Philip Lowe

L’Union européenne (UE) est devenue – sans compter les prestations des gouvernements nationaux – l’une des plus grandes donatrices de fonds pour le développement. Elle veille en même temps à conserver un profil indépendant et détermine ses propres objectifs en matière de collaboration au développement. À notre sens, il est tout aussi primordial qu’elle oriente de plus en plus ses objectifs et programmes de politique de l’éducation vers l’apprentissage tout au long de la vie; elle avait déjà proclamé 1996 année de l’apprentissage tout au long de la vie. Il était bon d’entendre qu’elle a l’intention d’accorder une importance comparable à l’éducation de base. Il conviendra que nous lui rappelions ses engagements, peut-être par le biais d’un programme principalement axé sur l’éducation pour tous. Philipp Lowe était à Dakar en sa qualité de directeur général de la coopération au développement de la Commission européenne.

Déclaration


Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames et Messieurs les Délégués,
Mesdames et Messieurs,

La Commission européenne représente les 15 États membres de l’Union au nom desquels elle agit dans les domaines politiques en rapport avec les sujets traités lors de ce Forum mondial sur l’éducation et les défis que pose ce dernier. Elle est chargée de gérer environ un cinquième de l’aide officielle au développement fournie par les États membres de l’Union européenne et est devenue la cinquième plus grande donatrice dans le monde et la première source de soutien au développement pour l’Afrique subsaharienne. Elle négocie au nom de toute l’Union européenne l’ensemble des échanges et affaires commerciales avec les pays tiers. Par l’intermédiaire de la Commission, l’Union européenne a conclu de vastes accords de commerce, de développement et de coopération avec de nombreux pays, en particulier avec ses voisins d’Europe centrale et de l’Est, des États indépendants depuis peu (le Caucase et l’Asie centrale), des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, mais aussi avec des pays du bassin méditerranéen, d’Amérique latine et d’Asie.

C’est donc en notre qualité de partenaire international dans le domaine du développement que nous participons aujourd’hui à ce débat aux côtés des États membres de l’Europe, consolidant leurs efforts et, cela va de soi, ceux des organes des Nations Unies sur l’initiative desquels ce forum a été organisé. Cette tâche est ambitieuse quand il y a autant de femmes dynamiques ministres du Développement, comme c’est le cas en Europe !

La lutte contre la pauvreté et l’intégration des pays en voie de développement dans l’axe économique mondial sont les points de mire de l’aide de l’Union européenne à un développement durable.

L’éducation élémentaire pour tous est un élément indispensable des stratégies d’éradication de la pauvreté actuellement en cours d’élaboration. La Commission estime que le secteur de l’éducation devrait être le premier bénéficiaire des initiatives d’allégement la dette.

Si, comme tant d’autres, nous considérons que les efforts fournis jusqu’à présent par tous pour réaliser les objectifs de Jomtien ont été considérables, ils n’en restent pas moins très insuffisants.

L’aboutissement de cette entreprise est largement tributaire de l’engagement politique de nos pays partenaires. Pour réussir, le soutien à l’éducation élémentaire doit s’accompagner d’activités visant à générer des revenus et des emplois et à améliorer la santé, l’hygiène et la communication. Dans ces domaines, l’évolution de l’éducation est en même temps l’une des conditions sine qua non de la réussite.

En raison de l’immense travail à fournir dans tant de secteurs différents, mais interdépendants, les donateurs individuels tels que la Commission européenne ne peuvent espérer mettre en place d’excellents programmes dans tous les secteurs. Nous considérons de ce fait qu’il est capital que les gouvernements, conjointement avec la société civile, dirigent des programmes par secteurs. Ceux-ci étant véritablement la propriété des pays, on évite que les donateurs individuels posent de nombreuses exigences souvent contradictoires.

Que nous soyons ou non chargés de mener les négociations pour la subvention de ce type de programmes dans le secteur de l’éducation, nous serons prêts à soutenir les plans d’action nationaux dont le but sera d’atteindre les objectifs définis après Dakar. Ces plans doivent reposer sur des programmes de grande qualité axés sur les problèmes relatifs à l’accessibilité et aux genres, employer les nouvelles technologies de l’information et être orientés vers une utilisation efficace des ressources. La rapidité des pays à réaliser ces tâches dépendra d’abord de leurs propres capacités et priorités.

Puis-je insister sur le fait que selon nous, les partenariats en matière de développement – et d’éducation – ne peuvent être uniquement l’affaire des gouvernements et organismes de financement. Pour que les programmes portent leurs fruits, tous les gens en rapport avec eux doivent participer à leur élaboration et à leur mise en place. C’est pour cette raison que nous voulons que les collectivités locales, les parents, les enseignants et la société civile en général participent aux programmes que nous soutenons, toutefois d’une manière qui reflète les conditions de vie et la culture locales. Comme Jim Wolfensohn le soulignait ce matin, ce processus de participation n’est pas simple du tout. Lorsque l’on veut financer un projet, on ne peut pas le faire à la seule condition que les pouvoirs publics entament le dialogue avec la société civile. Ce processus doit venir du pays lui-même. Il faut donc créer des capacités institutionnelles qui discutent des problèmes de l’éducation et les résolvent. Comme nous le disent un bon nombre de nos pays partenaires, la mauvaise gouvernance dans ce domaine est souvent autant due à une faiblesse à ce niveau qu’à une mise en échec délibérée du dialogue avec la société civile. Ceci étant dit, nous devons rester fermes dans notre décision d’adopter une approche véritablement participative de l’éducation pour tous.

Mesdames et Messieurs,

La Commission européenne redouble actuellement ses efforts dans le domaine de la coopération au développement pour qu’ils soient plus clairement reconnaissables et aient plus d’impact, mais surtout pour obtenir de meilleurs résultats avec les pays que nous nous efforçons d’aider. Le soutien que nous apporterons aux objectifs définis après Dakar profitera de ce processus de modernisation. L’action à entreprendre dans l’éducation reposera sur les accords passés entre l’Union européenne et de nombreux pays. L’accord conclu récemment sur un partenariat entre l’UE et les pays ACP (d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique) et qui sera signé le mois prochain à Suva comporte par exemple des engagements précis concernant l’éducation élémentaire. C’est également comme cela qu’a abouti le sommet UE/Afrique qui s’est déroulé au début du mois.

Conjointement avec les organismes des Nations unies, les ONG et bien entendu avec nos pays partenaires, nous défendrons et promouvrons les objectifs fixés par ce forum, en particulier ceux touchant à l’éducation des filles et des femmes.

Nous sommes impatients de surveiller avec vous le chemin que nous parcourrons d’ici 2015, consolidant nos réussites et, bien entendu, tirant les enseignements de nos erreurs.

Communiqué de la Commission européenne sur le Forum mondial sur l’éducation

1. La Commission soutient la campagne d’action mondiale pour l’éducation. Le droit à l’éducation est un élément fondamental des stratégies d’éradication de la pauvreté.

l. Les conclusions auxquelles le Sommet Europe/Afrique a abouti corroborent ces engagements pour l’Afrique.

3. L’accord de coopération conclu récemment entre les pays ACP et l’UE1 choisit l’éducation primaire fondamentale comme secteur-clé de la coopération, particulièrement en ce qui concerne l’éducation des filles.

4. Par le biais de ses accords de coopération avec les pays suivants, la Communauté fournira son soutien aux gouvernements qui se sont engagés à poursuivre les mêmes objectifs:

  • les ACP, où le pourcentage des fonds destinés à l’éducation a considérablement augmenté (passant de 7 à 15 %). Actuellement, 80 % des investissements dans l’éducation (au moins 400 millions d’euros) effectués par le 8e Fonds européen de développement sont attribués à l’éducation primaire;
  • les pays du bassin méditerranéen;
  • les pays d’Amérique centrale et d’Amérique latine (162 millions d’euros entre 86 et 98);
  • les pays d’Asie.

La Commission fournit déjà des fonds substantiels pour le financement de programmes d’éducation dans l’ensemble des pays en voie de développement (aide aux programmes/ajustement structurel: 974 millions d’euros dont 400 pour l’éducation en 1998). Quelques-uns des programmes les plus importants financés par l’UE ont été mis en place au Burkina Faso (10 millions d’euros), en Ouganda (31 millions d’euros), en Zambie (10 millions d’euros), en Inde (150 millions d’euros) et au Népal (20,5 millions d’euros).

5. La Commission pense que les programmes par secteurs, gérés par les pouvoirs publics des pays et financés par des donateurs s’efforçant au maximum de compléter leurs efforts sont les moyens les plus efficaces de soutenir le secteur de l’éducation.

6. Le partenariat avec les ONG et la société civile est essentiel pour que les efforts entrepris dans le domaine de l’éducation portent leurs fruits dans tous les pays. Exemples de coopération fructueuse avec les ONG: programme de soutien en faveur des enfants en situation difficile au Sénégal (équivalent de Caritas et autres 1 million d’euros); soutien de la promotion des femmes et de l’éducation primaire dans le Kwazulu-Natal en Afrique du Sud (équivalent de Care 500 000 euros) et programme de soutien@à l’alphabétisation et à l’éducation au Brésil (500 000 euros).

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