est primordial que les fonctions et objectifs d’un réseau ou d’une fédération correspondent à leur structure. Peu importe comment ils se considèrent et s’appellent eux-mêmes. Ce qui compte, c’est de savoir que les termes et définitions employés diffèrent en fonction des différents cercles culturels. la structure d’un réseau ou d’une fédération est par-dessus tout tributaire des conditions, ressources, fonctions et objectifs sur place, et elle est constamment soumise à des changements.

Origines des réseaux

les réseaux et fédérations ont des origines diverses, influencées activement par des facteurs locaux, nationaux et internationaux, ou un mélange de ceux-ci.

Toile d’araignée                                    Source: Stebra

Les réseaux et fédérations créés de l’intérieur de la société se composent fréquemment de personnes et/ou d’organisations désireuses d’intervenir ensemble pour atteindre des objectifs sociopolitiques. la motivation guidée par l’activisme social est souvent issue d’une idéologie et peut conduire à ce qu’un réseau ou une fédération donnent naissance à des mouvements sociaux. la force motrice derrière les réseaux et fédérations peut aussi être le fruit de développements historiques. en amérique latine, par exemple, le développement de théories et philosophies au sujet des méthodes d’éducation dans les années soixante et soixante-dix eut une grande incidence sur l’apparition endogène de réseaux, fédérations et mouvements sociaux, dont certains existent encore à ce jour.

En outre, il existe aussi des réseaux et fédérations dont la création est essentiellement influencée par des facteurs internationaux et qui est mue par la perspective d’obtenir des ressources financières. ainsi sont nés de nombreux réseaux et fédérations, notamment en afrique, par exemple lors du forum mondial sur l’éducation de dakar (2000). nombre de réseaux et fédérations datant de cette époque étaient ou sont l’effet direct de la conviction de bailleurs de fonds qui jugent que de telles structures sont souhaitables; ainsi sont-elles par conséquent le résultat de ce que des bailleurs de fonds fabriquentŸ.

La force motrice et l’origine des réseaux et fédérations ont des conséquences sur les attentes et objectifs, notamment de leurs membres, mais aussi de leurs bailleurs de fonds. les membres des réseaux et fédérations nés de l’intérieur de la société sont généralement motivés par une idéologie. Ces structures sont généralement des lieux où l’on discute beaucoup, dans le sens positif du terme. il y a toutefois ici le risque que les gens soient si profondément impliqués dans leurs propresmouvements sociauxŸ que des divergences peuvent se faire jour et que les gens ou les organisations soient susceptibles de se contrecarrer dans un même domaine. dans les réseaux et fédérations endogènes, les membres travaillent souvent bénévolement ou sont très peu rétribués. les cotisations des membres sont souvent suffisamment élevées pour faire entretenir un réseau ou une fédération, même durant des périodes financièrement difficiles. un réseau créé grâce aux ressources financières fournies par des bailleurs de fonds a souvent des membres dont le seul motif n’est pas idéologique, mais qui sont mus également par des intérêts financiers ou qui adhèrent à ce réseau parce qu’ils espèrent obtenir des ressources pour leurs propres organisations. Ceci ne veut néanmoins pas dire que les réseaux et fédérations essentiellement créés sous l’influence de facteurs externes soient voués à l’échec.

L’utilité des réseaux et fédérations

Les réseaux et fédérations offrent une valeur ajoutée tant à leurs membres qu’aux bailleurs de fonds. les membres en tirent notamment parti du fait qu’ils ont l’occasion de s’exprimer d’une seule voix et qu’ils peuvent unir leurs efforts pour poursuivre leurs objectifs. Pour beaucoup de gens et d’organisations, il est essentiel d’avoir le sentiment de ne pas être seuls, mais de lutter ensemble pour une cause. en outre, ces gens et organisations tirent souvent profit des réseaux et fédérations qui leur ouvrent l’accès à des ressources financières, à des informations et, souvent aussi, à des possibilités de se développer. la communauté internationale des bailleurs de fonds considère de plus en plus que le rôle des organisations non gouvernementales (OnG) réside dans des fonctions de conseil, de supervision et de surveillance. ainsi les bailleurs attendent-ils par-dessus tout des OnG qu’elles participent au dialogue politique, tiennent un discours unique et comprennent les plans budgétaires nationaux de sorte qu’elles soient en mesure d’exiger des comptes. Pour que la société civile puisse prendre part aux plans de développement nationaux ainsi qu’aux évènements internationaux tels que, par exemple, les forums et les conférences de l’unesCO, elles doivent s’organiser en réseaux ou en fédérations. Quand des bailleurs de fonds aident financièrement des réseaux et fédérations qui se consacrent au lobbying et au plaidoyer, ils bénéficient de leur légitimité. en outre, les coûts des transactions sont moins élevés pour les bailleurs de fonds quand ils collaborent avec des réseaux et fédérations.

Conditions pour que les activités d’un réseau ou d’une fédération soient couronnées de succès et durables

Il faut que les conditions suivantes soient réunies pour qu’un réseau ou une fédération puissent devenir opérationnels et le rester durablement.

  • la structure doit reposer sur une vision et avoir des objectifs et plans clairs. ses membres doivent s’identifier à cette vision et à ces objectifs, et les plans doivent être élaborés conjointement.
  • Tous les partenaires de la structure doivent clairement discerner son utilité.
  • Tous les partenaires de la structure doivent clairement discerner sa valeur ajoutée afin de prendre une part active à ses activités et de contribuer à ce qu’elle atteigne ses objectifs.
  • la communication et le flux de l’information doivent être assurés.
  • la structure doit reposer sur une base sociale. en particulier quand ses activités portent principalement sur le lobbying, elle doit être légitimée par la base et le nombre de ses membres.
  • la composition des partenaires de la structure doit être bien équilibrée. si les effets s’additionnent grâce à une très grande homogénéité des personnes et/ ou des organisations partenaires, elle ne produit que trop peu d’échanges constructifs. une trop forte hétérogénéité peut par contre très rapidement empêcher les membres de bien collaborer ensemble.
  • la coordination de la structure doit pouvoir fonctionner.
  • l’aptitude des membres à mener des discussions et débats, et les relations entre les membres et les personnes occupant des postes importants doivent être bonnes.
  • les bailleurs de fonds doivent faire confiance aux membres de la structure, et cette dernière doit avoir les capacités de rédiger des demandes et de réunir des fonds pour pouvoir fonctionner durablement.

Ces conditions devraient être les prérequis à remplir pour évaluer dans quelle mesure une aide institutionnelle à un projet est judicieuse.

Une aide institutionnelle, à long terme permettant une certaine prévisibilité du financement d’un réseau ou d’une fédération est particulièrement importante pour eux, plus que pour une OnG, car leurs prérequis, fonctions et missions sont différentes. au contraire des OnG, les réseaux et fédérations ne sont pas des organisations qui mettent en oeuvre des projets et mènent des activités. Par conséquent, il leur faut aussi un autre type d’aide leur permettant de soutenir leurs activités principales, par exemple la diffusion d’informations et les échanges d’expériences. lorsqu’un réseau ou une fédération atteint une certaine taille, cette mission revêt l’aspect d’une activité à plein temps. en outre, les réseaux et fédérations soutenus parDVV International se consacrent aussi à des activités de lobbying ainsi qu’à la diversification et à la prospection de moyens financiers, ce qui nécessite souvent beaucoup de temps. l’efficacité d’un réseau ou d’une fédération dépend généralement d’un secrétariat doté d’un personnel compétent et dynamique. Bien que les bénévoles ne manquent pas, un secrétariat ne peut fonctionner à la longue que s’il dispose d’un personnel compétent et rémunéré. Pour reprendre les mots d’une des personnes interrogées, c’est aussi un signe d’appréciation du travail accompliŸ. sans structure ni aide institutionnelle, une organisation ne peut pas mener efficacement ses activités.

La diversification des moyens financiers des organisations est l’élément clé à promouvoir pour assurer le succès et la pérennité des réseaux et fédérations. il est essentiel de reconnaître que ces structures de l’éducation des adultes, un secteur d’intérêt général, ne pourront jamais se financer elles-mêmes grâce aux cotisations de leurs membres et qu’elles n’ont d’autre solution que d’être dépendantes de moyens externes. il devrait s’agir ici d’un mélange de financements institutionnels et de financements de projets assurés par différents bailleurs de fonds ainsi que par les cotisations des membres et les recettes engrangées grâce à différentes prestations de services et à des activités de conseil.

Recommandations

À partir de ceci, nous pouvons formuler les recommandations ci-dessous concernant les relations de partenaires à partenaires entre les bailleurs de fonds et les bénéficiaires des aides dans le domaine de la coopération internationale.

Les réseaux et fédérations se consacrant à l’éducation des adultes remplissent d’importantes fonctions dans le domaine de la conception politique aux plans local, national et international. ils donnent une voixŸ à la société civile et lui permettent de formuler des règles et critères explicits, d’articuler des intérêts réalistes et clairement définis, et de participer aux prises de décisions de la politique publique. en outre, les échanges d’expériences, d’informations et d’idées peuvent permettre aux réseaux et fédérations d’améliorer les compétences de leurs membres, d’éviter les chevauchements, d’augmenter leur efficience et de créer des effets de synergie. Bref, les réseaux et fédérations livrent une valeur ajoutée. en d’autres termes, le tout est plus que la somme de ses parties. les réseaux et fédérations jouent un rôle essentiel dans le déclenchement de changements structurels.

l’interconnexion via des réseaux d’acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux, locaux et internationaux dans le domaine de l’éducation des adultes joue un rôle important pour l’efficacité des activités de lobbying menées en vue de positionner la politique de l’éducation non formelle à un niveau international et pour les synergies naissant du réseautage et des échanges d’expériences, d’informations, de méthodes, etc. provenant d’organisations d’éducation des adultes. l’éducation des adultes non formelle joue un rôle clé pour la mise en oeuvre d’un développement durable et social, et l’amélioration des conditions de vie. afin de pouvoir opérer efficacement et avec efficience, les réseaux et fédérations ont besoin d’aides institutionnelles flexibles, à long terme. Pour que la collaboration entre bailleurs de fonds et bénéficiaires des aides se déroule sur un pied d’égalité, il est primordial que les bailleurs définissent clairement une politique d’aide pour les réseaux et fédérations, tout en prenant en compte les différents besoins et méthodes de travail des OnG et des réseaux et fédérations. une politique d’aide spécifiquement adaptée aux réseaux et fédérations, se distinguant de celle pratiquée à l’égard des OnG et tenant compte des besoins individuels et des méthodes de travail des réseaux et fédérations est essentielle pour que les activités de réseautage puissent être menées à bien. le pourcentage d’aide institutionnelle par rapport à l’aide aux projets peut très bien représenter 100% de l’aide totale. Pour cela, il est toutefois essentiel que les réseaux et fédérations aient des structures organisationnelles qui fonctionnent et qu’ils remplissent des conditions et prérequis divers. en outre, des critères quantifiables d’évaluation devraient être définis et régulièrement revus. le choix des réseaux et fédérations doit se dérouler en fonction de la demande, et les structures existantes doivent bénéficier d’aides. en outre, la durée de l’aide ne devrait pas être délimitée, étant donné qu’une aide institutionnelle à long terme permet de créer et de renforcer des organisations, et d’améliorer l’accès aux ressources. les relations à long terme entre les réseaux et fédérations et les bailleurs de fonds, permettent à tous les intervenants de collaborer entre eux sur un pied d’égalité et de tirer parti les uns des autres.

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